A la une 10/04/2010 à 18h00

Quand Juppé trouvait la rupture prônée par Sarkozy « salutaire »

François Krug | Journaliste Rue89


Nicolas Sarkozy et Alain Juppé à Bordeaux en juin 2009 (Philippe Wojazer/Reuters)

Ça ne s'améliore pas à l'UMP. Cette fois-ci, c'est Alain Juppé, ancien président du parti et ex-ministre de Nicolas Sarkozy, qui s'y met : « Je ne crois pas à la rupture, je n'y ai jamais cru. » Pourtant, ce n'est pas vraiment ce qu'il disait en 2007.

« Je ne suis pas anti-Sarkozy », assure Alain Juppé dans son interview au Monde. Il fait bien de le préciser. Le reste de ses propos n'est pas franchement pro-Sarkozy, entre doutes sur le bouclier fiscal et contestation du fonctionnement de l'UMP. Jusqu'à ce coup de poignard :

« On a une histoire, un passé, une culture. Même dans notre société de l'instantanéité absolue, de l'inconstance, il y a des tendances profondes qu'il faut sentir. Je ne crois pas à la rupture. Je n'y ai jamais cru. »

En 2007, Juppé trouvait la rupture « salutaire »

Jamais, vraiment ? Au lendemain de l'élection de Nicolas Sarkozy, Alain Juppé semblait pourtant y croire. Le 8 mai 2007, l'ancien Premier ministre de Jacques Chirac écrivait sur son blog, dans un billet intitulé « Que la victoire est belle » :

« Il fallait entrer dans une nouvelle époque. Et Nicolas Sarkozy a,
de ce point de vue, eu raison de s'attaquer à de vieux tabous.

Il a eu raison de montrer que l'idéologie du partage du travail conduit au chômage, et de remettre l'éloge du travail au cœur de la politique économique et sociale. Il a eu raison d'affirmer qu'il existe une relation étroite entre immigration, intégration, identité de la France et amour de la patrie.

Sur tous ces points et sur d'autres, son discours de rupture a été salutaire. »

Si Alain Juppé rompt aujourd'hui avec la rupture, c'est au nom de sa « fibre gaullo-chiraquienne ». Attention, précise-t-il, rien à voir avec l'anti-sarkozysme d'un autre gaullo-chiraquien, Dominique de Villepin :

« Je me considère dans la majorité, mais avec ma liberté de parole. »

Juppé candidat si Sarkozy renonce

Pourtant, comme Dominique de Villepin, Alain Juppé lorgne sur la présidentielle. Il le confirme au Monde : oui, il sera candidat en cas de primaires. Même si, bien sûr, Nicolas Sarkozy est « le candidat naturel », selon l'expression à la mode à l'UMP. Une expression surtout destinée à cacher les doutes.

Alain Juppé se pose donc en consolateur des déçus du sarkozysme au sein de l'UMP. Tous les déçus, gaullo-chiraquiens ou non. Derrière un mea culpa sur sa propre gestion du parti, c'est bien Nicolas Sarkozy qu'il vise :

« Je suis pour la reconnaissance des sensibilités. J'ai peut-être commis une erreur en 2004, lorsque j'en ai été le président, en n'allant pas plus loin dans la reconnaissance des courants. »

Des courants qui font sérieusement tanguer l'UMP. Les élus de base se lâchent ouvertement contre Nicolas Sarkozy. Les dirigeants du parti, eux, cachent à peine leurs ambitions présidentielles.

Depuis sa mairie de Bordeaux, Alain Juppé n'a donc plus grand-chose à craindre.« Soyons modestes », répond-il au Monde à propos de ses chances en 2012. Une modestie toute relative, et qui devrait inquiéter Nicolas Sarkozy :

« Le quotidien Sud-Ouest a récemment commandé un sondage : 34% des Français pensent que je ferais un bon président de la République, 65% sont d'un avis contraire.

Mais, après tout, on peut penser que pour quelqu'un qui n'est pas très présent dans le débat national, cela constitue une bonne base de départ. »

  • 21778 visites
  • 85 réactions
Vous devez être connecté pour commenter : or inscrivez-vous
  • Pseudo
    • Posté à 18h16 le 10/04/2010

    Bon, la curée commence !

    A défaut de pain, on va avoir des jeux : -)))

  • hagalma
    • Posté à 18h56 le 10/04/2010
    • Internaute

    La contradiction des propos rapportés de Juppé entre aujourd'hui et hier est peut-être plus complexe qu'un simple contraste saisissant. C'est qu'il y a une composante, une équation personnelle qui s'est imposée dans le débat : le style de Sarkozy Président. Littéralement : il est incroyable. De salutaire, son propos est suspecté depuis le Fouquet's (pour l'opinion) d'être gravement à côté de la plaque... Dans « l » entourage » politique c'est courage fuyons, d'autant que les résultats ne sont guère au rendez-vous.

  • pedrolitas
    • Posté à 19h35 le 10/04/2010

    comment un type aussi intelligent que Juppé a-t-il pu un jour s'amouracher d'un homme comme Sarkozy ? (soupir) il aurait voulu se tirer une balle dans le pied que... Mais il n'en est pas à sa première boulette, il est vrai