A la une 14/03/2010 à 12h59

Scandales de pédophilie dans l'Eglise, Benoît XVI embarrassé

Pierre Haski | Cofondateur Rue89

Le Pape pourrait être éclaboussé par des affaires étouffées dans toute l'Eglise, mais aussi dans son propre diocèse allemand.



Le pape pendant la prière de l'Angélus, au Vatican, février 2010 (Alessandro Bianchi/Reuters)

C'est une véritable épidémie de révélations qui affecte désormais l'Eglise catholique sur la question des abus sexuels.

Il y a d'abord eu des cas anciens apparus dans la chorale de Ratisbonne, dirigée pendant 30 ans par le propre frère du pape, Mgr Georg Ratzinger. Ce dernier affirme qu'il s'agit d'événements antérieurs à son arrivée à la tête de la chorale, et sur lesquels il ne savait rien.

Mais, dans le Spiegel, un ancien élève, le metteur en scène et compositeur Franz Wittenbrink, affirme :

« On le savait tous. (...) Je ne peux pas m'expliquer pourquoi Georg Ratzinger, qui était maître de chapelle depuis 1964, ne pouvait pas être au courant. »

Plus gênant encore, on a appris qu'un prêtre présumé pédophile avait subi une « thérapie » en 1980 dans l'archevêché de Munich, alors dirigé par Joseph Ratzinger, l'actuel Benoît XVI, qui en avait été informé. Que savait-il et comment a-t-il géré cette affaire ?

En Allemagne, 170 plaintes en quelques semaines

Au total, en quelques semaines, on compte quelque 170 plaintes pour abus sexuels en Allemagne, couvrant les deux tiers des diocèses. Des révélations qui s'ajoutent à celles qui ont secoué l'Eglise américaine ces dernières années, puis celle d'Irlande où le nombre de plaintes dépasse les 14 000, ou encore l'Autriche, les Pays-Bas ou l'Italie.

Dernier pays en date, la Suisse, où la presse fait état de quelque 60 cas en cours d'investigation par l'Eglise suisse.

On est donc passés de quelques situations nationales où l'épiscopat local pouvait être jugé responsable de dérives couvertes par le secret de l'Eglise catholique, à une crise globale, qui la confronte à une crise morale profonde.

Pour Benoît XVI, la crise est double :

  • D'abord, il est personnellement concerné en raison de ses responsabilités antérieures en Allemagne. Que savait-il, et a-t-il participé à ce que la ministre allemande de la Justice vient de qualifier de « mur du silence » ? Nul doute que les enquêtes en Allemagne vont se poursuivre.
  • Mais surtout, c'est un des dogmes principaux de l'Eglise qui est au centre du débat : le célibat des prêtres, considéré comme une des causes possibles du problème.

« La règle du célibat, racine de tous les maux »

Le pape ne s'est évidemment pas prononcé sur les affaires de son ancien diocèse, sauf à exprimer son soutien, vendredi, à l'Eglise allemande qui s'est engagée à faire toute la lumière sur les affaires d'abus sexuels, et a présenté ses « excuses ».

En revanche, Benoît XVI s'est exprimé sur la question du célibat, réaffirmant vendredi son caractère « sacré » et « le signe de la consécration toute entière au Seigneur ». Pas question d'y toucher, donc, malgré les voix qui s'élèvent au sein même de l'église.

Parmi celles-ci, le théologien suisse Hans Küng, qui a autrefois enseigné en Allemagne et a eu comme collègue un certain Joseph Ratzinger. Küng, certes marginal au sein de l'église actuelle, a réclamé « l'abrogation de la règle du célibat, racine de tous les maux ».

Une autre voix, plus significative peut-être, est celle de l'archevêque de Vienne, le cardinal Christoph Schönborn, pour qui l'Eglise doit étudier la place du célibat des prêtres pour expliquer ces scandales.

Certes, comme le rappelait samedi un éditorial du Monde, ceux qui réclament l'abolition du célibat n'en font pas « un remède miracle contre la pédophilie ». Mais il souligne qu'« on n'a jamais relevé de phénomène de pareille ampleur dans des religions où les pasteurs sont mariés ».

Il est peu probable que le pape actuel se laisse ébranler par ces prises de position. Mais sa parole est aujourd'hui menacée par les révélations qui ne manqueront pas de continuer d'affluer, une fois la parole libérée, à la fois sur ses possibles responsabilités dans l'étouffement d'affaires en Allemagne, et sur l'ampleur du phénomène des abus sexuels dans l'Eglise.

  • 27134 visites
  • 237 réactions
Vous devez être connecté pour commenter : or inscrivez-vous
  • Charles Mouloud
    Charles Mouloud
    Bras gauche de la Vénus de (...)
    • Posté à 13h51 le 14/03/2010
    • Internaute
      Bras gauche de la Vénus de (...)

    Lorsque l'on est un catholique honnête envers ses convictions (par hypothèse gratuite, il doit bien en exister) et que l'on apprend - comme tout un chacun - que bon nombre de curés sont inculpés de pédophilie sur les plaintes de leurs victimes, sans que le Pape ne les punisse autrement que par une simple admonestation à retardement (qui lui fut imposée par les médias) l'on doit - si l'on n'est pas pédophile soi-même - impérativement quitter l'Eglise catholique.
    Point ! Y rester signifierait, soit que l'on est pédophile, soit que l'on est complice : en approuvant ou en tolérant, ces pratiques.
    Lien

  • lally
    lally répond à le soudanais
    • Posté à 14h32 le 14/03/2010

    Golias est un des derniers journaux catholiques progressistes.
    J'y participe de temps en temps.

    Comme je le disais sur leur site, il faudrait pouvoir remodeler complètement la formation religieuse. Pas seulement celle des prêtres mais celle de toute fonction religieuse.

    Pourquoi ? Parce que si l'on creuse les raisons qui poussent les gens à s'engager dans une profession religieuse, il y a souvent à la base une peur d'assumer une sexualité, un problème identitaire que le postulant à la prêtrise ou le futur moine, la future moniale, pense résoudre et sublimer au travers un engagement religieux.
    Or, l'engagement religieux ne résout rien du tout. Il va au contraire installer un déni profond lorsqu'il y a problème identitaire et sexuel grave.
    Et dans le cas de la prêtrise, puisque la hiérarchie définit le prêtre comme supérieur aux autres hommes et hors la loi vis à vis de la justice civile, le postulant va se dire qu'avec cette fonction, il pourra en quelque sorte réaliser ses perversions sans être jamais inquiéter pénalement ni hiérarchiquement.

    Tant que l'institution de l'Eglise était un pouvoir politique fort et qu'il n'y avait aucune loi pour pouvoir être entendus par la justice sur des affaires de viol, d'attouchements, d'inceste, d'abus sexuels, et qu'il n'y avait pas de population suffisamment éduquée scolairement, l'institution ecclésiale pouvait continuer à fonctionner par le mépris de telles affaires et le non-dit hypocrite.

    Mais, comme des lois ont permis que des victimes de viols, d'attouchements, d'inceste, puissent porter plainte et obtenir réparation, qu'il y a maintenant des personnes suffisamment éduquées scolairement pour sortir de la peur et de la soumission, une multitude d'affaires sortent. Et les scandales se multiplient d'autant plus que l'institution de l'Eglise se révèle incapable de se remettre en question voire soutient que le viol est moins condamnable que l'avortement (cas du Brésil l'an dernier avec l'affaire de la petite fille enceinte de son beau-père qui l'avait violée).

    Cela amènera-t-il une prise de conscience de l'institution ?
    J'en doute.
    La radicalisation religieuse de l'Eglise depuis 1986 et le ralliement papal avec les intégristes traditionnalistes mais aussi toutes les franges extrémistes du catholicisme (Opus Dei, Légionnaires du Christ, Mouvement Charismatique) ne plaident pas pour un changement.
    B16 est trop englué dans la peur de perdre le pouvoir au sens traditionnel du terme.

    Mais il devra sans doute alors affronter un nouveau schisme.
    Car dans cette attitude de déni vis à vis des actes pédophiles commis par l'Eglise, il ne trouvera comme appui idéologique que des radicaux.
    Il se coupera de tous les catholiques modérés qu'il ne représente plus.

  • marousan
    • Posté à 15h12 le 14/03/2010

    Un peu d'histoire, le mariage des prêtres a été interdit au XIIème Siècle et les conséquences en sont désastreuses. Le mouvement avait débuté au IVème siècle avec l'interdiction d'avoir des rapports sexuel avec sa femme la veille de la célébration de l'eucharistie.

    Conséquences contemporaines :

    1 - Des milliers de femmes sont obligées d'assumer la double vie de leur compagnons ordonnés prêtre.

    2 - Des milliers de vie d'enfants sont brisées à jamais à cause de la déviance de certains prêtres qui sont perturbés psychologiquement par cet interdit et se transforment de fait en monstres sanguinaires.

    Pourtant dans la bible l'apôtre Paul avait précisément mis en garde les chrétiens contre cet interdit : Timothée 4 : 1, 3, Bible de Jérusalem.

    Voici une source qui explique correctement les choses, sinon il existe pleins de livres en librairies traitant du sujet :
    Lien

    N'oublions pas que le pape n'a que l'autorité que l'on veut bien lui prêter. Il serait temps que les chrétiens remettent un peu en cause la bêtise du commandement papal aveugle ... . On a atteins des sommets d'imbécilité avec le pape actuel qui faisait partie des jeunesses SS dans sa jeunesse.

    Enfin je dis ça je ne suis pas chrétien donc ... . Par contre ma mère l'est et donc j'ai pu m'instruire un peu sur le sujet.

  • Philou_18
    Philou_18
    ancien typographe
    • Posté à 16h00 le 14/03/2010
    • Internaute
      ancien typographe

    au fait, ce n'est que depuis 1542 , lors du « Concile de Trente » (pape Paul III ), que le célibat des prêtres a été instauré. Il n'a absolument rien de biblique....juste que la papauté était agacée par la paillardise et la vénalité du clergé de l'époque....entre autres raisons....donc, ils feraient mieux de revenir en arrière, car il n'y a absolument rien de sacré dans cette histoire....ça ne réglerait pas tout, mais ça aiderait.....

  • Disciple ressucité
    • Posté à 16h20 le 14/03/2010

    « Crimen sollicitationis », est une lettre controversée à « tous les Patriarches, Archevêques, Évêques et autres Ordinateurs locaux, dont ceux de rite oriental » écrite par le cardinal Ottaviani, en 1962, sous la férule de Jean XXIII.
    Les détracteurs de cette missive affirment que, sous peine d'excommunication, tout croyant ayant connaissance d'un crime sexuel commis par un prêtre doit garder le secret, y compris la victime.
    Les catholiques ont bien sûr eu une autre lecture quant au secret, mais le silence qui a régné ne laisse pas d'interpeler.
    De 1981 à 2005, Joseph Ratzinger, était chargé de la gestion des cas de pédophilie commis par des religieux. Le futur Benoit XIII+III semble avoir appliqué à la lettre l'épistole de 1962.

    Lien...

    Lien

  • Baurelyre
    • Posté à 16h35 le 14/03/2010

    « “ on n'a jamais relevé de phénomène de pareille ampleur dans des religions où les pasteurs sont mariés ”

    Cette assertion du Monde est une ânerie.

    La pseudo-comparaison sur laquelle elle prétend s'appuyer ne peut simplement pas être menée.

    Car ce “phénomène d'ampleur” qui serait propre au catholicisme illustre seulement le fait de la hiérarchie et de la centralisation constitutives de l'Eglise, qui font qu'il existe avec elle une institution visible susceptible d'être éclaboussée.

    Tel n'est pas le cas avec les parpaillots, les bouddhistes, les juifs ou les mahométans : quand un spécialiste des biens du salut y offense la morale commune, il n'éclabousse que lui-même. Cela ne signifie nullement qu'on joue moins à touche-pipi sous ces obédiences.

    Les tentations, du reste, sont les mêmes dans toutes les activités ou professions à visée éducative : laïques comme confessionnelles.

    Et l'argument du célibat qui accablerait les seuls clercs catholiques ne vaut pas deux balles. Célibat ne signifie pas chasteté, à laquelle ne s'engagent que les moines, tandis que la plupart des prêtres de quelque verdeur ont une ou des liaisons, comme tout le monde (et plus librement que les hommes mariés). C'est depuis belle lurette un folklore assez répandu dans les villages, d'en savoir un peu sur la maîtresse du curé.

    Mais le grand quotidien pontifiant du soir n'écoute pas les ragots, bien sûr. Pour jeter l'anathème, il préfère se fonder sur des hypothèses d'école.

    B.