A la une 24/02/2010 à 13h12

Plainte contre Google : « Ils nous ont envoyés au tapis »

François Krug | Journaliste Rue89

L'Europe demande à Google de s'expliquer sur son hégémonie. Un plaignant, le site français eJustice, s'explique.


Capture d'écran du moteur de recherche eJustice

Google l'a annoncé lui-même sur un de ses blogs officiels. La Commission européenne lui demande officiellement des explications, après avoir été saisie par le comparateur de prix britannique Foundem, le guide d'achat Ciao et le moteur de recherche français eJustice.

« Google nous a déréférencés trois fois »

Le moteur de recherche eJustice a été créé par Dominique Barella, ancien président de l'Union syndicale de la magistrature, le principal syndicat de magistrats français. Objectif : développer un moteur spécialisé et gratuit, disposant de son propre algorithme pour afficher les réponses, et entièrement financé par la pub.

Contacté par Eco89, Dominique Barella accuse Google d'avoir « déréférencé » eJustice, l'empêchant ainsi d'apparaître en tête des réponses sur le droit :

« Google nous a envoyés au tapis trois fois depuis 2007. Ils ont fait pression pour qu'on passe sous leur algorithme, et pour qu'on utilise leur système de publicité.

Si vous faisiez des recherches comme “jurisprudence loyer” ou “contrat
de loyer”, on apparaissait en tête. Si Google vous déréférence, vous devenez invisible.

Nous avions entre 12 000 et 15 000 connexions par jour, six personnes travaillaient sur eJustice et les comptes s'équilibraient. Nous sommes passés à 500 à 700 connexions, nos revenus ont été divisés par quatre et nous ne sommes plus que deux. »

« Si vous risquez de concurrencer Google, ils vous écrasent »

Dominique Barella a saisi la Commission européenne en janvier. Selon lui, Google n'a jamais fourni d'explication officielle à eJustice :

« Ils nous l'ont dit, mais pas par écrit : “Si vous travaillez sur notre algorithme, vous n'aurez plus de problèmes. On ne référence plus les moteurs de recherches car ce sont des concurrents.”

On va vers un système bloqué par Big Brother. Vous n'avez plus la liberté d'inventivité. Si vous risquez de les concurrencer, ils vous écrasent. Notre plainte fait 40 pages, elle est solide, avec des éléments techniques et des preuves. »

Pour l'instant, la Commission européenne demande simplement des explications à Google sur un éventuel abus de position dominante. Aucune enquête formelle n'a été ouverte.

En France, l'Autorité de la concurrence a été saisie à deux reprises contre Google, la semaine dernière. D'abord, par la ministre de l'Economie, Christine Lagarde, qui donnait suite à une demande des professionnels de la culture dans le rapport Zelnick. L'Autorité a également été saisie par la société Navx : Google lui interdit d'utiliser son système de pub par achat de mots-clés, après une pub pour des détecteurs de radars jugée illégale par le moteur de recherche.

Comme l'avait raconté Eco89, de nombreuses entreprises comptent sur les mots-clés de Google pour accroître leur notoriété, et s'inquiètent d'un « droit de vie ou de mort » accordé par le moteur de recherche.

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  • Enlendil
    Enlendil répond à alexandre32
    Etudiant
    • Posté à 13h35 le 24/02/2010
    • Internaute
      Etudiant

    C'est d'ailleurs très lourd de faire une recherche sur un produit et de se retrouver avec 6 résultats dans les 10 premiers qui ne sont eux même que d'autres moteurs de recherche ayant effectué une recherche sur le dit produit -_-'
    Au final je remercie plutôt Google s'ils virent ces moteurs de recherches qui ne vivent qu'au travers de Google : D

  • Pik
    Pik
    doctorant
    • Posté à 13h44 le 24/02/2010
    • Internaute
      doctorant

    Peut être cela semble un coup bas de la part de Google, mais enfin, si les utilisateurs de Ejustice passent par Google pour trouver le premier site, qui est aussi un moteur de recherche (certes spécialisé), il faut se plier à l'évidence que Google a servi Ejustice, dans un premier temps. Vous imaginez un plombier qui fait appel à un autre plombier pour réparer une fuite chez lui, pour se plaindre ensuite de son boulot ?

    Pourquoi les utilisateurs n'ont pas mis en favori ou en page d'accueil le site d'Ejustice ? Voilà une question qu'il faudrait se poser. Ce n'est pas en se servant de Google pour être référencé qu'on peut mettre en doute la domination du géant. Il est vrai que d'un point de vue pratique, l'alternative semble impossible. Mais je ne suis pas tout à fait trop jeune pour me souvenir qu'à une époque, Altavista était le maitre suprême, puis Lycos, et les changements de leader ont toujours été brutaux et imprévisibles...

    Google n'est pas tenu d'équité parfaite dans les résultats. Il offre un service, et que celui-ci soit imparfait n'est pas une excuse pour l'attaquer hélas, même si je suis contre la situation monopolistique.

  • Enlendil
    Enlendil répond à Pik
    Etudiant
    • Posté à 13h53 le 24/02/2010
    • Internaute
      Etudiant

    En fait ejustice n'est pas du tout déréférencé (ça fait long là..).
    On le trouve toujours quand on cherche le site lui même sur google.
    La plainte d'ejustice vient du fait que quand un internaute cherche un document « judiciaire » (je ne sais pas comment l'exprimer, en gros un contrat type de loyer ou autre) Google ne renvoit pas une recherche via ejustice mais fait sa propre recherche.
    En gros google va chercher sur les sites qui contiennent eux même les documents en question. Alors qu'ejustice attend que Google renvoit la recherche d'ejustice (en gros qu'un moteur de recherche utilise un moteur de recherche spécialisé dans le domaine en question : |).
    Ce qui me semble personnellement totalement débile...

  • jmax
    • Posté à 14h04 le 24/02/2010
    • Internaute

    pour le guide d'achat Ciao, c'est écrit sur leur site Ciao par Bing, qui est le moteur Microsoft concurrent de Google. Ca semble vraiment un faux procès, piloté en sous main par un moteur de recherche concurrent

  • Alain34
    • Posté à 16h56 le 24/02/2010

    Il ne faudrait pas oublier que si Google est en position de leader c'est avant tout la faute des utilisateurs.
    Google n'a aucun monopole, il y a des tas d'autres moteurs de recherche.
    Ce n'est pas la faute de Google si les gens considèrent leur moteur de recherche comme incontournable, voir, comme une « service public'.
    Et qu'ils filtrent les autres moteurs de recherche, annuaire a la con et autres comparateurs bidon est plutôt une bonne chose ! sans cela il deviendrait inutilisable et inutile.

    Le but premier d'un moteur de recherche est de renvoyer des résultats pertinent. Renvoyer un autre moteur de recherche n'est pertinent que si on cherche “moteur de recherche”

  • Henri_
    Henri_
    informaticien
    • Posté à 17h37 le 24/02/2010
    • Internaute
      informaticien

    Notre usage des moteurs de recherche et de Google en particulier est par essence liberticide.

    Par nature les grosses sociétés sont monopolistiques et donc dictatoriales, Google ne faisant pas exception.

    Quand nous faisons une recherche nous avons le sentiment d'être libre de nos choix, en réalité nous ne trouvons que ce que Google veut bien que nous trouvions.

    Ceci représente un réel danger démocratique.