A la une 23/03/2010 à 14h44

Le vote du plan santé d'Obama a réveillé l'extrême droite

Pascal Riché | Redchef Rue89


Affiche raciste contre le plan santé

« Tyrannie ! » « Communisme ! » Sous la coupole du capitole américain, les débats ne sont pas tous policés. En témoigne la violence verbale qu’a suscitée l’adoption, dimanche par la Chambre des représentants, de la loi sur l’assurance maladie.

A lire le Washington Post, le représentant républicain du Michigan Mike Rogers a dénoncé la succession de « magouilles » (« dirty deals ») pour arriver au texte final. Devin Nunes, de Californie, a comparé les démocrates aux Soviets : « Dites non au totalitarisme ! »

Lorsque le démocrate Bart Stupak, pourtant anti-avortement, a pris la parole, une voix a été entendue dans les rangs républicains : « Tueur de bébés ! »

John Boehner : « Honte à nous, honte à cette institution »

Le leader de la minorité républicaine à la Chambre, John Boehner, s’est mis à crier dimanche, à 10 heures du soir, juste avant le vote, considérant que le peuple avait été trahi par la façon dont avait été discuté cette loi :

« Regardez comment a été rédigée cette loi ? Pouvez-vous dire que cela s’est fait ouvertement, dans la transparence ? »

Il crie la réponse : « Bon Dieu, non, vous ne pouvez pas ! Avez-vous lu le projet ? Bon Dieu non, vous ne l’avez pas lu ! » Et il poursuit :

« Honte à nous, honte à cette institution, honte à chacun d’entre vous, qui avez substitué votre volonté à celle du peuple. » (Voir la vidéo en anglais)

Ces élus sont sous la pression de militants de droite qui organisent des meetings vociférants (les « tea parties “, en référence à la fondatrice Boston Tea Party) à travers le pays. Initialement sonnée par la victoire de Barack Obama, cette droite dure reprend du poil de la bête depuis la chute de popularité du Président.

Ces militants manifestaient ces jours derniers autour du Capitole, criant des invectives aux élus démocrates qui passaient : ‘Escrocs !’, ‘Menteurs !’

L’un d’entre eux, Barney Frank, député homosexuel et fier de l’être, s’est même fait traiter de ‘pédé’ (‘faggot’) parmi les rires de l’assistance. Frank a dû appeler la police du Capitole pour pouvoir se frayer un chemin vers l’extérieur.

Insultes et crachat quand les élus noirs arrivent

Certains manifestants ont également insulté samedi des élus démocrates noirs, les traitant de nègres -un mot tellement haineux que la presse américaine l’écrit ‘n***er’. L’émotion a été d’autant plus grande que l’un de ces élus, John Lewis, est une icône : il avait été battu et laissé pour mort lors de la marche des Noirs en Alabama, dans les années 60. Un autre élu, Emanuel Cleaver, aurait reçu un crachat.

Sur la vidéo suivante, quelques députés du ‘Black Caucus’, parmi lesquels John Lewis (à droite, chauve, cravate bleue), passent devant les manifestants et se font huer. (Voir la vidéo)

En septembre, l’ancien Président Jimmy Carter a jugé que le racisme expliquait la violence exprimée contre les propositions
d’Obama.

‘Une période les plus affreuses du Congrès’

‘Ce fut l’une des périodes les plus affreuses et les plus étranges jamais traversées par le Congrès’ estime le chroniqueur du Washington Post, Dana Milbank, qui s’inquiète de la porosité entre les manifestations nauséabondes (à l’extérieur du Capitole) et les arguments républicains (à l’intérieur).

Cette porosité est flagrante sur la vidéo suivante, où l’on voit, à l’extérieur du Capitole, dimanche, le représentant Jack Kingston (Géorgie) prier parmi les manifestants, dans une ambiance plutôt hystérique, pour que le projet de loi sur la santé soit torpillé in extremis. (Voir la vidéo)

Photo : une affiche militante contre la réforme de la santé (‘Obamacare’) qui a fait l’objet d’une polémique l’été dernier.

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  • One for the money
    • Posté à 15h16 le 23/03/2010
    • Internaute 96346

    le courrier international consacre un dossier intéressant à tout ces fadas qui haissent Obama.
    Pathétiques, terrifiants, comiques , dangeureux, marginaux, extrêmement puissants, incroyables mais bien réels. des fêlés que l’on ne fait comme ça que là bas je crois. Et peut être aussi au Japon qui, côté fanatique, est sur le coup lui aussi...

    Just for today ne les laissons pas gâcher la fête. Les amis me disent sur le net qu’ils sont énormément nombreux à ne pas bouder leur plaisir. Un air d’Obamania revient, et une joie contagieuse.
    Ce qu’il se passe est énorme, deux visions s’opposent ; la lutte a toujours été féroce. Barack Obama poursuit ce rêve de pasteur assassiné, rappelle une fois de plus la morale et la justice à la rescousse, et passe la ligne pour marquer un essai, de justesse, mais c’est fait pour cette fois là.
    Dommage qu’Howard Zinn soit mort juste un peu trop tôt pour voir ça.

    Yes he can... ! Laissons les chiens aboyer le Barack-Van passe..

  • Tinhinane
    Tinhinane
    Médiatrice scientifique
    • Posté à 15h30 le 23/03/2010
    • Internaute 4901
      Médiatrice scientifique

    Nous avons été nombreux à croire, à espérer que l’élection d’Obama soit un indicateur d’une lente mais sûre érosion du racisme, sur le fond sans doute avons nous raison mais l’érosion n’est pas un événement de type sismique ou volcanique brusque, comme ces deux événements elle traduit une combinaison d’actions, sous l’influence de divers agents physico-chimique, qui modèlent en continue la géodynamique externe, et ou interne dans le cas des séismes et du volcanisme...

    Rappelons nous, nous avons été également nombreux à croire que la foule de la coupe du monde de football de 1998 et la composition de l’équipe de France étaient symptomatiques des temps qui changent, en mieux. Certes aujourd’hui nous pouvons admettre que cette vision est quelque peu angélique mais je suis de ceux qui pensent que ce n’est pas qu’angélique, utopique et naïf, la société française a globalement évoluée et est majoritairement moins xénophobe. Je dis bien majoritairement et pas totalement. Il est en est de même aux États-Unis.

    Par la violence de leurs dits et actes, les conservateurs et réactionnaires racistes et xénophobes produisent une pollution sonore et visuelle, « spectacle » que les médias ne peuvent ignorer, ce qui du coup amplifie sa résonance mais l’histoire de l’humanité est truffé de cimetières de réactions et comportements abjects impuissants toutefois fassent à l’inexorable évolution des mentalités dans le sens d’un meilleur dialogue, une plus grande compréhension et fraternité humaine.

  • asooyap
    asooyap
    Etudiante
    • Posté à 16h02 le 23/03/2010
    • Internaute 98014
      Etudiante

    Pour ma part, j’ai beau lire et relire la mentalité qui prévaut en Amérique et leur vision très individualiste de la société, je ne comprendrai vraisemblablement jamais en quoi le mot socialisme = diable et pourquoi tant de haine pour une réforme de santé qui permettra aux plus démunis de pouvoir se soigner.
    Il y a quelques mois, quand cette réforme soulevait les premiers tollés aux USA, je lisais un Marianne ou un courrier international (je m’en rappelle plus) où il y a avait le témoignage d’une jeune fille qui avait dû se faire enlever les incisives parce que ne pouvant les faire soigner. Les enlever lui coutaient 500$ tandis que les soigner tournaient autour de 2000$.
    Je ne comprends pas comment une société peut tolérer depuis aussi longtemps que les gens choisissent entre se loger et se soigner ? Qu’une assurance puisse refuser une personne parce que cette personne a des antécédents médicaux etc.
    Je ne comprendrais jamais non plus ces fous de Dieu qui sont eux aussi contre cette réforme, l’amour du prochain, la préservation de la vie on en fait quoi ? c’est seulement pour les foetus menacés d’expulsion ?

  • Thomas_Ashland
    Thomas_Ashland
    quenelle déracinée.
    • Posté à 16h09 le 23/03/2010
    • Internaute 55056
      quenelle déracinée.

    @Pascal Riché : Par rapport à votre titre, plus qu’un réveil, dimanche ça a été le moment paroxystique d’une mobilisation qui dure, qui dure. Les tea baggers sont survoltés par ce projet de loi depuis le début. Ça a été le feuilleton de l’été 2009 avec leur présence en nombre aux rencontres élus/électeurs pendant les vacances du Congrès pour s’exprimer contre cette loi. Ils n’ont pas quitté l’espace public depuis, il est vrai avec le support médiatique de Fox News, d’une blogosphère très développée et de pas mal d’argent provenant de véritables militants mais aussi d’organisations républicaines.

    Par ailleurs, la porosité entre les tea baggers et le GOP ne s’expliquerait-elle pas simplement par le fait que ces manifestants sont une manne de futurs électeurs (les élections de mi-mandats approchent, c’est en novembre...) qui s’alignent plutôt derrière Sarah Palin que l’establishment républicain (le chef du parti à l’éléphant, Michael Steele est d’ailleurs pratiquement invisible dans le débat).

    Les gesticulations du parti républicain qui se pare d’un accent populiste de droite sont bien une tentative de les récupérer à des fins électorales et surtout éviter l’apparition de candidats tiers estampillés « Tea Party » avec lesquels ils seraient en compétition pour les mêmes votes ( sociologiquement, en très gros, vieux blancs ruraux... une base électorale qui statistiquement décroît pour des raisons strictement démographiques) avec grosses difficultés à la clé pour réduire la majorité démocrate au Congrès.

    Ce qui fait la spécificité des Tea baggers, je trouve, c’est leur (dés)organisation, très ’grass-root’ en apparence, décentralisée, sans chef incontestable, ni porte-parole officiel. En évitant de s’institutionnaliser en tant que véritable politique, peut-être essaient-ils d’éviter la funeste prophétie de l’historien étatsunien Richard Hofstadter qui eut dit des partis tiers aux Etats-Unis, « ils sont comme les abeilles, une fois qu’ils ont piqué, ils meurent ». A mon sens, le Tea Party est là pour durer, au moins jusqu’en 2012.