TEMOIGNAGE 27/12/2010 à 11h22

Anne, la collégienne gardée à vue, s'était confiée à Rue89

AnnePb | Collégienne

(De nos archives) Ils arrivent jusqu'à nous le plus souvent via la boîte mail « contact@rue89.com », parfois par le téléphone ou par quelqu'un qui connaît quelqu'un qui connaît Rue89. D'autres apparaissent dans les commentaires.

Certains témoignages nous touchent ou retiennent notre attention, parce qu'ils nous semblent incarner ce qui agite notre société : leur « ordinarité », exemplarité, la sincérité, la manière dont ils sont rédigés.

Nous contactons alors l'auteur, nous évaluons la légitimité de son témoignage, et l'aidons à le préciser, ou le simplifier en l'avertissant que les riverains viendront ensuite donner leur avis sur sa vie, et que ça peut être rude, parfois.

Jusqu'au 4 janvier, nous sortons de nos archives 2010 neuf de ces témoignages parmi les plus représentatifs des contributions des internautes.

Ce sont également ceux, pour la plupart, que nous avons sélectionnés dans le dernier numéro du mensuel de Rue89, en kiosque jusqu'à la fin du mois de janvier, et qui retrace un an de Rue89.


Coup de téléphone à la rédaction, ce samedi en tout début d'après-midi. C'est la mère d'Anne, la collégienne de 14 ans placée en garde à vue, menottée, et dont l'histoire a été largement médiatisée. Elle nous signale que sa fille a réagi dans les commentaires à une tribune de son avocat, Jean-Yves Halimi, publiée sur le site.

Chloé Leprince, journaliste de Rue89 suivant les questions de société, était déjà en contact avec Anne et avec sa mère avant la médiatisation de son histoire, ce qui nous permet d'authentifier son témoignage. C'est aujourd'hui la première fois qu'elle s'exprime en son nom par écrit dans un média.

Bonjour à tous. Anne, c'est moi. Croyez le ou non. Je suis consciente que n'importe qui peut bien s'inscrire sur ce site en se faisant passer pour moi. J'ai eu envie de réagir à vos commentaires et à cet article, tout d'abord parce que ce site me semble moins entaché de personnes prêtes à déclarer que l'action des policiers a été normale et effectuée dans les règles de l'art que d'autres sites de journaux, et ensuite parce que j'ai eu l'occasion cette semaine de me rendre compte que les médias peuvent facilement diffuser quelques inexactitudes qui prennent de l'ampleur à mesure qu'elles sont répétées et déformées.

Certes, l'article de Mr. Halimi est poétique. Je ne suis pas une pauvre enfant traumatisée. Choquée, oui, puisque confortée dans l'image du stéréotype du policier qui va au Mac Do tous les midi et rit grassement aux blagues de ses collègues, sans parler des fautes d'orthographe et de grammaire qui heurtent l'oreille. A cela je n'ai rien à redire, chacun fait comme il peut. Cela dit, la façon dégradante de parler aux gens, enfants ou pas, en usant de son pauvre pouvoir est elle à la fois choquante et révoltante.

Je voulais éclaircir quelques points d'ombre concernant le garçon ayant, lui, porté des coups à la jeune fille qui a porté plainte. Il est à juste titre impliqué dans cette affaire. Je suppose que cela n'est pas un point très important de toute cette histoire mais je veux préciser qu'il n'a jamais eu l'intention de se battre. Il a repoussé la jeune fille qui lui portait des coups jusqu'à ce que la colère prenne le dessus.

Sur le point de sa garde à vue, ce n'est pas à moi de témoigner mais le récit qu'il m'en a fait est effarant. Il n'a pas été gardé 25 heures mais 30 heures. Interpelé le soir même de la bagarre, il a été placé en garde à vue à partir de 20h le soir et interrogé seulement à 1h30 du matin. Il a été insulté de « connard » tout au long des 30h et a eu interdiction d'aller aux toilettes. Bref, des traitements choquant pour quelqu'un de plutôt fragile.

Quelques précisions s'imposent aussi sur le lieux de « l'agression » qui n'est ni DANS le collège, ni AUX ABORDS du collège (comme écrit sur la convocation au tribunal) mais à une dizaine de minutes de marche de là.

Aucune d'entre nous trois n'a été menottées du lieu d'interpellation jusqu'au commissariat, mais nous l'avons été toutes trois du commissariat jusqu'au cabinet médical où nous avons été examinées conformément à la procédure pour les moins de 16 ans et de la même façon pour le retour jusqu'au commissariat. Les mains derrière à l'allée, et devant au retour suite à notre demande auprès des policiers, parce que nous avions du mal à nous tenir dans le fourgon de police, gyrophares allumés et vitesse en conséquence.

J'ai pour ma part été placée dans une cellule relativement propre et spacieuse tandis que mes deux amies étaient elles dans des cellules leur laissant juste la place de s'assoir et sentant l'urine à plein nez, recroquevillées dans un coin pour ne pas avoir l'impression de trainer dans la saleté.

Elles ont cependant eu l'avantage de réussir à communiquer par les voies d'aération, leurs cellules étant l'une à côté de l'autre, ce qui les a aidées à tenir le coup. Telles de gentilles gamines d'école primaire, elles ont joué au « petit bac », comptant leurs points avec les grains de riz du repas de midi qu'elles n'avaient pas pu avaler.

Ma cellule était certes grande mais isolée de celles des autres, je n'ai eu aucun contact pendant des heures à part les quelques policiers qui passaient par là et me demandaient négligemment mon âge. C'est je pense ce qui fut le plus dur, hormis les humiliations verbales et ma tenue à peine décente.

En ce qui concerne la soit-disant « détente » dont j'aurai fait preuve durant la garde à vue, elle est totalement imaginaire. Lorsque j'ai croisé mes deux amies dans un des bureaux où nous avons été interrogées, nous étions toutes trois heureuses de nous retrouver. Je leur ai lancé « Regardez ! j'suis même pas habillée ! j'ai même pas de culotte ! » sur un air d'ironie qui les a fait éclater d'un rire nerveux. Nous n'avons pas ris bien longtemps, vite reprises par l'agent de police « Pourquoi vous riez ? 14 ans et en garde à vue ça vous fait rire ? ? » Bref, si détente il y a eu, elle fut de courte durée.

Hier soir, nous avons fait une soirée pyjama très sympathique, mais sans menottes ! Quelqu'un sait-il où nous pourrions nous en procurer ? : -D

Merci d'avance de m'excuser des quelques fautes d'orthographe que j'ai dû oublier en route, mais chacun sait maintenant qu'il existe pire que moi (cf : dépositions écrites par les policiers) !

Témoignage initialement publié le 13 février 2010, sous le titre« Anne, la collégienne placée en garde à vue, se confie à Rue89 ».

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  • Tariec
    Tariec
    « Radio Paris ment », « Radio (...)
    • Posté à 16h05 le 13/02/2010
    • Internaute
      « Radio Paris ment », « Radio (...)

    Du recul oui, et un écrit parfaitement maitrisé...

    Ile on fet de sacré graus praugrés en hortograffe et syntaxe, les maumes.

    Bref, sur le fond, bienvenue en populismland :
    On commence par s'attaquer aux immigrés, dont leurs enfants, et ensuite ce sont les notres qui commencent à subir les foudres des réacs à qui la jeunesse fait peur !

    Finalement, (mode cynique « on ») ces interpellations d'ados/pré-ados sont une bonne chose : au moins cette génération connaitra les méthodes et l'idéologie de « ceux d'en face ». Et un jour, peut étre, ces jeunes victimes d'un sytéme inhumain lanceront une rebellion pour enfin remettre l'homme au centre des préoccupations !
    Faut parfois toucher le fond pour rebondir...(mode cynique « off »).

    Desespérantes et inquiétantes, ces méthodes policiaires...

  • AnnePb
    AnnePb
    Auteur(e) de l'article Collégienne
    • Posté à 16h08 le 13/02/2010
    • Internaute
      Collégienne

    Excusez moi, Serge64140, peut-être aurais-je dû aussi préciser que je n'ai aucunement participé à cette bagarre, si ce n'est pour Séparer, et seulement séparer la fille et le garçon qui se battaient. Les policiers l'avaient apparemment admis à la fin de le garde à vue.

    Bien à vous,
    Anne.

  • Vincent Mespoulet
    • Posté à 16h18 le 13/02/2010

    Bravo pour ce récit en forme de mise au point argumentée et je n'ai repéré qu'une faute ; -) ! Ton histoire fait bien le point, aussi bien en ce qui concerne les violences policières (pour une histoire « exemplaire » comme la tienne, combien de dizaines d'autres dont on ne parle pas ...) que pour les approximations médias...
    Voilà où mène l'idéologie sécuritaire anti-jeune généralisée, la politique du chiffre et la criminalisation de ceux que j'appelle les « pubertaires », la nouvelle classe dangereuse ciblée par la police. En tout cas, je sais ce qu'il me reste à faire dans mes prochains cours d'éducation civique 4ème : donner d'urgence à mes élèves quelques points de droit élémentaires pour pouvoir se protéger en cas d'arrestation et garde à vue abusive. Car ce qui t'est arrivé, malheureusement, se produit déjà dans d'autres zones de non-droit et risque de se généraliser vu l'arsenal LOPSI en cours de préparation. Ton histoire vient compléter la longue liste des errements de la police, je pense notamment à tous ces lycéens ou étudiants jetés en comparution immédiate au cours de manifestations... Menotter les jeunes pour faire plaisir au vieux qui eux votent et qui sont plus utiles d'un point de vue électoral : voilà à quoi se résume la politique actuelle du gouvernement. Il ne reste plus qu'à bunkeriser les bahuts, mettre de la vidéosurveillance dans les cours de récré et assurer les rondes policières pour transformer nos collèges en petites prisons de jeunes...

  • Laurent Mauriac
    Laurent Mauriac répond à Thorgal46
    Cofondateur Rue89
    • Posté à 16h32 le 13/02/2010
      éditeur
    • Journaliste
      Cofondateur

    @Thorgal46

    Quelqu'un de Rue89 peut il engager sa responsabilité en me confirmant qu'il s'agit réellement d'un écrit de l'adolescente ?

    Avant de publier ce témoignage, nous avons pris soin de vérifier qu'il s'agissait bien d'Anne. Comme écrit dans l'introduction, Chloé Leprince a été en relation avec sa mère et avec elle avant que l'affaire soit médiatisée.

    La mère d'Anne vient de nous rappeler suite aux doutes émis dans certains commentaires sur l'authenticité de ce témoignage. Elle m'a assuré que c'était bien sa fille qui l'avait écrit. Elle m'a précisé que, l'ayant relu avant de l'envoyer au site, elle lui avait demandé de modérer une ou deux formulations qui lui paraissaient excessives.

  • JJ Reboux outrageur de poulets
    • Posté à 16h49 le 13/02/2010

    Je ne comprends pas trop ce qui te paraît « faux », Thorgal. Peut-être le côté lucide, posé, du témoignage d'Anne…
    Je confirme à mon tour.
    Il se trouve que je connais bien Anne, qui est la fille d'une amie. (Ce petit hasard stupéfiant a d'ailleurs été assez utile pour la médiatisation de cette affaire…) Je ne l'ai pas vue depuis sa garde à vue, mais je reconnais bien là son esprit et son intelligence (qui sont cruels par rapport à la bêtise crasse des flics du commissariat à qui elle a eu affaire).
    Quant à l'adolescent incriminé (j'espère que les médias en parleront bientôt…) mais sachez qu'il est actuellement suivi dans un établissement hospitalier, à la suite du traumatisme subi.
    Se faire traiter de « connard » pendant 30 heures et se voir interdire d'aller aux WC, vous imaginez…
    Commissariats : zones de non-droit. Il y a longtemps qu'on le sait mais ça prend des proportions alarmantes…

  • mxp
    mxp
    cadre
    • Posté à 18h03 le 13/02/2010
    • Internaute
      cadre

    Il y a 10 ans, alors que j'avais 20 ans de plus qu'Anne, je me suis retrouvé au poste de police pour avoir commis le crime inexcusable de rouler à vélo sur une piste cyclable (donc interdite aux véhicules motorisés) et de m'y faire renverser par 2 motards de police qui y circulaient à vive allure.
    Je n'ai pas été placé en garde à vue bien que l'OPJ qui m'a reçu, qui semblait consterné par l'affaire, m'ait dit « normalement je devrais vous placer en garde à vue ». En revanche chez tous les policiers que j'ai croisés j'ai eu droit à la bêtise, la mauvaise foi, les insinuations, les insultes, les intimidations de témoins, et hormis l'uniforme, beaucoup avaient des têtes de voyous. Surtout cette bêtise crasse et sûre d'elle d'une police qui se croit autorisé à tout, absolument insupportable dans une démocratie. J'ai dû de surcroit payer des contraventions dressées par les policiers qui m'avaient renversé, dont on n'a pas jugé utile de mettre la parole en doute au prétexte qu'ils sont « assermentés », ce qui semble être le droit de dire n'importe quel mensonge impunément.
    Mais le pire et je pense que Anne me comprendra si elle me lit, c'est tous ces gens qui ne vous croient pas et qui insinuent que vous exagérez, que vous ne dites pas la vérité, que vous avez mérité ce qui vous est arrivé. Car vous vous retrouvez seul face à votre traumatisme, et vous n'osez même plus en parler à personne de peur de devoir affronter des ricanements.
    Ceci dit on ne peut pas en vouloir aux gens qui ne vous croient pas, moi même je n'aurais pas cru cela possible avant et je pense que je n'aurais pas cru quelqu'un qui me l'aurait raconté.
    Depuis je n'ai plus aucune confiance en la police qui me fait peur, d'autant plus que la situation a dû largement empirer avec l'idéologie sécuritaire et antidémocratique qui sévit depuis 2002, et plus encore depuis 2007. Pourtant j'aimerais tant avoir une police qui me rassure dans une pays resté démocratique.
    Tout mon soutien à Anne.

  • AnnePb
    AnnePb
    Auteur(e) de l'article Collégienne
    • Posté à 21h05 le 13/02/2010
    • Internaute
      Collégienne

    Je suis donc assez grande pour commettre un délit, pour être mise en garde à vue, mais pas encore assez pour savoir m'exprimer et écrire correctement ? Je peux concevoir que vous ayez des doutes, et c'est pour ça que j'avais dès le début tenté de préciser les choses quant à mon identité, mais de là à parler de « manipulation médiatique », il ne faut pas exagérer. Si j'ai choisit de m'exprimer à travers ce site, par commentaire, c'est justement pour avoir l'occasion de parler directement, sans qu'on me rectifie, sans modifications de mes propos ( je profite de cette occasion pour remercier Rue89 de s'en être tenu à mes propos sans en modifier une seule virgule). Je suis un peu déçue que presque personne ici ne veuille croire que j'aie été capable d'écrire ce commentaire, et très flattée en même temps. : -)
    A ceux qui disent que je pleurniche, je répondrais simplement qu'avec les conseils de mes parents et de l'avocat j'en suis venue à croire qu'il serait bon pour tout le monde de réagir, de parler, de témoigner afin que les habitudes changent et que tout cela s'arrête au plus vite. Je sais que certains vivent plus dur, et sans avoir la possibilité de s'exprimer comme je l'ai fait. C'est aussi en leur nom que j'ai témoigné.
    Concernant la victime, elle n'a rien de cassé et me fait de jolis sourires avec toutes ses dents lorsque je la croise dans la cour du collège. Nous sommes tous victimes dans cette histoire, elle, moi et mes deux amies, le garçon aussi. C'est simplement des différents entre adolescents qui ont mal tourné, aucun d'entre nous n'est un « délinquant » et ne mérite d'être jugé sans être connu.

  • caro
    caro répond à AnnePb
    délinquante avérée
    • Posté à 21h49 le 13/02/2010
    • Internaute
      délinquante avérée

    bravo Anne et merci pour votre témoignage.
    La Rue est parcourue de quelques vilains trolls inscrits exprès pour jeter le doute et essayer de démolir ceux qui ne pensent pas dans la ligne du notre président le minimaxi. N'y faites pas attention.
    Je regrette beaucoup que les commentaires tournent presqu'exclusivement sur « Anne, 14 ans, a-t-elle pu écrire ce texte ? » et non sur le contenu, sur ce que vous nous avez appris de cette lamentable histoire de la GAV de jeunes mineures.
    Dégoutée par certains commentaires, je ne voulais pas intervenir, je profite de votre commentaire pour vous apporter tout mon soutien.

    De votre relation auraient dû naitre beaucoup plus de remarques sur la loi de prévention de la délinquance, sur laquelle de nombreux travailleurs de tous les secteurs sociaux, éducatifs et autres avaient attiré l'attention, mais, bien sûr, ils n'ont pas été écoutés.
    Est-ce que votre cas va servir d'exemple puisqu'il a pu être médiatisé ? Est-ce que la loi va enfin revenir sur l'aberration de considérer des mineurs comme des adultes ? sans parler de la tendance à traiter tout le monde comme des délinquants.

    Vous semblez tout à fait apte, avec votre entourage, à surmonter cette épreuve et à y réfléchir « politiquement ».
     : -)