Les raisons du putsch militaire au Niger
Un Conseil militaire a annoncé à la radio d’Etat nigérienne la suspension de la Constitution après un coup d’Etat jeudi qui a fait plusieurs morts et blessés. « Le Conseil suprême pour la restauration de la démocratie (CSDR), dont je suis le porte-parole, a décidé de suspendre la Constitution de la sixième république et de dissoudre toutes les institutions qui en sont issues », a annoncé le colonel Goukoye Abdoulkarim sur les ondes de la Voix du Sahel. Nos partenaires de L’Observateur Paalga, au Burkina Faso, reviennent sur les raisons de ce putsch.
(De Ouagadougou) Jeudi en fin de matinée, des tirs d’armes légères et lourdes ont été entendus aux alentours de la présidence de la République nigérienne. Tout serait parti d’une mutinerie de militaires qui auraient fait irruption à la présidence en plein conseil des ministres, lesquels ministres ont été regroupés sans violence et amenés en un lieu inconnu par les mutins.
Les émissions de la Radio Sahel ont été interrompues et de la musique militaire était diffusée de façon continue. (voir la vidéo)
Quant au président Mamadou Tandja, il aurait été conduit au camp militaire des bérets verts de Tonbidia, distant de 15 km de la capitale Niamey, comme nous précisera Mohamed Bazoum, un opposant que nous avons pu joindre au téléphone.
Du reste, devant notre attitude dubitative sur la réussite du coup, ce dernier nous martèlera :
« Ça y est, le coup a réussi ».
A vrai dire ce coup d’Etat est une demi- surprise car, il était pratiquement attendu par les opposants -Mohamed Bazoum avait évoqué cette option en octobre 2009 dans une interview qu’il nous avait accordée- et redouté par Tandja lui-même.
Ce n’est pas sans raison que ces derniers mois, en bon militaire, le colonel Tandja a pratiqué la méthode du camouflage au quel il a adjoint des cadeaux (villas et voitures) et espèces sonnantes et trébuchantes aux gradés de la grande muette au cas où elle aurait des velléités putschistes. Ce qui, à l’évidence, ne l’a pas sauvé pour longtemps...
Un président qui avait violé toutes les règles
Comme le dit un adage populaire, quand on trébuche et l’on tombe, il ne faut point regarder le lieu où on a chuté mais sur quoi on a buté. La situation que l’on vit actuellement au Niger est partie de la volonté du président déchu de négocier trois ans pour terminer ses grands chantiers au grand dam des institutions de la Loi fondamentale, de la communauté internationale qui s’y sont mis toutes pour le décourager.
Le colonel Tandja, engoncé dans ses certitudes politiques, a passé outre et a poursuivi sa marche forcée en multipliant les actes de forfaiture :
- congédiement des députés le 26 mai 2009 ;
- dissolution de la Cour constitutionnelle ;
- référendum le 4 août 2009 qui fait passer le Niger d’une Ve à une VIe République :
- Législatives le 20 octobre qui accoucheront d’une assemblée nationale monocolore ;
- autisme du même Tandja lors des négociations internigériennes avec le facilitateur Aboubacar Abdul Salami.
Bref, l’ex-aide de camp du président Séni Kountché avait violé tout ce qui était violable et s’est donc installé de façon ostentatoire dans l’illégalité. Le coup d’Etat ou le contre-coup d’Etat de jeudi -il faudrait d’ailleurs que les constitutionnalistes et les politologues nous trouvent un terme approprié à ce genre de situation, étant donné que Tandja avait perpétré un putsch constitutionnel-, est le prix de l’entêtement d’un homme qui aurait pu sortir par la grande porte après ses deux mandats.
Vertiges du pouvoir
Mais hélas lui aussi, comme tant d’autres avant lui, a succombé aux vertiges du pouvoir qui est une drogue dure, selon les initiés en la matière.
Malgré les incertitudes de ce type de situations, ce coup d’Etat confine à une affaire de salubrité politique pour le Niger, comme le professait le juriste et homme politique burkinabè Laurent Bado, qui trouve certains putschs salvateurs.
Un coup d’Etat qui confirme le retour du pouvoir kaki en Afrique occidentale « à une épidémie de putschs », selon le mot d’Alpha Omar Konaré, notamment dans les pays qui portent les oripeaux de la démocratie mais dont les pratiques jurent avec ce mode de gouvernement.
Il s’agit aussi d’un avertissement à peu de frais à tous les chefs d’Etat qui veulent toujours africaniser la matrice constitutionnelle de leur pays pour donner davantage d’élasticité à leur mandat. Le meilleur rempart contre ce genre de surprise demeurant sans conteste la pratique de la vraie démocratie. Moralité : suivre les exemples de Rawlings, de Kérékou, de Konaré [les présidents du Ghana, du Bénin et du Mali, qui ont respecté la constitution et ont quitté le pouvoir à l’expiration de leur mandat, ndlr]...
- Sur Rue89Niger : Paris embarassé par le coup de force de Tandja
- Sur Rue89MSF quitte le Niger, sur fond de polémique avec le pouvoir
- Sur wikipedia.orgLa fiche Wikipédia de Mamadou Tandja
- Sur ulaval.caNiger, fiche pays, sur tlfq.ca
- Sur www.ina.frLes coups d'Etat militaires précédents au Niger, sur Ina.fr
- 5405 visites
- 26 réactions

















0








Manant, de passage sous le (...)
Manant, de passage sous le (...)
Certes, formellement l’article fait la chronique des événements mais nous laisse sur notre faim quant à la seule question qui vaille d’être posée : L’uranium étant vraisemblablement le mobile, pour qui roule cette Junte ?
Est ce trop tôt pour le savoir ?




Partager