enquete 18/02/2010 à 19h28

Quand les photos de Noirs illustrent l'insécurité

Marie Kostrz | Journaliste Rue89

A Epinal, un homme a eu la surprise de se retrouver en illustration d’un article de Vosges Matin consacré à la vidéo-surveillance.

Infosignalée par
un internaute



La une de Vosges Matin du 16 février (Vosges Matin/DR)

C’était mercredi. Un habitant d’Epinal, Bem’s, [le prénom a été modifié, ndlr] a eu la surprise de recevoir de nombreux
mails et appels de ses amis. Tous étaient heureux de lui annoncer qu’il avait fait la une de Vosges Matin. Sous le gros titre « Attention, vous êtes vidéoprotégés ! » Sa photo, flanquée d’un encadré : « Les Vosgiens se méfient. »

On le voit marchant tranquillement dans la rue. Bem’s n’a pas apprécié :

« Ma photo n’a pas été choisie par hasard, il y a un rapprochement fait entre couleur de peau et insécurité. Je suis tout seul dans la rue, noir, ce n’est pas comme si j’étais dans une foule. »

Il accuse les médias d’être en partie responsables de l’amalgame effectué entre insécurité et personnes de couleur :

« Le rôle des médias est d’éduquer les masses et de détruire les stéréotypes. En agissant de la sorte, ils ne font que les renforcer, c’est regrettable. »

Une stigmatisation inconsciente

Le plus grave pour Bem’s est que la discrimination dont il est victime n’est pas intentionnelle. Comme il le fait remarquer, le contenu de l’article de Vosges Matin ne stigmatise pas les personnes de couleur. Selon l’encadré, ce ne sont pas des Noirs dont les Vosgiens se méfient, mais des caméras :

« Au final, le choix de la photo est discriminant pour moi, et contre-productif pour le journal. »

Contacté, Gérard Noël, rédacteur en chef de Vosges Matin, est surpris par la plainte du Spinalien. Le fait qu’une personne noire illustre l’article est selon lui un « pur hasard ».

« Nous n’avons eu aucune arrière-pensée en choisissant cette photo, nous ne pouvons pas être suspectés de racisme. Lorsque notre photographe a pris son cliché, il n’allait pas attendre indéfiniment qu’une personne blanche, asiatique ou autre passe. Sincèrement, il a fallu que vous me précisiez que cet homme soit noir pour que je m’en rende compte. »

Gérard Noël affirme que la rédaction n’a jamais voulu associer « noir » et insécurité. Le même jour, il a d’ailleurs signé un éditorial où il fait l’apologie de Rama Yade, qui selon lui a raison de dénoncer le manque d’ouverture des milieux politiques français.

Pour Patrick Lozès, président du Conseil représentatif des associations noires de France (Cran), cet incident prouve que l’association « étranger-danger » est ancrée dans l’imaginaire de toute la société française. Selon lui, les dérapages de ce genre peuvent être commis par n’importe quel habitant, nul besoin d’être raciste pour cela.

« Ces amalgames sont révélateurs des représentations qu’a la société française. Il faut être vigilant et réfléchir ensemble, associations, politiques et médias réunis, pour que cette image évolue. »

« Les médias doivent faire attentions aux clichés qu’ils véhiculent »

Patrick Lozès partage cette opinion :

« Nous avions déjà remarqué que des associations similaires avaient été faites par différents journaux, dont certains nationaux. Les médias doivent faire attention aux clichés qu’ils véhiculent. »



Capture d’écran du site de l’UMP

La polémique suscitée

par la diffusion d’une image du même type sur le site de l’UMP le prouve. Voulant illustrer le phénomène de la délinquance, le parti politique avait choisi de mettre en ligne une image représentant un groupe de jeunes noirs. Pour Patrick Lozès, la responsabilité probante de l’UMP est toutefois partagée :

« Les membres de l’UMP que j’ai rencontrés m’ont confié qu’ils avaient demandé à Sipa Press des photos qui pouvaient illustrer la délinquance.
C’est cette agence de photojournalisme qui leur aurait soumis les clichés diffusés. »

Dans un communiqué, le Cran appelle ainsi les journaux et agences de presse à faire attention aux images qu’ils utilisent.

Plus jamais de Noirs pour illustrer les articles ?

Afin de ne pas stigmatiser les Noirs, doit-on pour autant arrêter d’utiliser leur image lorsqu’il s’agit d’illustrer ces thèmes sensibles ? Le risque serait alors de sous-représenter une partie de la société, et donc de continuer à la discriminer. Pour Patrick Lozès, il n’en est pas question :

« Pour le site UMP comme pour Vosges-matin, les images choisies ont été sorties de leur contexte et accolées à un tout autre sujet. C’est ce procédé qui doit être banni. »

En attendant, Bem’s a l’intention de contacter Vosges-Matin pour demander un droit de réponse.

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  • sabrina
    sabrina
    NounouOgg ascendant Vimaire
    • Posté à 19h35 le 18/02/2010
    • Internaute 24259
      NounouOgg ascendant Vimaire

    Je ne suis pas noire... mais me contrarierai franchement de me trouver en première page d’un journal pour un article sur l’insécurité. Surtout quand on est facilement reconnaissable comme ça.

    Quid du droit à l’image ? (je pose la question au cas où un juriste passerai dans le coin)

  • dmnql
    dmnql
    Étudiant
    • Posté à 19h41 le 18/02/2010
    • Internaute 105818
      Étudiant

    Ce n’est pas de la stigmatisation ... on ne devrait plus, de nos jours, s’arrêter sur des détails tel que la couleur de peau. Cette photo montre un habitant d’Epinal, point.

  • RTG --
    RTG -- répond à Pierrrrre
    nulle part ailleurs
    • Posté à 19h46 le 18/02/2010
    • Internaute 102877
      nulle part ailleurs

    vrai, il aurait pu prendre la photo d’une petite vieille.

  • ludo2776
    ludo2776
    thésard en biologie
    • Posté à 19h53 le 18/02/2010
    • Internaute 102344
      thésard en biologie

    deux choses malheureuses : i) qu’il ne soit pas flouté, ii) que la première chose qui vienne à l’idée d’une personne noir soit que sa présence cette photo soit le racisme, la discrimination ou un fâcheux amalgame, un grand pas en avance sera franchi lorsque les « minorités plus ou moins visibles » trouveront normal de voir une personne « d’une couleur plus ou moins foncée » dans ce genre d’article sans crier au loup. la co(q)uille réside dans le i), là il y a une erreur de la rédaction sur le plan judiciaire, la pertinence du choix d’une photo avec une personne, j’aurais mis plein de photos d’angles différents et/ou d’endroit différent d’une même personne (vert fluo cette personne, pour ne froisser que les martiens)

  • minibule
    minibule
    juriste
    • Posté à 19h53 le 18/02/2010
    • Expert 105783
      juriste

    l’idée même de mettre une photo d’un habitant d’une ville en première page d’un journal pour parler de vidéosurveillance avec la mention « attention vous etes surveillés “ et ‘les vosgiens se méfient’ ne m’apparait pas discriminant.

    Le souci est que l’interessé n’a pas donné son accord et personne ne l’a demandé... Ba oui ! on est pas tous fier de ce que l’on est !
    Pour ma part, ca me ferait chier de me voir dans un journal, encore plus dans ce contexte sécuritaire, sans que l’on ne m’en ait informé préalablement..

  • Inpou
    Inpou
    J'enfonce le clou
    • Posté à 20h00 le 18/02/2010
    • Internaute 92671
      J'enfonce le clou

    Quoi de neuf ? Rien. Dans l’imaginaire français, il semble que le Noir soit l’incarnation même de la délinquance. Faut pas se foutre du monde, on a compris que ce choix n’est pas innocent.

  • Tita
    Tita
    oiseau
    • Posté à 20h01 le 18/02/2010
    • Internaute 7659
      oiseau

    Humm.... Vous survolez le sujet en fait.

    Oui, les médias sont coupables d’utiliser l’image des noirs quand ils veulent parler de violence ou d’insécurité. Cependant, s’ils utilisent ce code, c’est parce que le lecteur fait déjà cette association.

    C’est même la base des tests d’associations implicites sur le racisme moderne et qui montrent qu’on a tous tendance à associer plus un visage de noir au mot « “violence” qu’un visage de blanc, ou qu’on associe plus un visage de blanc au mot “bonheur” qu’un visage de noir. Ces tests démontrent donc que les noirs sont plus associés à la violence, l’oisiveté, etc... (bref, des adjectifs négatifs) que les blancs.

    Maintenant, ne nous trompons pas. Cette association relève bien du racisme. Je m’étais amusé une fois à poser cette question dans un de mes questionnaires (on s’amuse comme on peut) : “Dans la rue, quand je rencontre un noir, j’ai plus peur que si c’était un blanc.‘(vrai/faux en plusieurs points). Au delà de la corrélation du plus on est d’accord avec cette proposition, plus on est politiquement à droite’ (pas un scoop), on retrouve celle-ci : ‘plus on est d’accord avec cette proposition, plus notre score est élevé sur une échelle de racisme’. Bref, voir un noir comme un élément plus insécuritaire qu’un blanc, c’est bien associé au racisme.

    Alors il reste une question : si tout le monde le fait, les médias ne sont-ils pas plus ou moins absouts ?
    Que nenni ! ! ! Que nenni car ils participent activement à la propagation de l’association stéréotypique ‘noir-danger’. Ils donnent des images qui vont confirmer l’association stéréotypique ‘noir-danger’ chez les gens. Dans ce sens, au lieu de lutter contre la discrimination, les médias la légitiment.

  • a déménagé le 30 août 2010
    a déménagé le 30 août 2010 répond à sabrina
    commentjecomprendspas
    • Posté à 20h33 le 18/02/2010
    • Internaute 65511
      commentjecomprendspas

    facilement reconnaissable ? c’est une blague ?

    J’ai beau avoir mis le superzoom et regarder la version originale du journal, avec une photo prise du dessus comme ça on ne voit absolumment pas son visage. En plus il porte des lunettes.

    Le titre de Rue est mensonger puisque le titre de Vosges Matin n’a rien à voir avec l’insécurité, il dit bien « Attention vous êtes vidéoprotégés » et la personne qui est sur la photo représente le ’vous’, donc le lecteur/l’habitant moyen, ce qui est au contraire un message anti raciste (si vraiment on veut chercher un message là ou il n’y en a pas) !

  • Dessine-moi un mouton
    Dessine-moi un mouton
    utopiste toujours
    • Posté à 20h39 le 18/02/2010
    • Internaute 64116
      utopiste toujours

    Cela a peut-être été déjà dit. S’il-vous-plaît, utilisez le terme de vidéo-surveillance plutôt que celui de vidéo-protection - mot inventé par l’UMP - pour qualifier ce système de flicage que le gouvernement veut généraliser.