16/02/2010 à 17h16

Abolir ou pas la prostitution, deux films pour en débattre

Camille | Mauvais genre

Tout le monde veut sauver les travailleu(r)ses du sexe, à tel point que ça s’étripe sur la prostitution dans les différents courants. Deux documentaires relancent le débat de la reconnaissance du « plus vieux métier du monde. »

A ma gauche le STRASS et le film de Jean-Michel Carré « Travailleu(r)ses du sexe » qui milite pour la reconnaissance d’un métier à part entière, dont on peut être fier. A ma droite, l’association québecquoise de la Concertation des luttes contre l’exploitation sexuelle (CLES) propose aux écoles « Le plus vieux mensonge du monde », pour l’abolition de la prostitution.

J’ai pu voir et apprécier le premier film que je crois d’utilité publique... Le second est réservé à des fins scolaires, difficile de savoir ce qu’il raconte vraiment.

Si « Travailleu(r)ses du sexe » recueille d’assez bonnes critiques dans la presse cinéma, je crois qu’il le doit d’abord aux personnalités fortes du film, à leurs témoignages percutants. On va parler de copinage mais c’était pour moi une surprise de voir plusieurs ex-membres du jury des un an de Rue69 en particulier Maitresse Gilda que l’on voit aussi parfois dans les commentaires.

La thèse du film de Jean-Michel Carré est simple. Oui, on peut choisir d’être prostitué(e). Non, cela ne relève pas forcément de l’exploitation. (Voir la vidéo)

Une prostitution assumée et bien vécue. La thèse est développée en soulignant les compétences premières des prostitué(e)s : de l’écoute, un savoir-faire, une véritable relation humaine.

Quelques témoignages de clients aussi ne gâchent rien. Les travailleuses, elles, valorisent leur expertise tant en matière de sexualité qu’en matière de psychologie de la relation.

« Notre documentaire s’adresse principalement aux 14-19 ans »

Ainsi si le STRASS ou les personnes témoignant dans le film admettent l’existence de l’exploitation et le fait qu’il faille la combattre, les abolitionnistes, eux, n’acceptent jamais l’idée qu’il soit possible que
certaines femmes aient choisi la prostitution.

C’est ce que reprochent les prostituté(e)s du film de Jean-Marie Carré aux féministes qui parlent en leur nom, de ne montrer que des toxicomanes qui sont exploitées dans des conditions déplorables.

Lutter contre l’exploitation, c’est pourtant aussi ce que veut la CLES, mais en proposant une abolition :

« Notre documentaire s’adresse principalement aux 14-19 ans parce qu’il a une visée préventive. Par ailleurs, depuis quelques années le phénomène de gang de rue se répand au Québec. Ce phénomène a été documenté, désormais on connaît mieux les mécanismes de recrutement et de maintient dans les réseaux de prostitution juvénile ainsi que les mauvais traitements infligés aux jeunes femmes.

Le film fait prendre conscience de l’ampleur mondiale de l’industrie du sexe (traite de personnes, crime organisé, etc.) et de sa raison d’être (demande des clients, revenus, trafiquants, etc.) »

Si je doute qu’on puisse un jour faire disparaître la demande, et la lutte contre l’exploitation forcée est une cause partagée par ces deux courants. Ainsi, tous les acteurs du film « Les travailleu(r)ses du sexe » confirment qu’il faut se battre pour les femmes qui ne vont pas bien mais qu’il est urgent d’éviter les amalgames. Sonia, une des prostituées du film, déjà vue sur certains plateaux télé explique :

« Moi j’ai jamais été interrogée par une prohibitionniste, elles ne m’ont jamais demandé comment j’allais. Elles vont chercher des filles qui vont dans la drogue, des toxs, elles vont chercher des filles qui travaillent dans des conditions abominables dans la rue.

Alors effectivement elles en trouvent des femmes qui vont pas bien, et c’est uniquement sur cela qu’il faut se battre et ne pas faire un amalgame qui n’est que du populisme politique. »

Une prostituée : « Je ne pourrais jamais être infirmière »

Pour autant, on peut suivre la CLES lorsqu’elle reproche au film de Jean-Michel Carré d’éviter de montrer la part sombre de la prostitution. Difficile parfois (et les récents commentaires sur l’article d’Eco89 sur une actrice porno le prouvent) de concevoir que le travail du sexe puisse être choisi délibérément sans contraintes.

Sonia rappelle que le choix, c’est personnel « Je ne pourrais jamais être infirmière ». Tandis qu’une infirmière ex-prostituée explique qu’effectivement, faire des toilettes n’est pas toujours plus agréable. Isabelle, une autre prostituée explique :

« Le premier gros argument contre la prostitution, c’est la marchandisation des corps et le deuxième, incontournable, c’est l’esclavage.

C’est dommage, pour les esclaves économiques en général, au-delà de la prostitution, parce que lorsque des travailleurs et des travailleuses immigrés sont exploités dans des ateliers clandestins, il y a pas grand monde pour le dénoncer avec autant de force et sur la place publique que la prostitution. »

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  • romi45
    romi45
    découvre l'information
    • Posté à 17h32 le 16/02/2010
    • Internaute 20205
      découvre l'information

    je fais parti des gens qui pensent que :

    la prostitution permet d’eviter que beaucoup de gens se retrouvent violeurs en puissance, car les prostitués leurs permettront d’assouvir leurs besoin physique.

  • Waphy
    Waphy
    Intermittent du travail
    • Posté à 18h03 le 16/02/2010
    • Internaute 89688
      Intermittent du travail

    J’aime bien l’article, il balance la vision des 2 côtés de la barrière, c’est plutôt bien (cool, du vrai journalisme : D).

    Maintenant, en ce qui concerne mon vécu de mec de 25 piges, célibataire pendant des périodes bien trop longues... :

    J’ai payé 2 femmes qui faisaient le tapin. Pas le moindre plaisir, simplement du vide-burnes si je puis m’exprimer ainsi.

    Je préfères, et de loin, celles qu’on nomme pudiquement « escort-girl » (bien que le terme à l’origine, rappel plus les geisha nippones qui s’avèrent être des accompagnatrices, pas forcément des femmes que l’on allonge si on allonge les biftons).

    Généralement l’expérience était plutôt agréable, les femmes très à l’écoute, des envies niveau sexe, mais aussi possibilité de discuter de tout et de rien.

    J’en ai rencontré une récemment, du style de Judy Minx, 19 ans, faisant des études, ayant SON caractère bien affirmé. On a fait connaissance un peu sur le net voir si nous avions un bon feeling, puis nous nous sommes rencontré, à la base pour tourner une scène X en amateur (qui n’a finalement pas été tournée d’ailleurs).

    La rencontre ne devait durer qu’une heure, cela a en fait duré plus de 3h, pendant lesquelles nous avons couché ensemble, discuter politique, vie de tous les jours, boulot, études, couples, célibat, expériences de vie passées, etc... bref, un petit éventail de discutions.

    Je prévois de la revoir bientôt, elle est plutôt partante (bah ouais, d’un autre côté, tous les clients ne leur rendent pas la monnaie de leur pièce) et ça promet encore quelques agréables étincelles !

    Malheureusement , avec l’euro, les tarifs ont sacrément augmentés, du coup c’est un véritable luxe que de pouvoir s’offrir les services de ces dames -ou heureusement, puisque cela permet aussi de « filtrer » les clients-...luxe par forcément justifié au vu des prestations de certaines, qui finalement ont été sorties de la rue pour être mis dans des appart’ par leurs mac.

  • Maîtresse Gilda
    Maîtresse Gilda répond à romi45
    (STRASS, Syndicat du Travail (...)
    • Posté à 18h38 le 16/02/2010
    • Internaute 73007
      (STRASS, Syndicat du Travail (...)

    Cette idée « bien pensante » qui circule beaucoup est un faux-bon argument. Nos client-e-s, dans leur immense majorité, sont des « Monsieur(ou)Madame-tout-le-monde » : Non, ils ne vont pas se mettre à violer des petites filles s’ils ne viennent pas se « soulager » chez nous. Les violeurs sont des criminels et ne peuvent pas être rendus inoffensifs par la fréquentation de travailleu(r)ses du sexe. Et non : nous ne sommes pas là pour être les défouloirs de potentiels « violeurs en puissance » incapables de contrôler leurs pulsions physiques. Nous sommes aussi (et surtout) là pour répondre à un besoin humain, pas exclusivement physique, d’hommes (et de femmes) « comme tout le monde »

  • kebra
    kebra
    Bisounours killa
    • Posté à 18h48 le 16/02/2010
    • Internaute 8550
      Bisounours killa

    Une fois, je passe l’éponge. Mais la stigmatisation permanente des toxicos dans ce papier me fait bondir.

    Dans le monde de la prostitution aussi l’usager de drogues est le repoussoir absolu, le déchet type, le mal incarné. Pour illustrer sa valeur personnelle la comparaison avec l’usager abusif serait donc la plus évidente. C’est une discrimination et le déni de l’usage responsable de stupéfiants. Même si je connais très bien la réalité de la rue où les épaves sont très nombreuses, je n’accepte pas cet anathème global de la part d’une mouvance pourtant très sensible sur ces sujets. Je suis profondément déçu de cette beaufitude...

    Si les dopes illicites étaient vendues au même prix que les dopes licittes, entre dix et vingt euros la dose quotidienne, avec la même qualité normalisé et la même disponibilité, si l’éducation sanitaire au bon usage et à la prévention de la dépendance, si les structures de soins des abuseurs... en bref si la prohibition était abolie, nombres d’usagers ne seraient pas dans la rue pour financer leur usage, les dealers ne pourraient pas faire pression pour pousser au turbin, les tapins usagers ne seraient pas en contact avec la criminalité.

    Il y a un énorme travail d’information à faire en direction du STRASS. Dans le cadre du 40ème anniversaire de la loi de 70 sur les stupéfiants, il faudrait organiser une rencontre sur le thème de la prostitution et des drogues. Nous avons intérêt à clarifier les positions et favoriser la convergence des luttes entre le mouvement antiprohibitionniste des drogues et de la prostitution, la lutte contre les virus mortels nous unis déjà. Il faut détruire les barrières mentales déjà chez les militants.

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