BNF : l'ex-patron accuse Google mais négociait avec Microsoft

Des livres de la bibliothèque de Lyon attendent d’être numérisés, le 15 janvier 2010 (Robert Pratta/Reuters)
L’actuel et l’ancien présidents de la Bibliothèque nationale de France règlent leurs comptes. Bruno Racine, partisan d’un accord avec Google sur la numérisation des livres, révèle que Jean-Noël Jeanneney, auteur d’un pamphlet contre le moteur de recherche, avait négocié avec un autre géant américain, Microsoft. Contacté par Eco89, Jean-Noël Jeanneney confirme et réplique.
Jean-Noël Jeanneney et Bruno Racine se battent par livres interposés. Le premier publie mercredi une nouvelle édition de « Quand Google défie l’Europe (plaidoyer pour un sursaut) ». Le second réplique dans « Google et le nouveau Monde », à paraître jeudi.
Bruno Racine, actuel président de la BNF, avait renoncé cet été à un accord avec Google, sous la pression du gouvernement et les attaques virulentes de son prédécesseur. Il est aujourd’hui en campagne pour sa propre succession.
Et dans son livre, il contre-attaque : quand il présidait la BNF, Jean-Noël Jeanneney était moins regardant. Il négociait avec le grand méchant américain de l’époque, Microsoft.
« Microsoft voulait les mêmes avantages que Google »
Contacté par Eco89, Jean-Noël Jeanneney confirme avoir discuté « quelques semaines » avec Microsoft, en 2005 :
« Microsoft s’est d’abord manifesté pour faire du mécénat. Il est apparu qu’ils voulaient un certain nombre d’avantages, ceux que veut Google aujourd’hui : ils ne se contentaient pas d’un mécénat, mais ils voulaient la propriété des fichiers et l’exclusivité du référencement. Nous avons donc rompu. »
Pour Jean-Noël Jeanneney donc, aucune contradiction : « C’est une flèche qui manque son but. » Son successeur Bruno Racine avait d’ailleurs déjà évoqué ces discussions, notamment devant la commission des affaires culturelles de l’Assemblée nationale, sans beaucoup de réactions.
Jean-Noël Jeanneney, historien, ancien secrétaire d’Etat socialiste et patron de la BNF de 2002 à 2007, s’est fait le champion de l’exception culturelle face à Google. Il défend notamment les deux projets publics de bibliothèques numériques, Gallica et Europeana, qui ont du mal à décoller.
L’Etat dépensera 750 millions d’euros pour la numérisation
« Google était aussi venu nous voir à deux ou trois reprises », précise aujourd’hui Jean-Noël Jeanneney. Selon lui, un accord avec un groupe américain est envisageable, mais pas à n’importe quel prix :
« On peut envisager des accords mais pas dans des conditions de subordination, dont la bibliothèque de Lyon donne un bon exemple aujourd’hui. »
Eco89 vous l’avait raconté cet été : la bibliothèque municipale de Lyon avait signé sans hésiter un accord avec Google. Un accord gagnant-gagnant, nous avait expliqué son directeur.
Google prend à sa charge la numérisation de 500 000 livres anciens, un trésor incluant notamment des incunables du XVe siècle. L’opération aurait coûté 50 millions d’euros à la bibliothèque. En contrepartie, les ouvrages numérisés pourront être consultés sur Google Livres.
Ce n’est pas qu’une querelle entre bibliothécaires. Dans le cadre du grand emprunt, le gouvernement prévoit de consacrer 750 millions d’euros à la numérisation du patrimoine. Avec ou sans la participation de groupes privés comme Google ? Frédéric Mitterrand et Nicolas Sarkozy devront trancher.
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Cela me rappelle le microfilmage par les Mormons des tables décennales de l’Etat-Civil français pour les Archives départementales.
Aujourd’hui, l’Etat doit repayer pour avoir des micro-films frais.
Bon mais pour l’archivage numérique, la question est qui va avoir les scanns, qui va les conserver, les translater sur de nouveaux supports au fur et à mesure du vieillissement des supports numériques.
Et si pour avoir les moyensde « conserver », il faut payer, sans même avoir l’avantage de disposer du fonds (proposé à consultation), que se passera-t-il le jour où Google voudra faire payer ces livres en ligne, ou sur un support de type e-book, la France devra-t-elle payer pour lire ses propres livres, sur lesquels elle a investi, maintenu, conservé depuis des lustres ?
Déjà qu’on devait aller aux States pour lire les raretés françaises, on a davantage accès aux livres dans les bibliothèques universitaires, Harvard pour faire sa thèse française, c’est vraiment le pied. Désormais, on devrait payer pour lire en ligne notre patrimoine nationale ?
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