document 04/04/2010 à 15h46

Le poème anti-Sarkozy qui a valu au gendarme d'être suspendu

Zineb Dryef | Journaliste Rue89

Pour avoir publié un poème de soutien à l'officier Jean-Hugues Matelly, 44 ans, radié pour une tribune publiée sur Rue89, un gendarme a été suspendu par sa hiérarchie.

Intitulé « Il pleut sur nos képis », ce poème a été publié sur le forum de l'association « Gendarmes et citoyens » il y a quelques jours. La direction de la gendarmerie nationale a ouvert une enquête pour entorse au devoir de réserve, considérant que le texte, critiquant vertement Nicolas Sarkozy et défendant Jean-Hugues Matelly, constitue une offense grave au chef de l'Etat.

Sur France Info, Jacques Bessy, le vice-président de l'Association de Défense des Droits des Militaires (Adefdromil), s'est déclaré inquiet face à cette « répression des délits d'opinions, ce qui rappelle d'autres pays et d'autres régimes ».

Rue89 republie en intégralité le poème, signé l'adujdant A.

« Il faisait beau alors, le jour où j'ai signé !
Je me souviens comme j'étais fier de m'engager,
D'être formé à ce métier par mes aînés...

Du bon droit je voulais être le soldat,
Dans le respect des traditions et des hommes.
Du citoyen, à tout faire je serai l'homme !

De ma personne alors, j'ai donné sans compter.
Ma famille dans cette voie s'est trouvée liée.
Mes devoirs étaient les siens sans qu'elle ait signé...

Nos Gradés, nos Officiers étaient nos modèles.
Ils savaient nous motiver et nous ordonner.
Alors nous étions soudés, unis et fidèles...

Nous savions des sacrifices la juste raison,
Et étions tous reconnus “Servants de la Nation ! ”
De la France, la plus noble et vieille Institution.

Un nouveau Roy fût nommé, et tout a changé.
Diviser pour mieux régner, tel était son but !
Il y parvint bien, précipitant la chute !

Pour ce faire, il choisit bien parmi les nôtres,
Ceux d'entre eux les plus vénaux, les moins fidèles,
Leur fit tant miroiter, qu'il furent ses “apôtres”.

Ces vendus et parjures aujourd'hui, ont ourdi
D'enterrer sans coup férir notre belle histoire...
De nous taire ils nous ordonnent, arguant : “Tout est dit ! ”

L'un des nôtres osa parler sans démériter,
se faisant ainsi le râle de notre douleur...
Il fût vite éliminé par ces fossoyeurs !

Aujourd'hui, Sainte Geneviève saigne et pleure,
Je sens bien ses larmes chaudes sous mon képi,
Comme si sur moi SARKOZY faisait son pipi...

Soldats nous sommes, et c'est debout que nous mourrons.
Et à l'instar de CAMBRONNE, “MERDE” nous dirons.
Nous briserons nos armes, mais nous taire “Pas question ! ”

Nous ne sommes que des hommes, soldats mais citoyens,
Et nos voix dans l'urne pèsent bien pour un scrutin...
Qu'on les entende ensuite, d'étonnant n'a rien.

Nous taire il ne faut point, surtout si c'est la fin !
Au pays des Droits de l'Homme, on dénie les miens.
Fidèle, loyal je suis, muet je ne suis point.

Même si tout est fini, que prévue est la fin,
Nous n'irons au sépulcre qu'après avoir tout dit.
Geneviève, Chère Patronne, Il pleut sous nos képis ! »

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  • Ianeak
    Ianeak
    escapiste
    • Posté à 15h58 le 04/04/2010
    • Internaute
      escapiste

    Un poète dans la gendarmerie ?
    Je pense surtout que c'est ce qui a le plus inquiété sa hiérarchie !

  • Elle18
    • Posté à 16h10 le 04/04/2010

    Je salue le courage de ceux, qui, même investis d'une mission de maintien de l'ordre, ne se résignent pas à être les simples chiens de garde du pouvoir et gardent une vision plus généraliste et plus saine de la mission qui est la leur, osant éléver leur voix contre leur instrumentalisation à outrance et l'abus qu'on fait d'eux. Servir l'Etat ne doit jamais se confondre avec servir les ambitions d'un homme, parce que servir l'Etat, c'est d'abord servir ses concitoyens.
    Nous devons apporter notre soutien à ces hommes courageux, durement sanctionnés pour avoir usé de leur droit d'expresssion.
    Ils n'ont pas hésité à mettre en jeu leur devenir professionnel, et méritent, à ce titre, quelque chose de notre estime.
    Bravo à eux, et merci.

  • le_Concombre
    • Posté à 16h19 le 04/04/2010
    • Internaute
      prof

    Ce poème est surtout une offense grave aux règles les plus élémentaires de la prosodie et de la versification. Que ceux qui nous gouvernent puissent se sentir menacés par de tels vers de mirliton en dit long sur leur misère intellectuelle.

  • Firmin
    Firmin
    employé du mois
    • Posté à 21h10 le 04/04/2010
    • Internaute
      employé du mois

    C'est marrant, outre sa nullité, ce truc est plein d'idées plutôt droitardes : exaltation de l'ordre, de la tradition, de la nation, référence à une sainte-patronne...
    Et pourtant, il est porté aux nues dans cette « cathédrale du gauchisme outrancier » (je cite le brillant Sarkhobbit, sous un autre article).

    L'important est donc de faire rimer Sarkozy avec pipi, le reste c'est du détail.

  • Mike75
    • Posté à 16h43 le 05/04/2010

    Je reconnais que le poême et son auteur malmènent quelque peu son président.
    Au delà des envolées lyriques, j'en retiens seulement le titre : « il pleut sous nos képis »...
    Comment ne pas pas comprendre l'acte désespéré d'un militaire qui constate jour après jour l'enterrement programmé de son institution séculaire ?
    Pour en connaître quelques uns, les gendarmes sont en général très attachés à leur corps, plus que la moyenne.
    Cela fait longtemps, trop peut être, que je les vois constater leur propre disparition progressive. Car beaucoup, quand on lit les forums et autres articles, ont conscience qu'au plus haut niveau de l'Etat (suivez mon regard), la disparition pure et simple de la gendarmerie est décidée.
    Je n'arrive pas à comprendre certains posts que j'ai pu lire ici, qui se satisfont de cet état de fait pour le motif que leurs auteurs ont pris quelques PV aux bords des routes...quel sens de l'histoire et du débat ! ! !
    « Il pleut sous nos képis » n'est de mon point de vue qu'un cri de douleur d'un homme qui a donné sa vie, et celle de sa famille bien souvent, pour une institution plusieurs fois centenaires, à l'Histoire chargée, et que l'on se prépare à enterrer au fond du jardin parce que leur Chef suprême ne les aime pas...
    Ou comment fouler au pied une institution reconnue et appréciée par l'immense majorité, insidieusement, discrètement, mais surtout définitivement. Car ne nous y trompons pas, quand la gendarmerie aura disparu, il n'y aura aucune machine arrière possible, à la différence de beaucoup d'autres mauvais choix qui ont été pris.
    Je salue à mon tour le courage et l'appel de ce gendarme, qui a renoncé à sa réserve pour défendre ce qu'il pense plus précieux et plus important, l'un de nos services publics les mieux ancrés dans notre histoire et nos territoires !
    Je tombe à la renverse de voir une nouvelle fois la dictature de la pensée faire son oeuvre ! Une autre carrière de brisée pour s'être exprimé ! ! !

  • jerome13103
    • Posté à 20h36 le 05/04/2010

    « Ce poème est surtout une offense grave aux règles les plus élémentaires de la prosodie et de la versification. »

    Elle est très facile celle-là.
    Comme on dit, comme pour la confiture, moins on en a, plus on l'étale, la culture.
    Que rue89 mette en avant votre commentaire n'est pas à son honneur, à moins que ce soit une volonté perverse de contre-publicité.