A la une 23/03/2010 à 19h20

Grande distribution : Leclerc dénonce une enquête du Point

François Krug | Journaliste Rue89


Michel-Edouard Leclerc

n'a pas apprécié le dossier du Point sur la grande distribution et ses patrons. Sur son blog, il dénonce une enquête à charge : l'hebdomadaire aurait dû s'intéresser à son propriétaire, François Pinault, qui a lui aussi fait fortune dans la distribution.

Contacté par Eco89, Michel-Edouard Leclerc confirme ses accusations, mais il admet à demi-mots celles du Point sur ses pratiques commerciales.

« Grandes surfaces : l'enquête qui accuse », annonce Le Point. L'hebdomadaire s'intéresse notamment à Leclerc, « son univers impitoyable », mais aussi son « omerta ». Michel-Edouard Leclerc n'a en effet pas voulu répondre aux journalistes :

« Pour lui, critiquer Leclerc, c'est casser l'image d'une marque bâtie sur un positionnement simple : avec le consommateur, contre le producteur, pour les prix les plus bas. [...] La réalité est évidemment un peu différente. »

« Je n'ai pas tenu la main de Nicolas Sarkozy »


Michel-Edouard Leclerc à l'inauguration d'un magasin Leclerc à côté de Nantes en octobre 2003 (STR New/Reuters)

Michel-Edouard Leclerc a répliqué sur son blog. « Pour qui roule Le Point ? », s'interroge-t-il. Réponse, selon lui : pour la famille Pinault et pour les élus de droite n'appréciant pas sa conception du commerce.

« J'ai réagi avec un peu d'humour, je ne m'en prends pas à la liberté de la presse », nous a expliqué Michel-Edouard Leclerc ce mardi :

« Les “dossiers noirs de la distribution”, ça fait partie des marronniers. Mais Le Point met en valeur la fortune des nouveaux parvenus de la distribution, sans parler de Pinault ! Le buzz est à deux sens. »

Pinault, c'est à la fois François et François-Henri. Le père est encore propriétaire du Point. Il a transmis à son fils la présidence du groupe PPR, propriétaire notamment de Conforama et de la Fnac. Deux enseignes plus spécialisées que Leclerc, mais concurrentes sur certains secteurs.

Michel-Edouard Leclerc dénonce aussi une « instrumentalisation politique ». Comme le rappelle Le Point, beaucoup estiment qu'il a inspiré à Nicolas Sarkozy la suppression des marges arrière. A tel point que la LME, la « loi de modernisation de l'économie », est rebaptisée par certains « loi Michel-Edouard ».

L'intéressé se défend :

« Leclerc faisait du Leclerc en interpellant les pouvoirs publics, et Sarkozy a accroché à notre campagne. La loi LME est son initiative, je ne lui ai pas tenu la main. Certains à l'UMP sont des relais du lobby agro-alimentaire, tout ce monde s'est fait bousculer, et une façon de ne pas s'attaquer au Président, c'est de s'attaquer à son supposé inspirateur. »

Un « impôt Lidl » pour les marques qui trahissent Leclerc

Seulement, Michel-Edouard Leclerc n'a pas très envie de « rentrer dans le fond » de l'article. Le Point souligne pourtant des pratiques intéressantes à l'égard des fournisseurs. Par exemple :

  • Le « code 9 » : un système informatique déréférencerait automatiquement les marques ne respectant pas les exigences de Leclerc ;
  • Un « impôt Lidl » : les marques trahissant Leclerc en étant vendues chez le « hard discounter » devraient payer pour échapper au « code 9 ».

Interrogé par Eco89, Michel-Edouard Leclerc refuse d'en dire plus. Sans vraiment démentir les pratiques évoquées par Le Point :

« C'est légal, c'est connu, c'est contrôlé fiscalement. On doit avoir une fonction sociale positive, au vu du nombre de gens dans nos rayons. Après, le reste, on n'est pas obligé d'adhérer. »

  • 38807 visites
  • 54 réactions
Vous devez être connecté pour commenter : or inscrivez-vous
  • Tistou
    • Posté à 20h23 le 23/03/2010

    Donc si je comprends bien, Edouard confirme que tout ce qui est dit dans le Point, est vrai ... tout en ne lui faisant pas plaisir (on s'en serait étonné) : « pourquoi nous et pas les autres » ou « les autres font pareils voir bien pire » ! ! !

    Mais le plus ahurissant c'est que cela soit légale ! ! Code 9, Impôt Lidl ! !

  • smurf
    • Posté à 21h52 le 23/03/2010

    Michel-Edouard Leclerc, quand il passe à la télé (ce qui lui arrive souvent et visiblement il aime ça), prend toujours une posture de défenseur des consommateurs.
    Ne jamais oublier qu'il est chef d'entreprise et qu'il défend avant tout son entreprise.
    Il peut parfois arriver que les intérêts de Leclerc rencontre ceux des consommateurs. Mais ce n'est pas là son but premier.

  • alberich
    • Posté à 23h32 le 23/03/2010

    Rien dans la loi n'oblige un commerçant à acheter et distribuer telle marque ou une autre. Il se trouve que comme par hasard les fournisseurs font la queue pour être référencés.

    Pourquoi ? (comme dirait qui vous savez).

    Etre référencés assure des volumes de ventes importants, ce qui permet d'absorber les charges fixes. Leclerc achète donc à un prix les incluant.

    Les hard-discounters vendent moins cher mais achètent également moins cher. La tentation est grande pour un fournisseur ayant couvert ses charges fixes de vendre chez eux à un prix marginal et augmenter ainsi ses profits.

    Dans cette pratique où est le couillon ? Le fournisseur, celui qui achète comme Leclerc ou le hard-discounter. Bien entendu c'est Leclerc qui paye les charges fixes du fournisseur et se voit concurrencé par des prix ne les incluant pas.

    La position de Leclerc est donc simple, soit le fournisseur partage ou plus exactement reverse une partie du surcoût payé par Leclerc, soit il va se faire voir ailleurs.

    Et s'il va se faire voir chez un hard-discounter il se retrouve avec des charges fixes non couvertes et il perd de l'argent. A lui de voir...