a debattre 27/02/2010 à 15h15

« Vive l'inflation ! » Le FMI ose toucher à un tabou économique

Pascal Riché | Redchef Rue89

Enfin, un débat sur l'inflation ! Et porté par qui ? Par le gardien de l'othodoxie financière, le FMI lui même. Son économiste en chef, Olivier Blanchard, a osé briser un tabou il y a quelques jours en écrivant qu'après tout, viser 4% d'inflation serait plus favorable à l'économie (actuellement, les banques centrales s'efforcent de ne pas dépasser 2%). Se fixer un objectif un peu plus lâche, à lire l'article publié sous son autorité (disponible en français), permettrait aux banques centrales de se décrisper un peu. L'objectif de 2% les paralyse en effet : si elles pouvaient baisser plus rapidement leurs taux d'intérêt, elles donneraient un peu plus d'oxygène à l'économie quand celle-ci en a besoin.

On a droit, depuis la publication de cet article, à un concert de protestations en provenance des grands argentiers de la planète. « Le FMI joue avec le feu » a déclaré le patron de la Bundesbank, Axel Weber, dans une tribune au Financial Times Deutschland publiée jeudi. Ce qui est menacé, selon, lui, c'est pas moins que « la crédibilité acquise depuis des décennies par la politique monétaire » !

Ben Bernanke, le grand manitou de la Réserve fédérale, s'est lui aussi étranglé devant le congrès américain : « 4%, pourquoi pas 5%, 6%, 7% ? »

Dès qu'il s'agit de l'inflation, on touche à une vache sacrée

Je connais Olivier Blanchard, je lui avait confié une chronique dans Libération, pendant quelques années. Ce n'est pas précisément un farfelu : c'est un professeur du MIT, libéral-keynésien, profil assez classique d'économiste aux Etats-Unis.

Le problème, c'est que dès qu'il s'agit de l'inflation, on touche à une vache sacré. Le souvenir de l'hyperinflation allemande des années 20 hante encore l'Allemagne et sa banque centrale, et celui de la « stagflation » (mélange de croissance faible et de forte inflation) des années 70 est encore présent dans bien d'autres pays.

Depuis lors, pourtant, les banquiers centraux ont fait beaucoup de progrès, et savent bien mieux piloter les évolutions de la masse monétaire qu'auparavant. (Voir le graphique)

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Pourquoi l'inflation est-elle mauvaise pour l'économie ?

La question peut paraître naïve, mais la réponse est loin d'aller de soi. Imaginez que l'on multiplie par 100 tous les prix, tous les salaires, et la masse monétaire en circulation. Ce serait une simple convention, qui n'aurait aucune incidence pour l'économie (la France avait d'ailleurs réalisé l'opération inverse en 1958, en créant le
franc « lourd »).

Mais l'inflation n'est pas une simple convention orchestrée à l'avance. C'est un phénomène avec des gagnants et des perdants, où chacun -entreprise, salarié, épargnant, fournisseur-
essaye de garder son avance. Et ce phénomène a toujours tendance à s'emballer.

Tôt ou tard, la banque
centrale ou le gouvernement doit intervenir pour stopper cet emballement, par des hausses de taux d'intérêt douloureuses pour l'économie et/ou une politique d'austérité.

Le coût principal de
l'inflation, c'est ce retour de bâton, qui fait chuter la croissance. L'autre coût, c'est la déformation de la structure des prix relatifs. Les prix évoluent les uns par rapport aux autres. Si leur évolution est imprévisible, les entreprises prennent de mauvaises décisions. Ils renoncent par exemple à des projets d'investissements qui deviennent trop risqués.


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L'inflation est-elle forcément mauvaise pour les salariés ?

C'est ce que suggère le bon sens (les prix grimpent, donc mon pouvoir d'achat baisse). Historiquement, pourtant, les salariés se sortent plutôt bien des périodes d'inflation. Car leurs salaires augmentent aussi. Le partage de valeur ajoutée de l'économie, pendant les années 1970, a ainsi évolué en faveur des salaires, et au détriment du capital. C'est pendant la désinflation que ce partage s'est déformé au profit du capital. (Voir le graphique : en bleu, les salaires ; en rouge, les profits, en vert, les impôts)

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Quels sont les gagnants de l'inflation ?

L'inflation a-t-elle des vertus ? Elle ronge les créances, et donc est crainte par les épargnants. Mais symétriquement, elle est bénie par les ménages qui empruntent à taux fixe.

Normal : si votre salaire augmente (pour suivre les prix) mais que vos mensualités ne changent pas, vous faites une
très bonne affaire. De très nombreux Français sont ainsi devenus propriétaires à la faveur de l'inflation des années 70. Autre grand bénéficiaire de l'inflation, l'Etat, parce que sa principale ressource est la TVA, qui grimpe avec les prix.


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L'inflation peut-elle aider à résoudre la crise ?

Il y a une chose que l'inflation pourrait aider à résoudre, c'est le casse-tête de la dette publique. Historiquement, lorsque la dette publique d'un Etat est devenue insupportable, cela s'est toujours terminé par de l'inflation (le roi frappait monnaie à tire-larigot...) ou par des révolutions (à commencer par celle de 1789).

L'inflation permet en effet de faire diminuer le poids relatif des dettes, à commencer par celle des Etats. Si tous les prix et les salaires doublent, mais pas la valeur des dettes, celles-ci deviennent plus facile à rembourser.

Jusque là, cependant, le FMI n'a pas encore osé prôner l'inflation comme outil pour alléger le fardeau des dettes. Dans son rapport sur les finances publiques, il met en garde les pays contre cette tentation :

« Une inflation plus rapide n'est pas une stratégie de réduction de la dette efficace. Faire passer l'inflation à 6% pendant cinq ans n'éroderait que de moins d'un quart les tendances prévisibles des ratios d'endettement. »

Un quart ? Ce serait déjà pas si mal ! Autrement dit, une inflation de 6% réduirait le ratio entre dette et PIB de 25% en cinq ans. Un calcul qui rejoint les recherches de deux professeurs, Joshua Aizenman et Nancy Marion, sur la dette publique américaine.

► Article nourri par un précédent texte publié sur Rue89 et recyclé.

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  • Pchaudard
    • Posté à 15h55 le 27/02/2010

    C'est dommage de faire un article 100% pro-inflation, comme si mécaniquement tout serait facilité :
    - Baisse du ratio d'endettement,
    - Hausse des salaires
    - Favoriser l'accession à la propriété pour ceux qui ont des taux fixes.
    - etc...

    Plus de nuance aurait été pertinent.

    Mais si l'inflation décolle alors les taux d'intérêt le feront aussi, et les dettes publiques vont exploser ! !
    Et là, on aurait droit au 2ème effet Kiss Cool de la crise, et je pense que ce serait bien pire que les effets actuels, car ce sont les état,s à l'instar de la Grèce aujourd'hui, qui seraient touchés, sans organe derrière pour intervenir et sécuriser.

    Ce qui protège aujourd'hui les états d'une certaine manière, ce sont des taux d'intérêts très faibles, parce que l'inflation est justement très faible !

    Quant aux salaires, cela se sauraient s'ils pouvaient augmenter mécaniquement et suivre l'inflation.

  • fantome de la nuit
    • Posté à 15h55 le 27/02/2010

    Il est intéressant de noter que c'est sous le règne de DSK au FMI qu'une telle prise de position est émise.

    Ce positionnement « pro-inflationniste » est un tournant dans la politique monétaire prônée par le FMI, habituellement très orthodoxe et très... monétariste (politiques d'ajustement structurel orientées, entres autres, sur une maîtrise de la masse monétaire).

    Il se passerait donc quelque chose dans le Nouvel Ordre Mondial ?

  • la_chose
    la_chose
    Salaud d'économiste
    • Posté à 15h58 le 27/02/2010
    • Internaute
      Salaud d'économiste

    Vous passez a coté de l'argument de Blanchard. Son point est que sachant que l'on ne peut diminuer les taux d'intérêt en dessous de zéro, si l'on veut les baisser pour participer a la relance , plus on part de haut plus on peut descendre.

    Pour le reste, si la cible pour l'inflation deviens officiellement 4% au lieu de 2%, les taux d'intérêts vont augmenter d'autant. Même si comme vous le mentionnez on peu modifier des prix relatifs en jouant sur les différentes vitesse d'ajustement, assez rapidement les prix relatifs vont en revenir a leur équilibre d'antan.

    Concernant le partage salaire / profits, ce que vous faite c'est tout simplement confondre corrélation et causalité. Lien
    Il c'est passé beaucoup de chose dans les années 80 qui peuvent expliquer ce changement dans le ratio salaire profit (augmentation du chômage surtout)

    L'inflation peu apporter quelques bénéfices a très très court terme, mais rien de bon sur le plus long terme. Il n'y a pas de secret, pour augmenter la part des salaires dans l'économie, il faut augmenter l'emploi. Pour augmenter l'emploi il faut créer des richesses. Imprimer de la monnaie n'est pas créer de la richesse, c'est jouer avec le feu.

  • coatl
    coatl
    SR
    • Posté à 16h23 le 27/02/2010
    • Internaute
      SR

    Si je vous suis, l'inflation n'a que des qualités : résorber la dette publique, alléger le fardeau des ménages endettés et, last but not least, rééquilibrer le partage de la valeur ajoutée en faveur du travail, le tout sans douleur pour les salariés...

    Le problème, c'est que pour « encourager » l'inflation, il me semble qu'il faut encourager le crédit, qui a le double inconvénient d'être le monopole de banques privées (ou centrales avec pour mandat de précisément lutter contre l'inflation) et d'être à l'origine de la crise des subprimes.

    Pour mener une telle politique, il faudrait donc probablement sortir de l'UE (car convaincre la commission Barroso prendrait des siècles), récupérer les leviers de la politique monétaire et nationaliser-socialiser le système de crédit... Chiche !

  • Pascal Riché
    Pascal Riché répond à Pchaudard
    Auteur(e) de l'article Redchef Rue89
    • Posté à 17h42 le 27/02/2010
      éditeur
    • Journaliste
      Redchef

    Ce n'est pas un article « pro-inflation » (lisez la réponse à la question 1). Mais c'est vrai qu'il invite à réfléchir à la question en sortant des dogmes.

    « si l'inflation décolle alors les taux d'intérêt le feront aussi, et les dettes publiques vont exploser ! ! »

    Ce n'est pas ce que dit le FMI : une inflation de 6% pendant 5 ans réduirait le ratio dette/PIB d'un quart...

    « Quant aux salaires, cela se sauraient s'ils pouvaient augmenter mécaniquement et suivre l'inflation »

    C'est une question encore controversée aujopurd'hui . Certains économistes jugent que les salariés ne devraient pas compter parmi les perdants. C'est le cas de la directrice des études économiques et de la stratégie des marchés de HSBC France, Mathilde Lemoine. Interrogée par Le Monde, elle parle d'une » corrélation positive » de l'inflation sur les salaires :

    Lien

    Je vous rappelle que le Smic est indexé sur l'inflation.

  • Peureux anonyme
    • Posté à 17h50 le 27/02/2010

    « Historiquement, pourtant, les salariés se sortent plutôt bien des périodes d'inflation. »

    Cette déclaration me parait plus que douteuse. Quand vous considérez l'évolution du pouvoir d'achat des salariés suisses ou allemands (pays de faible inflation dans les années 60 et 70) et celui des salariés français , britanniques ou italiens pendant la même période, il n'y a pas d'erreur possible : il vaut mieux être suisse ou allemand.

    Avec l'inflation vous assistez à une course à l'échalote où l'on croit que la perte de valeur de la monnaie vous rend compétitif sans avoir à améliorer vos produits. Au bout de 20 ans, les produits haut de gamme sont allemands et vous les payez très cher, ce qui permet de mettre du beurre dans les épinards des salariés allemands.

  • G_Remy
    • Posté à 18h05 le 27/02/2010
    • Internaute

    Un tabou ? En fait ce type de politique économique a déjà été utilisé dans le passé par l'administration Roosevelt après la crise de 29.
    Voir ce documentaire de propagande :

    Lien

  • Pascal Riché
    Pascal Riché répond à Peureux anonyme
    Auteur(e) de l'article Redchef Rue89
    • Posté à 18h35 le 27/02/2010
      éditeur
    • Journaliste
      Redchef
  • Bobus Trucus Bidulus Maximus-
    • Posté à 18h53 le 27/02/2010

    Je doute qu'un épisode inflationniste soit positif pour tous les salariés.

    Par exemple parmi les cadres.

    Etant donné que les entreprises ne font presque plus d'augmentations générales, une inflation forte aurait pour conséquence une plus grande latitude pour différencier les augmentations selon les gens. Une entreprise qui fait augmenter sa masse salariale au ryhtme de l'inflation, par exemple, pourrait chaque année donner en moyenne 8% à 50% de l'effectif, et zéro aux autres (parmi lesquels certains sont augmentés tous les deux ou trois ans, et d'autres ne le sont jamais, ayant atteint un rapport performance/coût trop bas).

    La conséquence serait qu'une partie des cadres (entre un quart et un tiers probablement) se verraient en quelques années rattrapés par les minima conventionnels. Une petite moitié verrait sa situation inchangée par rapport à un épisode sans inflation. Et le reste, constitué des cadres « performants » en profiteraient à plein.

    En diminuant le coût réel d'un bon tiers de cadres les moins performants, cela aurait peur-être pour effet d'éviter quelques plans sociaux ; mais la paupérisation serait là quand même pour ceux-là.

  • A déménagé le 02-02-2012-2
    • Posté à 23h16 le 27/02/2010
    • Internaute
      non connue

    En cas de crise mondiale, ouvrir l'enveloppe.

    [scritch-scritch, le FMI ouvre l'enveloppe]

    « Faites une guerre mondiale »

    Ah mince, faut qu'on trouve autre chose...