A la une 06/04/2010 à 20h20

Pour les paris en ligne, la légalité ne paiera pas forcément

François Krug | Journaliste Rue89

L’Assemblée vient d’ouvrir les paris en ligne à la concurrence. Les sites jusqu’ici illégaux risquent d’y perdre de l’argent.


Capture d’écran du site ZeTurf

C’est un des principaux bénéficiaires de l’ouverture des jeux en ligne à la concurrence, définitivement adoptée par l’Assemblée nationale. Le site ZeTurf, installé à Malte, défiait le PMU et les tribunaux français depuis cinq ans. Le problème, c’est que pour ce pirate des paris, la légalité pourrait se révéler beaucoup moins rentable.

Le projet de loi, voté ce mardi après-midi par les députés, met fin au monopole de la Française des jeux et du PMU. Parmi les candidats à une licence officielle, certains sont pourtant déjà très actifs sur le marché français. Depuis l’étranger, ils narguaient le fisc, la justice et les Renseignements généraux, chargés de surveiller le secteur.

C’est le cas de ZeTurf, lancé à Malte en 2005 et contrôlé par des investisseurs maltais et autrichiens. Son directeur général, Emmanuel de Rohan-Chabot, explique :

« On a regardé où on pouvait s’installer. Deux pays pouvaient nous accueillir : Malte et la Grande-Bretagne. C’était moins cher de monter une boîte à Malte.

Le pari était très clair : à un moment, ça allait se normaliser et la France devrait s’aligner sur les réglementations des autres pays européens. »

Dès le lancement du site, le PMU lance l’offensive juridique. Première condamnation, dès juillet 2005, devant le tribunal de grande instance de Paris : être installé à Malte ne dispense pas de respecter la loi française. En janvier 2006, la cour d’appel confirme la condamnation de ZeTurf.

La surprise viendra de la Cour de cassation : en juillet 2007, elle donne finalement raison à ZeTurf en se fondant sur la jurisprudence européenne. Une décision qui préfigure l’ouverture du marché votée ce mardi.

Pour opérer légalement, les sites comme ZeTurf devront encore décrocher une des licences de l’Arjel, la nouvelle Autorité de régulation des jeux en ligne. Ils risquent ensuite d’avoir une mauvaise surprise : la légalité, ce n’est pas forcément une bonne affaire.

ZeTurf espère rester rentable

La France n’offrira pas les mêmes attraits que Malte, ni pour les sites, ni pour les joueurs :

  • Les mises seront taxées à 15,5% (7,5% pour l’Etat, 8% pour financer la filière hippique), contre 0,5% à Malte ;
  • Le taux de retour (la part du total des mises qui revient
    aux gagnants) sera probablement plafonné entre 80% et 85% : pour attirer les parieurs, ZeTurf pratique aujourd’hui un taux de 95%

Après la redistribution aux joueurs et une fois les taxes payées, ZeTurf réalise donc une marge de 4,5%, soit 6,75 millions d’euros en 2009 sur un total de 150 millions d’euros de mises. Emmanuel de Rohan-Chabot compte bien maintenir cette marge sur le marché légal :

« Avec l’hypothèse d’un taux de redistribution de 80%, on peut maintenir une rentabilité comparable. Il faut une compétition à armes égales, entre des gens qui pratiquent tous un taux de 80%. Il faut donc que l’Etat ait les moyens de bloquer l’accès au marché aux sites qui ne respectent pas le plafond, via les fournisseurs d’accès ou en bloquant les transactions financières. »

Plusieurs géants se positionnent déjà sur ce marché. Comme BetClic, contrôlé par Stéphane Courbit, l’ancien complice d’Arthur chez Endemol, désormais homme d’affaires. Ou Bwin, dont Bernard Arnault, le patron de LVMH, est actionnaire.

Comment un site comme ZeTurf pourra-t-il faire le poids ? Emmanuel de Rohan-Chabot dément les rumeurs de rachat par Paris Turf, le quotidien des courses, mais il confirme sa volonté d’ouvrir le capital pour lever 10 à 15 millions d’euros. ZeTurf négocie aussi des partenariats avec « plusieurs opérateurs privés », dont le groupe Amaury (Le Parisien, L’Equipe). Une manière de rentabiliser l’expertise acquise dans l’illégalité.

La carte Pearltrees des articles sur les paris en ligne :

Paris en ligne

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  • anti_Tsarcosy
    anti_Tsarcosy
    etudiant
    • Posté à 20h40 le 06/04/2010
    • Internaute 35242
      etudiant

    Moi ce que je ne comprend pas, c’est que quand il s’agit de sauver les Artistes, on nous sort un arsenal juridique hallucinant ; par contre quand il s’agit de l’intérêt de l’État, c’est-à-dire de notre intérêt, là on courbe l’échine devant les sites basés à l’étranger.

    Alors pourquoi accepter cette ouverture à la concurrence ? ...Pour récupérer quelques piécettes via l’impôt ?

    Ce serait vraiment une vision court-termiste.

    N’est-il pas dans l’intérêt général de contrôler le jeux via le monopôle, afin d’éviter les méthodes agressives (pub...) qui pourraient conduire de nombreuses personnes vers la dépendances aux jeux ?

    Et je rajoute, cette ouverture qui va conduire à la privatisation de la Française des jeux (qu’on appelle FDJ dorénavant, généralement ces changements de noms ou contraction sont des signes précurseurs) qui rapporte beaucoup à l’État va encore permettre d’enrichir les mêmes

  • FrancaisX
    FrancaisX
    Anti-Extremes
    • Posté à 23h00 le 06/04/2010
    • Internaute 44937
      Anti-Extremes

    Ca me fait rire quand j’entends des gens vancer l’argument selon lequel l’ouverture a la concurrence va favoriser la pub et donc creer de futures dependances.

    Alors c’est simple, sortez au bar tabac du coin et observez...lotto,pmu,grattage,paris sportifs,et (mon preferé) le Rapido,sont deja en place depuis des années, les accrocs aussi d’ailleurs. Rien de nouveau, si quelqu’un a envie de jouer il a un endroit pour le faire tous les 500m en France.

    Personnellemnt je suis parieur (sport uniquement) depuis environ 4ans et je n’ai jamais placé un seul pari de ma vie a la FDJ. Il n’y a plus que les personnes qui n’utilisent pas internet (souvent agées) ou qui en ont peur (transactions) pour placer des paris la-bas. Le taux de reversion general est tout simplement scandaleux. Depuis des années, l’etat et cette societe se gavent sur le dos des petits parieurs. Tout le monde compare les prix sur internet avant d’acheter, et bien les parieurs d’aujourd’hui comparent les cotes avant de parier c’est aussi simple que cela. Pourquoi ne le feraient-ils pas ?

    Exemple : demain Bordeaux/Lyon en Ligue des Champions, il y aura t-il plus ou moins de 2.5 buts ? A la FDJ si je met 100€ je peux gagner soit 70€, soit 50€ si je fais le bon choix, sur internet je gagnerais pour le meme pari soit 110€ soit 85€. Le choix est vite fait.

    Avec cet exemple, facile de comprendre que beaucoup de bookmakers ne prendront pas leur license francaise et continueront depuis l’etranger pour rester competitifs et attirer des clients. La France n’aura pas les moyens de pression des USA pour faire comme eux, et forcer les peits paradis fiscaux a interdire les joueurs francais. D’ailleur le veut-elle vraiment. Bref tout ca pour dire que la France ne pourra pas faire grand chose a part bloquer les transactions monaitaires (les parieurs pro s’exileront et les petits prendront un VPN , outils qui au passage sera bientot indispensable avec cette politique internet d’un autre age) mais ca nuira plus a l’economie generale qu’a autre chose : Imaginez bloquer tous les portefeuilles electroniques...et Paypal ...

     :

  • shillom
    shillom répond à anti_Tsarcosy
    • Posté à 09h30 le 07/04/2010
    • Internaute 22134

    Il me semble que de nombreuses personnes sont déjà dépendantes au jeu dans cette situation de monopole. Ouvrir le marché ne changera pas grand chose à la situation actuelle, si ce n’est permettre au joueur de choisir son bookmaker. Et puis avant qu’internet détrone les café PMU, il faudra une nouvelle génération de joueurs. Je doute en effet que les habitués des bistrots et des échanges de tuyaux autour du comptoir changent de maison dès que la loi sera entrée en vigueur. D’ailleurs, le décret d’application n’est pas encore voté...

    Que ce soit au PMU ou à la française des jeux, il n’y a à l’heure actuelle aucun contrôle exercé sur l’identité des joueurs, sauf en cas de fort gain. On est donc loin de la protection des joueurs qui existe dans les cercles de jeu et les casinos par le biais du fichier national listant les personnes interdites de jeu.

    Notez aussi que les sites de casino et assimilés (poker notamment) sont aussi concernés par cette loi dont le cadre est loin de se limiter aux activités de la FDJ. Alors est-ce que le dit fichier d’interdits de jeu sera utilisé pour ces sites ? Comment éviter des contournements (par exemple par la déclaration d’une fausse identité) ?

  • asselin
    • Posté à 12h53 le 07/04/2010
    • Internaute 62896

    C’est assez drôle de voir les anciens pirates d’hier (ou en fait d’aujourd’hui) commencer déjà à évoquer la vilenie d’une concurrence déloyale...

    « Il faut une compétition à armes égales, entre des gens qui pratiquent tous un taux de 80%. Il faut donc que l’Etat ait les moyens de bloquer l’accès au marché aux sites qui ne respectent pas le plafond, via les fournisseurs d’accès ou en bloquant les transactions financières. »

    Quel bal des focus, je crois que ca se passe de commentaire ! ..