Votre porte-monnaie au rayon X 09/03/2010 à 12h22

Akhenaton, ingénieur au Japon, 2 400 € et logé

Antoine Bouthier | Journaliste


Akhenaton dans une rue nippone (Antoine Bouthier)

Akhenaton travaille depuis deux ans chez Valeo, au Japon, en tant qu’ingénieur. A 24 ans, il est plutôt fier de ce qu’il gagne et livre son porte-monnaie au rayon X sans complexe.

Le jeune homme de 24 ans nous donne rendez-vous dans un quartier d’affaire de Tokyo pour un « lunch ». Il attend, faisant glisser ses doigts sur son iPhone, costume noir et chemise blanche impeccables, comme il est de mise au Japon.

Le fabricant de pièces automobiles est implanté depuis 25 ans au Japon. C’est l’entreprise qui y recrute le plus de jeunes ingénieurs et commerciaux français. Elle emploie 40 à 50% des VIE français (contrats de volontariat international en entreprise).

Son bac en poche, Akhenaton mène des études d’ingénieur. En 2007, il part une première fois au Japon pour un stage de 3 mois chez l’équipementier automobile Mitsui, dans un département voisin de Tokyo :

« C’était l’immersion forcée. Toute la journée au boulot et le soir, la navette me conduisait au dortoir de l’entreprise, avec mes collègues. Le soir, impossible d’attraper le train pour Tokyo, je restais dans ma chambre à étudier les kanji (caractères japonais) ».

Mais cette expérience lui donne envie de retourner au Japon.

« Quand je suis rentré en France, j’ai eu un choc. Je ne reconnaissais à peine mon pays ».

Une fois diplômé de l’Ecole centrale de Lyon, il prend à nouveau son envol pour le Japon où il décroche le poste qu’il occupe actuellement. Son salaire est largement inférieur à celui des vrais expatriés et le contrat limité à deux ans. « Vous êtes de la main d’œuvre très qualifiée et très bon marché », lui lance de temps en temps son patron. « Mais je n’ai pas à me plaindre », confie-t-il. La vie est chère mais les billets flambent.

Quand il s’agit d’argent, Akhenaton ne laisse rien au hasard. Il sort son iPhone sur lequel ses dépenses sont minutieusement organisées en catégories auxquelles sont attribuées un budget.

Revenus : 2 400 euros net

Bien que Valeo soit désormais une entreprise française, elle a gardé un mode de fonctionnement très nippon. Quasiment tous les collègues d’Akhenaton sont japonais. Il est ingénieur produit en système de refroidissement, exclusivement à destination de voitures japonaises.

Au début, il a passé plusieurs mois à travailler de 8 heures à 22 heures. À une heure et quart de transport de son lieu de travail, les journées sont longues. Maintenant que son contrat est sur le point d’arriver à terme, il travaille un peu moins.

Son indemnité de VIE est rééchelonné tous les trois mois en fonction du cours du yen face à l’euro (aujourd’hui 120 yens pour un euro). Pour un ingénieur, son revenu peut paraître bas, surtout au Japon. Mais Valeo paie son loyer et en tant que VIE, il est exonéré d’impôt.

L’organisme Ubifrance, qui dépend du ministère de l’Economie et qui gère le dispositif VIE, lui rembourse ses dépenses médicales à 100%. « Avec 2 400 euros, on vit bien même à Tokyo. »

  • Loyer : 1 251 euros

C’est l’entreprise qui le lui paye. Akhenaton habite à Yokohama, à côté de Tokyo. Son appartement de 45m2 -c’est assez rare pour une personne seule au Japon- donne d’un côté sur la mer et de l’autre sur le mont Fuji. « Avant, j’habitais dans un 25m2 mais j’ai pu renégocier avec Valeo à mi-contrat. »

Dépenses : environ 1 900 euros

Alimentation : 600 euros

Akhenaton avait pour habitude de manger le midi dans de petits restaurants à 1 000 yens (environ 8 euros). Mais pour gagner du temps et économiser, il s’achète désormais plus volontiers des « bento pas terribles » au supermarché du coin (des boîted-repas de 2,5 à 3,5 euros). Il dépense par ailleurs environ 500 euros par mois en courses alimentaires.

Loisirs : 250 euros

Akhenaton range dans cette case aussi bien sa passion onéreuse pour la photo que les livres qu’il achète ou encore les soirées tokyoïtes. Roppongi est un quartier très prisé par les expatriés, où l’on se retrouve rapidement happé par la fièvre des boîtes de nuit. Des endroits insolites et surtout chers :

« Le budget sorties peut parfois atteindre les 800 euros. »

Transports : 236 à 276 euros

Au Japon, il n’existe pas de système comparable à la carte orange parisienne. Le métro se paie en fonction du nombre de stations, et ça peut monter très haut. On peut en revanche acheter une carte valable sur un seul trajet. Les 236 à 276 euros correspondent à ses trajets personnels, en métro ou en taxi.

Téléphone : 120 à 160 euros

Electricité : 40 euros

Climatisation et eau chaude : 80 euros

Internet : 23 euros

Au Japon, les charges ne sont jamais incluses et sont souvent très élevées. On paye toutes ses factures au magasin du coin, ouvert 24 heures sur 24.

Voyages : 7 000 euros par an

Soit 583 euros par mois. « J’ai un budget voyage, mais je l’explose tout le temps » En 2009, il est allé deux fois en Australie, une fois à Hokkaido et en Chine. Il dispose de 30 jours de vacances par an.

Pressing : 40 euros par mois

Car Akhenaton « déteste repasser ».

Epargne : environ 500 euros

Akhenaton rembourse son prêt étudiant de 18 000 euros à hauteur de 500 euros par mois : « J’aurais tout remboursé d’ici à 2013 ou 2014. » Il met le reste de côté.

Akhenaton cherche actuellement un autre emploi à Tokyo, même s’il avoue :

« Je ne me vois pas vivre plus que quelques années ici. Le Japon est un pays qui a beaucoup d’avantages mais il y a trop de choses qui me dérangent. »

Le mode de socialisation particulier, notamment avec ses collègues, lui pose problème :

« On peut aller boire un verre une fois par semaine avec ses collègues et passer un bon moment. Pourtant, le lendemain, ils vous regardent avec autant d’indifférence qu’avant, comme si rien ne s’était passé. Ce n’est pas si facile de construire de véritable relation amicale avec les Japonais. »

Sans attaches particulières en France, Akhenaton se voit bien, un jour, vivre en Australie.

Mise à jour le 09/03 à 15h05. Le montant du loyer est de 1 251 euros et non de 2 400 euros comme indiqué précédemment.

Mise à jour 10/03/2010  Après discussion avec Akhenaton, modifications du titre, de détails et précisions de certains chiffres. Titre original : « Akhenaton, ingénieur au Japon, 2400 euros “d’argent de poche” “.

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  • guyome
    • Posté à 13h58 le 09/03/2010
    • Internaute 11884

    Alors, je vais pas me gâcher le plaisir. J’ai pas eu mon bac jeune, j’ai pas fait centrale, j’ai pas fait de VIE. Mais j’ai 24 ans, je touche le même salaire (sauf le loyer), travaille 35 h dans une petite université et vie dans un 70m² en face des fjords. Comme quoi la course aux grandes écoles-entreprises-postes, c’est pas toujours si bien que ça.

    « Pour un ingénieur, son salaire peut paraître bas »

    Alors, en France c’est dans le haut des salaires d’ingénieur débutants.

    « Elle emploie 40 à 50% des VIE français »

    Je suis pas sur que le puisse parler d’embauche quand on parle de volontariat (le V de VIE)

  • Angus M.
    Angus M. répond à Tsht
    Demandeur d'emploi
    • Posté à 13h58 le 09/03/2010
    • Internaute 103568
      Demandeur d'emploi

    Bien qu’il ne faille pas généraliser, le Japon reste un pays très différent... Il était encore basé sur un système féodal il y a 200 ans, et les règles du protocole y sont très importantes. J’aurais personnellement tendance à faire la différence entre bonnes manières et protocole.

    J’ai récemment lu un article écrit par un employé (Américain, je crois) d’une entreprise de jeux vidéos au Japon. D’un point de vue « de l’ouest », on imaginerait une ambiance assez relaxée. On lui a expliqué lors de sa première visite qu’en entrant dans le bureau on se donnait une grande claque sur les cuisses en criant « Bonjour ».
    Il demanda s’il devait vraiment le faire s’il était le premier dans le bureau, on lui répondit, l’air surpris, qu’évidemment oui, car c’était le protocole. Cette personne en avait également assez des soirées entre collègues, auxquelles tout le monde doit participer, et durant lesquelles tout le monde doit boire. Sous peine de manquer de respect à l’entreprise.

    L’article en question, assez long et en anglais :
    Lien

    Sinon il y a toujours _Stupeur et Tremblements_ d’Amélie Nothomb.

  • natoussia
    natoussia répond à Scotian
    Intello à lunettes
    • Posté à 14h03 le 09/03/2010
    • Internaute 98650
      Intello à lunettes

    Exonéré d’impot, oui, mais en France ! Moi qui suis en VIE en Russie, c’est un peu compliqué, la Russie ne reconnaissant pas le statut de VIE, je reçoit une partie de mon salaire en rouble et je suis supposée payer des impots dessus ! Peut être est-ce aussi le cas au Japon ? Sinon, effectivement, c’est limité à deux ans.
    Je sens chez Akhénaton le « blues » du VIE expat un peu blasé, que je ressens aussi après presque deux ans à Moscou ! Bon courage à lui en tout cas pour la suite !

  • Tyb
    Tyb répond à SuperResistant
    (par ici, par là)
    • Posté à 14h43 le 09/03/2010
    • Internaute 24914
      (par ici, par là)

    Sur les « herbivores » :
    Lien
    +
    Lien

    Plus général, sur l’horreur de l’ambiance « sociale » au japon :
    Lien

  • dmz
    dmz
    expat
    • Posté à 15h22 le 09/03/2010
    • Internaute 59103
      expat

    Etant aussi expat au Japon (depuis 8 ans maintenant), je voudrais revenir sur cette petite phrase : « Je n’arrive pas a construire de veritable relation amicale avec les Japonais ». De mon experience, c’est possible mais ca demande du temps. Alors meme, les modalites de la relation seront differentes de celles que l’on aura avec d’autres expatries ce qui peut donner l’impression qu’elle n’est pas « veritable ». Je m’explique. Autant avec mes amis expat, on peut aller prendre un verre histoire de prendre une verre parce que ce n’est pas une facon plus desagreable qu’un autre de tuer le temps ; autant avec mes amis japonais, les rencontres sont en general structurees autour d’« evenementiels » qui demanderont un minimum d’organisation : faire un barbecue (qui se fait dans des jardins publics), une nuit ou deux de camping, aller voir un feu d’artifice, participer/assister a tel ou tel evenement sportif ou culturel... Quand-est ce que je sais que je suis rentre dans le cercle des amis d’un japonais ? Quand il m’invite a son marriage. ^^

  • Iv
    Iv répond à Fulmens
    Roboticien utopiste
    • Posté à 15h58 le 09/03/2010
    • Internaute 39192
      Roboticien utopiste

    Pour l’avoir vécu plusieurs fois, c’est vrai que le retour en France donne un peu l’impression d’un retour dans un pays du Tiers-Monde (puis j’ai discuté avec des gens ayant vraiment voyagé dans le Tiers-Monde, depuis je relativise). Au Japon les choses fonctionnent bien, les gens sont à l’heure, les règles sont respectées et sont correctes. Ça a un coté très agréable. En rentrant en France vous voyez la saleté, les grèves, les pannes, le chaos. Et puis un tag vous interpelle au coin d’une pub par un mot rebelle et provocateur, et vous vous dites que la France, en tant que pays un peu frondeur, c’est quand même une bonne idée.

    Il y aurait tant à partager entre ces deux cultures. La culture de la négociation sans affrontement du Japon, les droits du travail de la France, la rigueur quand elle est nécessaire, la souplesse quand elle est indispensable...