03/03/2010 à 13h12

Retraites : la réforme rêvée de Nicolas et Guillaume Sarkozy



Nicolas Sarkozy et Guillaume Sarkozy (Philippe Wojazer et Charles Platiau /Reuters)

Connaissez-vous Guillaume Sarkozy ? C'est un des frères de Nicolas. C'est aussi le DG d'un groupe d'assurance. Il y a quelques années, Guillaume dirigeait une entreprise de textile. Mais il s'est reconverti dans l'assurance santé et l'assurance retraite. C'est plus rentable. D'autant que Guillaume a des projets pour développer son affaire et il connaît quelqu'un, au sommet de l'Etat, qui veut l'aider à réaliser ses projets.

Le 4 juin 2008, Le Monde a publié un document qui dévoilait les intentions de Guillaume Sarkozy :

« La Caisse des dépôts et le groupe Médéric, qui est dirigé par Guillaume Sarkozy, veulent créer une filiale commune spécialisée dans le financement des retraites. Un document de travail daté du 16 mai et estampillé “confidentiel”, relève que, en 2020, les non-cadres subiront une baisse de 5% du taux de remplacement pour une carrière complète et les cadres subiront une baisse de 20%.

Les grandes lignes de ce projet de partenariat sont posées : la création d'une “nouvelle entreprise d'assurance”, qui proposera “un bilan retraite et des services adaptés, en phase d'épargne et au moment de la retraite” aux salariés. L'objectif est d'atteindre un chiffre d'affaires de 7 milliards d'euros en 2019. Les futurs partenaires se fixent “des taux de rentabilité raisonnables sur le long terme”. »

Chez les Sarkozy, on se partage le travail : Nicolas diminue le niveau des retraites et Guillaume propose des complémentaires aux salariés les mieux payés. Quelle équipe. Quel cynisme !

« Le recul de l'âge de la retraite ne sert à rien »

Pour comprendre comment la réforme Sarkozy va amener à une baisse quasi-générale des retraites, il faut cesser les débats pseudo-théologiques sur la « retraite à 60 ans » et regarder la réalité des chiffres : aujourd'hui, quand un salarié solde sa retraite, à 61 ans en moyenne, il est au chômage ou au RMI-RSA depuis trois ans (en moyenne). Il n'y a que 22% des salariés qui sont encore au travail quand ils partent en retraite.

Dans ce contexte de chômage de masse, quel impact aurait l'allongement de la durée de cotisation que veut imposer le clan Sarkozy ? Une année de cotisation en plus pour bénéficier d'une retraite à taux plein ? Pour tous ceux et celles qui sont au chômage (presque 80 % des salariés), il ne sera pas possible de cotiser un an de plus. Il va leur manquer quatre trimestres. Ils subiront donc une décôte de 10% !

Allonger la durée de cotisation sans avoir fait radicalement reculer le chômage des 58-62 ans ne peut en aucun cas « sauver les retraites ». Jean-Paul Fitoussi, président de l'OFCE, écrivait dans Le Monde du 6 mars 2001 :

« S'il n'est pas porté remède au chômage, le recul de l'âge de la retraite ne sert à rien. Cela revient à demander aux gens de travailler plus longtemps alors qu'ils manquent déjà de travail. Le vrai problème, c'est le chômage. »

Comment fait-on pour vivre avec 900 euros par mois ?

Voilà comment, avec des arguments pleins de bon-sens (« l'espérance de vie a augmenté, donc il faut cotiser plus longtemps »), on prépare une baisse généralisée du niveau de vie des retraites de la Sécurité sociale. Ceux qui veulent développer les systèmes d'assurance privés sont évidemment très favorables à cette réforme mais on comprend que tous les syndicats s'opposent à ce nivellement par le bas.

Baisser aussi fortement le niveau de vie de millions de retraités serait vraiment scandaleux : derrière les chiffres, il y a des hommes et des femmes qui veulent vivre -vivre pleinement et pas seulement survivre ou sousvivre- avec ce que la Sécu leur verse. Comment fait-on pour vivre avec 900 euros par mois ? Comment fait-on pour accueillir ses petits-enfants quand chaque sou est compté ? Un spécialiste du dossier explique :

« Soyons clairs : sans doute faudra-t-il un jour travailler plus longtemps. Mais tant que l'on ne s'est pas donné les moyens de lutter radicalement contre le chômage, travailler plus longtemps est contre-productif.

C'est comme quand on fait du vélo en montagne : bien sûr qu'après avoir passé le col, il faudra freiner. Mais si on freine dans la montée, on n'arrivera jamais au col ! La priorité, la seule, c'est de lutter contre le chômage et les petits boulots. »

Dans son dernier livre, Joseph Stiglitz, prix Nobel d'économie, affirme que, depuis deux ans, sous prétexte de « sauver les banques », on a consacré des centaines de milliards à sauver les actionnaires des banques. Une autre stratégie, totalement différente, était possible pour sauver les banques, mais Stiglitz montre que Obama et la plupart des chefs d'Etat ont plié devant les pressions des banquiers et du « big business ».

De même, sous prétexte de vouloir « sauver les retraites » (qui peut s'opposer à cet objectif ? ), Nicolas Sarkozy veut imposer une réforme dont l'objectif n'est absolument pas de sauver les retraites, mais de favoriser ceux qui veulent développer des systèmes d'assurance privée : son frère et ses amis.

Augmenter le nombre de ceux qui cotisent

Pour sauver les retraites, l'essentiel aujourd'hui n'est pas d'augmenter le nombre de trimestres de cotisation mais d'augmenter le nombre de ceux et celles qui ont un emploi, augmenter le nombre de ceux qui touchent un vrai salaire et donc augmenter le nombre de ceux qui cotisent...

On ne pourra pas sauver les retraites si on ne parvient pas à lutter radicalement contre le chômage et la précarité. Hélas, presque trois ans après leur arrivée au pouvoir, Nicolas Sarkozy et François Fillon n'ont engagé aucune réforme pour lutter contre le chômage et la précarité. Le total des inscrits à Pôle emploi a augmenté de 800 000 en dix-huit mois, mais le gouvernement semble se moquer totalement de cette question. Ce silence en dit long sur les priorités de l'équipe au pouvoir.

Le chômage et la précarité sont au cœur de la crise dans laquelle s'enfonce notre pays : que l'on parle du dossier des retraites, de l« 'intégration des jeunes de banlieue » ou de la défiance de plus en plus grande des citoyens vis-à-vis des politiques, on en revient toujours au lancinant problème du chômage.

Pour vaincre le chômage, nous ne pensons pas qu'on puisse encore et toujours attendre le retour de la croissance (voir à ce sujet notre réponse vidéo à Luc Chatel : Sainte Rita fera-t-elle revenir la croissance ? ). Attendre le retour de la croissance n'est pas la solution, il faut agir !

Voilà pourquoi, dès le mois d'avril, Europe Ecologie veut organiser dans chaque région des Etats généraux de l'emploi. En investissant massivement dans le logement, en investissant massivement dans les transports en commun, en investissant massivement dans les économies d'énergie, en développant sur tous nos territoires des réseaux de PME et des entreprises de l'économie solidaire, en favorisant une agriculture moins polluante (et plus riche en emplois), en développant les circuits courts économes en énergie mais riches en emplois non-délocalisables, en engageant vraiment la transformation écologique de nos économies, nous pouvons créer des centaines de milliers d'emplois.

Certains voudraient nous faire croire qu'entre la crise écologique et la crise sociale, il faut choisir. C'est impossible car les deux crises sont aussi graves. Et il est tout à fait possible de répondre en même temps à la crise écologique et à la crise sociale. Dans ces deux domaines, des choses intéressantes ont été faites depuis six ans dans les régions socialistes mais il est vital, il est urgent, d'aller plus loin, plus vite. Il est vital, il est urgent d'agir avec des outils et des méthodes nouvelles. Tel est notre objectif.

Cécile Duflot, tête de liste Europe Ecologie en Ile-de-France et secrétaire nationale des Verts.

Pierre Larrouturou, tête de liste Europe Ecologie dans les Hauts-de-Seine.

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  • Rivendell
    Rivendell
    Suppot de satan
    • Posté à 13h25 le 03/03/2010
    • Internaute
      Suppot de satan

    Très bon article, même si à mon avis, que Sarkozy est un frangin ou non qui puisse profiter de la chute des retraites, il aurait fait la même chose : détruire le système de retraite en criant « viva la reforme ! viva el changement ! ».

    Et dans quelques années qu'est ce qui va arriver ? et bien com » d'hab : on va pointer du doigts les faiblesses du système public des retraites et passer au privé qui, tout le monde le sait, est bien plus compétent. Un peu comme quand on démolit le service public après avoir privatisé les seuls qui rapportaient de l'argent (EDF, GDF...)

  • coco19
    • Posté à 13h32 le 03/03/2010

    Il n'est pas besoin de faire des états généraux pour l'emploi pour savoir ce qu'il faudrait faire pour faire reculer le chomage.
    Dans un premier temps,Il est un moyen simple .
    Il faut relancer le pouvoir d'achat pour relancer la consommation ,donc la production,donc l'emploi.
    Bien sur en même temps ,il faut prendre garde que les nouveaux besoin en consommation ne se fassent fabriquer à l'étranger,il faut donc que nos entreprises aient les moyens de produire ;
    Cela ne réglerait pas tout mais c'est un début ;
    Bien sur il faut taxer les capitaux qui spéculent en bourse et tous ces actionnaires qui s'en mettent plein les poches pour aider sur le plan social et recruter dans la fonction publique au lieu de licencier.
    Tout cela s'en prendra bien sur au capitalisme mais il n'y a pas d'autres solutions ; Ce n'est pas les demi solutions réformistes qui régleront les vrais problèmes ;
    Si les verts avaient l'intention de s'en prendre aux racines du capitalisme ça se saurait et ce n'est pas en voyant leurs prises de positions au parlement européen que je vais changer d'avis

  • nemo3637
    nemo3637
    Déchoukeur
    • Posté à 13h39 le 03/03/2010
    • Internaute
      Déchoukeur

    Si cet article est digne d'intéret, il ne faut pas cacher qu'il est néanmoins à caractère électoraliste.
    Un des grands thèmes qui n'est pas évoqué ici, est un contrôle réel des caisses par des représentants des salariés, avec bien sûr toute la transparence possible.
    L'autre grande question est l'assiette à partir de laquelle sont calculées les cotisations et toutes les participations auxdites caisses de retraite. Rappelons que le déficit de la Sécurité Sociale est en grande partie artificiel, voulu, puisque l'Etat lui-même et les employeurs ne paient pas toutes leurs côtisations.
    Pour en revenir à Europe Ecologie, peut-on nous répondre sur le sens du vote des Verts au Parlement Européen, concernant le Traité de Lisbonne, qui a permis et permet encore toute dérèglementation concernant la protection sociale ?

  • nilslof
    nilslof
    Evanescent
    • Posté à 14h05 le 03/03/2010
    • Internaute
      Evanescent

    Bonjour Madame Monsieur.

    J'étais presque convaincu de rester sur ma lancée des européennes et voter EE faute de mieux pour les régionales...mais cet article me rend aussi blême que le vote que je vais certainement finalement exprimer.

    L'article de trop, la bassesse de trop qui finit de me dégoûter.

    Sérieusement, Mme Duflot et M. Larrouturou, vous n'avez pas mieux à faire que de dénigrer votre voisin ? Exposer votre analyse sans dire « rho, les frères Sarkozy, pas bien, pas beau, nous, on est vachement mieux »

    Je radote (y'a pas de raison que M. Hortefeux soit le seul à radoter sur Rue89 aujourd'hui) mais j'écrivais cela dans la Rue il y a quelques jours.

    _________
    Je trouve cette fierté et cette volonté d'exister par la provocation médiatique plus que par ses idées et programmes pathétiques et desespérantes. La mode du « plus j'enfonce mon voisin, plus je l'écrase et le dénigre, mieux je me porte et plus on me met dans la lumière, super », ça me débequette. Cette propension à dériver en perdant l'objectif premier qui est de servir la France (et les Français dans leur diversité), avant ses intêrets nombrilocentrés, ça me dépite.

    Je vais encore aller voter en traînant les pieds en me disant que le positif de cette action résidera dans la sensibilisation de ma fille à la notion de devoir citoyen puisqu'elle m'accompagne à chaque vote, mais surtout, que ça lui donnera l'occasion de faire du toboggan dans la cour de l'école un dimanche matin (soit en dehors des heures de pointe traditionnelles en bas de l'échelle à la récré).
    _______________

    Sincèrement, qu'espérez vous de ce genre d'insinuations ? Bien sûr qu'il y a du bon sens dans ce que vous exposez, mais pensez vous qu'il était réellement nécessaire de venir parler des frères Sarkozy ainsi (rien d'insultant, certes mais pourquoi cette mise en gondole) en aguichant l'électeur comme vous le faites à la fin ? Malin de jeter l'appât Sarkozy à Rue 89 qui a été bien ferrée pour vous accorder ce panneau électoral gratuit pour courtiser sans vergogne ici.

    Moi, ça me barbe, ou plutôt, ça me donne envie de sanctionner et d'appuyer sur le bouton blanc fissa et de profiter du toboggan de la cour d'école de ma fille.

    ras-le-bolement vôtre

    PS : j'ai réclamé du beau temps !

  • libermind75
    • Posté à 14h08 le 03/03/2010

    j'ai lu l'article avant de découvrir les auteurs.
    je n'ai lu que du bon sens.
    pourquoi ne suis je pas étonné en découvrant les auteurs de ce texte ?

  • pmithrandir
    pmithrandir répond à coco19
    Developpeur
    • Posté à 15h06 le 03/03/2010
    • Internaute
      Developpeur

    Relancer la consommation a ses limites...
    Si vous relancez la consommation, le premier poste que les français choisissent, c'est l'electronique que nous ne produisons pas du tout.
    Votre idée consiste donc a creuser un peu plus la balance commerciale.

    Nous savons faire 2 choses pour l'instant : L'agriculture intensive et les services...

    Il faudrait plus se poser la question de rétablir des industries de proximités comme elle le propose dans l'article.

    Dégommer tous les vieux logements pourris et construire un monde écologique rétablirait surement quelques industries. On peut aussi imaginer de favoriser des projets comme l'automobile à air comprimé (MDI) ou d'autres idée industrielles qui trouvent tant de barrage en France alors qu'elles seraient si productrice d'emploi.

    Rien que sur les économies d'énergies et de ressources (l'eau par exemple) il y aurait des investissements colossaux à faire.

    Et pour ce qui est de l'idée de promouvoir le libre arbitre, permettre a n'importe quelle personne de devenir entrepreneur facilement, dans plus d'un domaine pour lui permettre de se sortir d'une crise plus facilement. (pour l'instant on a le droit qu'a un domaine, et il est difficile de dire que le jardinage et l'informatique font partis des même services...)