A DEBATTRE 02/03/2010 à 16h49

Christian Estrosi se rêve en PDG d'un Renault tout rose

Julien Martin | Ex-Rue89

Le ministre de l’Industrie n’a pas goûté l’interview de Patrick Pélata, directeur général de Renault, lundi dans Libération. Et Christian Estrosi l’a fait savoir ce mardi matin, au micro de France Inter :

« J’essaie d’exprimer moins de pessimisme que lui.Moi, je regarde les chiffres de Renault ce [mardi] matin : [...] là où on me disait que la chute progressive de la prime à la casse allait avoir des conséquences, on est à +43% sur PSA et +37% sur Renault entre janvier et février. » (Voir la vidéo à partir de 4’55’’)

En cause donc, les prévisions dévoilées lundi dans le quotidien par le numéro deux de Renault :

« Il y a encore quelques semaines, on prévoyait un marché européen à -10% en 2010 [contre -1,7% en 2009]. C’était en supposant qu’il y ait une reprise économique.

Mais les informations que nous avons aujourd’hui sont moins bonnes qu’il y a deux ou trois mois. Le scénario d’une reprise est de plus en plus repoussé dans le temps. »

« Il vaut mieux faire croire dans nos véhicules »

Les chiffres fournis par les deux hommes ne sont pas contradictoires, ils ne sont simplement pas de la même nature et ne portent ni sur la même durée, ni sur la même zone géographique : le ministre fait état d’un résultat sur le mois passé en France quand l’industriel évoque une prévision pour l’année à venir en Europe.

Mais Christian Estrosi n’a pas aimé que Patrick Pélata ne voie pas la vie de l’entreprise en aussi rose que lui :

« Il vaut mieux être raisonnable, ne pas avoir d’excès d’optimisme, ne pas avoir d’excès de pessimisme, faire croire dans nos véhicules. »

Autrement dit : arrêtons de déprimer, mieux vaut regarder derrière que devant si les chiffres passés sont meilleurs. « Je ne vais pas dire que nous serons à +10% ou à -10% », poursuit le ministre de l’Industrie, qui préfère ne pas donner du tout de prévision.

La raison de cet optimisme à tout crin est à rechercher dans les importants efforts financiers consentis pas le gouvernement français pour venir en aide à ses constructeurs automobiles. En plus de la prime à la casse, d’un prêt à taux préférentiel et du financement du chômage partiel, « l’Etat a supprimé la taxe professionnelle », note Christian Estrosi, qui a fait le calcul :

« C’est-à-dire moins 53 millions d’euros d’impôts à payer pour Renault cette année. Sur chaque voiture qui sera mise en chantier, c’est 250 euros de moins que ça en coûtera à Renault de la mettre sur une chaîne de production. »

Pas question, avec de tels investissements, de dire que la filière automobile se porte mal, sous peine de laisser penser aux contribuables que l’Etat jette l’argent par les fenêtres.

« Estrosi n’a que des mots, pas de ministère »

Accusé encore le 24 février dans L’Usine Nouvelle par Bernard Thibault, le secrétaire général de la CGT, de n’avoir « que des mots, pas de ministère », Christian Estrosi entend désormais faire entendre la voix de l’Etat au sein de Renault, dont il est le principal actionnaire avec 15,01% du capital. Surtout après l’affaire de la délocalisation de la Clio 4 de Flins vers la Turquie. Ce qu’il a répété sur France Inter :

« Il y a du nouveau chez Renault : nous sommes au conseil d’administration. Jusqu’à présent, les gens qui siégeaient au nom de l’Etat au conseil d’administration étaient des gens désignés par l’APE [Agence des participations de l’Etat], c’est-à-dire par l’un des services du ministère de l’Economie et des Finances. Nous venons de faire en sorte que ce soit le directeur général de mon administration, du ministère de l’Industrie, qui vienne d’être désigné.

Ça veut dire que l’Etat stratège participe à la stratégie d’avenir de Renault pour veiller à ce qu’en France l’industrie issue de Renault puisse mieux soutenir l’économie et les commandes industrielles. Ma foi, peut-être que l’Etat volontaire de retour et stratège, ça apportera aussi de meilleurs résultats dans le domaine de la politique industrielle de la France. »

Le ministère de l’Industrie sous-représenté chez Renault

Le ministère de l’Industrie est toutefois loin d’être devenu aussi puissant que prétendu au sein de Renault. Le PDG Carlos Ghosn a certes été convoqué à l’Elysée le 16 janvier par Nicolas Sarkozy, mais il est reparti sans autre engagement que celui déjà connu de maintenir une partie de la fabrication de la Clio 4 à Flins.

Quant au conseil d’administration de Renault, l’Etat n’y compte toujours que deux représentants alors que sa qualité d’actionnaire principal pourrait lui donner droit à six, comme l’avait révélé RTL au mois de janvier. L’option d’en nommer quatre supplémentaires avait à l’époque été retenue, avant d’être abandonnée.

Ses deux représentants ont en tout cas bien été renouvelés le 25 février. Ne pas attendre cependant de changement fracassant. L’APE a directement désigné le premier, Alexis Kohler. Et le second, Luc Rousseau, est en effet le nouveau directeur général de la Compétitivité, de l’Industrie et des Services du ministère de Christian Estrosi. Mais uniquement depuis un mois : il était auparavant directeur général des Entreprises à l’APE.

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  • Phil2922
    Phil2922
    Retraite invalidité
    • Posté à 17h19 le 02/03/2010
    • Internaute 36639
      Retraite invalidité

    Le PDG de Renault ne se présente pas aux élections régionales et Estrosi nous rappelle que dans Renault, tout est bon.... !

    Après les Régionales, beaucoup de plans sociaux vont être annoncés car les carnets de commande des entreprises automobiles sont vides ainsi que ceux d’autres boîtes. Mais silence dans les rangs... il paraît que dans les autres pays européens c’est pareil... ! !

    Lien

  • Albufera
    Albufera
    Observateur.
    • Posté à 17h29 le 02/03/2010
    • Internaute 29241
      Observateur.

    En écoutant les discours, on ne comprend plus très bien ce qui se passe entre le politique et l’ économique -entre l’ état et les entreprises- à deux choses près bien établies dans les faits : 1° toutes les interventions de Nicolas Sarkozy ou de ses ministres se sont soldées par des échecs dans la réalité (c’ est l’ effet de Gandrange applicable à d’ autres entreprises : des promesses au journal de 20 heures non tenues -avec Sarkozy, on allait voir ce qu’ on allait voir...- avant que l’ actualité n’ oublie de nous rapporter le destin de tout ceux restés sur le carreau in fine et tombés dans l’ oubli des pôles-emplois et du RSA) : Sarkozy ou pas, les usines ferment quand la production n’ est plus rentable. 2° d’ un côté le discours libéral du gouvernement qui cherche à tout privatiser (notamment les services publics et le système de santé en transférant les dépenses sur les mutuelles et les assurances ou directement sur les ménages ; ou encore, qui se souvient des propos de Sarkozy admirateur du système financier anglo-saxon appelant à développer les subprime en France tandis qu’ on allait travvailler plus pour gagner plus dans un économie sans emplois ?) ; de l’ autre côtés -sans rire et sans gêne- des propos volontaristes et des promesses d’ interventionnisme économique face à la cruauté du marché. C’ est du grand n’importe quoi qui montre que Sarkozy fonctionne au coup par coup par opportunisme politique et électoral sans avoir une vision d’ ensemble et une stratégie cohérente.

  • Disciple ressucité
    • Posté à 17h32 le 02/03/2010
    • Internaute 71674

    Y’a pas que Pélata pour contrarier Estrosi, même Ghosn s’y met :

    « C’est vrai que les ventes se passent bien en janvier-février. Mais attention : ce que nous vendons en janvier-février ce sont les commandes qui ont été passées en novembre et décembre.Par contre, depuis le début de l’année, nous voyons une baisse des commandes ce qui veut dire qu’à un certain moment il y aura une baisse des ventes, il n’y a aucun doute. » (RTL le 02/03/2010)

    Pas que ça me fasse plaisir, loin s’en faut, mais les salades du Niçois me fatiguent.

  • Adam Smith
    Adam Smith
    Laisse-moi Faire
    • Posté à 17h41 le 02/03/2010
    • Internaute 37986
      Laisse-moi Faire

    Bien sur que l’Etat jette de l’argent par les fenetres. Voir les 92 millions de doses de vaccins vendus pour 65 millions d’habitants.

    Traditionnellement ce sont les gouvernements de gauche qui ont moins de rigueur fiscales que la droite mais la c’est n’importe quoi de la part du gouvernement.

    J’ai aussi l’impression que le gouvernement envoie le message : « Le secteur prive existe parce que nous, l’Etat, avons l’amabilite et la generosite de laisser un secteur prive exister en France ».

    Et apres on se plaint que la France manque de competivite de d’entrepreunariat. Je ne suis pas satisfait que l’etat empiete sur ma liberte individuelle et ’manipule’ (comme avec Renault) mes choix de consommation.