Choses vues 09/04/2010 à 19h18

La leçon de Mélenchon aux « petites cervelles »

Zineb Dryef | Journaliste Rue89

« Les étudiants ne sont pas des petites cervelles ». C’est par ces mots que Christophe Deloire, directeur du CFJ, laisse la parole à Jean-Luc Mélenchon. Invité par l’école de journalisme de la rue du Louvre à venir débattre des médias suite à son altercation filmée avec Félix Briaud, un étudiant de Sciences-Po qu’il avait traité de « petite cervelle », le président du Parti de Gauche, qui avait promis de ne plus jamais répondre à des étudiants en journalisme, donne rapidement le ton.

Ni excuses, ni regrets

Il n’y aura ni excuses, ni regrets, martèle-t-il. Pas un instant, tout au long de son intervention, Jean-Luc Mélenchon ne reconnaîtra avoir été, pour le moins grossier avec son interlocuteur.

C’est tout juste s’il admet s’être mal exprimé au sujet de la prostitution, un « vrai problème ». Immédiatement après avoir dit cela, il gronde : « Et n’allez pas écrire que je m’excuse ! Je ne m’excuse pas ! » Il attend, en revanche, des excuses de l’école de Félix Briaud.

Provocateur d’entrée de jeu, il dénonce la « cléricature médiatique » de la « meute » :

« Depuis 10 jours (je suis dans) une bataille quasi physique avec une meute (...) une cléricature qui a le vice de toute cléricature, c’est que le vice qu’elle prétend combattre, elle le met en exergue (...) et comme l’Eglise traînait autrefois les sodomites qui s’adonnaient à une activité on ne peut plus privée en public pour mieux fustiger leurs péchés avant de les brûler, de même la cléricature médiatique a telle prise une altercation avec un jeune homme qui par ailleurs est un militant pour un acte qui méritait d’être passé, repassé, repassé et repassé encore... pour me désigner à la vindicte publique.

Je mène une lutte politique et j’analyse comme adversaires ceux qui se sont opposés à moi. L’incident de départ n’a pas d’intérêt, ce qui est intéressant c’est la façon dont la machine s’est mise en route et les raisons pour laquelle elle l’a fait. » (Voir la vidéo)

Cette thématique n’est pas nouvelle, Au second tout des régionales, il a accusé France Télévisions de le mettre à l’écart des plateaux en raison de son « allez au diable ! » lancé à Arlette Chabot lors d’un débat aux européennes en 2009. En octobre dernier, lors des Assises du Journalisme à Strasbourg, il avait lancé à un auditoire de journalistes : « Je vous hais ! »

Combattre les médias

En préambule, les étudiants reçoivent une leçon sur le devoir républicain. Debout, en jean et veste en velours noire, Jean-Luc Mélenchon expose :

« Chacun d’entre nous est le produit de ses humus personnels, le milieu social, la culture. La citoyenneté exige de nous qu’on s’arrache à ses humus pour promulguer ce qu’est l’intérêt général, le débat public doit être débarrassé des vérités révélées. Il y a une autre phase plus insidieuse de l’obscurantisme, c’est le préjugé (...) Il faut s’arracher à tout ça. »

S’arracher à tout cela, et mieux encore, s’arracher au « consensus qui est dictature ». Car si Jean-Luc Mélenchon hait les médias, c’est parce qu’ils sont les vecteurs de « l’idéologie dominante ». C’est donc naturellement, qu’il lance que puisqu’« il est impossible de convaincre les médias, il faut les combattre ».

Considérant son combat contre les médias comme une « lutte politique », il se dit partisan d’une « révolution citoyenne des médias ». Laquelle passerait, entre autres aménagements, par l’installation d’un Conseil national des médias réunissant professionnels, syndicalistes, citoyens et élus avec un « pouvoir de sanction » (il en veut beaucoup à Félix Briaud, ndlr), idée notamment avancée par Acrimed.

« Ma critique est devenue une critique sociale et une critique radicale », tonne-t-il avant de pointer la précarisation de la profession, incompatible avec un travail rigoureux et indépendant. Il parle alors de cette journaliste venue l’interviewer le week-end, une caméra dans une main, un carnet dans l’autre, « sans doute à son troisième sujet de la journée ! ».

Je ne suis pas au spectacle

Assassin, il balance à la centaine d’étudiants :

« Aux repas de famille, ça le fait d’être journaliste, c’est ce préjugé social qui vous anime (...) La gratification sociale, c’est de ne pas appartenir à la classe ouvrière, des employés et d’être des prescripteurs de morale. »

Il capte plutôt bien l’attention des étudiants, lesquels rigolent aux bonnes anecdotes mais se révèlent plutôt offensifs au jeu des questions-réponses. Une étudiante qui ne comprend toujours pas le coup de sang du député européen contre Félix Briaud ne lui arrache pas de réponse convaincante. Un autre se demande si son côté « showman » n’est pas surjoué. Jean-Luc Mélenchon s’attarde sur le mot « showman », avant de revenir à son mot d’ordre, dignitas et gravitas :

« Je ne suis pas au spectacle (...) j’ai l’honneur d’être un tribun du peuple, je suis dans la ferveur d’une conviction politique. »

Souvent ramené à l’incident de la vidéo, Jean-Luc Mélenchon dédramatise son attitude :

« Si on vous filme quand vous vous prenez une prune dans votre bagnole, que va-t-on penser de votre estime pour la police nationale ? »

Interrogé par Rue89, il confirme qu’il ne poursuivra pas Félix Briaud, contrairement à ce qu’il avait envisagé sur son blog :

« - Je ne le ferais pas non. Vous me voyez nuire ainsi à un jeune étudiant ? Mais je ne laisserai pas faire ! Vous verrez bien.

- Mais vous n’avez pas l’impression de vous enfermer dans cette polémique ?

- Moi, me laisser enfermer ? »

Haussement d’épaules et puis s’en va.

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  • Philou017
    Philou017
    Informaticien
    • Posté à 23h08 le 09/04/2010
    • Internaute 23880
      Informaticien

    Je l’ai lu. Vous axez l’intervention de Mélenchon sur l’engueulade avec l’étudiant, ne citant ces déclarations qu’à la marge. Même les médias officiels n’ont pas utilisé ce procédé.

    Votre article est rempli de parti-pris et d’appréciations à-priori et dévalorisantes qui n’ont rien à voir avec une vraie neutralité journalistique.

    - Pas un instant, tout au long de son intervention, Jean-Luc Mélenchon ne reconnaîtra avoir été, pour le moins grossier
    - C’est tout juste s’il admet s’être mal exprimé
    - En préambule, les étudiants reçoivent une leçon
    - Assassin, il balance à la centaine d’étudiants
    - ne lui arrache pas de réponse convaincante
    - avant de revenir à son mot d’ordre, dignitas et gravitas
    - Haussement d’épaules et puis s’en va

    Dans ce paragraphe :
    « Cette thématique n’est pas nouvelle, Au second tout des régionales, il a accusé France Télévisions de le mettre à l’écart des plateaux en raison de son “allez au diable !” lancé à Arlette Chabot lors d’un débat aux européennes en 2009. En octobre dernier, lors des Assises du Journalisme à Strasbourg, il avait lancé à un auditoire de journalistes : “Je vous hais !” »
    Vous citez des infos hors de tout contexte dans le but évident de nuire à Mélenchon.

    Bref, vous justifiez l’accusation de Mélenchon accusant les journalistes d’être une caste avec laquelle il est impossible de dialoguer, préférant descendre le personnage plutôt que de répondre à ses questions.
    Pourtant les critiques grandissent, spécialement venant du web, et mettent un accusation un système plutôt que les journalistes. Vous feriez bien d’oublier votre réflexe de défense corporatiste pour réfléchir avec les gens qui ont des critiques justifiées et argumentées.

  • Tom Bombadil
    Tom Bombadil
    Je ne suis pas un hobbit
    • Posté à 23h52 le 09/04/2010
    • Internaute 9759
      Je ne suis pas un hobbit

    Je le trouve très bien, cet article. On vous sent un peu embarrassé devant ce gars qui vous prend de front, collectivement, avec un discours difficile à décrédibiliser d’un coup, parce que pensé, et qui vous embarrasse derechef en l’assumant, en venant le défendre au milieu de ses victimes. Je trouve qu’il en sort renforcé, courageux, intelligent, passionné, que ses coups portent pas mal, même si personne n’est dupe de ce qu’il ne dit pas, sur le versant de la presse qui mérite d’être défendu. On sent que vous aimeriez trouver la formule choc qui le renverrait à rien, mais que vous êtes un peu coincé par sa persévérance et finalement la pertinence d’une part importante de son discours, passé les effets de tribuns.

    C’est ce que je lis, et je trouve que c’est bien rendu. Petite cervelle peut-être, mais le métier est bien là, et quand il est bien fait, ça se voit !

  • Mandagot
    Mandagot
    Dans un pithos.
    • Posté à 01h04 le 10/04/2010
    • Internaute 95386
      Dans un pithos.

    - « Conseil national des médias » : Excellente proposition à laquelle je tiens aussi beaucoup. Vu l’importance de la profession de journaliste sans laquelle, avouons-le, nous serions assez perdu dans ce monde, l’existence d’une réelle déontologie et de sanctions de fautes professionnelles (du blâme à l’éviction de la profession) apparait plus que légitime. Notamment parce que je ne vois pas comment mettre fin à des dérives très françaises du journalisme (notamment une certaine proximité incestueuse avec le monde politique) peut être résorbée spontanément alors qu’elle fait le pain de toute la profession.

    J’ai noté une tribune sur Rue 89 a l’occasion d’un coup de sang d’un magistrat où un journaliste, dans un grand élan corporatiste affirmait que non, c’est hors de question, ce serait la fin de la presse libre (la presse libre a bon dos) et que les rédaction sont à même de sanctionner (les rédac de journaux qui profitent des dérives de leurs journalistes ?).

    - « la précarisation de la profession, incompatible avec un travail rigoureux et indépendant » : Tout à fait, mais les conditions d’exercice des paki de l’info ne sont pas seules en cause. Il y a aussi un état d’esprit général que l’on pourrait sans peine qualifier de paresse intellectuelle.

    Est-ce les deux seuls constat et proposition de fond qui ont été formulé ? C’est plutôt de bon sens et mérite, à la différence de la définition des bobos, bien plus de commentaires.

    Dans la mesure où Rue 89 malgré ses nombreux défauts (notamment à mon sens, pour user d’un euphémisme, la qualité très inégale de ses différents journalistes) a eut la fulgurance d’inventer une formule de média convaincante sur Internet, pourquoi ne pas lancer plus globalement un thème sur ce qui ne va plus dans le journalisme contemporain et pour quelle raison les professionnels sont désormais confrontés à une telle défiance de la part d’un public qui, pire que de la haine, éprouve souvent du mépris pour leur activité ? Cela ferait vachement média-citoyen, tout ça et un joli buzz... euh, « ramdam ».

    Cela suppose évidemment une forme de sérénité quant aux critiques qui seraient formulées, avec notamment l’acceptation préalable qu’il y aura forcément une dizaine de troll pour hurler « vous faites que d’la merde » et qu’il faudra donc esquiver deux-trois jets de tomates pourries sans pour autant se mettre en mode « rooohmézavezpal’droitdecritiquerfascistes ! ».

  • Sohoz
    Sohoz
    sans
    • Posté à 12h22 le 10/04/2010
    • Internaute 86574
      sans

    Ce qu’ici certains inconditionnels de Mélenchon (et j’en suis pourtant un, ô que d’efforts que d’écrire ceci !) n’ont visiblement pas compris, c’est que cet article, de par sa neutralité (il suffit de RE-lire, comme dit l’auteur dans les commentaires), ne le salit aucunement, ne lui donne certes pas tout à fait raison mais certainement pas tort non plus. L’auteur n’a pas juré de s’engager pour le Front de Gauche, ni faire campagne pour eux, ni avancer, ce que souhaitent certains, que Mélenchon a intégralement raison.

    L’article dépeint un caractère et une authenticité, c’est pourtant pas compliqué à comprendre. A partir de là, chacun se fait son idée, mais est-ce qu’il faut pour autant insulter la personne qui a écrit l’article ?

    Je pense que la conviction politique ne devrait pas devenir fanatisme pour un homme, laissez ça à a droite, bon sang de bordel.

  • Zineb Dryef
    Zineb Dryef
    Auteur(e) de l'article Journaliste Rue89
    • Posté à 15h46 le 10/04/2010
      rédacteur
    • Journaliste 24
      Journaliste

    Bonjour

    Il ne me semble pas avoir écrit un texte hostile à Mélenchon. Ce n’était pas l’objectif. Si je le cite si longuement, c’est bien pour parvenir à un débat sur le contenu plus que sur la forme mais un certain nombre de commentateurs ont fait dériver ce débat sur « pour ou contre Mélenchon » (ou pour ou contre Rue89 !) plutôt que sur son propos sur les médias.

    Jean-Luc Mélenchon est arrivé, plutôt remonté, pour s’expliquer à la fois sur l’incident avec F.B et sur son rapport avec les médias. Vous me reprochez les verbes « marteler » ou « gronder ». Oui et ? Vous me reprochez « accuser », « dénoncer »... voilà qui est curieux. Ce ne sont pas des verbes péjoratifs et que je sache, il n’est pas venu applaudir la profession au CFJ. Lui-même se décrit comme quelqu’un qui « crie, hurle » pour se faire entendre et comprendre (notamment par des médias qui l’ignorent). Le ton de la conf, la vidéo le montre, n’était pas des plus doux.

    J’ai le sentiment également que beaucoup interprètent le texte plus qu’ils ne le lisent. Je ne défends pas « les médias » dans cet article, ce n’est pas une tribune ou un édito. Bien sûr que j’insiste sur « pas d’excuses, pas de regrets » puisque c’était tout de même le fil directeur de son intervention.

    Concernant les poursuites contre F.B, il a été vague sur le sujet dans son blog. Hier, interrogé par un participant, il a sciemment évacué le sujet. Je lui ai donc posé la question pour en avoir le coeur net. Sa réponse : « Je ne le ferais pas non (...). Vous verrez bien. Je vais voir avec un avocat ce que je peux faire sur le droit à l’image. »

    Quant à mon opinion personnelle sur cette polémique, elle n’est pas passionnante. Je suis partagée, entre certaines points que je trouve justes dans le discours de Mélenchon et d’autres avec lesquels je ne suis pas d’accord.

    Enfin, j’ai effectivement fait le CFJ mais je ne vois pas le rapport avec ce papier. Je n’écris pas dans Bellaciao, il doit s’agir de reprises d’articles de Rue89. Quant à mes opinions politiques, elles ne concernent que moi et n’ont strictement rien à voir avec ce débat.

  • Enki
    Enki répond à Zineb Dryef
    alchimiste
    • Posté à 17h19 le 10/04/2010
    • Internaute 9562
      alchimiste

    Désolé, vous souhaitant un meilleur samedi...

  • Pierre Serisier
    Pierre Serisier
    Journaliste
    • Posté à 18h34 le 10/04/2010
    • Journaliste 19811
      Journaliste

    Toujours le même refrain, toujours le même index pointé. A aucun moment, le tribun du peuple n’a envisagé cette idée : il est peut-être un homme politique médiocre, comme il existe des journalistes, des garagistes, des hommes d’affaires, des VRP, des agriculteurs médiocres.
    Non, Jean-Luc Mélenchon ne doute pas un seul moment de lui. Pas une seconde, il ne se remet en cause, pas un seul instant, il ne se pose pas la question d’appartenir à une classe politique (de droite comme de gauche) qui désespère une majorité d’électeurs.
    Et puis encore la même technique pour se poser en victime. Il est évident qu’avec une telle stratégie et un tel comportement , cela incite à l’abstention et à la pêche à la ligne.

  • maxime vivas
    • Posté à 18h35 le 10/04/2010
    • Internaute 21150

    Jean-Luc Mélenchon ne fait rien d’autre que de soutenir que la terre est ronde devant un aréopage ensoutané qui jure qu’elle est plate et que le bûcher n’est pas loin.

    Je ne me lasse pas de raconter cette anecdote : en avril 2008, une équipe de trois journalistes de France 2 débarque chez moi à Toulouse après que j’eusse refusé de « monter » à Paris pour l’enregistrement de l’émission de Benoît Dusquesne : « Complément d’enquête ». Reporters sans frontières vient de créer un schisme entre la France et la Chine en perturbant le passage de la flamme olympique. J’ai mené une enquête de deux ans sur RSF et j’en ai fait un livre.

    Nous déjeunons ensemble et je passe presque cinq heures avec l’équipe de journalistes dont deux de filmage et interview dont le sujet est RSF. Je pensais qu’ils en garderaient quelques minutes dans l’émission.

    Or, quand elle est diffusée, il en reste une photo de la couverture de mon livre et d’une page intérieure où on lit que RSF reçoit des fonds d’officines écrans de la CIA. Quinze secondes ! Puis, apparaît Robert Ménard en personne, qui disserte à loisir, interminablement, sans contradicteur.

    A partir de là, le chef de l’équipe de France 2, Laurent B… (il se reconnaîtra) devient injoignable. J’essaie plusieurs fois de le contacter, puis j’y renonce.

    Quand il s’agissait de m’amadouer, de faire ami-ami avant l’interview, ce type-là m’avait gentiment prévenu : « Méfiez-vous, vous ne soupçonnez pas l’épaisseur du carnet d’adresses de Ménard ». Ménard a-t-il fait jouer ce carnet ? Ce que je sais c’est que le journaliste se tait, se couche, me nie.

    Des anecdotes de ce tonneau-là, j’en ai plusieurs dans le grenier de ma mémoire. Elles m’ont toutes instruit sur ce qu’est l’état d’esprit dominant de cette profession sinistrée et sinistre qui confond une bonne fois pour toutes le droit d’expression et le devoir d’informer. Et qui méprise les citoyens. Lesquels sont de plus en plus nombreux à lui rendre la pareille et c’est juste, c’est sain, c’est utile à la démocratie.

    En faisant bloc contre Jean-Luc Mélenchon, le clan se signale comme tel. Il donne involontairement à voir que le président du Parti de Gauche est un précurseur sur le sujet.

  • dupontlajoie
    dupontlajoie
    cadre sud
    • Posté à 18h45 le 10/04/2010
    • Internaute 26047
      cadre sud

    Meluche on a voté pour toi parce que tu es un petit peu plus radical que tes anciens ramollos du P.S mais faudrait pas que tu nous gonfles trop avec tes polémiques à deux balles ! ! ! !
    T’es pas au niveau sur ce coup là ! ! !