poisson d'avril 01/04/2010 à 00h03

L'Elysée s'est doté d'un logiciel « d'aide à la décision »

Zineb Dryef | Journaliste Rue89

Depuis 2007, l'Elysée utilise un programme informatique pour l'aider à décider des réformes. Le PS pourrait réclamer une enquête.


Le B5, précesseur du B6, en démonstration au salon Digital de Francfort en juin 2009 (Molly Riley)

Alors que le nouveau site de l'Elysée a bénéficié d'une couverture médiatique habilement orchestrée par Nicolas Princen, l'« oeil de l'Elysée » sur la Toile, rien n'a filtré sur B-6, un puissant logiciel d'aide à la décision, comparable à un super logiciel de gestion d'entreprise, régulièrement utilisé par Nicolas Sarkozy et son équipe depuis 2007.

Retraites, fonction publique, immigration, fiscalité, réforme territoriale... rien n'a été décidé sans « faire tourner » B-6. Un conseiller de Nicolas Sarkozy rapporte que le Président, pourtant grand débutant en informatique, refuse la moindre réunion hors du Salon vert, où le B-6 a été installé :

« Les réunions du matin du Président et des proches conseillers commencent toujours par une synthèse de B-6. Au départ, bien sûr, on trouvait tous ça bizarre, d'autant que l'ERP [le progiciel de gestion intégré, ndlr] est moins performant qu'on ne l'affirme.

Sur l'âge des retraites, l'une de ses propositions a quand même été d'allonger la durée de travail jusque 82 ans ! Comme tout est fondé sur des calculs, la machine prend la meilleure décision en fonction du but qu'on s'est fixé et met de côté les questions humaines, émotionnelles et sociales. »

« S'adapter rapidement aux exigences des électeurs »

Rue89 a été mis sur la piste en consultant une enquête des Renseignements généraux, portant sur une toute autre affaire, et évoquant l'utilisation du logiciel par les services de la présidence. Selon cette note :

« [Le B-6 a pour objectif de] mieux coordonner les opérations et la stratégie du gouvernement, d'augmenter la productivité française et d'obtenir une vision globale des réformes sur le pays.

Il permettra au gouvernement de s'adapter rapidement aux exigences et aux changements des électeurs. »

L'auteur de la note s'interrogeait :

« Est-il prudent que le PR poursuive une action dictée par un logiciel d'intelligence artificielle, d'origine étrangère, dont les tests n'ont pas été achevés ? »

Le logiciel n'est en effet qu'un prototype. Il a été mis à disposition de l'Elysée gratuitement, permettant ainsi aux chercheurs de mesurer son efficacité.

Henri Guaino super-méfiant face au super-ordinateur

Dans l'entourage de Nicolas Sarkozy, le poids de plus en plus important que prend B-6 dans les prises de décision du président, n'est pas du goût de tous. Selon un conseiller, si Henri Guaino n'assiste plus aux réunions matinales, c'est en raison d'une dispute violente avec Raymond Soubie au sujet de l'utilisation de B-6 qu'il jugeait « trop systématique ».

Cet hiver, raconte notre témoin, la réforme des lycées avec la proposition de suppression des cours d'histoire-géo a ainsi été soufflée par le logiciel. Henri Guaino, favorable à leur maintien, avait manifesté bruyamment son désaccord avec cette « idée ». Depuis, c'en est fini du Salon vert pour lui. « Il risquait de casser l'ordinateur », s'amuse-t-on au Château.

Pas franchement humaniste, B-6 a sorti le fameux chiffre de 27 000 expulsions de personnes sans-papiers à atteindre, un seuil nécessaire selon ses calculs pour atteindre le point critique susceptible d'attirer des voix du Front national. Chiffre qu'Eric Besson a eu beaucoup de mal à justifier. Sur Europe 1, il avait répondu, embarrassé : « Le chiffre n'est pas tombé du ciel. »

En 2008, le secret du B-6 avait failli être éventé par une déclaration de Carla Bruni :

« Il [Nicolas Sarkozy, ndlr] a cinq ou six cerveaux parfaitement irrigués. Je n'ai pas connu de crétins auparavant, ce n'est pas mon genre, mais lui ça va très, très vite. »

Les « six cerveaux » de Nicolas, private joke de Carla

Cette sortie mystérieuse de Carla Bruni était une allusion au nom complet du B-6 « Six brains » ou « Six cerveaux ». L'épouse de Nicolas Sarkozy, qui a l'habitude de plaisanter sur l'attachement grandissant de son mari à l'ordinateur du Salon vert, était dans le registre « private joke ».

Le rapport des RG est aussi arrivé entre les mains du Parti socialiste, qui entendait le rendre public la semaine prochaine. Mercredi dernier, une réunion s'est tenue à Solférino sur le sujet.

Mais le PS est divisé sur la riposte. Selon Razzy Hammadi, le secrétaire national aux Services publics, le parti devrait demander la constitution d'une commission d'enquête parlementaire :

« Certains éléments tendent à montrer que les réformes Bachelot et Dati (...) ont été partiellement inspirées par les modélisations de ce robot. On assiste à une déshumanisation de la politique fondée uniquement sur la logique du chiffre. C'est une dérive de notre civilisation. » (Ecouter le son)

Audio file

hamadi

Conçu dès les années 80 par une équipe de chercheurs américains et japonais de l'université Waseda, à Tokyo, B-6 est un outil capable d'analyser une situation et d'apporter une réponse à un problème. Martin Melva, l'un des concepteurs de B-6, a accepté de nous en expliquer le mécanisme :

« C'est assez simple. Ce logiciel, comme tous les logiciels d'aide à la décision, repose sur deux éléments : une grosse base de données et un moteur d'inférence. Ça veut dire qu'à partir de certaines règles, des pronostics vont être établis si on change tel ou tel paramètre.

Ces logiciels sont utilisés dans la plupart des secteurs, surtout en finance, en médecine... Mais B-6 est le seul à pouvoir être utilisé par un gouvernement. C'est actuellement le seul capable d'assimiler des données aussi complexes et complètes que celles d'un pays entier ! »

« C'est totalement dingue de l'appliquer à la France »

Le logiciel B-6 travaille sur un modèle à la fois économétrique et « sociométrique » : il simule les conséquences de différentes actions sur ce modèle. Interrogé par Rue89, un chercheur en intelligence artificielle, qui tient à garder l'anonymat, s'insurge :

« C'est scandaleux de travailler ainsi ! La meilleure manière de prendre une décision, c'est certes de tester plusieurs actions sur un modèle. Mais c'est totalement dingue de l'appliquer à la France ! Il y a des choses qu'on ne peut pas modéliser. »

La gouvernement espagnol, à qui le logiciel a aussi été présenté, a finalement décliné la proposition de test. Andrés Pérez, correspondant à Paris du journal espagnol Público, raconte :

« Le gouvernement espagnol avait reçu il y a dix mois une proposition pour un prétendu “logiciel d'aide à la décision politique de haut niveau”. Mais les conseillers ont pondu une note défavorable pour des raisons éthiques, parce qu'il ne leur semblait pas raisonnable d'introduire un robot dans les équipes de gouvernement.

Pendant la démo, les chercheurs ont expliqué que B-6 avait conseillé le chef de la sécurité de Areva, l'amiral Thierry d'Arbonneau, dans les prises de décision pour les opérations au Niger et les déclarations sur la rebellion touareg. Tout cela faisait un peu trop pour Zapatero, qui est plutot un mec genre éolien ou solaire. »

Contacté par Rue89, l'Elysée a démenti faire usage d'un tel logiciel.



Poisson

► Addendum le 01/04/2010 à 16h00 . Poisson :

mais bien sûr, après la fausse commission de l'Elysée pour le point-virgule et le tome 4 de Millénium, ce logiciel n'est qu'un (gros) poisson d'avril. Certains d'entre vous l'ont remarqué mais nous avons volontairement selectionné les commentaires de ceux qui se sont laissés prendre au jeu et/ou dans nos filets. Merci à Razzy Hammadi, à Andrés Pérez, à l'économiste Xavier Timbaud, à Frédéric Kaplan et à Christophe Vaudable, chercheur à l'Epitech, pour leur patience (« c'est quoi un progiciel ? ») et leur sens de l'humour. Notons qu'un site autrichien s'est laissé prendre.

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  • Monsieur Kaplan
    Monsieur Kaplan
    Journaliste SR
    • Posté à 00h22 le 01/04/2010
    • Journaliste
      Journaliste SR

    B 6, A 380, blabla...

    Prolexis, déjà, ce serait bien : cela permettrait peut-être à Nicolas Sarkozy d'améliorer son langage : -)

  • Eric Chapsal
    Eric Chapsal
    journaliste
    • Posté à 00h31 le 01/04/2010
    • Internaute
      journaliste

    J'ai travaillé sur l'ancêtre du B-6 (le B-4), dans les années 80, et il n'était pas du tout conçu pour un pays, mais pour des municipalités. Je suis vraiment très étonné qu'il soit utilisé dans ces conditions.

    Au passage, une petite erreur : l'équipe du laboratoire AI de l'U de Waseda était certes majoritairement américano-japonaise, mais il y avait deux Français et un Allemand.

  • Quixano David
    • Posté à 00h58 le 01/04/2010

    Bizarre, bizarre. Prises dans leur ensemble, les réformes de Sarkozy ont plutôt l'air d'avoir été tirées à pile ou face. Un ordinateur aurait agi de façon plus cohérente.

  • pipolino
    pipolino répond à Poilagra
    • Posté à 01h17 le 01/04/2010

    Qui peut faire confiance à une machine pour des prises de décisions d'un pays ?
    Un fou ?
    C'est dingue cette histoire. Sarkozy débloque complètement.
    Si je n'avais pas lu ça sur rue 89 je n'y aurais pas cru.
    Le pire sont ceux qui le laissent faire, le gouvernement.
    Et si la machine se grippe ?

    Nous sommes donc tous le jouet d'un type aux manettes ?

  • nono le simplet
    nono le simplet
    bidochon
    • Posté à 05h34 le 01/04/2010
    • Internaute
      bidochon

    attention au bug de l'an 2012

  • ColvertLE
    ColvertLE
    Retraité
    • Posté à 06h59 le 01/04/2010
    • Internaute
      Retraité

    De toutes façons tout le monde sait que ce n'est pas du tout un Logiciel Libre ...

  • Glam
    Glam
    juste ce type, vous savez ?
    • Posté à 07h04 le 01/04/2010
    • Internaute
      juste ce type, vous savez ?

    Wow. C'est pour le moins extrêmement dérangeant.

    Les chercheurs de l'université Waseda furent également les créateurs du logiciel de gestion exploité dans la série de jeux vidéo Sim City... il s'appelait B-2.

    Vous comprenez ce que cela veut dire... Nicolas Sarkozy est en train de jouer à un jeu vidéo grandeur nature. Et quand on sait que des chercheurs issus de cette même université participent au développement du concept de Natal (une caméra à reconnaissance de mouvements pour Xbox 360), il y a de quoi imaginer le pire pour les années à venir...

  • désinscrit-
    • Posté à 07h05 le 01/04/2010
    • Internaute

    B-6 .... Coulé

  • brazz
    • Posté à 07h09 le 01/04/2010
    • Internaute

    J'allucine complètement ! Ainsi là encore faute de talent et de compétence il a voulu singer les USA ! Encore que justement, sur ce domaine les grandes agences ne sont déjà pas d'accord et qu'au sommet c'est avec des individus et non des machines que ça se passe...
    En plus en France ! bordéliques par tradition et par culture, c'est vraiment le genre de truc à prendre avec de longues pincettes et avec des gants.
    Enfin, en tant qu'ingé informatique, c'est tout à fait le genre de truc qui me file les chocottes. Essayez d'imaginer un truc où vous monteriez si on vous disait « vous avez une faible chance que ça explose, mais jusqu'ici on n'a pas eu trop de dégâts bien qu'on n'ait pas pu le tester de façon exhaustive et qu'on ne soit pas certain des données à 100% ! » Vous monteriez, vous ?

  • Stephane MOT
    Stephane MOT
    Author & Chief AtoZ Officer
    • Posté à 07h18 le 01/04/2010
    • Internaute
      Author & Chief AtoZ Officer

    Je suppose que B-6 est avant tout plugge sur CVA.

    L'aide a la decision porte surtout sur le timing et l'etat de l'opinion.

  • lalejand
    lalejand
    Freelance multimédia à San (...)
    • Posté à 11h02 le 01/04/2010
    • Internaute
      Freelance multimédia à San (...)

    Mon oncle travaille sur la prochaine génération du B-6. Et tenez-vous bien, il est question d'étudier la possibilité d'implanter directement dans le cerveau une puce communicante avec le B-6. L'idée est d'arriver à faire ce que nombre d'auteurs de science fiction avaient imaginé : disposer d'un cerveau artificiel additionnel pour aider à la prise de décision.
    Bien que le champ d'application soit celui des prises de décisions sous environnement hostile ou sous forte pression psychologique (un soldat dans une bataille par exemple), Nicolas Sarkozy a confié à l'équipe scientifique que « les français devraient tous être équipés avec une telle puce, ça les rendrait moins irrationnels et ils seraient tous d'accord au moins »

    J'aime beaucoup cette tradition.

  • snaz
    snaz
    illustrateur
    • Posté à 15h45 le 01/04/2010
    • Internaute
      illustrateur
  • droopy14000
    droopy14000
    technicien
    • Posté à 15h55 le 01/04/2010
    • Internaute
      technicien

    On devrait élargir l'utilisation de cet outil à l'europe, il pourrait décider des quotas de pêche, par ce que moi ça me donne envis de manger du poisson toutes ces émotions.

  • Fao
    Fao
    étudiant
    • Posté à 15h56 le 01/04/2010
    • Internaute
      étudiant

    Je suis étudiant en dernier cycle d'une grande École d'ingénieur dont je tairait le nom par respect pour mes professeurs et camarades.
    Ma section est spécialisée dans la programmation de Progiciels ERP du même type que le B-6.

    Il y a deux mois, nous avons été approchés en « off » pour une offre de stage un peu particulière.

    En effet un sois disant collaborateur du bureau de N-K-M est venu nous proposer une embauche de 6 mois contracté par l'Etat.
    Proposition qui semblait tout à fait normale puisque nous recevons régulièrement des offres de programmation sur les sites des différents ministères (j'ai mois même effectué un stage de 3 mois rue Saint-Dominique au Ministère de la Santé).

    Ce Monsieur, très agréable et très pro, nous à demandé à mes camarades et moi même si nous avions eu vent de ce fameux B-6. Quand on sait qu'il s'agit d'une référence en terme d'ERP puisqu'il dispose d'un Groupware et d'un Workflow 100 000 fois plus puissant que les Progiciels utilisés dans des entreprises comme « Total » ou « Renault », nous lui avons répondu qu » effectivement nos professeurs ont été amenés à détailler à plusieurs reprises le fonctionnement du dit B-6.

    Après avoir consulté nos CV et bulletins de notation, le représentant s'est montré fort intéressé par plusieurs profils de ma promotion, dont le mien.

    Après discussion et présentation des conditions de stages plus qu'alléchantes ( 1 200 euros par mois, c'est le rêve de tout stagiaire), ce Monsieur nous à demandé si nous étions affiliés à un syndicat ou une association étudiante donnée.
    Comme plusieurs camarades de ma section, je suis effectivement affilié à l'UNEF, un syndicat étudiant clairement affiché à gauche.

    Je n » ai à l'heure actuelle aucune nouvelle de cette offre de stage qui devait commencer en mai prochain.
    En lisant cet article, je ne peux m'empêcher de penser qu'il s'agissait peut être d'une offre concernant le B-6 du Salon Vert !

  • Solomane
    Solomane
    Gourou
    • Posté à 17h15 le 01/04/2010
    • Internaute
      Gourou

    Méga poisson d'avril ! ouais c'est ça !

  • Zineb Dryef
    Zineb Dryef
    Auteur(e) de l'article Journaliste Rue89
    • Posté à 17h45 le 01/04/2010
      rédacteur
    • Journaliste
      Journaliste

    Mais bien sûr, après la fausse commission de l'Elysée pour le point-virgule et le tome 4 de Millénium, ce logiciel n'est qu'un (gros) poisson d'avril.

    Certains d'entre vous l'ont remarqué mais nous avons volontairement selectionné les commentaires de ceux qui se sont laissés prendre au jeu et/ou dans nos filets.

    Merci à Razzy Hammadi, à Andrés Pérez, à l'économiste Xavier Timbaud, à Frédéric Kaplan et à Christophe Vaudable, chercheur à l'Epitech pour leur patience (« c'est quoi un progiciel ? ») et leur sens de l'humour. Notons qu'un site autrichien s'est laissé prendre.

  • Zineb Dryef
    Zineb Dryef
    Auteur(e) de l'article Journaliste Rue89
    • Posté à 17h47 le 01/04/2010
      rédacteur
    • Journaliste
      Journaliste

    Précision : les commentaires n'ont pas été écrits par l'équipe de Rue89 mais bien par des commentateurs blagueurs ou par des lecteurs qui se sont laissé piéger. Merci à tous. C'était chouette, on a bien rigolé.