Polemique 26/02/2010 à 11h55

Jeu vidéo : « Je déclare la guerre aux pingouins de mon fils »

Jean-François Lisée | Cerium, Montréal

Le réseau social de Disney, 28 millions d’utilisateurs, mise sur l’addiction des enfants pour faire payer les parents.


Un pingouin du Club Penguin nanti de ses cartes d’abonnement

Je suis un des 28 millions de papas victimes des pingouins. Vous ne me suivez pas ? C’est que vous n’avez pas dans votre entourage immédiat un garçon ou une fillette de 6 à 12 ans disposant d’une connexion Internet.

Ils sont 28 millions de gamins dans le monde [le site existe en anglais, français, espagnol et portugais, ndlr] à se donner rendez-vous sur le Club Pingouin, un jeu en ligne qui, à première vue, semble trop beau pour être vrai. Non-violent, convivial, éducatif, collaboratif et, l’ai-je dit ? , non-violent.

L’organisme américain Consumer Reports, très sévère, affirme d’ailleurs que de tous les jeux en ligne pour enfants, « Club Pingouin et Webkinz créent la meilleure expérience globale », y compris éducative.

Mais voilà le hic. Le jeu, création de trois Canadiens anglais et rachetée par Disney pour la modique somme de 350 millions de dollars, appâte les enfants avec moult jeux gratuits.

Le jeu devient réseau social

Essentiellement, le jeune se crée un pingouin, en prend soin, le loge, l’habille, le nourrit. Ses amis, à l’école, ont également leur pingouin. Chacun se connecte à l’autre et le jeu devient réseau social. On se donne rendez-vous, on s’échange des messages, on participe à des fêtes, on accompagne ses pingouins dans des jeux.

Jusqu’à un certain point : le point de rentabilité.


Le pingouin de votre fils, voyez-vous, est victime de discrimination systémique. Il ne peut avoir certains accessoires, il ne peut entrer dans certains lieux, il ne peut jouer à certains jeux parce que l’enfant responsable du pingouin... n’a pas payé !

Oui, pas payé son abonnement de 4,95 euros par mois. D’autres, eux, ont payé. Votre enfant est nul. Son pingouin en souffre.

L’émission La Facture de Radio Canada a diffusé mardi un intéressant reportage à ce sujet, posant la question de savoir si le jeu, multinational et multilingue, contrevient à la loi québécoise qui interdit la publicité destinée aux enfants.

Mes ennemis les pingouins

Il n’y a aucun doute : le jeu, très bien fait -ce qui explique son succès phénoménal- est une longue publicité pour... lui-même. (Pour l’instant, aucun placement de produit Disney.)

La chose est choquante car elle reproduit précisément ce que la loi québécoise de 1978 a voulu bannir : des publicités ciblées vers les enfants qui, ensuite, se tournent vers les parents pour susciter un achat [les mêmes dispositions existent peu ou prou en France, ndlr].



Le jeu doit-il être déclaré illégal [au Québec, ndlr] ? Dans sa forme actuelle, certainement (mon fils n’est pas du même avis, mais qu’il lance son propre blog !). Cela dit, le fait de devoir payer pour un jeu vidéo n’est pas répréhensible en soi. Disney n’est pas la Croix rouge, et de nombreux parents ne rechignent pas à l’idée d’acheter des consoles, jeux, DVDs et autres babioles électroniques.

De même, un grand nombre de jeux vidéos offrent une période d’essai, gratuite, suivi de l’obligation d’acheter si on veut continuer à y perdre son temps. Le problème du Club Pingouin est que la période d’essai est permanente, la période de vente, infinie. Plus on joue, plus on souffre de ne pas pouvoir payer.

Payer chaque mois pour conserver le « matériel » du Pingouin

Attendez, il y a pire. Vous avez cédé. Moi, j’avais conçu le projet de laisser mon fils acheter son abonnement d’un mois avec son argent de poche. C’est mon principe : il utilise son argent selon ses choix. Mais c’était avant que je lise l’étude de l’organisme américain Consumer Reports [dont le titre se traduirait en « C’est comme retirer des friandises à un bébé, Comment les jeunes enfants interagissent en ligne », ndlr].

Je savais que les gamins pouvaient acheter sur Club Pingouin des « Puffles », des animaux de compagnie dont ils s’occupent ensuite. Les enfants créent un lien affectif avec leurs petits Puffles. Mieux encore, le jeu leur indique si leur Puffle est content, triste, affamé ou s’il veut jouer.


membre1.jpg

Devenus membres, ils peuvent en acheter davantage, bien les loger, leur procurer des accessoires. Et quand vous arrêtez de payer ? Votre enfant viendra, les larmes aux yeux, vous montrer le message :

« Les biens de votre Pingouin vont être entreposés et pourront être retrouvés lorsque vous reprendrez votre abonnement. »

L’étude cite cette mère affolée :

« Oh mon Dieu, aujourd’hui est le dernier jour du mois, et j’ai oublié de renouveler l’abonnement. Mon fils va me tuer si je perds tout son “matériel”. »

Elle veut dire : l’igloo que son fils a construit dans le Club Pingouin, pendant plusieurs heures -sinon jours- de jeu pour construire toutes les pièces, et les remplir des trophées qu’il s’est évertué à gagner.

Et il y a les Puffles, qui ne sont heureux que s’ils sont nourris. Qui va les nourrir ? Ils vont mourir dans l’entrepôt !

Heureusement, il y a Beyoncé

C’est une vente à crédit, donc. Et une prise d’otages. Rien ne vous appartient si vous ne faites pas tous les paiements. Mais contrairement au paiement de votre écran plasma, il n’y a pas de paiement final. Si vous voulez que votre pingouin et vos Puffles ne soient pas enfermés dans un entrepôt obscur, il faut payer les sous (la rançon ?) pendant toute votre vie.

Heureusement que les gamins grandissent, et finissent par découvrir l’existence de Beyoncé.

La solution : imposer au jeu que l’utilisateur soit avisé au départ qu’il peut y jouer gratuitement pour un nombre donné d’heures. Au delà de quoi, si papa ou maman ne sortent pas la carte de crédit, plus de jeu. A cette condition, et à cette condition seulement, je serai prêt à faire la paix avec les pingouins.

En partenariat avec les Ecoles d’été internationales


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  • Keldan
    Keldan
    Now future & karpe diem
    • Posté à 12h18 le 26/02/2010
    • Internaute 5164
      Now future & karpe diem

    La solution : une paire de baffes au mioche : D
    Enfin encore là ça reste soft, dans six ou sept ans ça sera 30€ par mois pour financer le mobile à SMS illimité, et si on paye pas il perdra ses amis et ses copines.

    C’est amusant de voir un type qui découvre le monde merveilleux des MMO.
    Moi aussi je paye tous les mois pour jouer, et si j’oublie de payer je perd tout... enfin tout jusqu’à ce que je paye à nouveau.
    De même si j’oublie de payer mon site web je perds mes mails. Si j’oublie de payer mon abonnement Internet (ça risque pas c’est automatique : D) je perds ma connexion au reste du monde. Si j’oublie de payer mon loyer je perds toute ma vie.

    C’est devenu le nouveau credo des MMO : soit on paye pour jouer, mode tout ou rien ; soit on joue à l’œil mais on paye pour avoir de accéder à certaines options (plus d’objets, plus de zones accessibles, etc.)
    C’est le même principe que « l’édition abonné » où la masse gratuite peut consulter une partie du site mais il faut payer pour accéder à tout sans restriction.

    Enfin vouloir interdire un jeu pour un tel pinaillage, c’est ridicule. C’est surtout aux parents de pas être incompétents et d’expliquer à leur mioche qu’ils ne paieront pas parce qu’ils sont pauvres, radins ou contre ce genre de divertissement.

    Et faut voir le bon côté des choses. Vu que le gosse est accro à son pingouin, s’il obéit pas au doigt et à l’œil, il sera privé de pingouin. Encore mieux que la privation de télé.

    Quoi qu’on peut se poser des questions sur les parents qui laisseraient leurs gosses se balader dans un tel repaire de pédophiles...
    Et moi je m’en pose encore plus sur des parents qui ne permettent à leurs mioches que de jouer à des jeux non-violents... Pauvres marmots, condamner à vivre au pays des Bisounours, ils vont se faire bouffer tout cru une fois ado...

  • Zineb Dryef
    Zineb Dryef
    Journaliste Rue89
    • Posté à 12h33 le 26/02/2010
      rédacteur
    • Journaliste 24
      Journaliste

    Ces pingouins sont très moches.

  • Yvon le Zébulon
    Yvon le Zébulon
    L'homme d'esprit n'est pas seul (...)
    • Posté à 13h15 le 26/02/2010
    • Internaute 65781
      L'homme d'esprit n'est pas seul (...)

    « Le réseau social de Disney, 28 millions d’utilisateurs, mise
    sur l’addiction des enfants pour faire payer les parents ».

    Si les parents sont des gogos, autant en profiter !  : Out les nases !

    Il en va de même pour les portables confiés à des gosses et qui passent
    leur temps à envoyer des textos au lieu d’écouter ce qu’on leur enseigne...

    ...en classe, bien sur !

    Ils sont loins, les petits africains tellement heureux de recevoir des cahiers,
    des livres, des ardoises et des crayons de couleur ! ! !
    - La préoccupation de nos enfants à nous, c’est le SMS :

    ...et puis après les bulles et les zéros pointés...la délinquance !

    S’attaquer à Walt Disney, peut-être que c’est essentiel à certains...
    S’attaquer à l’imbécillité et la crédulité de certains parents me paraît vital !

    La richesse ne s’accroche pas à la ceinture...ni au bras, même à 50 ans !
    • La richesse d’un individu est d’abord dans sa tête et son mental !
    - Il faut juste expliquer cela à vos enfants...

    ...en prenant au besoin l’exemple du voisin qui roule en 4 X 4 Cayenne, et qui ne respecte pas l’interdiction de stationner sur les trottoirs, et ne pense donc même pas aux chaises roulantes des handicapés ni aux poussettes des mères de famille ! ! !

    PS : A ceux qui paient 3 abonnements portables + les coms à leurs enfants
    de 7 / 8 ans et qui se plaignent de fins de mois difficile...je dis ceci :
    ► BIEN FAIT POUR VOTRE GUEULE...vous êtes trop cons !

  • Machiavel
    Machiavel
    voisin oisif
    • Posté à 13h16 le 26/02/2010
    • Internaute 21001
      voisin oisif

    Que les garçons et les filles trouvent d’autres sources d’intérêts et d’identification. La chanteuse en question :

    Lien

  • Kraluna
    Kraluna
    au boulot !
    • Posté à 13h39 le 26/02/2010
    • Internaute 102224
      au boulot !

    Le probleme est plus la façon dont les parents éduquent leurs enfants que le fait que ces jeux en ligne soient payant, non ?
    Avec un peu de temps et de patience, on trouve des jeux en ligne totalement gratuits et non violents, et meme parfois avec une utilité éducative.
    Lien
    Certes ça prend un peu de temps, mais ça évite le temps perdu en palabres pour faire accepter a son enfant que non on ne paiera pas un cent pour un jeu en ligne.
    Et apprendre a ses enfants a résister a cette folie de la consommation immédiate et de la possession outranciere est aussi important. Mais ´ca prend du temps et de l´energie... et surtout ´ca demande une forte détermination pour résister aux suppliques, un talent de négociateur pour expliquer et valoriser le pourquoi du comment, et des aptitudes de vendeur ambulant pour mettre en avant les alternatives. Mais c´est surprenant de voir les enfants si bien y réagir !
    Le boulot de parent n´est pas aisé quand on s´en donne la peine, mais les retours et récompenses immenses.

  • watashi_baka
    • Posté à 13h51 le 26/02/2010
    • Internaute 47330
      ...

    Pas de panique lorsque le petit va découvrir Beyonce,
    Il va vouloir un abonnement a un site de musique en ligne car télécharger c’est illégal
    Et puis grace a nos amis les DRM lorsqu’il arretera de payer il perdra toute ça musique

    Bienvenue dans le vrai monde !

  • maman89
    maman89
    Bosseuse.
    • Posté à 14h55 le 26/02/2010
    • Internaute 100164
      Bosseuse.

    Entre 6 et 12 ans... qu’est-ce qu’ils foutent avec une connexion internet ? ?

    A cet âge là on ne fait que jouer, grimper dans les arbres, s’occuper de ses devoirs, s’ennuyer, lire des bouquins, voir les copains-copines, etc.
    Et peut-être une DS, et une heure d’ordi par semaine en compagnie des parents (ben oui)...

    Si vous donnez un ordi à vos gosses, ne vous plaignez pas qu’ils deviennent accros à des jeux stupides. Ils sont bien trop influençables ! Et Disney ne cherche qu’à se faire du fric, qu’est-ce que vous croyez...

    ça m’agace, ça, les gens qui ne surveillent pas leurs gamins et après se plaignent ! Assumez bon sang.

    Ma fille a huit ans, et elle n’en a rien à faire du net, pourtant elle me voit souvent dessus. Pourquoi ? Ben parce que depuis sa naissance je lui lis des histoires, parce que sa chambre regorge de jouets imaginatifs, parce qu’on a pas la télé.
    Y a pas de secret...

  • Mighty_BOFH
    • Posté à 15h48 le 26/02/2010
    • Internaute 80616
      BOFH

    Cette tendance est vraiment stupéfiante,

    Personne, mais alors personne ne l’avait vu venir, il y a quelques années on disait ouais le réalisme c’est l’essence du jeu mais finalement ce n’est pas si important.

    Les réseaux sociaux sont arrivées comme une tornade, les grands éditeurs commencent en prendre conscience et la facture est douloureuse (EA games virent 1500 personnes qui travaillées sur des jeux « classique »).

    Si on avait dit a n’importe quel riverain il y a deux ans, je vais faire un jeu texte sur facebook et je vais l’appeler Mobwars et je vais dégager 1 Million de $ par mois, personne n’aurait pu se douter.

    La composante social, ajoute un élément, important, oui je peux être meilleur que mon vieux pote de Lycée, il suffit que je prenne un abonnement, et que finalement je paye et socialement je gagne un statut social.

    Le pire ca marche,

    La chose inquiétante au final c’est pas les pingouins, c’est pas l’argent qui se dégage de ces jeux, c’est l’intrusion des mécanismes de jeux dans notre quotidien, la Prius hybrid avec son tableau de bord qui incite a faire des économies d’essence, ca devient un jeu de consommer moins.

    Le jeu,va submerger notre vie social, nos comportement vont évoluer, notre consommation va se réorienter,

    Ah j’oubliais :
    Et tout va être archivé :

    Nos arrières petit enfants connaitront les appréciations que l’on laisse sur les sites web fnac ou amazon via les liens qui vont exister avec Facebook ou autres, imaginez :
    les livres que l’on achète, et la musique que l’on écoute...

    Si nous on a aucune idée de ce que nos arrières grand parents appréciés comme littérature ou comme musiques dans un futur proche nos arrières petits enfants auront cette connaissance que nous sommes doucement entrain de construire.

    Cela va t’il modifier notre consommation ?