la marmite de l'info 08/04/2010 à 19h50

Le Monde sur le point de perdre son indépendance ?

Augustin Scalbert | Journaliste Rue89


Dans les locaux du Monde, en février 2008 (Audrey Cerdan/Rue89)

Un conseil de surveillance crucial a lieu ce vendredi après-midi au groupe Le Monde : confrontée à une crise de trésorerie qui fait craindre un dépôt de bilan dès juillet, la direction pourrait annoncer que deux groupes de presse espagnol et italien vont prendre la majorité du capital. La rédaction perdrait donc le contrôle du journal, qu'elle a depuis sa création en 1944.

Après la Correspondance de la presse, le site ElectronLibre.info annonce que le groupe Prisa (l'éditeur de El Pais, passé récemment sous contrôle d'un fonds de pension américain) accepte de recapitaliser le groupe Le Monde, à condition d'en contrôler 51% du capital conjointement avec les Italiens de L'Espresso.

A l'heure actuelle, Prisa possède 15% du capital et L'Espresso 3%. Selon ElectronLibre, ces parts pourraient monter respectivement à 34% et 17%, par le biais d'un rachat des 70 millions d'euros d'obligations remboursables en action (ORA) que Le Monde doit honorer en 2012.

Mécaniquement, la part des actionnaires internes regroupés au sein de Le Monde et partenaires associés (LMPA), qui s'élève aujourd'hui à 60% du capital du Monde SA, passerait sous les 50%. LMPA regroupe la Société des rédacteurs du Monde, la société civile des personnels des PVC (La Vie-Télérama) et l'association Hubert Beuve-Méry, du nom du fondateur du quotidien qui souhaitait que les journalistes gardent le contrôle éditorial du journal.

Endetté à hauteur de 50 millions d'euros, le groupe n'a pas vraiment le choix : BNP-Paribas a ainsi prêté 25 millions d'euros avec Télérama comme garantie, et l'obligation pour l'emprunteur de procéder à une recapitalisation.

Les différents acteurs du dossier sont peu enclins à s'exprimer avant le conseil de surveillance. Selon nos informations, LMPA pourrait proposer « d'autres solutions », mais les journalistes travaillent surtout à des propositions leur permettant de garder le contrôle éditorial.

De son côté, le groupe Lagardère (17% du capital), qui dispose d'un droit de regard sur tout changement dans le capital, ne devrait pas s'opposer à la montée de Prisa-L'Espresso, puisqu'il est plus intéressé par Le Monde Interactif que par le papier.

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  • Numerosix
    Numerosix
    Prisonnier dans le village (...)
    • Posté à 21h45 le 08/04/2010
    • Internaute
      Prisonnier dans le village (...)

    L'ennui , la dedans , c'est quid du Monde Diplo dans ce bazar ?

  • Endymion
    • Posté à 22h11 le 08/04/2010

    Je viens de résilier mon abonnement : ça a dû être le coup de grâce (quoi mégalo moi ? ). Non je rigole. Plus sérieusement, le Monde « journal de référence » avait franchement perdu de sa crédibilité. Au départ journal d'information, de réflexion et d'analyses qui aidait à se former une opinion, il s'était cru investi de la mission de faire l'opinion. Donc de se positionner par rapport aux pouvoirs, voire de se compromettre, on ne fréquente pas Alain Minc impunément.

    Pour l'information, on a maintenant Internet : les flash AFP ou Reuters neutres a priori et en direct et même les résultats d'élections sont disponibles plus rapidement et mieux sur le site du Ministère de l'Intérieur.

    Quant aux réflexions et analyses, elles sont le fait de personnalités extérieures qui s'expriment dans le Monde. Or le Figaro, la Croix, Libé, les Echos, le Point, l'Express, Marianne tous journaux qui, s'ils ont une ligne éditoriale bien claire (tout le monde ne lira pas la Croix), n'hésitent plus à accueillir des contributeurs qui portent la contradiction.

    Et je ne parle pas les centaines d'analyses de qualités diverses (mais qui donc en recèlent de bonnes) qu'on peut lire sur Internet. Je ne sais pas si vous connaissez Rue 89 mais c'est un exemple (joke ! ).,Mais il y a aussi Avoragox, Pediamart, Chashlik.info. (je ne vais tout de même pas faire de la pub pour la concurrence de mon site alternatif préféré).

    Donc sans dénigrer outre mesure la vache sacrée qu'est le Monde la vraie question en ce qui le concerne est : à quoi sert le Monde ?

  • unagi
    unagi répond à Numerosix
    卑語
    • Posté à 22h11 le 08/04/2010
    • Internaute
      卑語

    C'est le même homme, Hubert Beuve-Méry, qui a fondé les deux journaux. Il était rédigé, pour l'essentiel, par les journalistes du service étranger du Monde dont il épousait la ligne éditoriale.
    Le mensuel demeurait cependant sous le contrôle du Monde dont il constituait un simple service. Son responsable avait le titre de « rédacteur en chef », son directeur officiel étant le directeur du quotidien... Les journalistes du Diplo - à l'époque au nombre de deux - étaient membres de la Société des rédacteurs du Monde.
    Pour préserver son autonomie rédactionnelle et se mettre à l'abri des ambitions de certains hiérarques, Jacques Fauvet, avant son départ, nomma Claude Julien « directeur » du Monde diplomatique.

    Cela signifiait que, au sein de la même entreprise, il y avait désormais deux titres, Le Monde et Le Monde diplomatique, dont les rédactions étaient parfaitement étanches.
    Au début des années 1990, Le Monde diplomatique s'est retrouvé dans une situation paradoxale : sa rédaction était indépendante et sa gestion relevait de son seul ressort, mais il restait intégré au sein d'une entreprise comme une sorte d'enclave autonome.

    C'est alors que c'est engagée la bataille de la filialisation. La thèse était que, pour préserver son indépendance et clarifier les relations avec Le Monde, il fallait créer une entreprise filiale distincte.

    Jean-Marie Colombani accepta de céder jusqu'à 49 % du capital de la nouvelle société, Le Monde diplomatique SA, à deux actionnaires : l'association Gunter Holzmann (qui regroupe les personnels du Diplo) et l'association des Amis du Monde diplomatique. Ensemble, ces deux associations détiennent 49 % des parts, c'est-à-dire bien davantage que la minorité de blocage (33,34 %) qui empêche toute décision qui n'aurait pas leur aval sur deux sujets susceptibles de porter atteinte à son indépendance : la réforme de ses statuts et l'augmentation du capital.

  • Madiran
    • Posté à 22h23 le 08/04/2010

    Je suis de la Société des Lecteurs du Monde...Depuis « la grande » modification du capital et de l'organisation remontant maintenant à de nombreuses années...

    Le Monde a hélas perdu son indépendance depuis longtemps, j'en suis, ou plutôt en était abasourdi ! !

    Mais ces jours-ci apprendre que, de plus, il perd son indépendance financière ne m'inquiète pas outre mesure...

    Ce n'est pas une surprise, c'est certain ! !

    De la part d'un tel journal, j'aurais aimé par exemple pouvoir y lire des analyses économiques ; qui ne soient pas que des points d'experts ne nous décrivant que l'aspect financier des choses !

    Les lecteurs, pour la majorité d'entre eux, font cette différence entre « économie » et « finance »...Et c'était justement ce point important qui distinguait le lectorat du Monde de celui de ses confrères.

    De plus récemment nous avons vu et constaté les limites d'un théorème, celui de Modigliani Miller,

    « Le Monde » s'était il aperçu de cette différence, du coté humain de l'économie et ce qui le dissocie du monde de la finance... Je n'en suis pas vraiment certain !

    Comment donc nous montrer les limites de ce théorème ? (est-ce donc encore un théorème ? ) « le monde » n'y participa que du bout des lèvres, ou plutôt du bout de sa plume... Ce n'est là qu'un exemple, bien sur.

    Dommage pour le Monde...et ses lecteurs...

  • Beretman
    • Posté à 23h59 le 08/04/2010

    Comment un journal qui appartient pour partie à un groupe industriel comme Lagardère, qui survit grâce à l'argent prété par une banque, comment un tel journal pourrait-il être indépendant ? ... même si la ligne éditoriale, etc.