Entretien 25/03/2010 à 13h38

« Les femmes accouchent à 30 ans, comme au XVIIIe siècle »

Sophie Verney-Caillat | Journaliste Rue89

Les femmes qui ont accouché en 2009 avaient 30 ans en moyenne. L'âge à la maternité continue de reculer en France... Entretien avec Gilles Pison, auteur de l'étude publiée par Populations et Sociétés, la revue de l'Ined (Institut national d'études démographiques) .



L'évolution de l'âge moyen à la maternité en France (Ined)

Pour la première fois depuis un siècle, les femmes qui ont accouché en 2009 avaient 30 ans en moyenne. Est-ce une surprise et un symbole ?

Un symbole sûrement car c'est un âge rond, mais ce recul se produit depuis plusieurs décennies, c'est un mouvement continu et très important. Les femmes qui ont accouché en 2009 avaient un âge moyen de trois ans supérieur à leurs mères.

Chez celles qui ont eu leur premier enfant, l'écart est encore plus important : elles ont 28 ans en moyenne, contre 24 dans les années 70.

Vous faites remarquer qu'il n'y a qu'en 1914-18 que la moyenne d'âge de la maternité était à ce niveau. Elle dépasse même 30 ans entre 1916 et 1919...

Je n'ai observé ces données que sur un siècle. Mais au milieu du XVIIIe siècle, les femmes se mariaient à 26 ans en moyenne et avaient cinq enfants chacune, l'âge moyen était supérieur à 30 ans.

Pour la Première Guerre mondiale, cela s'explique par le fait que l'envoi des hommes au front a empêché des mariages de se faire et retardé les premières naissances qui auraient dû suivre ces mariages. Les enfants qui sont nés pendant cette guerre sont surtout nés de femmes qui avaient déjà des enfants, il y a eu peu de premières naissances.

Pendant la Deuxième Guerre mondiale, l'âge des mères s'est élevé temporairement, mais moins.

Pourquoi parle-t-on toujours de l'âge de la maternité et pas de celui de la paternité ? Comment l'un influe sur l'autre ?

Les deux évoluent de concert : la décision de faire un enfant est dans l'immense majorité des cas prise par un couple, en commun. L'âge moyen des pères suit historiquement celui des mères mais plus haut et s'établit désormais à 33 ans, en moyenne.


L'âge moyen de maternité en Europe (Ined)

Dans l'un des graphiques de l'étude, on peut comparer les âges moyens de maternité dans l'Europe des 27. Qu'est-ce qui influe le plus sur l'âge de la maternité ?

Ce n'est pas la religion, puisque par exemple les Italiennes et les Espagnoles sont bien plus âgées que les Polonaises. Ce n'est pas non plus le niveau de développement qui joue, les Britanniques sont bien plus jeunes à leur maternité que les Suédoises.

On observe un contraste entre les pays du centre-est et ceux de l'ouest de l'Europe. En Roumanie et en Bulgarie, les femmes accouchent particulièrement jeunes, c'est en partie une survivance de l'époque communiste où les femmes avaient leurs enfants très tôt, l'Etat subvenant à tout à l'époque, et aussi une caractéristique très ancienne dans ces pays. Mais là comme ailleurs, cet âge recule.

  • 30828 visites
  • 141 réactions
Vous devez être connecté pour commenter : or inscrivez-vous
  • dijou
    dijou
    Esclave d'une SSII
    • Posté à 13h54 le 25/03/2010
    • Internaute
      Esclave d'une SSII

    Il suffit de faire un peu de généalogie pour être frappé par l'âge souvent avancé auquel nos ancêtres faisaient des enfants. Chez mes ascendants j'ai vu beaucoup de naissances passé les quarante ans et bien avant le 19e siecle.

  • bleuet1
    bleuet1
    espère malgré tout
    • Posté à 13h56 le 25/03/2010
    • Internaute
      espère malgré tout

    J'ai discuté il y a quelques années avec une jeune maman allemande qui me disait que la moyenne basse du nombre d'enfants par femme dans ce pays s'explique notamment par la politique d'aide sociale de l'État. Les femmes ne sont pas très bien soutenues dans leur maternité de manière générale, notamment par rapport au travail. Du coup, j'imagine que ça influe aussi sur l'âge auquel elles ont des enfants, puisqu'elles doivent attendre plus longtemps d'avoir une situation financière plus assise pour envisager la maternité.
    En France, les aides sociales pour la maternité sont plus importantes qu'en Allemagne.

  • valentin59
    valentin59
    étudiant
    • Posté à 14h16 le 25/03/2010
    • Internaute
      étudiant

    Cette moyenne n'est pas très compliquée à comprendre...

    Quand je discute avec mes ami(e)s de l'idée d'avoir un enfant dans un avenir plus ou moins proche, la réponse est toujours la même et peu importe leur appartenance politique, religieuse ou communautaire. Nous préférons attendre d'avoir atteint une certaine sécurité dans notre emploi, un salaire décent... bref un cadre de vie optimal pour élever un enfant.

    Le chomage des jeunes est impressionnant, les premiers emplois se caractèrisent par leur forme précaire (CDD, Intérim » voire stage) et qui plus est le désengagement de l'Etat ne favorise pas le sentiment de sécurité économique et sociale.

    Ce recul de l'âge des mères, mis en parallèle avec l'année 1916 où l'Etat était concentré sur l'effort de guerre, montre bien l'état moral de la France : inquiétude et questionnement sur l'avenir.

  • Numerosix
    Numerosix
    Prisonnier dans le village (...)
    • Posté à 14h31 le 25/03/2010
    • Internaute
      Prisonnier dans le village (...)

    La reproduction, chez les Shadoks, a toujours été un grand problème. Les Shadoks pondent des œufs, dès qu'ils savent compter jusqu'à 4 Au début, ils pondaient des œufs ordinaires, mais ceux-ci se cassaient à chaque fois en raison des grandes pattes des Shadoks. Alors, ils ont commencé à pondre des œufs en fer. Mais il y avait encore un inconvénient, car comme le bébé Shadok à l'intérieur de l'œuf ne pouvait pas sortir, il fallait attendre que l'œuf rouille. Le « bébé » Shadok était alors déjà très vieux quand il en sortait...

    Lien

  • clairedesbois
    clairedesbois répond à libow
    doctorante-histoire
    • Posté à 14h45 le 25/03/2010
    • Internaute
      doctorante-histoire

    « Je croyais qu'on vivait moins longtemps donc il me semblait qu'on se “dépéchait” à assurer une descendance. »

    Le souci de cette phrase, ce sont les erreurs d'appréciation des chiffres concernant la démographie, la mortalité infantile, la nuptialité et autres statistiques barbantes...

    « On vit moins longtemps » : certes, on n'atteins pas aussi facilement les 85 ans qu'aujourd'hui. Mais ce qui est spectaculaire aujourd'hui sous nos latitudes, c'est le nombre de personnes qui atteignent l'âge adulte et même deviennent vieux. Pas tant la durée de vie donc (même si elle augmente), que le nombre de personnes qui vivent vieilles : la mortalité infantile est négligeable aujourd'hui en France par rapport à ce qu'elle était au XVIIIe siècle. Résultat, une espérance de vie d'Autant plus élevée qu'elle n'est pas plombée par les morts avant 1 an, 5 ans..
    L'espérance de vie au XVIIIe siècle n'est pas si mauvaise pour quelqu'un qui a passé l'enfance. Les femmes ont une espérance de vie inférieure à celle des hommes parce qu'elles meurent assez fréquemment en couches. Cependant, une femme qui atteint 45 ans - et à donc beaucoup moins de chance/risque de tomber enceinte et donc de mourir en couche- à une espérance de vie plus élevée que celle d'une femme de 25 ans, qui a des grossesses devant elle.
    Bref, cette idée que l'on meure jeune au XVIIIe siècle mérite d'être nuancée.

    Ensuite, pour la nuptialité.
    À part dans la noblesse, ou les filles se marient plus jeunes et les hommes plus vieux que dans le reste de la population, on se marie tard au XVIIIe siècle, parce qu'il faut avant de se marier mettre de côté assez d'argent pour pouvoir s'établir.
    Les filles travaillent dans les fermes à la campagne, ou comme femmes de chambre, bonnes à tout faire etc, le temps de réunir cette fameuse somme (qui aide à la constitution du trousseau aussi). Les hommes aussi travaillent pour obtenir une formation, un emploi (pour utiliser des termes contemporains), bref, une situation qui permettra d'installer le ménage.
    Enfin, il me semble que le mariage se fait vers 26-28 ans, et correspond en gros au décés des grands-parents. L'héritage (qui peut-être modeste, ou non, selon les familles) permet aussi le mariage des petits-enfants.

    Enfin je dirais « qu'assurer une descendance » est une préoccupation qui concerne surtout ceux qui ont quelque à transmettre. D'ou aussi les mariage précoce des filles dans la noblesse.

    Là je devrais donner des références pour justifier tout ça, des bouquins avec des jolis tableaux de chiffres. Mais je réalise qu'il est 14h39 et que mon texte sur l'histoire des femmes et du genre à rendre à la fin de la semaine n'avance pas, donc je fais l'impasse.

    Bon ok si,
    Lorraine Gadoury, La noblesse de la Nouvelle-France, Ville la Salle Hurtubise, HMH, 1991.
    L'auteure s'intéresse aux comportement sociaux importés de la France en Nouvelle-France, notamment sur le mariage, amis il y a sans doute plus pertinent comme référence.

  • lifka
    • Posté à 15h15 le 25/03/2010
    • Internaute

    Dans l'un des graphiques de l'étude, on peut comparer les âges moyens de maternité dans l'Europe des 27. Qu'est-ce qui influe le plus sur l'âge de la maternité ?

    Ce n'est pas la religion, puisque par exemple les Italiennes et les Espagnoles sont bien plus âgées que les Polonaises. Ce n'est pas non plus le niveau de développement qui joue, les Britanniques sont bien plus jeunes à leur maternité que les Suédoises.

    Nous n'aurons pas de réponse. Pourtant, Elisabeth Badinter dont le livre a été parfois caricaturé - on ne s'est intéressé qu'à son débat avec les écologistes - donne une hypothèse qui devrait être prise en considération. Elle s'est en effet intéressée à un fait que ne semble pas prendre en compte cette étude (je dis « semble » parce que je n'ai pas vu l'étude originale), c'est l'augmentation du nombre des femmes qui n'ont aucun enfant.

    Pour elle, dans un monde où en même temps la maternité triomphante est glorifiée de toute part (conservateurs et féministes écolo réunis) et l'épanouissement des femmes par leurs activités personnelles (travail etc) est rendu désirable et possible, les femmes doivent de plus en plus choisir entre être une « bonne mère » (c'est à dire allaitante et présente) ou s'épanouir dans des activités extérieures. Et puisqu'il n'y a pas « d'instinct » maternel, de plus en plus de femmes choisissent de ne pas avoir d'enfant ou du moins de reculer l'âge de la procréation au point que celle-ci devienne impossible.

    Et elle note que dans les pays où une représentation forte de la « bonne mère » s'accompagne de mesures importante pour favoriser la natalité sans prévoir celles qui permettraient aux femmes d'assumer en même temps leurs activités extérieures, la natalité a le plus baissé : de moins en moins de femmes seraient prêtes à assumer ce rôle trop contraignant dévolu aux mères. A l'inverse, dans les pays qui ont complété leurs armes natalistes par des solutions larges de garde d'enfants ou permettant au père de relayer la mère, la natalité a moins baissé, et s'est même maintenue comme en France.

    Ce serait l'image trop contraignante et à la mode de la « bonne mère » qui dissuaderait les femmes de faire des enfants. Peut-être à méditer ?

  • lifka
    lifka répond à dijou
    • Posté à 18h44 le 25/03/2010
    • Internaute

    C'est vrai, en partie parce qu'on se mariait parfois tard (il fallait gagner de quoi se marier, aider les parents etc.) mais aussi parce qu'on faisait des enfants tant que c'était physiologiquement possible - même si en France on a diminué les naissances dès le 18e siècle, bien avant que la contraception soit officiellement admise.

  • Sophie Verney-Caillat
    Sophie Verney-Caillat
    Auteur(e) de l'article Journaliste Rue89
    • Posté à 11h53 le 29/03/2010
      rédacteur
    • Journaliste
      Journaliste

    Précision de Gilles Pison au sujet du 18è siècle :

    Au milieu du XVIII siècle, en France, les femmes se mariaient assez tard, à 26 ans en moyenne, et avaient 5 à 6 enfants en moyenne chacune, la grande majorité une fois mariées - les naissances avant le mariage étaient peu fréquentes à l'époque. La durée de vie moyenne était faible, moins de 30 ans, en raison de la très forte mortalité chez les enfants. Mais une fois passé le cap de la petite enfance, un individu vivait en moyenne assez longtemps .