La nouvelle formule de France Soir : champagne et millions
« Il a fini “comme un manouche sans guitare” en disant “comme un lecteur sans France Soir” ! » raconte un invité qui vient d'assister au concert privé de Thomas Dutronc. Il n'est pas loin de 22 heures. En montée, l'escalator est désert. A gauche, des dizaines d'invités descendent. Tout en haut, au dernier étage du Centre Pompidou, le George, restaurant dont les serveuses et la vue sont des plus belles de Paris.
Les panneaux lumineux de France Soir (Zineb Dryef) 
Habitués des cocktails mondains (Jack Lang), politiques (Franck Louvrier, Bernard Debré, Roger Karoutchi), vedettes de la télé (Karl Zéro, PPDA, Nikos Aliagas, Jean-Pierre Foucault) et anonymes non moins influents ont été conviés par centaines.
« 300 ou 400 personnes mais pas tous les journalistes de France Soir », rappelle un salarié du titre.
« C'est Kennedy », « Adieu Lino » et le célèbre « La mort de De Gaulle », diffusé à un peu plus de deux millions d'exemplaires : sur la terrasse, des panneaux lumineux reproduisent les unes légendaires de France Soir.
Sur des écrans géants, les invités ont suivi presque en direct l'impression du numéro tant applaudi.

Eclair France Soir (Zineb Dryef)
Le nom du journal est partout. Près des bars à champagne (Ruinart, Cristal Roederer) et avec les multiples tournées de petits fours, au-dessus de la scène sur laquelle, après Thomas Dutronc, mixent Béatrice Ardisson et Chris de Multifunkshun.
Même les éclairs au caramel sont surmontés d'une fine plaque de chocolat blanc croquant reproduisant des caractères du journal et à l'effigie de Coluche.
Pougatchev sort les grands moyens
Alexandre Pougatchev, 25 ans, se promène parmi les invités, tout sourire. Nouveau propriétaire milliardaire de France Soir, il a investi environ 50 millions d'euros pour faire du journal « le premier quotidien français ». Les bons moyens étant les grands, le jeune Franco-russe a fait plus qu'une nouvelle formule.
Première étape : déménagement des bureaux dans un immeuble sur les Champs-Elysées et embauche de près de 90 journalistes. Ce mercredi, 500 000 exemplaires seront disponibles en kiosques. A 50 centimes le numéro puis 70 centimes, le quotidien veut mordre sur le lectorat du Parisien, dont il a embauché l'ancien patron Dominique de Montvalon (démis de ses fonctions en septembre 2009) en chef du service politique.
Pour accompagner ce lancement, une campagne de pub sur tous les médias à 20 millions d'euros brut, aussi retentissante que la soirée. Mais les grandes fêtes ne donnent pas toujours des grands médias : en octobre 2004, Pink TV donnait une soirée mémorable au palais de Chaillot. Six ans après, la chaîne cherche toujours son audience.
L'objectif pour 2010 et 2011 est d'atteindre des ventes de 150 000 à 200 000 exemplaires. Un sacré défi pour un journal vendant jusque-là seulement 23 000 exemplaires et dont le lectorat a encore accusé une baisse de plus de 15% cette année.
La future légende de la presse, s'il venait à le relever, est félicité pour sa soirée. Ce n'est pas totalement hypocrite, la soirée est douce.
« Je ne parle pas à Rue89, c'est bas de gamme »
J'ai ma caméra et des questions. Présentations. Alexandre Pougatchev refuse, sans se départir de son sourire :
« Non. Je ne parle pas à Rue89, c'est bas de gamme. »
C'est dit sans arrogance, avec courtoisie.
« Bas de gamme... Vous lisez le site ?
- Non, je ne le lis pas mais on me l'a dit.
- Le site de France Soir, vous le relancez aussi ? Ce sera haut de gamme ?
- Populaire, mais il ne sera pas bas de gamme. »
De méchantes expressions avec « poutre », « voisin », « hôpital » et « charité » se bousculent dans ma tête.
« J'ai de l'argent, vous savez »

Capture d'écran d'une interview vidéo d'Alexandre Pougatchev sur BFM
Le nouveau France Soir tant attendu de ce mercredi matin, s'il est plus aéré, n'est pas franchement révolutionnaire. Le carnet hippique est conservé. Autour, 40 pages de format tabloïd et des signatures annoncées : Patrick Poivre d'Arvor, Laurent Cabrol, Thierry Roland, Bernard Debré, Eric Naulleau.
Mais pourquoi investir autant d'argent dans ce projet auquel personne n'a l'air de sincèrement croire ? Chacun a ses explications :
- Il faut bien dépenser son argent ;
- Alexandre Pougatchev cherche à s'affirmer loin de son père, l'oligarque Sergueï Pougatchev, comme l'illustre cette anecdote du Point : agacé par un journaliste qui l'a interrogé sur l'origine de ses fonds, Alexandre Pougatchev a sorti des billets : « J'ai de l'argent, vous savez » ;
- Pougatchev père veut se racheter une image auprès du pouvoir russe qui en a marre des oligarques, avance Mediapart ;
- Pougatchev fait de la politique et veut soigner l'image du pouvoir russe en France ;
- Des navires « Mistral » contre un bon journal pour le gouvernement français, suppose le Nouvel Obs qui voit, dans les négociations françaises avec la Russie pour la vente de quatre navires, une bonne affaire pour Pougachev père, propriétaire dans les chantiers navals du Nord (Saint-Peterbourg), où seront assemblés les Mistral ;
- Il veut prendre la place du Parisien. La guerre s'annonce difficile. Sur son blog, le spécialiste médias du Point, Emmanuel Berretta, développe ce qu'il qualifie de « revanche ».

La plaque de chocolat France Soir (Zineb Dryef)
Peut-être un amour sincère pour la presse française et Lazareff. Dans le discours prononcé par le jeune oligarque ce mardi soir, des « accents de Miss France » relève un invité. Par exemple dans ces mots :
« J'adore Paris, j'adore la France, j'adore France Soir qui était le plus grand quotidien français. »
Pour ceux qui n'auraient pas compris, les cadeaux offerts aux invités par France Soir à la fin de la soirée rappellent la volonté du jeune patron. Sur une plaque de chocolat de 500 grammes :
« Mars 2010, France Soir redevient le grand quotidien populaire français de référence. »
► Voir le portrait d'Alexandre Pougatchev par BFM TV.
► La carte Pearltrees de la nouvelle version de France Soir (en savoir plus sur Pearltrees)
- Sur Rue89France Soir : « Vous avez bafoué l'esprit de mon grand-père »
- Sur mediapart.frFrance-Soir, la nouvelle danseuse russe, sur Mediapart.fr (payant)
- Sur france-info.comUn nouveau France Soir, sur France-Info.com
- 25570 visites
- 88 réactions
















5







sur le fil
sur le fil
Amusant, rendez vous dans 5 ans pour voir évaluer la réussite de l'entreprise.
La recette semble simple, prendre des grands noms du journalisme et espérer attirer le chalands avec des stars. Si nous devions faire une analogie ce serait Chelsea ou le Réal Madrid...avec le succès qu'on lui connait : défait par le quatrième du championnat de France en ligue des champions.




Partager