Un faux reportage télé sème la panique en Géorgie
Après la diffusion d’un faux reportage simulant une nouvelle attaque de la Russie, la Géorgie a eu peur samedi dernier. Des magasins pris d’assaut, quelques crises cardiaques... Le pays reprend doucement ses esprits.
Une mauvaise blague qui dérape
Prime-time sur Imedi TV. Après un court avertissement du journaliste prévenant du trucage à venir, la bombe est lancée. Pendant dix minutes, avec des images de l’invasion russe de 2008, le présentateur raconte comment les troupes de Moscou auraient de nouveau investi le pays et assassiné le Président Saakachvili, grâce à l’aide des leaders de l’opposition. (Voir la vidéo sous-titrée en anglais)
Le reportage va jusqu’à transformer des déclarations de Dmitri Medvedev, de Barack Obama et de diverses personnalités politiques russes et géorgiennes afin de renforcer la véracité de la vidéo.
Avant même la fin du sujet, les services d’urgences du pays sont saturés. Les malaises s’enchaînent et des centaines de Géorgiens s’approvisionnent de produits de première nécessité.
Pour ajouter à la confusion qui règne sur le pays, notamment à Gori, l’une des villes les plus touchées par la guerre de 2008, les réseaux de téléphonie mobile sont totalement saturés durant la soirée de samedi.
Tollé général...
Depuis dimanche, toute la classe politique géorgienne condamne violemment l’initiative. Le président de la chaîne, Giorgi Arveladze, a dû monter au créneau pour expliquer sa démarche :
« L’objectif était de parler des menaces de sécurité auxquelles notre pays fait face. Notre but était d’évoquer ouvertement le plan préparé à Moscou avec tous les détails douloureux. »
L’opposition dénonce elle une tentative de manipulation du gouvernement afin de discréditer ses opposants, par la voix de leur leader, Nino Burjanadze :
« La façon dont le gouvernement traite la population est scandaleuse. Je suis sûre que chaque seconde de ce programme a reçu l’approbation [du Président] Saakachvili. Beaucoup de gens ont été traumatisés. »
... sur fond de manipulation
D’autant que Arveladze, à la tête de la chaîne Imedi TV, est un proche du Président et un ancien chef de l’administration présidentielle. Saakachvili est en perte de vitesse depuis sa tentative de reprise par la force de l’Ossétie du Sud en 2008, et nombreux sont ceux, des deux côtés de la frontière russo-géorgienne, à voir derrière ce reportage une manœuvre politique.
L’opposition y est présentée comme dévouée au Kremlin, prête à prendre les commandes pour les offrir à l’ennemi. Chez le chef d’Etat, on ne condamne d’ailleurs la démarche qu’à demi-mot. La porte-parole du Président géorgien a déclaré :
« Aux yeux du Président Saakachvili, tout le monde a droit à la liberté de parole, mais dans ce cas précis, une annonce avertissant que le programme était une imitation aurait dû être faite afin d’éviter la panique. »
Sans oublier d’ajouter que ce reportage était « extrêmement proche de ce qui pourrait arriver ».
Alors que depuis cet été, de nouvelles tensions naissent entre la Russie et la Géorgie, il faudra sûrement encore un moment avant que la population, encore sous le choc de l’attaque éclair d’août 2008, ne retrouve son calme.
Les Belges ont vécu un canular similaire fin 2006 lorsque la RTBF a diffusé un docu-fiction d’1h30 annonçant la déclaration d’indépendance de la Flandre. Malgré un bandeau « ceci est une fiction » présent pendant la majeure partie de la diffusion, de nombreux téléspectateurs avaient pris l’information pour argent comptant.
- Sur Rue89Fin du Figra. La télé nous informe-t-elle encore ?
- Sur Rue89Géorgie : Mikheil Saakachvili, l'exalté du Caucase
- Sur civil.geSaakashvili : le faux sujet TV "proche de ce qui pourrait arriver" (en anglais)
- Sur caucaz.comImedi TV : Les Russes envahissent la Géorgie, Saakachvili assassiné - un canular qui fait rire jaune, sur Caucaz.com
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… une nouvelle attaque de la Russie…
… sous le choc de l’attaque éclair d’août 2008
Il faudrait vous informer…
« La commission de l’Union européenne chargée d’enquêter sur les causes du conflit russo-géorgien d’août dernier est parvenue à la conclusion que le président géorgien Mikhaïl Saakachvili a initié les hostilités, quotidien allemand Der Spiegel. » 23/03/09
« La diplomate suisse Heidi Tagliavini a remis au Conseil des ministres européens à Bruxelles le rapport de la Mission d’enquête mandatée par l’Union européenne sur les causes du conflit russo-géorgien de l’été 2008. Le rapport de près de mille pages réunies en trois volumes, qui contient près de quatre cents pages d’analyses juridiques, militaires et historiques, pointe du doigt la Géorgie qui a causé le déclenchement du conflit. » Le Temps (Suisse) 30.09.09
On peut, sans grande crainte de se tromper, conclure que cette « fiction » ne déplait pas à Saakachvili, histoire de faire peur à sa population et de se rappeler au bon souvenir des Etats-Unis et de l’Europe. Ces derniers ont pris pas mal de distance avec ce dictateur petits-bras.




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