A débattre 08/03/2010 à 08h46

Inégalité et mortalité : la pauvreté tue aussi les riches


Une étude internationale évalue à 1,5 million le nombre de décès dus aux disparités de revenu dans les pays riches.


Fête des morts au Mexique, l'un des pays les plus mal classés selon l'indice Gini (Daniel Aguilar/Reuters)


Un total de 1,4 million. C'est le nombre de morts, chaque année, qu'on peut attribuer aux inégalités de revenus dans les 30 pays les plus industrialisés.

Cette statistique proprement abasourdissante est tirée d'une méta-recherche publiée en novembre dans le British Medical Journal, et qui fait tranquillement son chemin dans les cercles des sciences sociales.

Combinaison de 28 études antérieures couvrant 60 millions de personnes, l'étude fait faire un bond en avant à la connaissance du sujet.

Selon les auteurs, de Harvard et de l'université japonaise de Yamanashi, l'inégalité devient mortifère lorsque l'indice Gini, qui en mesure le niveau, dépasse les 0,3 points.

Le Canada s'en sort plutôt bien

Dans le tableau qui suit, on voit que le risque, et la proportion, de morts prématurés augmente avec l'importance de l'inégalité. (Voir le graphique, en anglais)


inegalite1.png

On note que le Canada se situe parmi les moins touchés par le phénomène. Le niveau d'inégalité des pays non présents sur le tableau est évidemment préférable : l'Allemagne, la France, la Suède et les Pays Bas, par exemple, ont des coefficients Gini allant de 0,28 à 0,23.

Au delà d'un indicie Gini de 0,3, attention danger

Mais au-delà du ratio de 0,3, chaque augmentation d'inégalité de 0,05 fait augmenter la mortalité. Vu autrement, si les pays industrialisés qui ont un niveau trop élevé d'inégalité réussissaient à le réduire au niveau québécois, chaque année, 1,4 million de leurs citoyens, au lieu de mourir, vivraient plus longtemps. Pourquoi ?

Il y a deux façons d'appréhender l'impact de l'inégalité, notamment sur la santé publique, donc sur les décès prématurés.

  • si la richesse est mal distribuée, les pauvres sont trop pauvres, donc leur santé est déficiente. Un système qui fait monter les revenus de tous réduit la pauvreté réelle, donc la mauvaise santé, et alors on se fiche du niveau d'inégalité.

    C'est la situation actuelle en Chine : le niveau d'inégalité augmente rapidement, mais, simultanément, des centaines de millions de Chinois sortent de la pauvreté.

  • quelle que soit la quantité de richesse distribuée, le simple fait d'une trop forte inégalité dégrade la santé publique -tenez vous bien- de toutes les strates sociales. Cette seconde approche, dite « contextuelle », validée par cette étude, est plus lourde de sens.

L'explication contextuelle soutien que l'inégalité est en soi un facteur de division et de corrosion sociale. Ce que nous savons maintenant de l'importance sur la santé de facteurs psychologiques -incluant le statut social, l'amitié, le capital social, le sens du contrôle de sa vie- rendent les explications contextuelles de plus en plus plausibles.

Inégalités = violence, racket, filles-mères, incarcération...

C'est ce qu'écrivent les épidémiologistes et éditorialistes du British Medical Journal, Kate Picket et Richard Wilkinson, mettant la méta-étude dans le contexte des progrès du savoir dans ce domaine. Ils poursuivent :

« Il est maintenant clair que les sociétés inégales souffrent d'une incidence supérieure d'un grand nombre de problèmes sociaux, incluant un niveau plus élevé de violence, de racket, de filles-mères, d'incarcération, de décrochage, d'heures travaillées et un niveau inférieur de mobilité sociale et de confiance.

Ces conséquences dans les comportements offrent une preuve forte que les phénomènes psychosociaux sont associés à l'inégalité.

Les bénéfices d'une plus grande égalité sont plus grands chez les plus pauvres mais ont un impact sur presque tout les membres de la société. »

Bref, nous savions que l'inégalité, du moins aux niveaux maintenant connus aux Etats-Unis et ailleurs, était moralement inacceptable. Nous savions qu'elle suscitait envie et cynisme. Nous savions qu'elle était un facteur essentiel dans le cycle de la surconsommation, chacun voulant imiter la consommation de son voisin plus fortuné.

Nous savons maintenant qu'elle est funeste.

En partenariat avec les Ecoles d'été internationales de l'université de Montréal


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  • A déménagé le 02-02-2012-2
    • Posté à 10h23 le 08/03/2010
    • Internaute
      non connue

    Intéressant, mais vous vous trompez sur la France. Son coefficient de Gini est estimé de 0.32 à 0,36.
    La France est loin de faire partie des bons :

    Lien

  • Veig
    Veig répond à nanabel
    • Posté à 11h38 le 08/03/2010
    • Internaute

    « On ne parle plus de cadence infernale ou de travail physique harassant, »

    Et on a bien tort.

    Je ne sais pas où vous vivez, mais venez donc faire un tour dans nos abattoirs de poulets ou de cochons en Bretagne, venez manier la tronçonneuse 8h par jour, avec une seule pause d'un quart d'heure , dans des conditions de froid et d'humidité qui créent des TMS (troubles musculo-squelettiques) qui vous rendront inapte au travail au bout de 10 ans. Qu'est-ce vous allez faire des 40 ans de cotisations qui resteront à compléter ?

  • Schtroumpf perplexe
    • Posté à 12h13 le 08/03/2010
    • Internaute
      physicien

    Je ne comprends pas comment on détermine qu'un 1,4 millions de morts sont dus aux inégalités. Dans le tableau, on lit : « excess death ». Excès par rapport à quoi ? Dans l'article, on lit : « mort prématurée ». C'est différent. Là encore, quel est l'âge de référence qui détermine le caractère prématuré ? Est-ce lié à l'espérance de vie ? De quelle statistique sortent ces nombres ?

    Le coefficient Gini de la France serait 0,32 d'après plusieurs sites web.

    Nous devrions donc figurer dans le diagramme présenté dans l'article. Mais il se peut pourtant que nous ne figurions pas dans les chiffres de mortalité « en excès » ou « prématurée », car (1) malgré tout nous sommes riches ; les pauvres en France sont mieux soignés que les pauvres d'autres pays. (Par exemple, en Biélorussie, Gini=0,27, espérance de vie : 70 ans / France Gini=à,32, espérance de vie = 80 ans) (2) nous disposons d'un système de santé efficace qui compense (peut-être) en partie les disparités sociales. Ce qu'ont aussi les pays scandinaves, le Canada, mais pas les Etats-Unis par exemple.

    En tout cas, ce coefficient Gini est un indice intéressant. Merci de nous l'avoir fait connaître.

  • guyome
    guyome répond à 14240
    • Posté à 12h30 le 08/03/2010
    • Internaute

    L'idée c'est pas que les pauvres meurent plus facilement, même dans les sociétés favorisées, mais que les inégalités de revenus impliquent un environnement social (violence, personne qui se tuent à la tache, stress,...) qui lui augmente de façon significative la mortalité.

    Donc, tu peux vivre dans un pays doté de toute les facilités de santé possible, les différences de revenus impliquent qu'un nombre non-négligeable n'ont pas les moyens de se soigner et mais surtout que la société « tue » plus de personne par le stress, la violence, etc.