a debattre 22/02/2010 à 20h35

Otages : Georgelin présente l'addition, première en France

Augustin Scalbert | Journaliste Rue89

En bon petit soldat, le chef d’état-major des armées Jean-Louis Georgelin a exécuté dimanche l’ordre de Nicolas Sarkozy, chef de l’Etat et des armées, énoncé début janvier : « Il faut que les Français sachent le coût de cette histoire. » On parle ici de la détention, depuis fin décembre, de deux journalistes de France 3 en Afghanistan.

Le général Georgelin a donc déclaré, sur Europe 1 :

« Nous faisons ce que nous devons faire pour les faire libérer. J’ajoute d’ailleurs qu’à l’heure actuelle, nous avons déjà dépensé plus de 10 millions d’euros pour nous occuper de cette affaire.

Je pense que dans la facture des opérations extérieures nous avons, en gros, 870 millions d’euros par an de facture d’opérations extérieures, ce qui est considérable pour un pays comme la France. Nous l’alourdissons. » (Voir la vidéo)

Cette annonce provocatrice a de quoi surprendre. Le même Georgelin rappelle en effet que « dans ce genre d’opérations, moins on en parle, mieux c’est ». Et jamais la France n’avait communiqué sur le coût de la gestion d’une crise d’otages. Retour sur les cas les plus récents.

1

Pierre Camatte au Mali : multiples déplacements gouvernementaux

Détenu par Al Qaïda au Maghreb islamique (AQMI) depuis la fin du mois de novembre, l’humanitaire vosgien Pierre Camatte suscite une forte mobilisation. En février, Bernard Kouchner s’est rendu deux fois à Bamako pour évoquer son cas avec le Président du Mali, comme le raconte Bakchich.

La seconde fois, le ministre des Affaires étrangères était accompagné du secrétaire général de l’Elysée, Claude Guéant. Quel est le coût de ces déplacements successifs, et celui des moyens déployés pour favoriser la libération de l’otage ? Georgelin n’en dit rien, pas plus que le ministère de la Défense.

Dans ce dossier, Sarkozy n’a pas appelé à révéler « le coût de cette histoire », et Guéant n’a pas parlé « d’imprudence vraiment coupable ». Pierre Camatte a pourtant été enlevé dans une zone fortement déconseillée aux ressortissants français.

2

En 2008, discrétion totale pour deux humanitaires en Afghanistan

Mais la situation malienne n’est pas forcément comparable à celle de l’Afghanistan. Voyons donc le cas de deux humanitaires de l’ONG Action contre la faim détenus pendant deux semaines dans ce pays, pendant l’été 2008.

Juste après leur libération, un très instructif article de Jean Guisnel dans Le Point montrait l’ampleur des moyens déployés par la France pour résoudre au plus vite cette prise d’otages :

« Durant toute la durée de l’enlèvement, une cellule de crise composée d’une vingtaine de fonctionnaires de la DGSE a fonctionné 24 heures sur 24 à la caserne Mortier, le siège du service. [...] les principaux animateurs de la cellule de crise prenaient sur place quelques heures de repos seulement chaque jour. [...]

Convoyés par un avion C130 Hercules appartenant à l’escadrille des services secrets [...], douze fonctionnaires du service Action et d’autres unités de la DGSE se sont immédiatement rendus à Kaboul. Le service Action a été mobilisé au cas où une opération de force aurait été nécessaire. »

Mais là non plus, aucun chiffrage du coût.

3

Ingrid Betancourt, une priorité nationale

Le soir de son élection, le 6 mai 2007, Sarkozy surprend certains de ses nouveaux administrés en érigeant la libération de la Franco-Colombienne Ingrid Betancourt en priorité de son mandat.

Mais comme le rappelait Rue89, c’était déjà le cas avant son arrivée à l’Elysée. En juillet 2003, le ministre des Affaires étrangères Dominique de Villepin affrète un avion militaire pour lancer une sorte d’opération commando afin de la libérer. Fiasco.

Son successeur, Philippe Douste-Blazy, se rendra lui aussi à Bogota. Le coût des différents efforts déployés par la France n’a jamais été révélé.

Finalement, l’otage est libérée, mais sans action apparente de la France. Selon une radio suisse, c’est Washington qui aurait versé une rançon de 20 millions de dollars.

4

Pourquoi, cette fois, annoncer un prix ?

La déclaration du général Georgelin a provoqué un tollé au PS, au Modem, à l’UMP, chez les syndicats de journalistes, à Reporters sans Frontières et même à la direction de France Télévisions. Le communiqué de France Télévisions pointe toute l’incongruité de cette situation :

« Il n’était pas, jusque-là, dans les habitudes de la France d’évaluer le coût du rapatriement de citoyens français retenus contre leur gré à l’étranger. Si un tel débat devait avoir lieu, peut-être fallait-il attendre le retour de ces deux journalistes pour l’ouvrir. »

Pour la déléguée générale de l’association Otages du monde, Martine Gauffeny, l’explication de cette annonce inédite est limpide :

« Il me semble que les relations entre France Télévisions et le gouvernement ne sont pas au beau fixe. »

Elles ne sont pas non plus très sereines entre le gouvernement et les journalistes en général.

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  • RTG --
    RTG --
    nulle part ailleurs
    • Posté à 20h40 le 22/02/2010
    • Internaute 102877
      nulle part ailleurs

    Les Français ont le droit de savoir !

    C’est un tournant dans la politique de communication, les erreurs du passé ne justifient pas qu’on continuent sur la même voie.

    Bravo !

  • Rineva
    • Posté à 20h46 le 22/02/2010
    • Internaute 7834

    Monsieur le général,

    Pouvez-vous nous dire combien ont coûté aux contribuables français les nombreuses et vaines tentatives de récupération de la Sainte Ingrid de Colombie, sa repratriation extravagante vers la France, les honneurs rendus immérités ?
    Et surtout, sa protection toujours actuelle ? ? ? ? ? ? ? ? ? ? ? ? ? ’

  • Argentique
    Argentique
    Politiquement stressé
    • Posté à 21h13 le 22/02/2010
    • Internaute 103415
      Politiquement stressé

    Et pour les infirmières bulgares, on a eu un forfait ? Et pour le type de la DGSE en Somalie, ce sera cadeau ?

  • Thorgal46
    Thorgal46
    Informaticien dans le Lot
    • Posté à 21h36 le 22/02/2010
    • Internaute 4302
      Informaticien dans le Lot

    10 millions d’euros dans cette « affaire »... !
    Si je ne m’abuse, on est encore loin des 45 millions versés à Bernard Tapie pour « préjudice moral »
    Rectifiez moi si je me trompe.

    Et moi, ce que j’aimerais vraiment beaucoup savoir, c’est ce que coûte aux contribuables la magnfique politique de rétention et d’expulsion des étrangers de notre non moins magnifique ministre de l’immigration ! ! ! !

    Rectifiez moi encore si je me trompe, mais je n’ai rien lu, ni vu ,ni entendu sur ce sujet de la part du gouvernement de la « transparence »...

  • la champenoise
    • Posté à 21h41 le 22/02/2010
    • Internaute 27942

    Chacun commente les paroles du chef de l’état-major concernant le coût des recherches des 2 journalistes enlevés en Afghanistan.
    Mais curieusement, tous oublient de parler des 180 millions prélevés sur le budget de la défense pour l’achat et l’aménagement somptueux d’Air Sarko One.
    C’est avec ce genre de petit détail en tête que je vais aller participer aux prochaines élections et aux suivantes ...

  • lulu65
    lulu65
    mecano
    • Posté à 21h46 le 22/02/2010
    • Internaute 100368
      mecano

    Que doit penser la famille des otages ?

  • Boutauvent
    Boutauvent
    Testeur de temps libre
    • Posté à 23h30 le 22/02/2010
    • Internaute 45018
      Testeur de temps libre

    Je ne vois pas trop bien comment ce général parvient à tenir le compte de cette recherche spécifique par rapport à sa mission de collecter des renseignements sur les talibans (et occasionnellement les combattre) ?
    Qu’il y ait ou non des otages, les soldats sont bien là-bas pour débusquer, pourchasser les talibans, non ?
    Donc les mêmes sommes auraient été dépensées, logiquement...

  • Michael A.
    Michael A.
    apprenti-chercheur (donc (...)
    • Posté à 23h54 le 22/02/2010
    • Expert 21600
      apprenti-chercheur (donc (...)

    Je suis personnellement choqué qu’un personnage comme Georgelin donne ces informations avant même le retour premiers intéressés.
    En fait, s’il s’avère que ce coup de pression vient effectivement de l’Elysée, et bien c’est simplement écœurant.
    Autant un « acharnement » venant de journalistes envers un président ne serait ni une première ni, finalement, dramatique, autant la domination inverse - du pouvoir sur les journalistes - me fait simplement penser à une dictature. Une qui ne dit pas son nom, comme par delà la méditerranée.

    Peut on encore rêver d’une presse d’information un peu libre, en France ?