decryptage 21/02/2010 à 16h59

« C'est une Toyota » : le langage s'empare d'un échec industriel

Pierre Haski | Cofondateur Rue89


Une voiture Toyota, en février 2010 (Gil Cohen Magen/Reuters)

« Ce livre est une Toyota. L'éditeur devrait le rappeler, s'excuser et réparer les pièces qui mettent en danger l'histoire. » Traiter un livre de Toyota, il s'agit évidemment d'une référence au rappel, le mois dernier, de plus de cinq millions de voitures du constructeur japonais à travers le monde pour cause de pédale d'accélérateur défaillante et potentiellement mortelle, l'un des plus gros rappels de l'histoire de l'automobile.

William Safire, le (très conservateur) chroniqueur du New York Times, qui guettait les évolutions du langage et du vocabulaire, aurait adoré cette expression dénichée justement ce dimanche sur le site du New York Times.

Elle est en anglais, mais elle est universelle, et illustre bien l'ampleur du désastre industriel qui a touché le fabricant automobile japonais Toyota.

La citation apparait au détour d'un article sur un plantage monumental de l'auteur d'un livre supposé apporter des révélations sur la bombe d'Hiroshima, basées sur les confidences d'un homme qui avait visiblement tout inventé. Robert Norris, historien de la bombe atomique, dénonce l'erreur du livre et considère que l'éditeur devrait rappeler cette Toyota.

L'image de la marque

Cela en dit long sur les dégâts à l'image de Toyota que la marque soit entrée dans le langage courant comme contre-exemple, alors qu'elle était jusque là exactement l'inverse, c'est-à-dire un constructeur hyperfiable et innovant avec sa voiture hybride.

C'est ainsi que naissent les expressions nouvelles, nourries d'événements hors du commun et facilement identifiables d'un bout à l'autre de la planète ; C'est ainsi, aussi, que naissent les désastres de communication pour des marques qui doivent non seulement lutter contre l'effet passager d'un problème industriel, mais contre les conséquences à long terme sur l'image de la société si le langage populaire s'en empare de la sorte.

Du côté de la firme japonaise, qui venait à peine de se hisser en tête des constructeurs automobiles mondiaux, on doit s'interroger sur la manière de contrer cette image négative sur le long terme. Comment faire pour que, dans quelques mois ou dans quelques années, un commentateur comme celui que cite le New York Times ne puisse pas dire « C'est une Toyota » comme synonyme de désastre ?

Il faudra assurément plus que ces excuses, sur YouTube, exprimées de manière très officielle, par le président de Toyota Amérique. (voir la vidéo en anglais)

Photo : une voiture Toyota, en février 2010 (Gil Cohen Magen/Reuters)

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  • Schtroumpf perplexe
    • Posté à 17h29 le 21/02/2010
    • Internaute
      physicien

    Fichtre, on peut railler une entreprise qui rappelle 5 millions de voitures. Il n'empêche que nos constructeurs nationaux ne pourraient atteindre un pareil score pour la simple raison qu'ils n'en vendent pas autant. Par exemple, dans le monde entier, Renault n'a vendu que la moitié de ce nombre de véhicules en 2009.

  • Léon1
    • Posté à 17h39 le 21/02/2010
    • Internaute

    Beaucoup de consructeurs de toutes marques ont du rappeler certains modèles ,mais souvent l'ont fait la « queue entre les pattes » à queques exceptions prés (lire mensuels des consommateurs)
    Cette fois,l'occasion était trop belle pour les américains de se venger du succés mondial de toyota(même si le défauts sont avérés chez toyota et peugeot) ; Toyota a mis en place le programme de rappel,il n'avait pas le choix et c'est une excellente nouvelle.J'ai reçu une lettre recommandée ,avec le modèle identifié par le numéro du chassis ; je me suis inscrit chez le concessionnaire de mon choix ; celui-ci me contactera pour vérifier ou modifier le mécanisme de la pédale d'accélérateur.Je ne travaille pas chez toyota et pendant des années je roulais peugeot.

  • enfumage
    • Posté à 17h51 le 21/02/2010

    Pierre Haski ... la pedale est défaillante ... ! oh my god ...parlez en à Camille et ses boules japonaises elle va vous remettre d'aplomb !

  • societe00
    • Posté à 19h37 le 21/02/2010

    Toyota ne mérite pas tout ce battage médiatique. Les statistiques de pannes sur 1, 3 et 5 ans ont a de maintes reprises montré qu elle est une des rares marques a vraiment se détacher du reste du lot.
    Les japonais dans l ensemble sont reconnus pour leur systeme qualité, et c est aussi une des raisons qui a poussé les constructeurs francais a s allier a eux (alliance Renault-Nissan, ou coopération PSA-Mitsubishi).
    En tout cas, tout cela est une des conséquences de la course a sortir de nouveaux modeles de plus en plus rapidement, le tout finissant comme un logiciel d ordinateur, en version Beta : on découvre les erreurs a fur et a mesure des expériences utilisateurs sur le terrain, et on corrige ou reprogramme bien apres...

  • poutre
    • Posté à 22h11 le 21/02/2010

    Comme le soulignent de nombreux commentaires, le Toyota bashing qui règne en ce moment en Amérique du Nord est le fruit d'un lobbying extrême des big three de Detroit.

    L'industrie automobile américaine est en chute libre, et ce n'est pas l'interventionnisme US et canadien qui inversera la tendance. Pour rappel, depuis 2005 :
    - GM a fait 2 fois faillite.
    - Toyota est devenu premier vendeur automobile (à la place de GM) et premier budget R&D tous secteurs confondus (à la place de Ford).

    Je suis un peu surpris que cette campagne de propagande américaine trouve un écho sur Rue89, « site indépendant et participatif », sans aucune analyse. L'article porte pourtant la mention Décryptage.

    Salutations.

  • Wildleech
    Wildleech
    révolutionnaire en devenir
    • Posté à 00h04 le 22/02/2010
    • Internaute
      révolutionnaire en devenir

    Les américains ne digèrent pas d'être obligé de rouler japonnais.
    Sinon, les erreurs de Toyota, c'est le résultat du « management » moderne.
    Tous les dirigeants des grandes marques automobiles ont dû prendre leur précautions, dés qu'ils ont eu vent de la nouvelle.

  • Stephane MOT
    Stephane MOT
    Author & Chief AtoZ Officer
    • Posté à 02h01 le 22/02/2010
    • Internaute
      Author & Chief AtoZ Officer

    J'ai eu la meme reaction en lisant l'article (egalement repris dans l'IHT). Le passage dans le vocabulaire courant marque un saut inquietant pour Toyota, mais on peu s'attendre a des declinaisons pour ce qui vient d'Asie avec une reputation flatteuse mais un point faible.

    On aura droit a ce telephone Taiwanais est une Toyota, cet etudiant Coreen est une Toyota...

    Dans l'article, l'expression etait beaucoup plus frappante parce qu'elle portait sur un article low tech : un bouquin. Un vrai saut semantique, et un effect comique reussi.

  • A déménagé le 13-01-2012 5
    • Posté à 04h40 le 22/02/2010
    • Internaute
      non connue

    Il ne leur reste plus qu'à changer de nom. Trabant est disponible, je crois...