14/03/2010 à 21h07

Elections régionales : le triple échec de Nicolas Sarkozy

Pierre Haski | Cofondateur Rue89


Nicolas Sarkozy en plein discours sur l'avenir des territoires ruraux à Morée, le 9 février (Philippe Wojazer/Reuters)

Quelle que soit la manière dont on aborde le résultat du premier tour des élections régionales, il marque d'abord et avant tout un échec cinglant pour Nicolas Sarkozy. Il faut avoir la langue de bois de François Fillon pour considérer qu'il n'est pas possible « de tirer un enseignement national de ce scrutin » : il sera bien le seul à ne pas le faire.

C'est un triple échec personnel pour le président de la République :

  • sa stratégie de réunion de toutes les composantes de la majorité présidentielle pour s'imposer dès le premier tour a capoté. Elle se retrouve derrière le seul PS, et n'a plus de réserves de voix pour le deuxième tour.
  • sa stratégie de faire du FN à la place du FN en lançant de manière si catastrophique le débat sur l'« identité nationale » à quelques mois des régionales a eu un effet boomerang : c'est le parti de Jean-Marie Le Pen qui en profite pour se refaire une santé en retrouvant un score à deux chiffres.
  • l'activisme présidentiel tourne dans le vide. L'UMP a eu l'illusion du triomphe lors des élections européennes, profitant du mauvais état des socialistes. Nicolas Sarkozy a eu beau dire à la veille du scrutin qu'il ne changerait pas de cap avant une mystérieuse « pause » fin 2011, il est clair que le message de rejet d'un style et d'une politique est clair, brutal, et sans appel. Et le président ne pourra pas ne pas en tenir compte.

Nicolas Sarkozy espérait remodeler la France à son image, il voulait incarner la « rupture ». Il risque fort de n'être qu'une parenthèse en train de se refermer.

Le fort taux d'abstention jette une énorme ombre sur ce scrutin. Non pas tant pour minimiser la défaite de la majorité présidentielle comme tentent de le faire les ténors UMP sur les plateaux télé, mais pour donner la mesure de la crise de la société française. La remontée du FN est l'autre visage de cette crise.

« Insurrection civique »

Jean-Luc Mélenchon a eu une bonne formule, dimanche soir, en parlant d'« insurrection civique », une sorte de « qu'ils s'en aillent tous » ! Tous, c'est-à-dire une classe politique qui n'a pas été capable, d'alternance en alternance, d'apporter des réponses aux problèmes croissants des Français.

Martine Aubry ne s'y est pas trompée en lançant un appel solennel aux abstentionnistes du premier tour, sur le ton du « je vous ai compris », pour qu'ils se mobilisent au deuxième tour pour confirmer l'avance de la gauche.

Une fois de plus, la gauche se trouve face à une immense responsabilité, celle de proposer une alternative crédible à une droite qui reçoit en plein visage le message négatif des Français. On ne construit pas une alternative sur un taux d'abstention aussi massif : la gauche a gagné, mais tout reste à faire.

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  • thierry reboud
    • Posté à 22h28 le 14/03/2010
    • Internaute

    On ne va pas bouder son plaisir : une claque à la droite sarkozienne, ça fait toujours plaisir. Certains ont craint (ou ont fait mine de craindre, allez savoir) que Sarkozy soit un dictateur rampant, on dirait bien plutôt qu'il est en voie de giscardisation accélérée.

    Finalement, il nous aura pondu une série impressionnante (et sans précédent ! ) de lois inutiles, quelques (pas beaucoup) réformes emblématiques dont il est encore trop tôt pour mesurer les effets, mais il semble qu'il échoue à remodeler la France à son image, pour reprendre la formule d'Haski. Avec un peu de persiflage, on pourrait presque soutenir que c'est plutôt la France (et pas forcément la plus aimable, d'ailleurs, voir les résultats du FN) qui remodèle Sarkozy à son image.

    Le FN, justement : autant il est maintenant incontestable que Sarkozy avait siphonné le vote FN, autant on se rend compte qu'il s'agissait d'un fusil à un coup. Face à l'absence de réserve électorale, on peut se demander comment l'UMP va s'en dépêtrer.

    D'autre part, ce soir, il était assez amusant de lire l'appel de Fillon au développement durable et à l'écologie qui n'est ni de droite ni de gauche une semaine après le très fameux jugement présidentiel selon lequel l'environnement, ça commence à bien faire. Ce qui pourrait paraître anecdotique ne l'est pas tant que cela : ça ressemblerait presque à un recadrage du Président par son Premier ministre. Je trouve ça amusant.

    Mais du côté de la gauche, il me semble qu'il y a aussi des leçons à tirer.

    D'abord, on peut constater l'impasse que constitue la stratégie d'alliance avec le Modem. Bayrou paraît enferré dans une démarche exclusivement personnelle et on ne voit pas bien pour quelles raisons le PS devrait lui passer les plats. Que ce soit Cohn-Bendit lui-même, qui comptait au nombre des thuriféraires de cette alliance, qui oublie l'orange dans l'énumération des couleurs de la gauche, voilà qui en dit long.

    Ensuite, les résultats croisés du NPA et du FdG montrent assez (me semble-t-il) qu'il y a une aspiration à une gauche qui participe à la gestion sans renier les ambitions de la transformation sociale. Il appartiendra au NPA de se décider sur sa volonté ou non de participer aux exécutifs, en gros sur sa volonté d'être utile dans le champ politique ou pas, ce qui serait pour lui une révolution copernicienne. Quant au FdG, ce sont des résultats simultanément encourageants et décevants. Encourageants, parce qu'il existe et qu'il montre l'étendue du travail qui reste à faire ; décevants, parce qu'on pouvait espérer mieux, notamment en nombre d'élus. Pour lui, les négociations d'entre-deux-tours risquent d'être délicates.

    Enfin, Aubry n'a pas explosé en vol, ce qui est déjà une bonne nouvelle, mais c'est à peu près tout. Le démantèlement du PS en baronnies semble confirmé, comme en attestent à des degrés différents les résultats de Frêche ou de Royal qui, tous les deux, ont beaucoup joué sur la personnalisation du scrutin.

    Bref, il y a du boulot.

  • soleil_levant
    soleil_levant
    Manutentionnaire
    • Posté à 12h13 le 15/03/2010
    • Internaute
      Manutentionnaire

    L'UMP a reçu un coup de poing en pleine figure hier soir et s'est levé ce matin avec une gueule qui mériterait d'être pris en photo !

    Dois-je m'en féliciter ? N'étant pas un pro-UMP, il est clair que la claque que s'est pris le parti de droite me ravi beaucoup. C'est clairement un avertissement pour 2012.

    La France est exténuée par Nicolas Sarkozy, seul coupable de la débacle de son parti. Car, étant le véritable chef de l'UMP, nous savons tous que c'est lui qui mène à la baguette son gouvernement et une grande parti des parlementaires UMP. Autrement dit, ce que Nicolas Sarkozy veut, le gouvernement le fera, grâce au Parlement qui votera la ou les lois, qui auront, forcèment, toutes les chances de passer, puisque l'UMP y est majoritaire.

    Nicolas Sarkozy, son gouvernement et aussi un mjorité de parlementaires UMP sont en total décalage avec le monde ouvrier, le petit monde. Toutes les réformes qui ont été engagées ont été tellement mal vues par ce monde-là, qu'aujourd'hui, il en subit les conséquences. Je ne dit pas que la gauche aurait fait mieux, mais en tout cas, elle n'aurait pas fait tout le bouzin de réformes que nous a offert notre chèr Prèsident de la République. Quels effets bénéfiques ont eu sur le monde ouvrier les réformes de l'UMP ? Je me le demande encore...

    Le résultat du premier tour des élections régionales 2010 est également une confirmation de ce que j'ai toujours pensé et dit : l'extrême-droite n'est pas morte, en France. Loin de là. Quand bien même Jean-Marie Le Pen sédera sa place, au sein du FN, à sa fille prochainement, Marine Le Pen, le parti continuera a existé ! Cela a toujours été une erreur que de croire que l'extrême-droite était d'une autre époque, dans l'Hexagone. Les conséquences de cette erreur sont là, aujourd'hui, lors du premier tour des élections régionales 2010, où le FN fait un score à deux chiffres dans douze région. Mais, même dans les autres, où son score n'est qu'à un chiffre, il frôle les 10 %.

    L'abstention est également la grande gagnante de ce premier tour. Les Français prouve, une fois de plus, leur désamour de la politique. En effet, les politiciens, pour la plupart, n'ont jamais vraiment répondu à leurs attentes. Et puis, ces élections régionales 2010 ont été un grand bordel. Et les différentes histoires malsaines qui ont eu lieu n'ont pas aidé.

  • PaOptimisTe
    PaOptimisTe
    esclave économique
    • Posté à 19h19 le 15/03/2010
    • Internaute
      esclave économique

    Bonsoir, je suis une abstentionniste.

    Je viens juste tenter d'expliquer pourquoi je ne vote pas, bien que certains l'aient déjà formulé dans quelques commentaires.

    Donc, je ne vote pas et je n'ai jamais voté car effectivement, je n'ai pas envie de participer à ce semblant de démocratie.
    En 2005, les Français avaient bien voté non au traité ? et alors ? .......
    Je ne vote pas car je n'ai aucunement confiance dans la sphère politique actuelle. Trop d'hommes politiques ont défrayé les chroniques judiciaires pour que j'ai envie de leur donner ma voix.

    Je ne vote pas car je me demande comment une personne qui vit dans 400 m2 et qui touche au minimum 15000 euros par mois pourrait se soucier de la plèbe. D'ailleurs, les politiques de « la miette » mises en place me confortent dans cette idée. Oui, je parle des miettes que nous récoltons, nous les esclaves économiques.

    Je ne vote pas car les politiques cotoient trop le showbiz la politique c'est plus sérieux que ça.

    Je ne vote pas parce qu'il n'y a plus d'éthique dans leur fonction, de gauche ou de droite j'entends des choses, je vois des actes qui me révulsent. (doigt, insultes raciales, mépris des petits... et j'en oublie)

    Je ne vote pas que je n'ai pas confiance en leurs compétences. J'écoute leurs programmes qui ne sont franchement pas originaux, et j'analyse les résultats qui sont franchement déprimants.

    Je ne vote pas parce que les hommes politiques français ne dirigent plus le pays ; ils essaient de nous faire avaler les directives européennes ; en fait, c'est à celui qui fera avaler les couleuvres avec le moins de vagues possible. Ils ne pilotent plus le pays, ils sont les porte paroles des commissaires européens.

    Gauche ou droite même non-politique.

    Tous les « off » que j'ai vus et entendus m'ont donné un terrible aperçu de la personnalité de quelques politiques et je n'ai vraiment, mais alors vraiment pas envie de donner ma voix à ces gens là , qu'ils soient de gauche ou de droite. Je n'avais déjà pas confiance mais là je dois dire que la coupe est pleine.

    Non, je n'ai pas envie de voter pour des gens qui nous méprisent du regard et du verbe, qui disséminent les fleurons nationaux à tour de bras, qui je pense tout simplement, n'aiment pas la France.

    Et là j'attends la question, « mais que faire d'autre à part voter » ?

    Mais je veux bien voter mais ni pour ces gens là, ni pour cette politique là, car droite ou gauche c'est la MEME POLITIQUE. On tourne en boucle.

    L'europe nous broie et je n'ai entendu aucun candidat évoquer cette terrible épine dans le pied des français. Ou alors il y en a bien un mais c'est la seule idée qui m'aille dans son programme.

    Enfin... j'ai essayé de faire bref mais je suis prêt à en discuter car il ne faut pas croire que c'est le coeur léger qu'on s'abstient. C'est par dépit, par dégoût et aussi par peur d'être complice d'une politique destructrice.