Tribune 23/02/2010 à 11h04

Comment les traders ont misé sur la faillite de la Grèce

Morad El Hattab et Philippe Jumel | Auteurs de « La Finance mondiale : tout va exploser »

L’aveu par le Premier ministre grec Panpandreou du déficit réel des finances publiques, soit 12,7% du PIB, a fini par cristalliser les analyses négatives sur la Grèce. Il est à noter que les récentes spéculations contre la dette grecque ressemblent aux spéculations de l’été 2008 opérées par le « shadow banking » (« la finance de l’ombre »), surtout les hedge funds (fonds de spéculation) et autres banques d’investissements contre le financement des banques de dépôts.

A l’époque, quand les banques britanniques HBOS (deuxième banque d’Angleterre) et Bradford and Bingey ont voulu se recapitaliser par l’émission d’actions sur les marchés, cela fut impossible car le « shadow banking » vendait court (à terme) les actions (qu’il n’avait pas) des deux banques pour les faire tomber en dessous des prix d’émissions et les racheter à prix cassés... Les deux banques n’ont pas trouvé d’investisseurs pour leurs actions, elles n’ont donc pas pu se recapitaliser, l’Etat britannique a été obligé de les sauver.

Les CDS, c’est un peu comme souscrire une assurance vie sur son meilleur ami

En 2010, les traders attaquent la dette grecque avec les CDS (« credit default swaps »), contrats qui permettent aux détenteurs d’obligations de s’assurer contre le défaut de l’emprunteur.

Le « charme » des CDS, c’est que l’on peut souscrire un contrat d’assurance sur un crédit que l’on n’a pas accordé, comme si l’on souscrivait une assurance incendie sur la maison du voisin ou une assurance vie sur son meilleur ami !

Ainsi, 76 milliards de dollars de CDS ont été passés sur la dette grecque, soit près de 30%... Alors que les spéculations habituelles commencent à 5%. Les traders ont donc misé l’équivalent de 30% de la dette grecque sur la faillite de la Grèce...

Evidemment, le taux des primes d’assurances par CDS a monté, il représente maintenant plus que les taux d’intérêt de base des dettes souveraines. En conséquence, le taux de la dette grecque a doublé, donc la valeur des 250 milliards de dollars des obligations grecques détenues par les banques européennes a baissé. Les gérants de ces banques font sûrement la tête du roi Augias jeté par Hercule en pâture à ses chevaux !

De plus, certains traders facétieux ont même passé 57 000 contrats de vente à terme pour une valeur de plus de 8 milliards de dollars contre l’euro pour le faire baisser et le racheter après. Son taux de change a d’ailleurs baissé de 1,5 dollar à 1,37 dollar...

L’émission de la dette grecque de janvier 2008 est passée, les prochaines émissions s’annoncent en avril et mai 2010 et l’enthousiasme des marchés fait peine à voir. Le Premier ministre grec est-il capable de tenir ses promesses de stabiliser les finances publiques ? Après tout en Estonie, les exigences du FMI ont amputé le PIB de 26%, réduit de 50% les salaires des fonctionnaires et abaissé de plus du tiers les dépenses sociales... d’où l’appel à la solidarité européenne.

La dette de la Grèce : la moitié des actifs de Lehman Brothers

Mais l’opinion allemande n’est pas prêteuse et c’est là son moindre défaut, le problème est que derrière la dette grecque, il y a les banques européennes. Elles ont prêté 258 milliards de dollars à l’économie et à l’Etat grec (selon les chiffres de la banque des règlements internationaux). Certes, la dette souveraine grecque (250 milliards de dollars), c’est la moitié du bilan de Lehman Brothers (618 milliards de dollars), mais derrière la Grèce, il y a l’Espagne. Or, la croissance espagnole résulte d’une spéculation immobilière.

L’économie espagnole n’est donc pas vraiment solvable, dans ces conditions l’Etat espagnol peut-il payer ses dettes ? Or, les banques européennes ont prêté 671 milliards de dollars à l’économie et à l’Etat espagnol (toujours selon la banque des règlements internationaux), ce chiffre tient-il compte des 550 milliards de dollars de crédits hypothécaires en Espagne ? Cela n’est pas sûr du tout. Le total des engagements des banques européennes sur la Grèce et sur l’Espagne dépasse donc les 900 milliards de dollars.

Tout ceci est de nature à faire hésiter la toute puissante Chancelière Angela Merkel : faut-il secourir la Grèce et l’Espagne pour protéger les banques ou à nouveau, comme Pénélope, soutenir les banques en difficulté lorsque la Grèce et l’Espagne auront tourné de l’œil ?

Le choix est implicite, mais il va déterminer les décisions de l’Allemagne, donc de l’Union européenne : une chaleureuse solidarité européenne pour sauver la Grèce ou la punition de la cigale grecque pour ses dépenses somptuaires... « Timeo danaos et dona ferentes » (Virgile, « L’Enéide ») : « Je crains les Grecs même quand ils font des cadeaux ».

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  • jma14
    • Posté à 11h17 le 23/02/2010
    • Internaute 31729

    Les banques qui spéculent sur la Grèce n’auront pas à être protéger. Enfin pour appliquer cela, faudrait-il être droit dans ces bottes, avoir un peu de bon sens et beaucoup de moralité !

  • tlaloc
    tlaloc
    Retraité
    • Posté à 11h24 le 23/02/2010
    • Internaute 47359
      Retraité

    A qui le tour ?

  • Ianeak
    Ianeak
    escapiste
    • Posté à 11h47 le 23/02/2010
    • Internaute 104544
      escapiste

    le joyeux braquage organisé !
    Pourquoi s’gêner ? Hein ?

    Et ce sont les grévistes qu’on fait passer pour des preneurs d’otages !

    Durant la Révolution Française, un certains nombres d’agioteurs, lointain ancêtres de nos traders actuels, sont passés sur la veuve bascule de n’avoir pas su « garder la tête froide »...
    Je me demande de plus en plus si c’était si excessif finalement... Vraiment j’me le demande de plus en plus.

    Qu’ils se méfient ces boursicoteurs j’dois pas être le seul.

    • Thalie 54
      Thalie 54 répond à Ianeak
      rêveuse
      • Posté à 12h02 le 23/02/2010
      • Internaute 81894
        rêveuse

      A refuser l’idée d’une Europe sociale, a faire les yeux doux aux traders et autres spéculateurs, elle va se faire bouffer par ses propres banques.
      Je pense que le fameux antécrist est simplement le fric puisqu’il fait fi de l’humain.

      • Ianeak
        Ianeak répond à Thalie 54
        escapiste
        • Posté à 12h18 le 23/02/2010
        • Internaute 104544
          escapiste

        Ouais rendons à César ce qui est à César... 23 coups de poignard.

  • brootsta
    brootsta
    « L'Homme domine l'Homme à son (...)
    • Posté à 11h56 le 23/02/2010
    • Internaute 103971
      « L'Homme domine l'Homme à son (...)

    Mais quelle époque ! ! ! ! Gerbant...

  • k-i
    k-i
    endimanché
    • Posté à 11h56 le 23/02/2010
    • Internaute 55073
      endimanché

    J’ai quelques notions d’économie et j’essaie de lire régulièrement des articles sur la crise financière mais je n’y comprends toujours rien (et cet article ne m’aide absolument pas).

    Cependant, je doute que l’on puisse qualifier de « facétieux » des hommes qui ont fait plier le peuple qui a inventé la démocratie pour le soumettre à leur tyrannie. Trop de cynisme nuit à la compréhension des faits... (mais c’est sans doute la volonté de ces hommes qui est encore à l’oeuvre)

  • heinpasdeux-
    heinpasdeux-
    Trollé par la modération...
    • Posté à 12h29 le 23/02/2010
    • Internaute 94001
      Trollé par la modération...

    Un trader a toujours son portefeuille sur les épaules...

  • expat
    • Posté à 12h32 le 23/02/2010
    • Internaute 25627

    Cet article rejoint d’autres opinions notamment publiees par le Canard Enchaine.
    La Suisse a mis plus d’une decennie a interdir la speculation immobiliere sur son sol (les banques suisse ont largement prsi le bain avec les sub-primes et il semble qu’elles avaient un article ecrit en tout petit que les dettes hypothecaire pouvait etre titrisee !).
    L’Europe pourrait envoyer le casino et les joueurs ailleurs en interdisant la speculation financiere tout cours. Qui trouverait a redire contre l’interdiction des stock-option et autres options financieres qui permettent de gagner de l’argent (ou des interets) sans debourser un centime et sans prendre le moindre risque (a part celui de toucher un gros bonus).

    Sommes nous vraiment interesses a garder les « meilleurs joueurs de roulettes », que les americains et les anglais les prennent et que les banques commencent a faire leur boulot.

  • Azza
    Azza
    Ingénieur en informatique (...)
    • Posté à 13h03 le 23/02/2010
    • Internaute 25467
      Ingénieur en informatique (...)

    Desole, mais je toruve cet article obscur.

    Je m’attendais apres l’avoir lu a avoir compris des choses. Mais le style est plein de racourcis qui font que je bute a chaque phrase dans ma tentative de comprendre les relations de cause a effet.

    Je sais que les economistes aiment bien aller vite, mais la franchement, c’est frustrant.

  • guerzit-
    guerzit-
    Incomprenant majeur
    • Posté à 16h04 le 23/02/2010
    • Internaute 28472
      Incomprenant majeur

    Donc la Grèce serait en faillite et personne ne s’en serait rendu compte...

    Ça c’est vraiment étonnant. On devait regarder ailleurs j’imagine...

    L’année dernière déjà, à Athènes je n’avais pas pu visiter l’acropole ; les salaires des gardiens n’étaient pas versés depuis des mois par l’Etat, tiens donc...

  • Disciple ressucité
    • Posté à 17h04 le 23/02/2010
    • Internaute 71674

    L’intervention amicale de Goldman Sachs pour aider la Grèce à cacher le montant de sa dette semble une découverte, pourtant les astuces pour satisfaire aux critères de Maastricht n’ont pas manqué, même chez nous.On se souvient de l’usage qu’avait fait Jupé de la soulte de France-Télécom, en gros la provision pour les retraites qu’avait faite l’opérateur a été enregistrée comme recette par l’état afin de réduire le déficit à moins de 3%.
    Et maintenant les vertueux s’indignent, Angela Merkel : « il est scandaleux que les banques, qui nous ont déjà amenés au bord du précipice, aient également participé à la falsification des statistiques budgétaires de la Grèce », Christine Lagarde : « maquillage des comptes ».
    Et tout ou presque se savait, et tout ou presque se paiera par des réductions des comptes sociaux.

  • BA
    BA
    -
    • Posté à 20h36 le 23/02/2010
    • Internaute 41511
      -

    Vers une crise systémique des finances publiques ? La Grèce n’est qu’un signe avant-coureur.
    Si la crise des institutions financières semble être en passe de se résoudre, en tous cas pour les grandes institutions, une nouvelle crise financière est en train de prendre de l’ampleur : celle des finances publiques.
    La Grèce a trafiqué sciemment et avec l’aide des banques ses chiffres d’endettement. Elle atteint un niveau record d’endettement par rapport à son Produit National Brut, lui-même grossièrement sous-estimé vu l’importance de son « économie parallèle ».
    Le Premier Ministre Papandreou a expliqué qu’il souhaitait simplement « se financer aux mêmes conditions que les autres pays de la zone Euro ». Ce manque de réalisme à la veille d’une opération d’émission d’obligations internationales montre à quel point les autorités grecques vivent en dehors de la réalité. Le rendement des obligations existantes de la Grèce se traitent a un niveau de 6.1 %, alors que celles de l’Allemagne, le meilleur crédit de l’Europe, se traitent a 3.9 %. Or la Grèce doit refinancer € 20 milliards sur les 300 en cours d’ici la fin du mois de mai. La Commerzbank vient de publier un calcul qui établit cette dette à € 400 milliards. Bref, on nage en plein délire.

    Lien

    Vous avez bien lu :

    La Commerzbank vient de publier un calcul qui établit la dette publique de la Grèce à 400 milliards d’euros (et non pas 250 milliards d’euros comme c’est indiqué dans cet article de Rue89).

    Pronostic : dans quelques semaines, la Grèce va se déclarer en défaut de paiement.

    Ensuite, d’autres Etats la suivront.

    D’autres Etats se déclareront en défaut de paiement.

    D’après le Fonds Monétaire International, en 2014, quelle sera la dette publique par rapport au PIB ?

    La dette publique de l’Allemagne sera de 91,4 % du PIB.

    La dette publique de la France sera de 95,5 % du PIB.

    La dette publique du Royaume-Uni sera de 99,7 % du PIB.

    La dette publique de la Belgique sera de 111,1 % du PIB.

    La dette publique des Etats-Unis sera de 112 % du PIB.

    La dette publique de l’Italie sera de 132,2 % du PIB.

    La dette publique de la Grèce sera de 133,7 % du PIB.

    La dette publique de l’Islande sera de 134,1 % du PIB.

    La dette publique du Japon sera de 239,2 % du PIB.

    C’est à la page 30 :

    Lien

  • manoudriton
    manoudriton
    étudiante
    • Posté à 10h30 le 24/02/2010
    • Internaute 106579
      étudiante

    La Grèce, ou encore une preuve que ce sont les médias qui font l’actualité... Grêve générale aujourd’hui, des secteurs privés et publics... Forcément, c’est moins drôle que les querelles entre les pays, ou les phrases de réclamation d’une sortie de l’Union européenne... N’empêche, c’est fou la capacité d’oublier un pays qui fait la une, dès qu’il s’agit de parler d’une grève... qui va affecter tous les habitants du pays.
    Qu’on se rassure, la Grèce va revenir en première page ! La fac polytechnique a été occupée, signe précurseur d’émeutes en fin de manif’... et après on s’étonne de la tournure violente des évènements !

  • zakut
    zakut
    employé
    • Posté à 14h20 le 24/02/2010
    • Internaute 60843
      employé

    techniquement n’est il pas possible aux pays qui sont dans la même position que la Grèce (une bonne partie de l’Europe apparemment) de sortir de l’union européenne afin de pouvoir mettre en place un système de double monnaie, une pour le marché intérieur et une autre qui resterait en Euro (si celui ci n’a pas disparu).

    Ce système permettrait à la banque centrale grecque de pouvoir d’une part participer à la vie économique du pays et rétablir les marché intérieurs en émettant une monnaie locale pour les transaction locales.

    D’autres part rééquilibrer ses comptes en réduisant sa dette vis à vis des banques privées qui n’auront d’autres choix que d’attendre suivant la volonté du gouvernement grecque ou sinon se retrouver avec l’annulation de la dette d’office par ce pays (en gros tu attends ou tu n’as rien).

    Sans être économiste ou financier (vue où il nous ont amenés) et avec ce qui se fait dans d’autres pays comme le Vénézuela et Chili (sans être sur de ce dernier), nationalisation de tous les secteurs stratégiques, énergétique, alimentaire, éducations, santé, communication, finance, habitation afin d’éviter toutes spéculation sur l’homme.

    Lois sur la finance plus répressive pour toutes actions spéculatives dans ces mêmes domaines, taxes sur les transactions financières, meilleur contrôles des salaires des banques privées (bonus et autres compléments de salaire des dirigeants adossés aux risques qu’ils peuvent occasionner)............

    Bon je le répète je ne suis pas spécialiste de ce monde mais je me pose des questions.......

  • unpticon
    unpticon
    passant
    • Posté à 14h34 le 24/02/2010
    • Internaute 62028
      passant

    °°