TRIBUNE 02/03/2010 à 13h00

La réécriture de l'Histoire française : George Orwell avait vu juste

Olivier Esteves | Maître de conférences

Tuberculeux, isolé sur l’île écossaise de Jura, sans téléphone, sans médecin, loin d’un hôpital, George Orwell savait-il, en rédigeant « 1984 », que son roman susciterait toujours autant de débats passionnés, vingt ans après cette guerre froide dont il ne vit que le premier acte ?

Poser la question de tout ce qu’Orwell avait « prédit » dans son roman, c’est occulter un fait central : Orwell lui-même n’ambitionnait pas de prophétiser l’avenir, mais bien, selon ses mots, de rédiger une satire ou une parodie, de ce que « pourrait » devenir le monde si l’on n’y prenait garde.

La dislocation du temps

Le cadre chronologique du roman demeure volontairement flou : Winston Smith, le personnage principal, ne sait pas si « l’on est bien en 1984 », et la première phrase du roman elle-même (« The clocks were striking thirteen », soit « Les horloges sonnaient treize heures »), dont l’effet en langue anglaise est assez déroutant, atteste cette implacable dislocation du temps.

En outre, un lecteur britannique de la fin des années 40 identifiait nombre de situations dépeintes dans le roman à la Grande-Bretagne de l’après-guerre, celle du rationnement, des odeurs de choux bouilli et des rues jonchées de débris. Même période, mais autre Europe : le poète polonais Czeslaw Milosz décerna un vibrant satisfecit à Orwell qui, selon lui, dépeint avec une remarquable exactitude l’existence de l’autre côté du « rideau de fer ».

Conséquence : « 1984 » a notamment inspiré une lecture anti-communiste, principalement aux Etats-Unis. Fred Warburg, l’éditeur du roman, avait même envisagé de solliciter Churchill pour rédiger une préface au roman. Sur son lit de mort, le romancier avait dû affirmer et réaffirmer sa fidélité à la gauche.

Ceci n’empêcha pas le théoricien conservateur Norman Podhoretz de déclarer en 1983 que « si Orwell était
vivant de nos jours, il serait néo-conservateur » , ni d’ailleurs Christopher Hitchens de légitimer la guerre en Irak par la participation d’Orwell à la guerre d’Espagne.

La guerre pour pacifier

On peut penser que Jean-Claude Michéa a « 1984 » en tête lorsqu’il décrit la nécessité, pour une société libérale, de toujours se constituer un ennemi juré incarnant le mal, que celui-ci s’appelle « communisme » ou « islamisme ».

Car, selon lui :

« Une société qui se présente comme “la moins mauvaise possible” tend logiquement à fonder l’essentiel de sa propagande sur l’idée qu’elle est là pour nous protéger de maux infiniment pires. »

L’ennemi peut tout à fait être fabriqué de toutes pièces, à l’instar des alliances et ruptures cryptiques entre les trois puissances dominantes du monde de « 1984 », où l’essentiel est que la guerre à la fois constante mais aussi largement absente du quotidien :

« Elle ressemble aux batailles entre certains ruminants dont les cornes sont plantées à un angle tel qu’ils sont incapables de se blesser l’un l’autre. »

L’ennemi substantiellement fabriqué des première et deuxième guerres du Golfe, du mythe de la « quatrième armée du monde » à celui des « armes de destruction massive », les Saddam Hussein ou Ben Laden un temps amis et désormais ennemis de l’Occident, insufflent une saveur particulière à la géopolitique de « 1984 ».

Si ces mensonges ne sont pas nouveaux (pensons au Lusitania en 1915), leur accélération et la prolifération de conflits dits de « faible intensité » autorisent les parallèles avec le roman d’Orwell.

L’histoire comme palimpseste

Mais c’est au niveau du langage totalitaire (le novlangue, la langue inventée par Orwell pour son roman) et de l’oblitération de l’histoire que « 1984 » s’avère le plus précieux. Le lien entre les deux a été finement analysé par Jacques Dewitte.

Si certaines sociétés ont tendance à repousser l’histoire dans l’insignifiance -on pense aux Etats-Unis, où l’expression « you’re history » [« Tu es fini » en français, ndlr] est un stigmate de ringardise-, il n’est sans doute pas exagéré d’évoquer les « abus de mémoire » fréquents dans le débat politique et médiatique français.

Ceci donne des situations cocasses quand des spécialistes anglo-saxons de la France, tenants d’un sens commun proche d’Orwell, sont traités avec arrogance par des universitaires ou éditorialistes français qui lient telle ou telle question d’actualité à des figures comme Philippe Auguste, Henri IV, Robespierre ou Rousseau .

Lorsque trois collégiennes de Creil portèrent un foulard abusivement appelé « tchador » en 1989, des intellectuels en vue ont écrit au ministre de l’Education nationale pour évoquer la menace d’un « Munich de la République » (lettre publiée dans Le Nouvel Observateur du 2 novembre 1989), tandis que d’autres intellectuels, multiculturalistes et moins médiatiques, ont réagi dans Politis en pointant le risque d’un « Vichy de l’intégration », répondant à l’enflure par l’enflure.

Depuis, les références à Vichy et Munich, la nécessité « d’entrer en résistance », sans parler d’apartheid, Grenelle, Plan Marshall, boycott, majorité silencieuse ou Intifada... abondent tantôt à gauche, tantôt à droite.

Pareils abus de mémoire alimentent, par le ressassement mécanique d’un souvenir manichéen et désincarné, l’amnésie des faits historiques peut-être autant que la constante réécriture de l’Histoire par les spadassins de Big Brother.

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  • Ruski
    Ruski
    Gracchus
    • Posté à 13h35 le 02/03/2010
    • Internaute 50606
      Gracchus

    + 1

  • lancetre
    • Posté à 22h08 le 02/03/2010
    • Internaute 18658

    J’ajouterai seulement un aspect essentiel de 1984 que l’article laisse de côté.

    Ce qu’Anton Ciliga appela « le mensonge déconcertant ».

    « The really frightening one was the Ministry of Love » (je cite de mémoire, pardonnez donc éventuellement l’inexactitude).

    Réforme signifie aujourd’hui régression.

    Pacification signifia guerre impitoyable et massacre de civils.

    Moderniser signifie licencier et aggraver les conditions de travail.

    On pourrait ainsi composer tout un dictionnaire, que ne renierait pas Eric Blair !

    • Désinscrit le 15-7
      • Posté à 22h38 le 02/03/2010
      • Internaute 992
        nc

      Il y a partout la même structure pyramidale, le même culte d’un chef semi-divin, le même système économique existant par et pour une guerre continuelle. (1984, George Orwell)

      Bien(re)venue au 21e siecle...

    • jma14
      jma14 répond à lancetre
      • Posté à 10h53 le 03/03/2010
      • Internaute 31729

      Ouaih ! Vos observations donnent l’impression d’être bien réfléchies et bien écrites, le seul problème c’est que vos affirmations ne sont que des constructions de votre esprit qui ne regarde que les choses par une vision très prismatique : les dogmes, ainsi qu’une synthèse d’une synthèse mal conclue. Elles ne sont en rien une vérité pure. Nous sommes plutôt dans du populisme. : les patrons sont des salauds.....

  • Tofraziel
    Tofraziel
    Orwellien
    • Posté à 13h27 le 02/03/2010
    • Internaute 42678
      Orwellien

    Oh oui, Orwell avait raison sur bien des points ! La manipulation de l’Histoire, la surveillance généralisée, l’appauvrissement du langage,...et l’imposture d’une certaine gauche (et de ses intellectuels) qui trahit les vrais idéaux du socialisme !

    La gauche doit (re)lire Orwell ! Et ne pas se contenter de le caricaturer, de le mépriser ou de le manipuler...

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  • A déménage le 14-03-2012
    • Posté à 13h34 le 02/03/2010
    • Internaute 98050

    Merci pour cet article.
    Merci pour le mot palimpseste que je ne connaissais pas.

    Je vais me faire nazer mais il fallait que je l’écrive.

    Cordialement.

    • Myna
      Myna répond à A déménage le 14-03-2012
      Héroine ordinaire
      • Posté à 14h49 le 02/03/2010
      • Internaute 94861
        Héroine ordinaire

      Moi c’était spadassins.
      Je l’aime bien, je m’en resservirai.

  • thierry reboud
    • Posté à 13h48 le 02/03/2010
    • Internaute 20923

    Je me joins au choeur pour vous remercier pour ce très intéressant article, et je partage l’idée sous-jacente (sauf erreur d’interprétation de ma part) selon laquelle le monde le plus orwellien qui nous reste serait peut-être celui de la civilisation occidentale sous standard étasunien, notamment dans sa version néo-conservatrice.

    Toutefois, il me semble que, plutôt qu’une réécriture de l’histoire, ce à quoi nous assistons est son instrumentalisation (ce vers quoi tend d’ailleurs votre démonstration, je trouve). Plutôt qu’une réécriture, une remise en perspective selon de nouveaux angles de vue.

    Sous ce rapport, ce n’est pas forcément très nouveau : je me rappelle de textes d’Eugene Weber, d’une rare intelligence, dans Ma France où il évoquait la construction des mythes nationaux comme ceux de Jeanne d’Arc ou Vercingétorix après la défaite de 1870, ou la réappropriation du passé gaulois (réputée populaire et donc plus en adéquation avec la République) au détriment de l’origine franque (réputée monarchique). Tous les pays font cela, et je crois bien que tous les pays font évoluer leur utilisation politique de leur histoire en fonction des nécessités du moment, déconstruisant et reconstruisant leurs mythologies historiques.

    C’est aussi un peu ce que nous attendons des historiens, qu’ils réévaluent les certitudes historiques.D’une certaine manière, c’est aussi ce travail très utile qu’a fait Zinn avec son Histoire populaire des Etats-Unis.

    • yoms
      yoms répond à thierry reboud
      • Posté à 14h49 le 02/03/2010
      • Internaute 67829

      Zinn excellent ! Un petit tour sur le blog « article 11 » on peut y lire un petit hommage très sympathique.

    • Azza
      Azza répond à thierry reboud
      Ingénieur en informatique (...)
      • Posté à 16h02 le 02/03/2010
      • Internaute 25467
        Ingénieur en informatique (...)

      « Tous les pays font cela, et je crois bien que tous les pays font évoluer leur utilisation politique de leur histoire en fonction des nécessités du moment, déconstruisant et reconstruisant leurs mythologies historiques. »

      C’est aussi la theorie sur l’ecriture de la Bible vers le 7ieme siecle a des fins de propagande politique elaboree par l’historien Israel Finkelstein

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      • thierry reboud
        thierry reboud répond à Azza
        • Posté à 19h54 le 02/03/2010
        • Internaute 20923

        Tout à fait d’accord avec vous. Et aussi, très probablement, pour l’écriture du Coran (surtout en considérant qu’il a été fixé par écrit pour asseoir une légitimité essentiellement politique). En fait, c’est l’intention qui préside à toute mythologie : nationale, religieuse ou autre.

         
        • Désinscrit le 15-7
          • Posté à 22h56 le 02/03/2010
          • Internaute 992
            nc

          « A force de répétition et à l’aide d’une bonne connaissance du psychisme des personnes concernées, il devrait etre tout à fait possible de prouver qu’un carré est en fait un cercle. Car apres tout, que sont cercle et carré ? De simple mots. Et les mots peuvent etre façonnés jusqu’à rendre méconnaissables les idées qu’ils vehiculent “ (J.Goebbels)

        1 autres commentaires
  • C. Creseveur
    C. Creseveur
    D'actualité, de dessin surtout
    • Posté à 13h55 le 02/03/2010
    • Internaute 7715
      D'actualité, de dessin surtout

    Je pense que cette analyse qui consiste à personnifier le libéralisme et son besoin de se créer un ennemi permanent est soit naïve, soit erronée.
    Ce n’est pas le libéralisme qui a besoin de la guerre. Ce sont les marchands d’armes.
    Pour paraphraser Prévert dont le « pinson n’est ni gai ni triste », Le libéralisme ne veut rien, il n’est pas plus belliciste, que pacifiste.
    Aussi je ne suis pas certain que l’analyse d’Orwell consistait à donner des bons ou des mauvais points à un camp ou à l’autre, et je trouve encore plus absurde de s’autoriser à dire qu’aujourd’hui Orwell serait néo cons !
    Les neo cons et leurs faucons ont déclenché la guerre partout, une guerre qu’Orwell dénonçait plutôt, non ?
    Il me semble qu’Orwell dénonçait d’abord le totalitarisme et sa dérive sécuritaire. Or où est cette dérive aujourd’hui sinon dans le monde libéral ?
    Des caméras à chaque coin de rue, des portiques de sécurité jusque dans les écoles, des circuits de tv internes permettant de surveiller son propre hall d’immeuble, des passeports biométriques et maintenant scanners corporels...
    Si je pousse jusqu’au ministère de l’identité nationale et aux velléités de réécrire l’histoire de la part de Sarkozy et de quelques députés, on n’est pas loin du « ministère de la vérité » et de ala police de la pensée qu’avaient imaginé Orwell.

  • Wholovesduck
    Wholovesduck
    Théoricien de la vie des autres
    • Posté à 13h55 le 02/03/2010
    • Internaute 72570
      Théoricien de la vie des autres
  • Edouard Chastagnier
    Edouard Chastagnier
    Bogue la galère
    • Posté à 14h03 le 02/03/2010
    • Internaute 101113
      Bogue la galère

    Simple : Orwell nous décrit des futuribles crédibles : un mélange de centralisme étatique dictatorial et d’ultralibéralisme débridé, dans lequel une caste « supérieure » s’arroge tous les pouvoirs, y compris celui de s’immiscer dans l’intimité de tout un chacun.

    La Chine en est un bon exemple.

    Ici, nul besoin de dictature : Big Brother réside en chaque citoyen.

  • personne
    • Posté à 14h08 le 02/03/2010
    • Internaute 21725

    De ce point de vue c’est amusant de voir comment après dénigré au possible les maghrébins maintenant on tente de les intégrer en leurs réinvitant un passé glorieux via des films comme Indigènes.
    De même que tous les réfugiés espagnols de la fin des années 30 ont été grossièrement assimilé aux républicains, les russes des années 20 aux russes blancs lutant contre le communisme, etc.
    De belles histoires pour enfants pour créer une unité de façade du « pays des libertés ».

  • Au sud de nul part-
    • Posté à 14h09 le 02/03/2010
    • Internaute 57434
      Situation

    Les filles Lévry ? N’étaient ce pas ces charmantes collégiennes qui s’étonnaient que deux homosexuels puissent s’embrasser dans la cours d’un collège et qui jusifiaient la pratique de la lapidation pour la femme adultère ?

    De vrais petites héroînes de la liberté : Orwell les aurait adoré, aucun doute.

    Todeti

    • Tofraziel
      Tofraziel répond à Au sud de nul part-
      Orwellien
      • Posté à 14h14 le 02/03/2010
      • Internaute 42678
        Orwellien

      Je crois même qu’elles l’ont écrit dans un livre ! J’avais oublié, merci de me le rappeler, surtout au moment de la sortie du livre de leur père (militant proche des Indigènes de la République) !

      • Au sud de nul part-
        Au sud de nul part- répond à Tofraziel
        Situation
        • Posté à 14h32 le 02/03/2010
        • Internaute 57434
          Situation

        Bonjour Tofraziel.

        Oui, malgré l’intérêt de cet article, j’ai tiqué sur la manière dont l’auteur use de l’affaire dite du « tchador ». Un livre existe et leur père ainsi que le Mrap et aussi Ramadam les ont soutenu à l’époque. Or, je n’arrive pas à comprendre comment on peut se pas s’inquièter que deux jeunes gamines en viennent à affirmer qu’elles accepteraient de se faire lapider en cas d’adultère : n’est-ce pas une pensée, disons, un peu « totalitaire », une pensée de soi assez « dominé » par un ordre un peu « autoritaire » ? De surcroît, je pense que si individu considère cette pratique comme « juste » donc « légitime », il aura tendance à croire qu’autrui doit aussi l’adopter. En cela, ceux sont les musulmans pratiquants, mais « modérés », comme on dit, qui se trouvent menacés....au nom d’un libre arbitre qui accepterait l’idée que le corps féminin soit lyncher pour une « faute » d’ordre sexuelle.

        Todeti

         
        • Tofraziel
          Tofraziel répond à Au sud de nul part-
          Orwellien
          • Posté à 14h40 le 02/03/2010
          • Internaute 42678
            Orwellien

          Oui, c’est aussi la réserve que j’aurais à faire à cet article, même s’il condamne également les excès inverses.

          • Au sud de nul part-
            Au sud de nul part- répond à Tofraziel
            Situation
            • Posté à 14h57 le 02/03/2010
            • Internaute 57434
              Situation

            Pareil. Mis à part ce point, l’article est assez équilibré. Et, après tout, s’il pouvait inspirer tout à chacun de ne pas raccourcir l« histoire à tout bout de champ, cela serait déjà pas mal. Certains problèmes sont assez neufs et graves pour ne pas être pensé en eux-mêmes.

            Todeti

        2 autres commentaires
  • Batouri
    Batouri
    ADS
    • Posté à 14h13 le 02/03/2010
    • Internaute 81210
      ADS

    Excellente analyse de l’attitude d’une certaine intelligentsia (terme qui se confond volontiers avec celui de classe est l’ensemble des personnes qui tirent leurs moyens de subsistance de leurs productions intellectuelles) française post-gaulliste qui instrumentalise à des fins idéologiques l’histoire pour servir des causes funestes. La figure de proue de cette doctrine est sans conteste, Bernard Henri-Lévy Botul Balkany.
    Avec ces nouveaux schizophrènes, les maux ont perdu tous leurs sens. La réalité avec. Ainsi, on peut voir Sarkozy se réclamer de Jaurès, de Blum et autres « grands » hommes politiques qui ont fortement contribué à la construction de ce pays. Pour désintégrer au sens militaire du terme, la jeunesse, l’homme du casse toi alors pauv con se revendique de l’héroïque Guy Môquet. On fait dire à l’histoire ce qu’elle n’a jamais dit.
    Voilà la nouvelle culture médiatico-française et sa tournure d’esprit.

    • Tofraziel
      Tofraziel répond à Batouri
      Orwellien
      • Posté à 14h15 le 02/03/2010
      • Internaute 42678
        Orwellien

      Il suffit de voir comment Orwell parle des intellectuels de la gauche, on a réellement l’impression qu’il parle de BHL ! C’est bluffant !

      • Batouri
        Batouri répond à Tofraziel
        ADS
        • Posté à 14h56 le 02/03/2010
        • Internaute 81210
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        De Tofraziel ;

        La question qui me turlupine depuis quelques années est de savoir s’il existe réellement des intellectuels dans ce qu’on appelle communément la gauche. Peut-être que le concept de gauche avait un sens à ses débuts. Mais, cette notion est devenue, depuis longtemps, une coquille vide qui ne veut plus rien dire de sérieux. Est-ce que Lévy Botul Balkany serait de gauche ? Peut-être, si la gauche signifie socio-libéralisme. Mais non si la gauche a partie liée avec le socialisme. Est-ce un intellectuel ? Je préfère vous demander de poser la question à quelqu’un qui est déjà mort : Pierre Bourdieu. Et même Botul avec qui il revendique une certaine filiation avait soupçonné une question comme celle-là : BHL existe-t-il comme philosophe ou intellectuel ? C’est une fois que la réponse sera apportée que l’on pourra essayer de voir où le classer. Pour l’instant, il est dans la même catégorie cognitive que P. Balkany, maire de Levallois-Perret.

         
        • Tofraziel
          Tofraziel répond à Batouri
          Orwellien
          • Posté à 15h03 le 02/03/2010
          • Internaute 42678
            Orwellien

          Oui, c’est un peu ce que dit Orwell.

          Il estime que les intellectuels « dits de gauche » trahissent le vrai socialisme, manipulent les masses à des seules fins de pouvoir, mais aussi par aigreur vis-à-vis du mépris que leur renvoie le capitalisme.

          Il en a aussi beaucoup voulu à ces intellectuels de se rallier au stalinisme ; et ça en France, on en a un paquet d’exemples, d’où d’ailleurs le mépris d’une bonne partie de la gauche pour Orwell.

          Je pense quand même qu’il y a certains intellectuels qui comprennent bien Orwell, et le prennent d’ailleurs comme référence. Onfray évidemment, mais aussi Finkielkraut. Ce dernier a ses (nombreux) défauts, en particulier sur certains sujets, mais j’ai vu récemment un article de lui (sur Marianne 2 je crois) où il parlait très bien d’Orwell. Et puis il y a Michéa bien sûr.

          Après, BHL pas un intellectuel, peut-être mais la définition est assez large...Quant à Bourdieu, je ne suis pas persuadé qu’Orwell aurait forcément été fan, mais bon.

        1 autres commentaires
    • Au sud de nul part-
      Au sud de nul part- répond à Batouri
      Situation
      • Posté à 14h51 le 02/03/2010
      • Internaute 57434
        Situation

      Certes. Mais je ne crois pas que l’allusion à Rousseau ne concerne que BHL. Que Rousseau ait été pensé comme une sorte de précuseur du totalitarisme est une thèse qui se trouve développée ou simplement reprise dans bon nombres de travaux universitaires, notamment philosophiques.

      Todeti

      • Batouri
        Batouri répond à Au sud de nul part-
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        • Posté à 15h07 le 02/03/2010
        • Internaute 81210
          ADS

        Est-ce que c’est parce qu’une « thèse » est reprise par de nos nombreux travaux philosophiques universitaires qu’elle est valable ? Pour avoir soi-même son opinion, je conseille toujours de fréquenter les textes de l’auteur lui-même. Il n’y a pas meilleur commentateur d’un texte que l’auteur lui-même.
        Des travaux philosophiques universitaires ont présenté Georges Sorel comme l’idéologue du fascisme. Mussolini s’est revendiqué de lui. A. Gramsci le grand philosophe italien anti fascite par excellence s’est aussi revendiqué de Sorel. Un examen des textes de Sorel démontre tout le contraire des affirmations de Mussolini et consort.

         
        • Au sud de nul part-
          Au sud de nul part- répond à Batouri
          Situation
          • Posté à 15h25 le 02/03/2010
          • Internaute 57434
            Situation

          Du calme. Je n’ai pas dit que cette thèse était juste, j’ai seulement dit qu’elle était répandue, connue, présente dans des travaux universitaires. C’est tout. Je n’ai donc nulle part écrit que j’y adhérais.

          Sinon, merci, je sais bien que la lecture des textes, même lorsqu’elle doit s’accompagner de celles des commentateurs les plus brillants, est obligatoire.

          Si vous voulez mon avis, le problème majeur de la philosophie politique de Rousseau n’est pas qu’il soit un précuseur du totalitarisme, mais la représentation politique de la souveraineté.

          Todeti

          • Batouri
            Batouri répond à Au sud de nul part-
            ADS
            • Posté à 15h41 le 02/03/2010
            • Internaute 81210
              ADS

            Sa conception de la représentation politique de la souveraineté ne peut être parfaite ; mais, elle a le mérite d’esquisser une solution à un problème politique majeur. À la question comment devait s’exercer la souveraineté politique, Rousseau proposa l’abandon de nos libertés individuelles aux mains du souverain. Encore une fois, c’est non pas à Rousseau que le reproche doit être fait, mais bien évidemment aux mandatés. C’est tout le problème de la « démocratie ». C’est pour ça que je suis pas un démocrate. Parce que dans toutes les démocraties depuis les athéniennes jusqu’aux contemporaines, les démos (peuples) ont toujours été niés. Nous avons toujours eu des démocraties sans démocratie.
            Le référendum de mai 2005 vous rappelle quelque chose ? La votation citoyenne sur le statut de la poste ? Le bradage de non instruments collectifs de production à des oligarques ?

            • Au sud de nul part-
              Au sud de nul part- répond à Batouri
              Situation
              • Posté à 15h48 le 02/03/2010
              • Internaute 57434
                Situation

              Je ne comprends guère votre agressivité.

              Ensuite, non, désolé, ce n’est pas ce qu’à écrit rousseau dans le contrat social.

              Todeti

              • Batouri
                Batouri répond à Au sud de nul part-
                ADS
                • Posté à 15h53 le 02/03/2010
                • Internaute 81210
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                Suis nullement agressif.
                Peut-être faudrait relire du contrat social.

                • Au sud de nul part-
                  Au sud de nul part- répond à Batouri
                  Situation
                  • Posté à 15h57 le 02/03/2010
                  • Internaute 57434
                    Situation

                  Mais vous vous prenez pour qui ?

                  Où avez vous vu que dans le contrat social il existerait un Souverain à qui serait délégué le pouvoir ? Vous confondez avec Hobbes.

                  Todeti

                  • Batouri
                    Batouri répond à Au sud de nul part-
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                    • Posté à 18h38 le 02/03/2010
                    • Internaute 81210
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                    Mais mon pote ; c’est ça la question de l’intérêt général.
                    Aucune confusion avec Hobbes et son léviathan. Le souverain est chez Rousseau, l’intérêt général.

                    • Au sud de nul part-
                      Au sud de nul part- répond à Batouri
                      Situation
                      • Posté à 19h04 le 02/03/2010
                      • Internaute 57434
                        Situation

                      Je ne suis pas votre « pote ».

                      Sinon, pour les cours de philosophie, vous pouvez repasser. Vous pensez m’apprendre quelque chose sur Rousseau ?

                      Allez...

                      Todeti

                      • Batouri
                        Batouri répond à Au sud de nul part-
                        ADS
                        • Posté à 23h41 le 02/03/2010
                        • Internaute 81210
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                        Si vous n’êtes pas mon pote, seriez-vous au moins mon cher ami ?
                        Je n’est nullement l’intention de vous donner les cours de philosophie. Car, je ne sais pas ce qu’est-ce. Suis pas philosopheur. Je n’est pas non plus l’intention de vous apprendre quoi que ce soit sur Rousseau ; car, je ne connaît pas non plus sa pensée. J’essaie seulement d’être un tout petit cohérent.

              • proudhon
                proudhon répond à Au sud de nul part-
                retraité
                • Posté à 18h04 le 02/03/2010
                • Internaute 106222
                  retraité

                bonne article

        9 autres commentaires
    • Wildleech
      Wildleech répond à Batouri
      révolutionnaire en devenir
      • Posté à 17h56 le 02/03/2010
      • Internaute 81842
        révolutionnaire en devenir

      Le problème n’est pas qu’il le dise (il dit tellement de c...ries).
      Le vrai problème c’est que personne, dans la sphère publique, ne le reprenne.

      • Batouri
        Batouri répond à Wildleech
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        • Posté à 18h54 le 02/03/2010
        • Internaute 81210
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        La vraie question comme vous le dites est qu’il n’est repris par personne. Ceci aurait paru scandaleux dans une société normale ; c’est-à-dire celle où des hommes ont encore un peu de scrupule. L’espièglerie est possible dans notre société parce que ceux qui ont pignon sur rue et à qui le populos fait confiance sont corrompus. Autrement dit, comment expliquez-vous qu’eurent été possible l’invasion américaine de l’Iraq. Hitler est le produit de la corruption des élites. Lévy Botul Balkany est le produit de la corruption des élites journalistiques. Sinon comment expliquer cette campagne nationale qui accompagne la sortie de ses feuilles de choux ?
        La sphère publique (les hommes de médias) est aux mains du lévybotulobalkanysme.

         
        • Au sud de nul part-
          Au sud de nul part- répond à Batouri
          Situation
          • Posté à 19h18 le 02/03/2010
          • Internaute 57434
            Situation

          pff...

          Todeti

          • Batouri
            Batouri répond à Au sud de nul part-
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            • Posté à 23h54 le 02/03/2010
            • Internaute 81210
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            Si des gens comme vous dites disent à longueur de journées des c...rire, si l’espièglerie a été normalisée, alors, c’est que l’opinion publique médiatico-politique dans cette société politique se sclérose. Vous êtes au courant des liens que des personnes bien introduites établissent entre l’humoriste (BHL) et les hommes des médias. Ecouter son passage à France Inter sur ses relations troubles et privilégiées avec les médias et vous serez édifié. Entre autre chose, il y a bien des intellectuels de tous bords qui dénoncent l’imposture philosophique ; mais le réseau BHL est plus puissant. La preuve est sa chronique dans le point de JFP.

            • Au sud de nul part-
              Au sud de nul part- répond à Batouri
              Situation
              • Posté à 11h22 le 03/03/2010
              • Internaute 57434
                Situation

              Je sais.

              Le pfff, c’est juste pour vous. Cadeau.

              Todeti

        3 autres commentaires
  • Keldan
    Keldan
    Now future & karpe diem
    • Posté à 14h19 le 02/03/2010
    • Internaute 5164
      Now future & karpe diem

    A la base Orwell ne parlait pas du futur mais de son époque, car son livre devait s’intituler « 1948 ». Mais comme ça chagrinait pas mal de monde, il a collé un étiquette « dans le futur » donc 1984 et c’est passé beaucoup mieux.

    Des fois j’ai envie d’insulter les gens qui sont toujours bloqué sur 1984, à croire que c’est le seul bouquin d’anticipation qu’ils aient jamais lu avec le Meilleur des Mondes.
    Des mecs qui ont vu juste, on peut en citer beaucoup d’autres, mais malheureusement cela ne fait pas partie de la littérature officielle alors on ne risque pas d’en entendre parler...

    Surtout qu’Orwell nous parlait d’un futur bien plus sombre qu’il n’est advenu et bien peu probable, bien moins que celui imaginé par Pohl et Kornbluth dans leur « Planète à gogos ».
    Ou encore Dick qui tout en s’inspirant de son présent paranoïde avait compris où irait le monde. Et même Asimov et Heinlein qui visaient loin dans le futur n’ont fait que décrire ce qui pourrait être notre lendemain, plein de craintes et d’espoirs.

    Tous ces mecs là (désolé je connais pas une femme dans le lot) ont vécu à la même époque, dans le même monde et ont tous vu et imaginé l’avenir, bien souvent d’une façon sombre mais toujours possible. Et tous ces gars sont de très bons écrivains, les grands-pères spirituels de centaines d’auteurs, des références mondialement reconnues dans le domaine de la science-fiction.

    Alors je me demande quelles bites l’éditeur d’Orwell à sucer pour que celui-ci ait le droit à un traitement de faveur et être le seul cité par l’intelligentsia.

    • nayko
      nayko répond à Keldan
      Troubadour urbain
      • Posté à 14h40 le 02/03/2010
      • Internaute 14789
        Troubadour urbain

      Je pense juste qu’il avait plus de visibilité car il était journaliste. Mais vous avez raison de souligner que d’autres auteurs ont effectués le même travail d’anticipation, et souvent très réussie. « Le meilleur des mondes “ tombe aussi souvent très juste.
      Plus récemment, il y aussi ‘Globalia’ de JC Ruffin. Pas une perle littéraire mais intéressant sur le fond.

    • Wholovesduck
      Wholovesduck répond à Keldan
      Théoricien de la vie des autres
      • Posté à 14h48 le 02/03/2010
      • Internaute 72570
        Théoricien de la vie des autres

      Hum...c’est une bonne réflexion.
      Je fais parti de ceux qui considèrent que 1984 d’Orwell est supérieur à Dick, Husley ou autres Fahrenheit (le nom de l’auteur m’échappe, c’est le mec qui a écrit les chroniques de Mars).

      Sur mon avis personnel et littérairement parlant, je trouve 1984 mieux écrit que Fahrenheit et moins « farfelu » que Le meilleur des Mondes. K.Dick et « son maître du haut château », je ne suis absolument pas fan du style (je ne suis d’ailleurs pas fan de beaucoup d’auteurs américains...).

      Sur le fond : je vous avouerai que je ne vois pas en 1984 un roman d’anticipation. Mais plutôt un ouvrage clair et percutant qui permet une compréhension du fonctionnement du monde. Cela à n’importe quelle époque. La 2nde partie de l’ouvrage qui lui permet de prendre connaissance du guide est en cela très pertinente et on ne la retrouve dans aucun autre ouvrage du genre.

      La mise en lumière du sentiment amoureux, au coeur de l’individu, la vision de la société totalitariste et le parallèle qu’il effectue entre ces deux échelles est elle aussi - selon moi - réussie.

      Voila pourquoi, selon moi, 1984 est plus « reconnu » que les autres.

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