17/03/2010 à 13h31

La nouvelle formule de France Soir : champagne et millions

Zineb Dryef | Journaliste Rue89


La une du France Soir de ce mercredi

« Il a fini “comme un manouche sans guitare” en disant “comme un lecteur sans France Soir” ! » raconte un invité qui vient d'assister au concert privé de Thomas Dutronc. Il n'est pas loin de 22 heures. En montée, l'escalator est désert. A gauche, des dizaines d'invités descendent. Tout en haut, au dernier étage du Centre Pompidou, le George, restaurant dont les serveuses et la vue sont des plus belles de Paris.



Les panneaux lumineux de France Soir (Zineb Dryef)

Ce mardi soir, France Soir occupe le prestigieux espace pour fêter le lancement de sa nouvelle formule.

Habitués des cocktails mondains (Jack Lang), politiques (Franck Louvrier, Bernard Debré, Roger Karoutchi), vedettes de la télé (Karl Zéro, PPDA, Nikos Aliagas, Jean-Pierre Foucault) et anonymes non moins influents ont été conviés par centaines.

« 300 ou 400 personnes mais pas tous les journalistes de France Soir », rappelle un salarié du titre.

« C'est Kennedy », « Adieu Lino » et le célèbre « La mort de De Gaulle », diffusé à un peu plus de deux millions d'exemplaires : sur la terrasse, des panneaux lumineux reproduisent les unes légendaires de France Soir.

Sur des écrans géants, les invités ont suivi presque en direct l'impression du numéro tant applaudi.


Eclair France Soir (Zineb Dryef)

Le nom du journal est partout. Près des bars à champagne (Ruinart, Cristal Roederer) et avec les multiples tournées de petits fours, au-dessus de la scène sur laquelle, après Thomas Dutronc, mixent Béatrice Ardisson et Chris de Multifunkshun.

Même les éclairs au caramel sont surmontés d'une fine plaque de chocolat blanc croquant reproduisant des caractères du journal et à l'effigie de Coluche.

Pougatchev sort les grands moyens

Alexandre Pougatchev, 25 ans, se promène parmi les invités, tout sourire. Nouveau propriétaire milliardaire de France Soir, il a investi environ 50 millions d'euros pour faire du journal « le premier quotidien français ». Les bons moyens étant les grands, le jeune Franco-russe a fait plus qu'une nouvelle formule.

Première étape : déménagement des bureaux dans un immeuble sur les Champs-Elysées et embauche de près de 90 journalistes. Ce mercredi, 500 000 exemplaires seront disponibles en kiosques. A 50 centimes le numéro puis 70 centimes, le quotidien veut mordre sur le lectorat du Parisien, dont il a embauché l'ancien patron Dominique de Montvalon (démis de ses fonctions en septembre 2009) en chef du service politique.

Pour accompagner ce lancement, une campagne de pub sur tous les médias à 20 millions d'euros brut, aussi retentissante que la soirée. Mais les grandes fêtes ne donnent pas toujours des grands médias : en octobre 2004, Pink TV donnait une soirée mémorable au palais de Chaillot. Six ans après, la chaîne cherche toujours son audience.

L'objectif pour 2010 et 2011 est d'atteindre des ventes de 150 000 à 200 000 exemplaires. Un sacré défi pour un journal vendant jusque-là seulement 23 000 exemplaires et dont le lectorat a encore accusé une baisse de plus de 15% cette année.

La future légende de la presse, s'il venait à le relever, est félicité pour sa soirée. Ce n'est pas totalement hypocrite, la soirée est douce.

« Je ne parle pas à Rue89, c'est bas de gamme »

J'ai ma caméra et des questions. Présentations. Alexandre Pougatchev refuse, sans se départir de son sourire :

« Non. Je ne parle pas à Rue89, c'est bas de gamme. »

C'est dit sans arrogance, avec courtoisie.

« Bas de gamme... Vous lisez le site ?

- Non, je ne le lis pas mais on me l'a dit.

- Le site de France Soir, vous le relancez aussi ? Ce sera haut de gamme ?

- Populaire, mais il ne sera pas bas de gamme. »

De méchantes expressions avec « poutre », « voisin », « hôpital » et « charité » se bousculent dans ma tête.

« J'ai de l'argent, vous savez »


Capture d'écran d'une interview vidéo d'Alexandre Pougatchev sur BFM

Le nouveau France Soir tant attendu de ce mercredi matin, s'il est plus aéré, n'est pas franchement révolutionnaire. Le carnet hippique est conservé. Autour, 40 pages de format tabloïd et des signatures annoncées : Patrick Poivre d'Arvor, Laurent Cabrol, Thierry Roland, Bernard Debré, Eric Naulleau.

Mais pourquoi investir autant d'argent dans ce projet auquel personne n'a l'air de sincèrement croire ? Chacun a ses explications :

  • Il faut bien dépenser son argent ;
  • Alexandre Pougatchev cherche à s'affirmer loin de son père, l'oligarque Sergueï Pougatchev, comme l'illustre cette anecdote du Point : agacé par un journaliste qui l'a interrogé sur l'origine de ses fonds, Alexandre Pougatchev a sorti des billets : « J'ai de l'argent, vous savez » ;
  • Pougatchev père veut se racheter une image auprès du pouvoir russe qui en a marre des oligarques, avance Mediapart ;
  • Pougatchev fait de la politique et veut soigner l'image du pouvoir russe en France ;
  • Des navires « Mistral » contre un bon journal pour le gouvernement français, suppose le Nouvel Obs qui voit, dans les négociations françaises avec la Russie pour la vente de quatre navires, une bonne affaire pour Pougachev père, propriétaire dans les chantiers navals du Nord (Saint-Peterbourg), où seront assemblés les Mistral ;
  • Il veut prendre la place du Parisien. La guerre s'annonce difficile. Sur son blog, le spécialiste médias du Point, Emmanuel Berretta, développe ce qu'il qualifie de « revanche ».


La plaque de chocolat France Soir (Zineb Dryef)

Peut-être un amour sincère pour la presse française et Lazareff. Dans le discours prononcé par le jeune oligarque ce mardi soir, des « accents de Miss France » relève un invité. Par exemple dans ces mots :

« J'adore Paris, j'adore la France, j'adore France Soir qui était le plus grand quotidien français. »

Pour ceux qui n'auraient pas compris, les cadeaux offerts aux invités par France Soir à la fin de la soirée rappellent la volonté du jeune patron. Sur une plaque de chocolat de 500 grammes :

« Mars 2010, France Soir redevient le grand quotidien populaire français de référence. »

► Voir le portrait d'Alexandre Pougatchev par BFM TV.

La carte Pearltrees de la nouvelle version de France Soir (en savoir plus sur Pearltrees)

Nouvelle version de France soir

  • 25570 visites
  • 88 réactions
Vous devez être connecté pour commenter : or inscrivez-vous
  • ecor1
    ecor1
    sur le fil
    • Posté à 14h49 le 17/03/2010
    • Internaute
      sur le fil

    Amusant, rendez vous dans 5 ans pour voir évaluer la réussite de l'entreprise.
    La recette semble simple, prendre des grands noms du journalisme et espérer attirer le chalands avec des stars. Si nous devions faire une analogie ce serait Chelsea ou le Réal Madrid...avec le succès qu'on lui connait : défait par le quatrième du championnat de France en ligue des champions.

  • numeroSeptduvillage
    • Posté à 15h37 le 17/03/2010

    Par ZINEB DRYEF : « au dernier étage du Centre Pompidou, le George, restaurant dont les serveuses et la vue sont des plus belles de Paris. »

    je suis une femme qui parle en mon nom et qui est fatiguée de voir étalée au quotidien ce genre de phrase « les serveuses et la vue... »
    La conjonction de coordination « et » est censé lié 2 éléments de la même famille. Ici le dénominateur commun est « belle ». Mais le problème c'est qu'associer une femme à un objet ou un paysage est dérangeant. Pire, on doit comprendre que seule les femmes de cet endroit sont belles (et donc seul l'esthique prime, parmi de milliers d'autres qualités, valeurs ou choix de vie) et que les autres sont moches et donc condamnables ?

    Aurions-nous pu lire ceci (qui est un faux débat puisque je ne réclame pas que les hommes soit également dégradés)
     » au dernier étage du Centre Pompidou, le George, restaurant dont les serveurs et la vue sont des plus beaux de Paris. » ?

    je ne pense pas.

    être femme demeure, dans le discours sexiste, à être une potiche aux yeux de bambis.

    @« Personnellement je préfèrerait que tous les capitalistes n'investissent pas dans la presse. Qu'ils aient gagné leur argent dans la mafia ou dans l'exploitation ordinaire. »
    bien dit ! Non seulement nous avons perdu en 3 ans toutes la diversité de notre presse par un non soutien du gouvernement dans l'accompagnement au changement des media...ce qui a entrainé de vendre en patûre nos presses nationales à... des puissances étrangères ! ! ! arghhhhhhhhh
    D'ailleurs depuis que Sarko vend des tronçons de paris à des puissants miliardaires, dont des russes, c'est toute notre territoire qui devient massivement des zones de traffics intenses (attention je ne veux pas associer russe à mafia).
    Au lieu de faire de Paris une megalopole humaine, tout est fait pour la rendre insecure et développer la business de la securité.
    Au secouuuuuuuurs.

  • DeSuisse
    DeSuisse
    Je pense donc je gêne !
    • Posté à 15h39 le 17/03/2010
    • Internaute
      Je pense donc je gêne !

    Vivement que l'on trouve des personnes de ce type pour mettre des sous (bcp) dans un journal français moribond.

    Le dernier, c'était.... Rotschild pour Libé, non ? Ce journal a maigri, perdu des « plûmes » voire des plumitifs mais garde sa ligne.

    Et cet article pue le parisiano-parisianisme (y compris concernant Rue89) qui tourne en rond (Le Point, Le nouvel Obs, Médiapart...). C'est beau comme la mare au Canard...

  • Olivedzep
    Olivedzep répond à numeroSeptduvillage
    sale gauchiste athée
    • Posté à 15h52 le 17/03/2010
    • Internaute
      sale gauchiste athée

    Blablabla. C'était purement stylistique. pourquoi toujours chercher une atteinte au féminisme partout ?

    De plus, si je ne me trompe, Zineb est un prénom féminin. Ce qui devrait atténuer votre vexation, non ?

    Chère Zineb, c'était un joli zeugme, quoi qu'on en dise.

  • de la soul
    de la soul
    Go ahead, make my day.
    • Posté à 18h07 le 17/03/2010
    • Internaute
      Go ahead, make my day.

    à voir : La lecture pertinente du premier numéro de cette nouvelle formule de France-Soir par le site Arrêt sur Images :

    « Le nouveau France Soir aime beaucoup Sarkozy »
    Lien

    Une analyse instructive où l'on retiendra un sarkozysme affiché dans le journal France-Soir, non dénué d'arrière-pensées (en rapport avec les intérêts du propriétaire russe du journal)

  • Wallabys
    • Posté à 15h02 le 18/03/2010
    • Internaute
      V

    Surprenant…
    À la vue de l'état de la PQN et de ses ventes, un milliardaire Russe décide de jeter son argent par une fenêtre des Champs-Élysées. Quoiqu'il en soit, c'est plutôt une bonne nouvelle pour les journalistes et photographes qui travailleront et qui auront un salaire.
    Surprenant cette nouvelle formule, qui n'a de nouveau que le nom. Le graphisme est d'une médiocrité et d'une ringardise terminale. Penser qu'il est possible de tuer le Parisien sur son terrain avec les mêmes armes est une erreur. Le Parisien est un vrai quotidien, quoiqu'on en pense, qui distille de l'information « fast-food » peut-être, mais de l'information digeste. Le graphisme du Parisien est lui aussi plus digeste.
    Surprenant de continuer à penser que c'est avec un absolu manque d'imagination dans la présentation que ce canard (France-Soir) va pouvoir s'imposer sur un marché saturé et abandonné par le lectorat par ce même manque d'imagination.
    Surprenant aussi ce coté : « j'achète mon lectorat » avec une cagnotte de 1000€/jour. Typique du constat : journal vide et sans fond mais « lisez-le quand-même il y a de l'argent à gagner ».
    Bref surprenant qu'un oligarque Russe décide de perdre de l'argent en France en relançant un quotidien moribond dans la pire période que la Presse Quotidienne Nationale ait connue de son histoire…
    Les dessous et les intentions politique de cette affaire sont à décortiquer pour que nous puissions comprendre cet acte économiquement suicidaire.
    Au fait, c'est pas Sarko qui admire Poutine ? Quand on voit comment ce dernier à traité les journalistes de son pays… à méditer.

    MAJ mineures le 18/03/2010