a la une 12/02/2010 à 11h32

Moozar.com veut « indemniser » les artistes que vous avez piratés



Amis téléchargeurs, Moozar mise sur votre mauvaise conscience. Celle qui vous étreint parfois lorsque vous parcourez votre bibliothèque musicale à zéro euro. A partir du 26 février, le site proposera aux internautes de dédommager les artistes dont ils ont téléchargé les oeuvres. Au passage, il touchera 20% de commission sur les montants versés.

Par défaut, Moozar vous proposera de verser 1 euro par chanson. Les artistes pourront fixer un « prix d'indemnité » à leur convenance. Vous pouvez verser moins -à partir de 30 centimes- mais vous n'obtiendrez alors aucune contrepartie, et votre copie sera toujours considérée comme illégale.

Le créateur du site, David Brami, se base sur deux sondages commandés à l'Ifop et à l'institut américain Zogby. La totalité des internautes français posséderaient des fichiers musicaux téléchargés illégalement, et 60% d'entre eux se diraient prêts à indemniser les artistes. Plus exactement, la moitié des personnes interrogées affirment en posséder moins d'une dizaine. Mais cela n'empêche pas David Brami de mettre en avant les 80% d'internautes « intéressés » par le principe de Moozar.

Payer la musique a posteriori

Selon lui, les utilisateurs attendaient depuis longtemps la possibilité de payer la musique a posteriori, non plus pour le support en lui-même, mais pour le plaisir qu'ils en ont tiré. Le rêve d'un idéaliste ? Pas vraiment. David Brami, juriste de profession, se veut pragmatique :

« Moozar est une initiative libérale, qui vise à rémunérer l'artiste en fonction de ses performances. L'accord sera noué soit avec la maison de disque, soit avec l'artiste lui-même. Si la maison de disque joue le jeu, l'internaute versera une “indemnité”. Sinon, rien n'empêche légalement de faire un “don” directement à l'artiste... »

En 2006, David Brami avait déjà essayé de monter ce projet en fédérant des internautes. Il avait présenté son projet à la Sacem et s'était vu répondre qu'il était en possession d'un fichier de contrefacteurs. Aujourd'hui, il inverse donc le processus :

« Dans un premier temps, notre site sera essentiellement tourné vers les artistes. Lorsque notre fichier sera assez fourni, nous nous tournerons vers le grand public. Nous négocions également avec des sites comme Youtube, Deezer, ou les concepteurs du lecteur Windows Media, pour qu'un message propose de dédommager l'artiste sur notre site. »

La perspective d'une association avec Deezer laisse perplexe. Le site musical compte faire payer les utilisateurs avec sa version premium : va-t-il continuer à proposer d'écouter de la musique gratuitement en encourageant ses internautes ailleurs ? On attend la réaction de Deezer.

Le contre-exemple de Radiohead

Pour l'instant, la proposition n'a pas l'air d'enthousiasmer les maisons de disque. A commencer par les « majors » telles que Sony, Warner, EMI ou Universal : elles l'ont immédiatement rejetée, car elles considèrent que ce serait un encouragement à la copie illégale.

Quant aux labels indépendants, dont la distribution sur l'ensemble du territoire est moins évidente, on aurait pu les croire davantage intéressés. Mais les responsables que nous avons contactés ne sont pas ravis par l'idée de David Brami.

A l'image de Stéphane Laick, co-fondateur du label At(h)ome, qui produit notamment le métal de Lofofora, la pop de Kaolin ou le hip hop des Svinkels :

« Cette proposition ressemble un peu à de l'aumône, ce côté me gène. Il est positif que le public soit sensibilisé à ce problème... Mais accepter ouvertement que les gens vous copient, en espérant que ceux qui ont bien aimé feront un geste pour vous rétribuer, c'est de l'ordre de la croyance. Moi, je veux juste vivre de mon travail.

Souvenez-vous de Radiohead, avec leur album In Rainbows, en 2007... Ils avaient laissé le choix aux internautes. Ils ont essayé, ils en sont revenus. »

62% l'avaient téléchargé sans rien payer en retour, selon une étude de l'institut Comscore. Et encore, il faut y ajouter les 2,3 millions de copies téléchargées sur les réseaux de partage peer-to-peer, d'après une autre enquête menée par la société d'auteurs britannique MCPS-PRS. Le groupe avait indiqué qu'il ne retenterait pas l'expérience pour son prochain album.

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  • Erg
    Erg répond à Beat Koala
    Citoyen malgré lui
    • Posté à 11h55 le 12/02/2010
    • Internaute
      Citoyen malgré lui

    C'est surtout une manip pour récupérer les 20% de dons en se dédouanant sur la misère supposé des artistes et la mort annoncé des maisons de disques.

  • Archange
    • Posté à 12h03 le 12/02/2010

    Ceci me fait penser à une chose :

    Que devient l'argent de la taxe « pour la copie privée » que chacun paie au moment ou il achète CD, DVD, Disque dur, etc (vierge) ?

  • in_rainbows
    • Posté à 12h07 le 12/02/2010

    Pour ce qui est de la conscience des telechargeurs, les plus gros sont en général ceux qui achètent également le plus par la voi légale.
    Certains (plus nombreux qu'on ne le crois) après avoir aimé une œuvre téléchargée essayent de se la procurer en version légale sur un vrai support.

    Maintenant un site qui propose de dédommager les ayant droits en prenant 20% au passage c'est une façon douteuse de profiter du piratage, mais peut-être que l'idée est a creuser du côté des artistes

  • kemkem
    kemkem
    pigiste
    • Posté à 12h29 le 12/02/2010
    • Internaute
      pigiste

    Étant partisan de la licence globale, je trouve que c'est une idée intéressante !

    Par contre, il se gave, 20%, c'est juste n'importe quoi.

    Qu'il prélève 5% paraitrait plus juste !

  • ksournave
    ksournave
    musicien
    • Posté à 12h53 le 12/02/2010
    • Internaute
      musicien

    Musicien moi même, je suis sur une toute autre posture que celle du « vol » lorsque l'on télécharge.

    C'est toute la chaîne de rémunération et de production discographique qu'il faudrait revoir.

    J'aime à rappeler le mythe fondateur de la SACEM : « trois auteurs mangeaient au restaurant et ont entendu leurs chansons interprétées sur la scène qui se trouvait là. A la fin du repas, ils ont refusé de payer l'addition, car leurs oeuvres étaient exploitées sans qu'ils ne perçoivent rien. La Sacem est née peu après... ».

    Depuis que je connais la SACEM (des côtés de la barrière : je suis sociétaire et parfois aussi organisateur de spectacle), cela a toujours été le diffuseur qui devait payer pour l'usage de l'oeuvre (organisateur du spectacle, producteur du disque, radio, etc...), jamais le public. En quel honneur le public accédant à une oeuvre sur internet devrait payer à présent ? Lorsque dans un commerce on entend de la musique, le commerçant paye (en théorie...) une redevance à la Sacem, on ne met pas un compteur sur les oreilles des auditeurs !

    Pour moi cette nuance est primordiale, car la création culturelle n'est pas un « bien » comme les autres. Son accessibilité et sa diffusion auprès du public sont une priorité, tant pour le créateur que pour le public.

    En l'état actuel et à mon sens, la seule justification du droit d'auteur est qu'à partir du moment où un tiers gagne de l'argent par l'exploitation de mon oeuvre, il est légitime qu'il me rémunère. Ce ne sont pas les internautes qui font leur beurre avec les morceaux diffusés que je sache, mais les FAI, les industriels fournissant le matériel, les annonceurs de pub... c'est à eux de payer (et sur leurs bénéfices de préférence, pas en répercutant le coût sur leurs clients ! )

    Se pose ensuite le problème du producteur phonographique. Celui qui a payé pour que l'enregistrement existe et qui est lésé s'il ne vend rien. Il serait peut-être temps d'imaginer d'autres modes de production non ?

    J'ai commencé une réflexion, dans un cadre associatif. Sans vouloir squatter ce forum voici un lien :

    Lien

    Ce texte est une ébauche présentant mon projet personnel. Je recueille de nombreux retours d'artistes et d'auditeurs dans l'optique de publier le fruit de nos réflexions.

    Quelques pistes sont déjà données d'une manière très décalée (et nombriliste) sur le blog : Lien

    Des productions écrites plus « sérieuses » naîtrons de cette expérience.

    Le public mériterait d'autres débats que ceux autour de la « piraterie ». Par exemple comment finance-t-on la création et ceux qui la font ? Quels modèles faut-il inventer pour qu'un artiste puisse créer en tout indépendance et que le public ait accès à la plus grande diversité possible.

    Cela est d'autant plus sérieux que ce problème est un alibi parfait (« on vole les pauvres artistes ») pour contrôler un peu plus internet, limiter les libertés et étouffer dans l'oeuf de nouvelles formes de collaborations et de solidarité qui s'esquissent (wiki, forums, décentralisation de l'information...)

    Voilà...

  • Dalriada
    Dalriada répond à guerzit-
    • Posté à 15h08 le 12/02/2010

    Je veux bien que les artistes ayant signé avec des majors et ayant du succès soient des vendeurs de cochon sous cellophane.
    Pourquoi pas !

    Mais à ce moment là, pourquoi les pirater ? Pourquoi écouter du cochon sous cellophane, si c'est si nul que cela ?

    C'est l'eternel argument hypocrite du pirate en herbe, qui consiste à faire deux poids deux mesures dans sa définition du mot « bon'.
    Un morceau de musique n'est pas assez bon pour être acheter. Pouah ! C'est de la daube commerciale vendue au grand patronat et chantée par un bourgeois patagon !
    Par contre, ce même morceau de musique est largement assez bon pour être téléchargé et finir sur un ipod (bah oui, les gens sont trop pauvres pour acheter un CD, mais assez riches pour acheter un baladeur MP3).

  • rubbish
    • Posté à 15h19 le 12/02/2010
    • Internaute

    Vous citez l'exemple de Radiohead ?

    Ok, mais alors citez aussi l'exemple de Nine Inch Nails qui lui fonctionne parfaitement : Lien

    Si Moozar se place comme un intermédiaire de plus, c'est perdu d'avance. S'il permet aux artistes de court-circuiter les maisons de disque, alors c'est différent.

    Les maisons de disque (je parle des majors) sont aux artistes ce que les supermarchés sont aux agriculteurs : des exploiteurs.

    Dites vous bien que si l'idée n'enthousiasme pas les maisons de disques, ce ne peut être qu'une bonne idée, parce que ce qui les enthousiasme avant tout, c'est bien de vous pomper un max de fric, et de donner quelques miettes aux artistes.