Bonnes feuilles 02/03/2010 à 16h50

« Mon concubin m'a tapée plus que d'habitude »

Eléonore Mercier | Auteur et écoutante

« Je suis complètement battue » compile les premières phrases de victimes de violences conjugales.


Le livre d » Eléonore Mercier, « Je suis complètement battue » (DR)


Depuis dix-sept ans, Eléonore Mercier est « écoutante » : salariée d'une association, elle répond au téléphone à des femmes qui appellent pour violences conjugales. Elle a noté scrupuleusement chaque première phrase prononcée à chaque appel.

« J'ai découvert combien elles contenaient à elles seules des vies tout entières » dit-elle de ses entames de conversation. P.O.L. publie son premier livre (à paraître le 11 mars 2010), « Je suis complètement battue ». Un étrange objet qui rassemble 1653 de ces premières phrases.

En voici un extrait.

« Je suis complètement battue

Mon père est violent avec toute la famille

C'est pour ma voisine qui ne veut pas se manifester avec trois enfants qui meurent de faim

Je me suis remariée avec mon mari parce que je l'aimais

C'est pour une femme qui est terriblement paniquée à mes côtés

Mon mari me tape, je suis enceinte et j'ai déjà perdu le premier sûrement à cause de lui

Mon mari menace de nous tuer moi et les enfants

Je suis infirmière, j'appelle pour un cas qui va se terminer en crime sous peu

Mon mari est violent et armé, j'ai peur pour ma vie

Je souffre depuis des années

Je vous appelle parce que mon concubin m'a tapée plus que d'habitude

C'est pour ma sœur qui travaille dans la société de son mari et n'a pas le droit de téléphoner

C'est pour une amie qui reçoit des coups gratuits

J'ai un mari qui n'aime pas la société

Je voudrais partir loin

Je vis avec mon mari et sa mère, ils veulent tous les deux que je parte

Je ne sais pas ce que ça va donner, j'ai honte de ce que je vis

Mon mari m'a fait signer un papier pour être placée

J'emploie une personne qui ne vient pas depuis deux jours

J'en suis réduite à vous appeler mais je ne crois plus en rien

Je suis à l'hôpital, j'ai voulu me suicider

Mon mari m'a battue hier soir devant mes parents

Ma fille est mariée depuis 10 ans et battue depuis 10 ans

On vient de s'apercevoir qu'une collègue est battue par son mari

J'ai divorcé de mon mari qui me battait, il me harcèle pour revenir

J'ai trouvé un logement mais j'ai peur qu'il vienne me faire la peau

J'aurais voulu savoir ce que vous pouvez me proposer pour vivre sans violences

Mon conjoint est quelqu'un qui me tape

Je voudrais savoir par quel biais je pourrais réintégrer le domicile

Ma sœur ne peut plus rester chez elle, son mari la bat et lui coupe les vivres

J'ai des problèmes avec mon mari mais j'hésite toujours

Je vis avec un homme méchant

J'ai l'impression que je suis en train de mourir, avant j'étais gaie

J'envisage de divorcer mais ça m'est très difficile

Je sors d'une situation épouvantable, j'ai besoin d'en parler

J'ai dans mon bureau une femme qui présente des traces affreuses de morsures

Mon mari m'agresse sous forme de chantage

Ma fille a déjà appelé pour moi, j'ai décidé d'en finir

Je sombre dans la déprime

J'appelle pour une femme qui est dans un état de détresse inimaginable

Si le téléphone est raccroché c'est pour une raison »

Eléonore Mercier répondra bientôt à nos questions sur Rue89.

Photo : deux pages du livre « je suis complètement battue » (DR)

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  • tiloo87
    • Posté à 17h37 le 02/03/2010

    ...des « brèves de comptoir » pas drôles...

    Mais c'est effectivement un plongeon réaliste dans la détresse humaine, et une manière d'aborder ce sujet sans les enjolivures de bons sentiments prémachés (et de défoulements-souvent thérapeuthiques-anti males) qui sont, sinon, inévitables.

    (Je m'exprime très mal, là, je crois...mais c'est commencé alors j'envoie.)

  • Theodore
    Theodore
    directeur technique
    • Posté à 17h46 le 02/03/2010
    • Internaute
      directeur technique

    On parle beaucoup (avec raison) des femmes battues mais quid des femmes violentes ?
    Je ne me considere pas comme un maris « battu » mais face à la violence féminine, notamment envers les enfants les options du compagnon sont très limitées ce d'autant que
    nous sommes « the usual suspect ».
    Ayant eu une compagne violente, je dois dire que la réponse des institutions est au mieux pitoyable mais en général inexistente.
    Contenir une personne en colère sans lui faire mal est un métier et necessite de disposer d'accessoires réservés aux forces de l'ordre et personnel spécialisé, combien de compagnons agressé se sont retrouvé accusés de violence ? .
    Enfin, sans vouloir exonérer les « cogneurs » , il y a des femmes qui se livrent à des violences inaceptables envers leur entourage.i la défense légitime peut apparaitre comme violence conjugale
    ile compagnon en légitime défense apparait systématiquement en position d'accusé ou de bouffon s'il ose porter plainte.
    Enfin la réponse sécuritaire est certainement inadaptée

  • French Muslima
    • Posté à 17h49 le 02/03/2010

    Ces quelques phrases font froid dans le dos. On imagine toute l'horreur qu'il y a derrière et c'est insupportable. Peu importent les motivations de l'auteure ou le sensationnalisme engendré par un tel ouvrage : il dépeint la réalité sordide de milliers de femmes. Plus on en parle, mieux c'est.

  • Pi.K
    Pi.K
    Vilain Parisien
    • Posté à 17h52 le 02/03/2010
    • Internaute
      Vilain Parisien

    L'idée de réunir ces premières phrases — comme si l'on réunissait les premières phrases de centaines de romans, à ceci près qu'il s'agit ici d'une sordide réalité — est intéressante, mais y a-t-il aussi des commentaires, une réflexion sur ces « incipits » de récits de violences, qui eux-mêmes ont quelque chose de terriblement violent ? (Mais comment pourrait-on faire autrement le récit de violences ? )

    C'est que ces premières phrases, pour brutales ou glaçantes (« ... plus que d'habitude ») qu'elles soient, méritent qu'on s'y attarde, car seules, elles ne disent pas grand-chose. On peut souhaiter que ce livre amène une réflexion approfondie sur les violences qui sont faites aux femmes chaque jour — en l'occurrence, les violences conjugales, mais cela pourrait être relié à des violences plus sourdes, qui n'en sont, me semble-t-il, pas moins douloureuses pour les femmes ; mais je ne saurais développer, n'étant moi-même pas une femme, et n'étant que peu versé dans ces questions (non qu'elles ne m'intéressent pas, ni que je mésestime leur importance, mais j'ai d'autres occupations : on ne peut s'intéresser en détail à tout).

    On peut observer, par exemple, dans l'échantillon présenté ici, beaucoup de phrases qui commencent par « je » : cela peut-il être interprété comme une reprise de la parole par des femmes qui n'ont, dans d'autres circonstances, pas le droit à la parole ? Une réappropriation du statut d'individu par l'affirmation de soi ? Je n'en sais rien, c'est pour cela que je pose la question — peut-être n'est-ce pas la bonne question, et je ne doute pas qu'il y aurait bien d'autres questions à poser (et de réponses à proposer).

  • Gibert Because-Youno
    • Posté à 18h20 le 02/03/2010

    Il y a là, non pas dans la démarche du livre elle-même, mais dans la manière dont il est présenté sur le site, quelque chose d'ambigu.

    Livre présenté par l'auteur, non par un journaliste. Quelle est la différence avec une pub ? Et l'auteur dira sans doute : la cause. La cause des femmes battues, que je défends.

    Donc, si je veux moi-même présenter mon livre sur Rue89, je peux le faire, à condition qu'il s'agisse d'une « cause » ?

    J'aurais préféré que le livre soit présenté dans la rubrique consacrée aux livres, avec une critique, littéraire, prenant en compte sa construction, son rapport au langage - bref, une présentation du livre, et pas juste son exposition.

  • Chloé Leprince
    • Posté à 18h41 le 02/03/2010
      rédacteur

    Bonjour
    en realité, aucune ambiguité, mais merci de me donner l'occasion de le préciser pour tout le monde : c'est moi qui ai mis ce contenu en ligne. En fait, nous procédons de la sorte pour les « bonnes feuilles ». C'est a dire en créditant l'extrait de son auteur, c'est à dire l'auteur du livre. En revanche, il nous semble préférable d'ajouter un ou deux paragraphes qui contextualisent l'ouvrage. C'est ce qui figure en italique. Rassuré ?
    Je précise par ailleurs que je compte procéder en deux temps par rapport a l'ouvrage en lui-même, avec une interview à venir apres les bonnes feuilles. Ce qui vous permet à vous, internautes, de réagir aussi en commentaire... voire de poser des questions à l'auteur.