Eglise et pédophilie : la double peine du crime et du silence
Le traitement médiatique des crimes pédophiles dans l’Eglise catholique a soulevé une vague de colère chez de nombreux croyants. Une riposte a été donnée tous azimuts dès la fin mars. Un droit de réponse à un dessin de Plantu paru en Une du Monde (le 29 mars) a été réclamé par le père Patrice Gourrier, qui a également ouvert un site pour soutenir l’Eglise : www.jaimemonpretre.com. Initiative suivie par la publication d’un « Appel à la vérité » le 2 avril dans le Figaro, signé notamment par des journalistes, des intellectuels et des parlementaires.
Tous dénoncent un acharnement contre l’Eglise catholique et contre le pape. Ils s’en prennent au manque de déontologie des journalistes et à leur « délectation » à malmener l’Eglise. Certains se demandent même si tout cela n’est pas « orchestré » (voir l’éditorial de La Croix du 29 mars).
Ces réactions, quand elles ne frisent pas le ridicule, paraissent particulièrement déplacées.
Arrêtons-nous sur deux points. Le premier porte sur le profil de ces personnalités. Le père Patrice Gourrier est chroniqueur sur RMC, station bien connue pour son sens de la nuance et son traitement exemplaire des questions religieuses...
Précisons pour les lecteurs qui n’auraient jamais goûté l’écoute de cette radio commerciale, qu’elle diffuse régulièrement des propos d’une vulgarité sans égale : machisme, populisme, etc. Et rappelons que le père Patrice Gourrier a co-écrit en 2007 un livre avec l’une de ses animatrices vedettes : Brigitte Lahaie, ex-star de films pornos. Est-il bien placé pour donner des leçons de retenue et de morale ?
L’Appel à la vérité et la « partialité » des journalistes
Quant à « l’Appel à la vérité », il est signé, entre autres, par des journalistes (dont la plupart travaillent au Figaro, journal qui a publié l’Appel) qui dénoncent la « partialité » de certains confrères. Or ces mêmes journalistes expriment non seulement leur solidarité avec les prêtres (« nous sommes avec eux ») mais, dans le texte qui accompagne leur appel (voir la rubrique « à propos » sur le site internet www.appelaverite.fr), leur fidélité sans faille à l’Eglise :
« nous appelons au soutien et à la solidarité avec l’ensemble des catholiques, de leurs prêtres et de leur pape ».
N’y a t-il pas là un aveu de partialité en totale contradiction avec le propos de leur texte ?
Une chose est sûre, nous guetterons avec attention dans le Figaro les prochains éditoriaux d’Ivan Riouffol et Alexis Brézet (signataires de l’Appel) pour nous imprégner de leur sens de l’impartialité.
Signalons également la présence, parmi les pétitionnaires, d’un élu qui fut poursuivi pour homophobie (sa condamnation a été cassée en Cour de Cassation, ndlr), Christian Vanneste. A-t-on vraiment des leçons d’« éthique de responsabilité » à recevoir d’un tel individu ?
Le deuxième point concerne l’attitude de l’Eglise catholique à l’égard des victimes. En devenant bourreaux, des prêtres n’ont pas été seulement sources « d’offenses portées ( ) au Christ ». Et en les couvrant, des membres de la hiérarchie catholique ne se sont pas limités à de simples « dysfonctionnements » ou « manquements ».
L’Eglise du côté des victimes
Ensemble, ces hommes ont de façon radicale et tragique remis en cause la mission première de leur Eglise, l’invention la plus belle du christianisme, celle qui lui a donné une portée universelle et exemplaire : l’obligation de se placer, pour toujours et en tout lieu, du côté des victimes innocentes. René Girard, anthropologue et philosophe, a théorisé l’importance de ce message, qui a marqué le passage du temps des mythes et leurs nécessaires boucs-émissaires à celui de la Bible et son martyr innocent, « agneau de Dieu » porteur d’espérance (cf : « Je vois satan tomber comme l’éclair », ed. Grasset).
L’espérance, c’est bien avec les médias que les victimes et leurs familles l’ont retrouvée, quand ils se sont mis à leur écoute et ont su porter haut leurs témoignages, accompagnant ainsi leur combat pour la justice et la vérité, valeurs hautement évangéliques. En revanche, combien de ces victimes ont-elles déclaré avoir été soutenues et secourues par des religieux catholiques ?
Plutôt que de se lamenter sur les assauts extérieurs qui maltraitent l’Eglise et son pape, sur un registre victimaire particulièrement malsain en de telles circonstances, certains catholiques feraient mieux de se recueillir et de méditer sur les raisons d’un tel renversement de son message et de sa mission, qui l’a amenée à protéger des bourreaux, condamnant des victimes innocentes à une double peine : le crime et le silence.
►Précision le 9/4/10 à 12h00, concernant le jugement de Christian Vaneste cassé en Cour de Cassation.
- Sur Rue89Pédophilie : l'Eglise n'est pas une communauté de « parfaits »
- Sur Rue89« Le pape doit démissionner s'il a couvert des prêtres pédophiles »
- Sur appelaverite.frLe site Appel à la Vérité
- Sur jaimemonpretre.comLe site J'aime mon prêtre
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nc
nc
(Enfin un Luc Chatel sympa !)
Et d’abord, une précaution oratoire : par « Eglise catholique » je vais entendre la majorité de sa hiérarchie tous étages confondus et les fidèles qui la suivent, pas la totalité des fidèles dont plus d’un est horrifié par ces abus et furieux de se découvrir dirigé par de mauvais bergers, tant les coupables que ceux qui les ont couverts.
Si l’Eglise catholique est dans le pétrin, c’est qu’elle l’a cherché :
- En cachant tant qu’elle a pu, en achetant le silence des victimes comme on paie une pute après la passe sauf qu’ici la pute n’était pas une pute et n’était pas volontaire. On fait grand cas d’un B16 qui prendrait enfin le problème à bars le corps, c’est oublier que quand il était Ratzinger à la tête de la Congrégation de la Foi il a accentué la pratique du secret. Là, maintenant, il court après les effets de la catastrophe comme d’autres volent au secours du succès et comme un coupable se repent après son crime et pas avant.
- En exerçant sur ses fidèles un magistère moral fondé sur l’écrasement et sur la soumission. On voit ça et là des images d’enfants prosternés pile devant un prêtre en tenue qui leur impose les mains sur la tête. A genoux pile devant : la symbolique est terrible.
- En ayant fabriqué des pédophiles par sa règle du célibat et sa misogynie ancestrale. Elle minimise ses péchés en tapant sur ceux des autres (père de famille, enseignants, etc) en confondant pédophile et agresseur sexuel (ce qui, du point de vue des petites victimes, est hélas pareil). Car, alors qu’un père incestueux prend autant son pied avec Maman, la bonne, moi et le chien, autant un pédophile l’est par immaturité, par peur d’une sexualité adulte, par peur de la femme. Femme qui, pour les cathos, est soit la Vierge Marie, une icône, soit cette salo.e d’Eve par qui tout le mal est arrivé. Misogynie ancestrale : pas une femme au moindre poste de responsabilité dans l’Eglise.
Il est probable que moult cathos vont venir démonter mes arguments. Normal. Mais ils vont le faire dans un charabia ecclésiastique que seul un théologien jésuite pourra décrypter, pas le fidèle lambda qui se fera encore enfumer. En y ajoutant une bonne louche de casuistique, comme le curé formateur de séminaristes venu dire sur Rue89 qu’une liaison est tolérée si elle est discrète (ce qui permettra au lié de condamner la chose chez les autres en chaire, j’ai connu ça)
PS Il faut bien voir que la majorité des signataires de cet appel et la majorité des blogues qui soutiennent le pape sont de droite voire d’extrême droite, partisans d’une Eglise rigide sur ses fondamentaux à ceci près que ces fondamentaux ne sont pas ceux de l’Eglise initiale, pauvre et modeste, mais ceux de l’Eglise post-constantinienne, arrogante, porté sur la charité plus que sur la justice et donneuse de leçons qu’elle n’applique pas.




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