Pour les paris en ligne, la légalité ne paiera pas forcément
L’Assemblée vient d’ouvrir les paris en ligne à la concurrence. Les sites jusqu’ici illégaux risquent d’y perdre de l’argent.
C’est un des principaux bénéficiaires de l’ouverture des jeux en ligne à la concurrence, définitivement adoptée par l’Assemblée nationale. Le site ZeTurf, installé à Malte, défiait le PMU et les tribunaux français depuis cinq ans. Le problème, c’est que pour ce pirate des paris, la légalité pourrait se révéler beaucoup moins rentable.
Le projet de loi, voté ce mardi après-midi par les députés, met fin au monopole de la Française des jeux et du PMU. Parmi les candidats à une licence officielle, certains sont pourtant déjà très actifs sur le marché français. Depuis l’étranger, ils narguaient le fisc, la justice et les Renseignements généraux, chargés de surveiller le secteur.
C’est le cas de ZeTurf, lancé à Malte en 2005 et contrôlé par des investisseurs maltais et autrichiens. Son directeur général, Emmanuel de Rohan-Chabot, explique :
« On a regardé où on pouvait s’installer. Deux pays pouvaient nous accueillir : Malte et la Grande-Bretagne. C’était moins cher de monter une boîte à Malte.
Le pari était très clair : à un moment, ça allait se normaliser et la France devrait s’aligner sur les réglementations des autres pays européens. »
Dès le lancement du site, le PMU lance l’offensive juridique. Première condamnation, dès juillet 2005, devant le tribunal de grande instance de Paris : être installé à Malte ne dispense pas de respecter la loi française. En janvier 2006, la cour d’appel confirme la condamnation de ZeTurf.
La surprise viendra de la Cour de cassation : en juillet 2007, elle donne finalement raison à ZeTurf en se fondant sur la jurisprudence européenne. Une décision qui préfigure l’ouverture du marché votée ce mardi.
Pour opérer légalement, les sites comme ZeTurf devront encore décrocher une des licences de l’Arjel, la nouvelle Autorité de régulation des jeux en ligne. Ils risquent ensuite d’avoir une mauvaise surprise : la légalité, ce n’est pas forcément une bonne affaire.
ZeTurf espère rester rentable
La France n’offrira pas les mêmes attraits que Malte, ni pour les sites, ni pour les joueurs :
- Les mises seront taxées à 15,5% (7,5% pour l’Etat, 8% pour financer la filière hippique), contre 0,5% à Malte ;
- Le taux de retour (la part du total des mises qui revient
aux gagnants) sera probablement plafonné entre 80% et 85% : pour attirer les parieurs, ZeTurf pratique aujourd’hui un taux de 95%
Après la redistribution aux joueurs et une fois les taxes payées, ZeTurf réalise donc une marge de 4,5%, soit 6,75 millions d’euros en 2009 sur un total de 150 millions d’euros de mises. Emmanuel de Rohan-Chabot compte bien maintenir cette marge sur le marché légal :
« Avec l’hypothèse d’un taux de redistribution de 80%, on peut maintenir une rentabilité comparable. Il faut une compétition à armes égales, entre des gens qui pratiquent tous un taux de 80%. Il faut donc que l’Etat ait les moyens de bloquer l’accès au marché aux sites qui ne respectent pas le plafond, via les fournisseurs d’accès ou en bloquant les transactions financières. »
Plusieurs géants se positionnent déjà sur ce marché. Comme BetClic, contrôlé par Stéphane Courbit, l’ancien complice d’Arthur chez Endemol, désormais homme d’affaires. Ou Bwin, dont Bernard Arnault, le patron de LVMH, est actionnaire.
Comment un site comme ZeTurf pourra-t-il faire le poids ? Emmanuel de Rohan-Chabot dément les rumeurs de rachat par Paris Turf, le quotidien des courses, mais il confirme sa volonté d’ouvrir le capital pour lever 10 à 15 millions d’euros. ZeTurf négocie aussi des partenariats avec « plusieurs opérateurs privés », dont le groupe Amaury (Le Parisien, L’Equipe). Une manière de rentabiliser l’expertise acquise dans l’illégalité.
La carte Pearltrees des articles sur les paris en ligne :
- Sur Rue89Hadopi, Arjel : quand l'Etat se fait voler ses sites et ses marques
- Sur Rue89Paris truqués : les jeux en ligne vont-ils tuer le football ?
- Sur assemblee-nationale.frLe projet de loi sur les jeux en ligne, sur le site de l'Assemblée nationale
- Sur leparisien.frLes principaux opérateurs privés de jeux en ligne, sur LeParisien.fr
- Sur foruminternet.orgL'arrêt de la Cour d'appel de 2006 condamnant ZeTurf face au PMU
- Sur courdecassation.frL'arrêt de la Cour de cassation de 2007 donnant finalement raison à ZeTurf
- Sur rue89.comTous nos articles sur les jeux en ligne
- Sur rue89.comTous nos articles sur le PMU
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etudiant
etudiant
Moi ce que je ne comprend pas, c’est que quand il s’agit de sauver les Artistes, on nous sort un arsenal juridique hallucinant ; par contre quand il s’agit de l’intérêt de l’État, c’est-à-dire de notre intérêt, là on courbe l’échine devant les sites basés à l’étranger.
Alors pourquoi accepter cette ouverture à la concurrence ? ...Pour récupérer quelques piécettes via l’impôt ?
Ce serait vraiment une vision court-termiste.
N’est-il pas dans l’intérêt général de contrôler le jeux via le monopôle, afin d’éviter les méthodes agressives (pub...) qui pourraient conduire de nombreuses personnes vers la dépendances aux jeux ?
Et je rajoute, cette ouverture qui va conduire à la privatisation de la Française des jeux (qu’on appelle FDJ dorénavant, généralement ces changements de noms ou contraction sont des signes précurseurs) qui rapporte beaucoup à l’État va encore permettre d’enrichir les mêmes




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