A la une 08/03/2010 à 20h34

France Télécom découvre le management pour les nuls

François Krug | Journaliste Rue89


Des salariés de France Télécom manifestent devant le siège de Marseille, octobre 2009 (Jean-Paul Pelissier/Reuters)

La direction de France Télécom avait commandé un rapport indépendant sur le stress de ses salariés, elle n'a pas été déçue. Accablant, ce rapport l'est surtout parce qu'il rappelle à un des plus grands groupes français des règles de base du management. On découvre par exemple que, chez France Télécom, des salariés ne savent pas qui est leur supérieur direct.

France Télécom avait commandé ce rapport au cabinet Technologia, pour comprendre et mettre fin à la succession de suicides dans le groupe. Le résultat a été présenté ce lundi : 107 propositions, élaborées à partir d'entretiens avec les salariés. La surprise, c'est qu'une bonne partie de ces propositions semblent des évidences.

Connaissez-vous le nom de votre supérieur direct ?

Le rapport préconise notamment de clarifier l'organisation de France Télécom. A en croire ces propositions, il y a urgence :

« Repositionner les salariés dans l'entreprise à travers une enquête basée sur deux questions simples, ce qui permettrait d'obtenir une photographie de l'organisation réelle :

  • “Mentionnez le nom de votre responsable hiérarchique direct”
  • “Mentionnez le nom du service auquel vous appartenez” »

« Etablir une cartographie des collaborateurs de France Télécom en fonction des réponses au questionnaire interne (en précisant ceux qui connaissent leur responsable direct, ceux qui en mentionnent plusieurs et ceux qui ne savent pas). »

Respecter le secret médical et l'avis des médecins

Surprise, aussi, lorsque le rapport aborde la prévention du stress et des suicides chez France Télécom. Voici les premières propositions :

« Enoncer et faire respecter les règles de confidentialité, les devoir de réserve et le secret médical. Cela suppose une remise en question éthique du management et des RH [Ressources humaines, ndlr]. »

« Informer le management et les RH sur l'obligation légale d'un certain nombre de visites médicales et sur la nécessité d'informer le médecin et de respecter ses avis : embauche, reprise, accident du travail, avis d'aptitude, etc. »

La hiérachie de France Télécom est aussi invitée à réfléchir avant les changements de poste, aussi bien dans l'intérêt des salariés que celui du groupe :

« Vérifier préalablement l'adaptation possible du salarié au poste avant de proposer des entretiens en mobilité interne. »

« Respecter la législation du travail en matière de mobilité (consultation de la médecine du travail, etc.). »

Des « managers à risque »

Le rapport est plus qu'embarrassant pour la direction des ressources humaines de France Télécom. Le cabinet Technologia souligne sa « déshumanisation » et son discrédit. Première proposition, symbolique : la rebaptiser « direction des relations humaines ».

Deuxième proposition, plus concrète : créer « un réseau de médiateurs » entre la direction et les salariés. Autrement dit, court-circuiter la DRH, censée justement assurer le dialogue. Pour plus de sûreté, 30% de ces médiateurs seraient des intervenants extérieurs à France Télécom.

Et alors que France Télécom s'inquiète de ses « salariés à risque », le rapport propose, lui, de :

« Favoriser les pratiques de coaching individuel pour les managers à risque. »

► La carte Pearltress des articles sur France Télécom :

France Telecom tue

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  • 79 réactions
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  • gribouillemoqueur
    • Posté à 21h02 le 08/03/2010
    • Internaute

    Ces grands patrons que le monde nous envie, dixit Mme Parisot, ........seraient donc de piètres managers.

  • clement_m-
    • Posté à 21h23 le 08/03/2010

    Après le « too big to fail », le « too big to be managed » ?

  • unpticon
    • Posté à 21h34 le 08/03/2010

    je trouve ça marrant qu'une boîte d'audit privée recommande de « Favoriser les pratiques de coaching individuel pour les managers à risque. », ou comment tondre la bête une fois que les pis sont à secs : n'en doutons pas ils connaissent d'excellents confrères (eux-même peut-être ? ) qui seraient à même de mener à bien cette difficile mission !

    j'adore : claquons des tas de pognon pour un rapport qui nous dira ce que l'on sait déjà, pendant qu'on refuse les augmentations qui (qui sait ? les gens sont parfois vénaux...) suffiraient sans doute à améliorer l'ambiance.

    tout ça me fait doucement rigoler.
    « nous nos maisons on s'les construira nous-mêmes sur les ruines de vos illusions »

  • Alain Pacifique
    Alain Pacifique
    la V2 est naze...
    • Posté à 22h20 le 08/03/2010
    • Internaute
      la V2 est naze...

    ils vont être rassurés chez FT, la DRH devient la DRH, tout va mieux maintenant.

  • Airinys
    • Posté à 22h30 le 08/03/2010
    • Internaute

    J'voudrais pas casser l'ambiance, mais c'est le quotidien des beaucoup de grandes entreprises ...

    Personnellement mon manager me menace de licenciement tous les 3 mois si je me loupe sur une échéance. Je suis relativement insensible à tout cela, car j'ai confiance en moi. Mais je n'ose imaginer celui qui le serait un peu moins, de quoi se suicider !

  • Toby E
    • Posté à 23h26 le 08/03/2010
    • Internaute

    J'adore la proposition « Respecter le Code du Travail... »
    Le procureur de la République devrait adorer aussi. Chiche !

  • Lauvergnate
    • Posté à 00h47 le 09/03/2010

    C'est malheureusement le quotidien de nombreuses entreprises en France.
    Alors qu'aux États-Unis il existe une véritable culture du management, la France délaisse cette idée ridiculement honteuse qu'un salarié heureux est un salarié plus productif.
    Les chômeurs se bousculant au portillon, on ne sélectionne que les moins regardant, qui se font licenciés/se suicident/se mettent en arrêt maladie/foutent leur vies en l'air et on en prend un autre, qu'il faut recruter/former/« productivisé » à coup de pression et ainsi de suite.

    Est-ce un avantage réel pour la société/l'économie ?
    C'est un coût que les entreprises américaines ont évalué, cela n'a rien de philanthropique.