DECRYPTAGE 15/02/2010 à 19h58

Autoentrepreneurs : un site fait payer l'inscription gratuite

François Krug | Journaliste Rue89

Infosignalée par
un internaute

S'inscrire comme autoentrepreneur, c'est facile et gratuit. Declaration-auto-entrepreneur.com vous propose pourtant de le faire à votre place, contre 79 euros. Omniprésent sur Google, le site est aussi apparu dans Capital, sur M6. Bizarrement, son responsable est introuvable.

Tapez « autoentrepreneur » ou « inscription auto-entrepreneur » sur Google. Grâce à des achats de mots-clés, Declaration-auto-entrepreneur apparaît en tête. Avec une proposition séduisante :

« Créez votre entreprise en 3 min Formulaire en ligne. Inscrivez-vous »

Le portail officiel géré par l'Urssaf, lautoentrepreneur.fr, est moins bien référencé sur Google. Pourtant, l'inscription y est aussi rapide et facile. Surtout, elle y est entièrement gratuite.


La subtilité, c'est que Declaration-auto-entrepreneur.com ne propose pas seulement la « déclaration de votre statut auprès de l'Urssaf », mais une « assistance autoentrepreneur ».

Ce « suivi personnalisé » est valable un mois. Il inclut une assistance téléphonique via un numéro surtaxé, et « la possibilité d'être mis en relation prioritairement avec un avocat ou un comptable spécialiste de l'univers de l'entreprise ».

Pour en profiter, trois minutes suffisent largement. D'abord, un « formulaire simplifié » : même avec des réponses fantaisistes et 15 zéros en guise de numéro de sécurité sociale, il est accepté. Immédiatement après, un second formulaire, celui du paiement : 79 euros, par carte bleue ou Paypal.

Un avertissement lancé aux autoentrepreneurs par l'Urssaf

« Je me lance ! », résume Declaration-auto-entrepreneur.com dans une pub en ligne. Un gros plan sur cette pub figurait, sans plus de détails, dans un reportage de Capital sur M6, le 31 janvier, pour illustrer la facilité de l'autoentreprenariat. Un employé rêvant de devenir DJ professionnel s'enthousiasmait :

« C'est marqué “Je me lance ! ”, alors je me lance ! »

Ce reportage a convaincu un de nos lecteurs. Salarié d'un grand groupe informatique, il veut travailler à son compte sur son temps libre. Il s'est donc inscrit sur Declaration-auto-entrepreneur.com. Aujourd'hui, il s'estime « victime » :

« Après avoir payé, le site m'a renvoyé vers le formulaire de l'Urssaf. Et en me rendant à l'Urssaf pour le déposer, je me suis rendu compte que l'inscription était gratuite. Une grosse affiche le rappelait à l'accueil. »

Les responsables du site sont introuvables

L'Urssaf a également publié un avertissement sur le site officiel, à l'égard « des organismes vous réclamant des frais d'inscription ou d'adhésion ». La Fédération des autoentrepreneurs, une association loi 1901, est plus directe : elle dénonce « l'arnaque Declaration-auto-entrepreneur ».

Difficile de savoir ce qu'en pensent les responsables du site : ils sont introuvables.

Declaration-auto-entrepreneur.com n'affiche pas les mentions légales réglementaires, et aucune information sur ses créateurs n'est accessible sur WhoIs.net, l'annuaire des noms de domaine. Les mails envoyés au site sont restés sans réponse, et le conseiller joint sur la hotline n'a pas voulu nous renseigner.

Seule information disponible sur Declaration-auto-entrepreneur.com : l'adresse du siège social de Callweb, « société éditrice du service Assistance téléphonique », à Asnières (Hauts-de-Seine). Le téléphone y sonne dans le vide.

Le siège ne se trouve pas à Asnières, mais à Us, dans le Val-d'Oise

En fait, selon les registres du commerce, le siège social de Callweb ne se trouve pas à Asnières, mais à Us, une petite ville du Val d'Oise. L'entreprise a été créée par Yann Le Breton, qui a également acheté le domaine Callweb.fr, en fournissant un numéro de portable et une adresse à l'Afnic, l'autorité de gestion des noms de domaine.

Pas de chance : le numéro n'est plus attribué. L'adresse, dans le Xe arrondissement de Paris, n'est pas plus utile. C'est l'ancien siège parisien de Callexpert, un spécialiste des centres d'appel. Yann Le Breton en était salarié jusqu'à cet automne.

Chez Callexpert, on se dit surpris et on assure n'avoir aucun lien avec Callweb ou Declaration-auto-entrepreneur.com. Ni avec Bird-e Consulting, une autre société créée par Yann Le Breton, elle aussi domiciliée à l'adresse de son ancien employeur.

  • 36704 visites
  • 76 réactions
Vous devez être connecté pour commenter : or inscrivez-vous
  • 100 000 d entre nous
    • Posté à 20h15 le 15/02/2010

    C'est loto-entrepreneur

  • papy55
    papy55 répond à ON M RSA2012
    prof. en province
    • Posté à 21h10 le 15/02/2010
    • Internaute
      prof. en province

    Ce statut c'est le rêve d'un monde « néolibéralisé », chaque auto-entrepreneur prenant en charge son propre avenir dans une jungle sans solidarité, une catégorie de travailleurs précaires qui doit grossir pour dégonfler les chiffres du chômage et dédouaner les politiques de leurs responsabilités, et réduire à la portion congrue cet état dont le rôle est d'éponger les dommages engendrés par les tenants d'un tel système !

  • Lictor
    Lictor répond à ON M RSA2012
    • Posté à 08h08 le 16/02/2010

    Je n'irais pas jusqu'à parler d'arnaque, en tout cas pas sur le principe même... Il y a bien besoin d'un statut spécifique en France. J'ai des ami(e)s qui se sont lancés à leur compte sous un statut classique, ça tourne rapidement au cauchemar administratif et comptable pour finir très souvent en faillite ou en forçat pour tenir le choc des deux ans.
    La France a un vrai problème avec la création d'entreprise. Pas la création brute, on est plutôt bon, mais dans le développement et la survie à moyen terme. On dépense des fortunes à faciliter la vie des multi-nationales qui transitent sur notre sol, on se plie en quatre pour le CAC40 mais on fait très très peu pour les très petites entreprises.

    Le gros problème de l'auto-entrepreneur, c'est que c'est un texte typique du Sarkozysme : un gros effet d'annonce et un texte voté vite et mal à la clé. C'est pour moi l'énorme problème du statut : une taxation sur le chiffre d'affaire (ce qui permet d'être taxé sur des pertes), des revenus bornés et une très forte dissuasion d'aller plus loin, une perche tendue au détournement par les entreprises privées (type SSII et le plan « on t'embauche mais tu te mets indépendant), une croissance complètement bornée (impossible d'embaucher ou même de contracter un prestataire)...
    C'est dommage, parce que du coup il y a toujours besoin d'un statut simplifié...