DECRYPTAGE 10/02/2010 à 19h34

Vaccin contre la grippe A : un enterrement des plus discrets

Sophie Verney-Caillat | Journaliste Rue89

Il n'est plus conseillé à tous les Français de se faire vacciner contre la grippe A. Ce que le ministère de la Santé n'ébruite pas.


Porcinet se fait vacciner par un Storm Trooper (Stéfan/Flickr)

Les experts chargés d'éclairer le gouvernement ne recommandent plus à tous les habitants de se faire vacciner contre la grippe A. Seulement deux exceptions : les sujets à risque et les personnels de santé. Un avis rendu il y a douze jours et sur lequel le ministère de la Santé n'a pas cru bon communiquer.

Cet oubli peut surprendre. Le Haut Conseil de la santé publique (HCSP) n'est pas un obscur comité Théodule. Selon la loi, il a entre autres pour mission de :

« Fournir aux pouvoirs publics, en liaison avec les agences sanitaires, l'expertise nécessaire à la gestion des risques sanitaires ainsi qu'à la conception et à l'évaluation des politiques et stratégies de prévention et de sécurité sanitaire. »

Par ailleurs, ne parle-t-on pas ici de modifier la politique en matière de vaccination contre la grippe A/H1N1, l'épidémie qui a agité le ministère et les médias pendant des mois ?

Difficile de penser que la ministre a la tête ailleurs, même si elle est touchée par deux départs, celui de son directeur de cabinet et celui d'un responsable des crises sanitaires.


Le passage de l'avis du HCSP qui concerne la population à vacciner.

Un avis pour élaborer des scénarios

En douze jours, le ministère n'a pas trouvé le temps -ou n'a pas jugé utile- d'informer le grand public sur cet avis. (Télécharger l'avis) Au cabinet de Roselyne Bachelot, on nous explique que « la direction générale de la santé est en train de l'analyser avant de voir ce qui sera décidé. »

Jeudi matin, Didier Houssin, directeur général de la Santé, nous a appelé pour nous préciser que :

« Ca ne modifie pas le message passé, la vaccination se poursuit, d'autant que le virus continue à circuler, même si nettement moins qu'avant.

De plus, il restera prépondérant dans l'ensemble des virus grippaux et touche aussi des personnes sans facteur de risque. »

Ce qui corrobore la version donnée par le cabinet de la ministre la veille :

« L'avis précise que le risque individuel persiste. »

Le cabinet aurait aussi pu préciser, comme le dit poliment l'avis, « que toute personne qui le souhaite doit pouvoir être vaccinée ».

9% de la population vaccinée, 19 à 30% immunisée


Combien de personnes reste-t-il à vacciner parmi les populations à risque et les personnels de santé ? Le ministère n'a pu nous fournir les chiffres, mais il ne devrait logiquement plus rester grand monde, car ces personnes avaient dès le début été classées comme prioritaires et invitées à se rendre dans les centres de vaccination collective dès les premiers vaccins disponibles, en novembre.

Le HSCP (qui n'a pu répondre à nos questions) fait aussi un bilan en creux de la politique vaccinale :

  • 5,74 millions de
    personnes ont été vaccinées, soit 9% de la population ;
  • mais 12 à 18 millions de personnes (19 à 30% de la population) seraient immunisées contre le virus, beaucoup l'ayant été par infection.

Au final, l'immunité de la population atteint un chiffre « proche de la proportion de la population qui devrait être immune pour interrompre la circulation virale », remarquent les experts. Une bonne nouvelle qu'il faut se garder de répandre, car elle ne va pas dans le sens de la stratégie du tout vaccinal élaborée jusqu'ici.

En décembre, une conférence de presse par jour

A l'heure qu'il est, la politique officielle reste donc de vacciner tout le monde. Pourquoi se dépêcher de communiquer sur un tel avis, alors qu'il reste encore des millions de vaccins en stock, même si une partie est revendue à l'étranger ? Les négociations avec les labos patinent et l'État va sans doute devoir payer des indemnités pour l'annulation d'une partie des contrats.

Pour rappel, le ministère de la Santé a mis tellement d'énergie dans sa campagne de communication sur la grippe A que, au moins depuis septembre dernier, le rythme des conférences de presse sur la grippe était hebdomadaire.

Il était même devenu quotidien pendant plusieurs semaines en décembre, des conférences de presse étant organisées « avec le ministère de l'Intérieur portant sur la fréquentation des centres de vaccination », nous précise-t-on au ministère.

Mis à jour le 11/02 à 13h10, après l'appel de Didier Houssin, directeur général de la Santé.

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  • Louve Bleue
    • Posté à 20h47 le 10/02/2010

    Ben , j'ai quand même encore reçu un courrier pour me proposer d'aller me faire vacciner dans un gymnase, il y a une petite quinzaine de jours...

  • jivé13
    jivé13
    salarié comme plus de 90%des (...)
    • Posté à 20h54 le 10/02/2010
    • Internaute
      salarié comme plus de 90%des (...)

    Il est très instructif de comparer l'avis du HCSP, totalement conforme au consensus médical général, basé sur les connaissances admises par tous à ce jour, et l'avis de « l'expert “de Madame Bachelot qui s'exprimait ainsi le 18 janvier dernier :
    Antoine Flahault déclarait :
    ‘qu'il est toujours très justifié de se faire vacciner, même si une première vague épidémique est achevée’.
    Selon lui, il faut ‘au minimum 30% d'une population immunisée pour bloquer un risque épidémique de grippe’, et on est donc actuellement en-dessous du ‘taux d'immunisation nécessaire pour bloquer une nouvelle vague’.
    Il me semble que cela se passe de commentaire.

    NB : très bon article

  • A déménagé le 02-02-2012-2
    • Posté à 21h17 le 10/02/2010
    • Internaute
      non connue

    Âmes sensibles, s'abstenir :

    « Fort d'un bénéfice net record de 7,8 milliards d'euros en 2009, Sanofi-Aventis va-t-il détrôner l'habituel champion français des bénéfices, Total. [...]
    Ironie du sort, alors que les prix exorbitants du pétrole avaient favorisé Total en 2008, c'est la grippe A qui serait cette année à l'origine des super-bénéfices de Sanofi. Du moins en partie. En 2009 la vente des vaccins antigrippaux a en effet rapporté plus d'1 milliard d'euros au géant pharmaceutique. Par vaccins anti-grippaux il faut entendre les ventes de tous les vaccins contre la grippe, et pas seulement contre la A. Car chance pour Sanofi, l'épidémie a boosté les ventes de tous les vaccins...avec une hausse du chiffre d'affaires pour cette branche de 46%.
    [...]
    Le groupe a aussi engagé un sévère plan d'économies. D'ici à 2013 il prévoit d'économiser jusqu'à 2 milliards d'euros. Un plan qui devrait s'accélérer cette année selon le directeur général du groupe, Chris Viehbacher, qui a estimé que 30% de cet objectif serait atteint en 2010.

    Faut-il pour autant se réjouir de cette avance sur calendrier ? Le groupe a annoncé en 2009 un plan de départs volontaires de 1300 salariés en France. Récemment la CGT, qui affirme que 3000 postes ont déjà été supprimés, s'est adressée au Président de la République pour lui demander de stopper la spirale infernale des licenciements.. Une histoire qui rappelle étrangement celle de Total en 2008...
     »
    Lien
    (publié aujourd'hui à 18H53)

  • pajaro
    pajaro
    infirmier
    • Posté à 21h28 le 10/02/2010
    • Internaute
      infirmier

    la vaccination n'a pas tellement pris chez les soignants
    dans notre hôpital, malgré une campagne de la médecine du travail, en décembre on en était même pas à 20%
    notre établissement (était-ce pareil ailleurs) à même proposer aux personnels possibilité de faire vacciner leur famille par la médecine du travail... sans plus de succès que je sache