Afrique 19/02/2010 à 08h51

Les raisons du putsch militaire au Niger

L'Observateur paalga"
Zowenmanogo Dieudonné Zoungrana | L'Observateur paalga

Un Conseil militaire a annoncé à la radio d’Etat nigérienne la suspension de la Constitution après un coup d’Etat jeudi qui a fait plusieurs morts et blessés. « Le Conseil suprême pour la restauration de la démocratie (CSDR), dont je suis le porte-parole, a décidé de suspendre la Constitution de la sixième république et de dissoudre toutes les institutions qui en sont issues », a annoncé le colonel Goukoye Abdoulkarim sur les ondes de la Voix du Sahel. Nos partenaires de L’Observateur Paalga, au Burkina Faso, reviennent sur les raisons de ce putsch.

(De Ouagadougou) Jeudi en fin de matinée, des tirs d’armes légères et lourdes ont été entendus aux alentours de la présidence de la République nigérienne. Tout serait parti d’une mutinerie de militaires qui auraient fait irruption à la présidence en plein conseil des ministres, lesquels ministres ont été regroupés sans violence et amenés en un lieu inconnu par les mutins.

Les émissions de la Radio Sahel ont été interrompues et de la musique militaire était diffusée de façon continue. (voir la vidéo)

Quant au président Mamadou Tandja, il aurait été conduit au camp militaire des bérets verts de Tonbidia, distant de 15 km de la capitale Niamey, comme nous précisera Mohamed Bazoum, un opposant que nous avons pu joindre au téléphone.

Du reste, devant notre attitude dubitative sur la réussite du coup, ce dernier nous martèlera :

« Ça y est, le coup a réussi ».

A vrai dire ce coup d’Etat est une demi- surprise car, il était pratiquement attendu par les opposants -Mohamed Bazoum avait évoqué cette option en octobre 2009 dans une interview qu’il nous avait accordée- et redouté par Tandja lui-même.

Ce n’est pas sans raison que ces derniers mois, en bon militaire, le colonel Tandja a pratiqué la méthode du camouflage au quel il a adjoint des cadeaux (villas et voitures) et espèces sonnantes et trébuchantes aux gradés de la grande muette au cas où elle aurait des velléités putschistes. Ce qui, à l’évidence, ne l’a pas sauvé pour longtemps...

Un président qui avait violé toutes les règles

Comme le dit un adage populaire, quand on trébuche et l’on tombe, il ne faut point regarder le lieu où on a chuté mais sur quoi on a buté. La situation que l’on vit actuellement au Niger est partie de la volonté du président déchu de négocier trois ans pour terminer ses grands chantiers au grand dam des institutions de la Loi fondamentale, de la communauté internationale qui s’y sont mis toutes pour le décourager.

Le colonel Tandja, engoncé dans ses certitudes politiques, a passé outre et a poursuivi sa marche forcée en multipliant les actes de forfaiture :

  • congédiement des députés le 26 mai 2009 ;
  • dissolution de la Cour constitutionnelle ;
  • référendum le 4 août 2009 qui fait passer le Niger d’une Ve à une VIe République :
  • Législatives le 20 octobre qui accoucheront d’une assemblée nationale monocolore ;
  • autisme du même Tandja lors des négociations internigériennes avec le facilitateur Aboubacar Abdul Salami.

Bref, l’ex-aide de camp du président Séni Kountché avait violé tout ce qui était violable et s’est donc installé de façon ostentatoire dans l’illégalité. Le coup d’Etat ou le contre-coup d’Etat de jeudi -il faudrait d’ailleurs que les constitutionnalistes et les politologues nous trouvent un terme approprié à ce genre de situation, étant donné que Tandja avait perpétré un putsch constitutionnel-, est le prix de l’entêtement d’un homme qui aurait pu sortir par la grande porte après ses deux mandats.

Vertiges du pouvoir

Mais hélas lui aussi, comme tant d’autres avant lui, a succombé aux vertiges du pouvoir qui est une drogue dure, selon les initiés en la matière.

Malgré les incertitudes de ce type de situations, ce coup d’Etat confine à une affaire de salubrité politique pour le Niger, comme le professait le juriste et homme politique burkinabè Laurent Bado, qui trouve certains putschs salvateurs.

Un coup d’Etat qui confirme le retour du pouvoir kaki en Afrique occidentale « à une épidémie de putschs », selon le mot d’Alpha Omar Konaré, notamment dans les pays qui portent les oripeaux de la démocratie mais dont les pratiques jurent avec ce mode de gouvernement.

Il s’agit aussi d’un avertissement à peu de frais à tous les chefs d’Etat qui veulent toujours africaniser la matrice constitutionnelle de leur pays pour donner davantage d’élasticité à leur mandat. Le meilleur rempart contre ce genre de surprise demeurant sans conteste la pratique de la vraie démocratie. Moralité : suivre les exemples de Rawlings, de Kérékou, de Konaré [les présidents du Ghana, du Bénin et du Mali, qui ont respecté la constitution et ont quitté le pouvoir à l’expiration de leur mandat, ndlr]...


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L'Observateur paalga
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  • spleenlancien
    spleenlancien
    Manant, de passage sous le (...)
    • Posté à 09h21 le 19/02/2010
    • Internaute 78672
      Manant, de passage sous le (...)

    Certes, formellement l’article fait la chronique des événements mais nous laisse sur notre faim quant à la seule question qui vaille d’être posée : L’uranium étant vraisemblablement le mobile, pour qui roule cette Junte ?
    Est ce trop tôt pour le savoir ?

    • nanabel
      nanabel répond à spleenlancien
      1ère version
      • Posté à 10h10 le 19/02/2010
      • Internaute 97292
        1ère version

      En janvier 2009, le gouvernement du niger et le directoire d’areva signaient une convention minière accordant au groupe areva un permis d’exploitation sur le gisement d’Imouraren, présentée par areva comme la mine d’uranium la plus importante de toute l’afrique et la deuxième du monde. Quand la mine tournera à plein régime, le niger deviendra le deuxième producteur mondial d’uranium derrière le canada.

      En même temps on apprend que le gouvernement américain relance son programme de construction de centrales nucléaires.

      On peut effectivement se poser la question : pour qui roulent les putchistes ?

      • Autist Reading -
        Autist Reading - répond à nanabel
        In enculo cum vibro
        • Posté à 10h34 le 19/02/2010
        • Internaute 73535
          In enculo cum vibro
         
        • nanabel
          nanabel répond à Autist Reading -
          1ère version
          • Posté à 10h55 le 19/02/2010
          • Internaute 97292
            1ère version

          Vous noterez qu’areva nous montre le site canadien de Mc Clean Lake. C’est bien, c’est beau, c’est propre.

          La mine nigérienne ne profite pas des mêmes conventions collectives ni des mêmes lois environnementales. Les salariés locaux et leurs familles bouffent de l’uranium tous les jours.

          • Autist Reading -
            Autist Reading - répond à nanabel
            In enculo cum vibro
            • Posté à 11h22 le 19/02/2010
            • Internaute 73535
              In enculo cum vibro
          • Autist Reading -
            Autist Reading - répond à nanabel
            In enculo cum vibro
            • Posté à 11h35 le 19/02/2010
            • Internaute 73535
              In enculo cum vibro

            Pour voir comment çà finira (sans jamais arrêter), revoyons « Elf, la pompe Afrique »

            • nanabel
              nanabel répond à Autist Reading -
              1ère version
              • Posté à 11h57 le 19/02/2010
              • Internaute 97292
                1ère version

              Excellent ! Il a tout compris.

              • Autist Reading -
                Autist Reading - répond à nanabel
                In enculo cum vibro
                • Posté à 12h38 le 19/02/2010
                • Internaute 73535
                  In enculo cum vibro

                C’est un type qui a suivi le procès Elf, tous les textes sont tirés des minutes...

                J’ai vu sa répèt’générale à Verfeil(82), c’était époustouflant !

                Le DVD circule dans les milieux rouge/noir...

        5 autres commentaires
      • Le Putsch
        Le Putsch répond à nanabel
        Konopsoproctotrype putatif
        • Posté à 01h15 le 20/02/2010
        • Internaute 76118
          Konopsoproctotrype putatif

        Hey, je n’ai rien à voir avec l’administration Obama !

        ***

        Sinon, soupesons.
        Obama est noir.
        Les putschistes sont noirs.
        ...
        Déduction ?

        Comment, le président déposé... sa pigmentation de peau...
        Bon, d’accord, j’arrête, c’est promis.

  • Tita
    Tita
    oiseau
    • Posté à 09h48 le 19/02/2010
    • Internaute 7659
      oiseau

    Puisque je sais que les auteurs ne maîtrisent pas les titres apposés à leurs articles, je m’adresserais essentiellement à l’auteur du titre.

    Car ce titre m’apparait abusif. Certes, il est porteur ! « Les raisons... » nous dit-il dans un élan d’exhaustivité qui allèche le passant ; Cependant, l’exhaustivité me parait un peu orgueilleuse quand l’évènement est aussi récent. « Quelques raisons... » auraient été plus juste. Par exemple, les putschistes sont-ils soutenus activement ou non, officiellement ou non, par les voisins africains ou même les occidentaux ? Ce ne serait pas la première fois qu’un putsch est organisé dans les centres de commandement occidentaux pour se débarrasser d’un ami aussi encombrant. Il est sans doute largement trop tôt pour oser une réponse à cette question... De plus l’article suggère que la victime de ce putsch mérite ce qui lui arrive ; mais un putsch n’arrive pas à tous ceux qui le mériteraient. D’autre raisons existent alors nécessairement... et cet article ni ne les aborde, ni ne peut les aborder.

    Quant à l’article, l’auteur nous explique que le putsch était prévisible en rappelant les « viols » constitutionnels du président Mamadou Tandja. Ce qui me gène, c’est que dans un sens, il y a presque une absolution du putsch puisqu’il est présenté comme la (seule ?) solution pour déposer le président violeur. Reste qu’on ne sait toujours pas quelles sont les intentions des putschistes et on est loin d’être certain qu’elles soient démocratiques puisqu’ils déclarent « suspendre la Constitution de la sixième république et de dissoudre toutes les institutions qui en sont issues ». Si c’est juste changer la couleur de la dictature, ça ne changea pas beaucoup les choses.
    Se nommer « Conseil suprême pour la restauration de la démocratie » ne signifie pas que leurs intentions soient réellement démocratiques. Quand on se donne un nom, on cherche à s’auréoler d’une légitimité aux yeux des acteurs internationaux et nationaux. D’ailleurs, l’Allemagne de l’est en son temps se disait bien aussi République Démocratique Allemande. Ne peut-on pas craindre des dégâts pour la maison démocratie si on combat l’incendie par l’inondation ? Bien qu’on puisse espérer que le CSRD soit réellement motivé par la sauvegarde de la démocratie, l’option d’une autre dictature ne peut pas être exclue, non ?

    • christobal0094
      christobal0094 répond à Tita
      citoyen du monde
      • Posté à 09h50 le 19/02/2010
      • Internaute 77671
        citoyen du monde

      Je suis assez d’accord.

      un coup d’etat militaire, reste un coup d’etat militaire.
      parfois les intentions sont bonnes, mais l’histoire et particulierement celle de nombreux pay africains, incite a la plus grande prudence.

  • k-i
    k-i
    endimanché
    • Posté à 10h03 le 19/02/2010
    • Internaute 55073
      endimanché

    @ ZOWENMANOGO DIEUDONNÉ ZOUNGRANA

    Bonjour,

    Pensez-vous pouvoir en dire un peu plus sur les enjeux économiques de ce putsch et de la prolongation demandée par l’ancien président ? Car en Afrique comme en France, l’enjeu des élections est d’abord celui de réseaux d’influence économiques pour le contrôle des richesses du pays.

  • Autist Reading -
    Autist Reading -
    In enculo cum vibro
    • Posté à 10h31 le 19/02/2010
    • Internaute 73535
      In enculo cum vibro
  • Enki
    Enki
    alchimiste
    • Posté à 11h01 le 19/02/2010
    • Internaute 9562
      alchimiste

    Merci pour cet article.

    En l’absence d’informations, j’ai craint hier qu’il se fût agit d’un faux attentat visant à pousser d’un cran supplémentaire le régime de Tandja vers la dictature.

    Je suis heureux de m’être trompé.
    Il nous faudra maintenant attendre la suite des évènements.

    Constatons :
    1- Que le pouvoir de Mamadou Tandja n’était pas plus légitime que ne l’est l’armée régulière du Niger à le rétablir dans ses institutions démocratiques.

    2- Qu’il n’y a pas eu de bain de sang.

    3- Que le risque est désormais celui des interims militaro-putschistes soumis à d’énormes enjeux financiers occidentaux : La confiscation du pouvoir par l’armée ou l’avènement d’un dictateur issu de celle ci.

    Ainsi, fraternellement, espèrons des éléctions et le retour d’un régime démocratique pour le peuple nigérien.

  • zazachavez
    • Posté à 11h36 le 19/02/2010
    • Internaute 83209

    C’est effectivement dommage de nous attirer avec le titre et de nous frustrer avec l’absence d’un début de réponse ....

    Il y a 1012 raisons de faire un coup d’état ... à part attendre et de voir ce qui s’installe et à qui profite le coup d’état ... ( les lecteurs africains de l’article ont l’air satisfait ...)

    La position de la France et des zétazunis nous en dira long également ....

    Si seulement ça pouvait permettre aux habitants de récupérer les richesses de leur pays et de foutre les parasites dehors ....

     : -)

  • zazachavez
    • Posté à 11h51 le 19/02/2010
    • Internaute 83209

    partie1/2

    partie 2/2

    • Alexad
      Alexad répond à zazachavez
      • Posté à 18h32 le 19/02/2010
      • Internaute 8145

      C’est bien triste de constater que ce discours n’a pas une ride et qu’il provoquerait sans doute, moins de trois mois après, le même effet ! ...

    • éternellerebelle
      éternellerebelle répond à zazachavez
      enragée !
      • Posté à 09h06 le 20/02/2010
      • Internaute 22982
        enragée !

      Merci de ces vidéos ,quelle tristesse de constater une fois de plus
      que des hommes intégres comme Sankara aient été assassiné ,avant lui Lumunba
      et les colonialistes continuent a tirer les ficelles de marionnettes qu’ils ont mis au pouvoir,
      la France a soutenu l’assassin de Sankara : Comparé
      comme elle soutient toutes les dictatures africaines qu’elle a contribué à mettre en place sous couvert d’élections truquées !
      et sarkosy avec son projet de codévellopement ,le maintien du franc C F A , continue a piller L’Afrique ,et a lui vendre des armes.

      Que vienne le temps ou les peuples d’Afrique à l’exemple de ceux d’Amérique du Sud s’uniront pour se libérer des tyrans à la solde de
      la France Afrique complice des assassins.

  • nemo3637
    nemo3637
    Déchoukeur
    • Posté à 20h32 le 19/02/2010
    • Internaute 44521
      Déchoukeur

    Evidemment il y l’uranium et Areva. On se demande s’il n’y a pas anguille sour roche. Enfin un lézard sous le sable...Normal.
    (Bouboule ne m’a accroché qu’une vingtaine de boules ; il faiblit...)

  • Troll-en-folie
    Troll-en-folie
    Parano chronique
    • Posté à 15h18 le 19/02/2010
    • Internaute 87214
      Parano chronique

    La raison numéro un des putschistes, est de devenir Calife à la place du Calife.

    Après, reste à savoir avec quels soutiens occultes il a préparé son putsch, et les intérêts derrière tout ça.

  • Alain Provist
    • Posté à 18h49 le 19/02/2010
    • Internaute 19517

    La situation était prévisible comme je l’écrivais il y a quelques jours :

    TANDJA ECOULE A NIAMEY : Elu président du Niger le 24 novembre 1999 et réélu en 2004, Mamadou Tandja aurait dû quitter son poste le 22 décembre 2009 au terme de son second mandat conformément à la Constitution. Mais l’ex-colonel de l’armée nigérienne ne l’entend pas ainsi. Dès le mois de mai, il avait demandé une modification de cette constitution vers un régime entièrement présidentiel avec une extension exceptionnelle de trois ans de son mandat pour « achever les chantiers entrepris ». Face au refus du Parlement et de la Cour constitutionnelle, il a dissous les deux assemblées et organisé un référendum le 4 août pour entériner ce coup de force gagné très « démocratiquement » par 92,5% des voix puis remporté des élections législatives controversées en octobre. Depuis la fin légale de son mandat, Tandja s’accroche donc au pouvoir malgré les protestations de la Communauté économique des Etats d’Afrique de l’Ouest (Cédéao), de l’Union Européenne et des Etats-Unis et l’appel à la grève générale dans le pays.

    Tandja la coupe à l’eau qu’à la fin elle se brise...

    voir :
    Lien

  • Rudolfina
    Rudolfina
    Biltong
    • Posté à 20h10 le 19/02/2010
    • Internaute 102860
      Biltong

    J’ai apprécié le point de vue de cette article qui, au lieu de rendre responsable des puissances étrangères, analyse un peu le rôle de Tandja dans ce coup d’état. Certaines entreprises ou certains pays ont probablement soutenu le coup d’état et peut-être que d’autre ont soutenu Tandja. Le problème est que les dirigeants du pays n’ont pas respecté la constitution. Pour que le schmilblick avance un peu dans ces pays, il faut que les citoyens et spécialement ceux qui ont des responsabilités publiques prennent conscience de leurs devoirs.

  • nemo3637
    nemo3637
    Déchoukeur
    • Posté à 20h36 le 19/02/2010
    • Internaute 44521
      Déchoukeur

    Hommage à l’auteur de cet article clair, aux journalistes africains qui sont souvent la conscience de leur pays, travaillant dans des conditions souvent difficiles. Et donc remercions aussi Rue89.

  • obey-
    obey-
     : -\
    • Posté à 23h21 le 19/02/2010
    • Internaute 66286
       : -\

    Tiens encore un coup d’etat en afrique, etonnant non ?

  • éternellerebelle
    éternellerebelle
    enragée !
    • Posté à 10h07 le 20/02/2010
    • Internaute 22982
      enragée !
  • tlaloc
    tlaloc
    Retraité
    • Posté à 18h09 le 20/02/2010
    • Internaute 47359
      Retraité

    L’ancien président voulait mettre en concurrence l’exploitation des ressources minières. Ce putsch favorise plutôt la France.