Entretien 04/03/2010 à 18h30

Peut-on mesurer l'intégration des minorités en France ?

Guillemette Faure | Journaliste


Des Playmobil du monde entier (Fdecomite/Flickr)

Les Américains doivent recevoir ce mois-ci le grand questionnaire du recensement de la population américaine, qui les interroge, entre autres, sur la couleur de leur peau. En France, les sondages comme le recensement n’ont pas le droit d’interroger sur les origines ethniques.


Rahsaan Maxwell, chercheur en sciences politiques à l’université du Massachusetts, a tout de même réussi à étudier l’intégration des minorités françaises en analysant le lieu de naissance et de la nationalité des personnes interrogés. Interview. (Télécharger l’étude de Rahsaan Maxwell)

Vous êtes chercheur aux Etats-Unis. C’est très différent de travailler sur l’intégration des minorités en France et aux Etats-Unis ?

Oui, il y a beaucoup de différences. D’abord le recensement américain dispose de catégories ethniques (le recensement français ne peut pas poser la question des origines ethniques).

Il y a bien plus d’investissement dans la recherche sur le sujet aux Etats-Unis, y compris par des groupes privés ou des associations à but non lucratif. En Grande-Bretagne et aux Pays-Bas aussi, on trouve beaucoup plus de données qui permettent de mesurer la façon dont les immigrants s’intègrent.

En France, il y en a très peu. La plupart des recherches passe par des financements du gouvernement, comme celles de l’Ined ou de l’Insee et n’est pas autorisée à interroger les gens sur leur groupe ethnique.

Comment avez-vous fait pour contourner l’impossibilité d’obtenir des données sur les origines ethniques en France ?

J’ai utilisé l’échantillon démographique permanent (EDP) de l’Insee. C’est une étude longitudinale : des données officielles de l’Insee recueillies depuis 1968 et qui suivent un groupe de gens. Les questions-clés pour moi ce sont le lieu de naissance et la nationalité.
Ces données sont théoriquement consultables mais pour y avoir accès, vous devez remplir un dossier. J’ai eu de la chance d’être accepté.

D’autres chercheurs qui ont fait la demande ont été refusés. Officiellement pour des questions de place, parce que ce sont des données que vous ne pouvez que consulter dans les bureaux de l’Insee.

Qu’en tirez-vous ?

J’ai étudié les groupes de migrants et la façon dont ils s’intègrent d’un point de vue politique, culturel et économique.
Les Français venant des Caraïbes et du Maghreb votent beaucoup moins par exemple que les Français nés en France métropolitaine, alors que cette différence est moins nette pour ceux qui viennent d’Espagne ou d’Italie.

En revanche, en termes de niveau scolaire, les groupes d’immigrants s’en sortent mieux que les gens ne le croient. Le modèle social français dans ce domaine accomplit un meilleur travail que l’anglais ou l’américain. Si l’on compare le taux de bacheliers ou les études supérieures (entre immigrants et non immigrants), il n’y pas de très grande différence (entre les Français natifs de métropole et ceux des Caraïbes ou d’origine maghrébine). Alors qu’aux Etats-Unis et en Grande Bretagne, les taux de bacheliers ou de diplômés d’études supérieures sont bien inférieurs chez les immigrants.

Mais ce qui fait la différence en France, c’est quel type de bac les immigrants ont, quel type de diplôme supérieur ils obtiennent et dans quel établissement. Là, il y a des inégalités sérieuses.

Pour ce qui est du taux de chômage, les résultats sont moins favorables. C’est un schéma classique dans beaucoup de pays : les minorités visibles ont plus de difficultés à utiliser leurs qualifications. En France, c’est très frappant pur les Africains sub-sahariens : avec des niveaux de diplômes et de qualification élevés et un taux de chômage élevé, ils sont franchement désavantagés.

Comment expliquez vous la réticence en France à disposer de statistiques ethniques ?

C’est la loi. On dit souvent que c’est l’héritage de la seconde guerre mondiale. Il y a aussi le fait que les hommes politiques français associent ça au « modèle anglo-saxon » comme si c’était forcément opposé au modèle républicain. Un peu comme les politiques américains mentionnent les mots européens, suédois ou français dans le débat sur la santé pour que ça ait l’air de quelque chose de diabolique.

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  • amonhumbleavis
    amonhumbleavis
    Rue89 fait monter le FN
    • Posté à 19h04 le 04/03/2010
    • Internaute 93168
      Rue89 fait monter le FN

    Je souscris complètement à la préface de M. Weil !

  • Propergol
    Propergol répond à alabergerie
    Chasseur de troll
    • Posté à 23h18 le 04/03/2010
    • Internaute 24265
      Chasseur de troll

    Il y a une vision très xénophobe en France, celle de ne parler que d’immigré qui s’assimile/s’intègre.

    Je suis moi-même de double-culture, car j’ai été éduqué dans deux cultures, tout simplement.

    Certains viennent pour des raisons familiales, économiques, de passage, ou aussi pour s’intégrer.

    Mais ce que je trouve répugnant, c’est qu’une assimilation/intégration, ça voudrait dire devenir Français à 100%, limite rejeter sa culture d’origine.

    Je suis d’accord qu’il y ait une obligation pour ceux qui demandent la nationalité Française : qu’ils vivent, travaillent et payent des impôts en France pendant un minimum. Mais je trouve ça d’une stupidité...tellement française de vouloir les obliger à adopter la culture Française...c’est d’un nombrilisme digne des français justement.

    Et je ne parle même pas du tournant dégueulasse que prend le gouvernement depuis quelques bonnes années...

    EDIT : oups désolé, Alabergerie, ça n’est pas une réponse à votre post..

  • obey-
    obey-
     : -\
    • Posté à 23h18 le 04/03/2010
    • Internaute 66286
       : -\

    > En France, les sondages comme le recensement n’ont pas le droit d’interroger sur les origines ethniques.

    Donc on ne peut rien dire, ni dans le sens de la super integration des « chances pour la france », ni dans le sens de la non integration, aucun « outil » n’etant la pour mesurer. CQFD.

    Le reste n’est que litterature.