Entretien 11/02/2010 à 02h21

Le fils du Shah se voit en « Juan Carlos » d'un Iran démocratique


Alors que l’Iran s’apprête à vivre une journée test, Rue89 a rencontré mercredi Reza Pahlavi, l’héritier en exil du Shah d’Iran, qui prédit que la « résistance non violente » des Iraniens finira par renverser le régime des mollahs.

Reza Pahlavi, qui est agé de 49 ans et vit à Washington, n’est évidemment qu’une des voix de cette opposition multiforme au pouvoir iranien, qui compte aussi des Républicains convaincus, des membres de l’aile réformiste du régime islamique, ou encore une extrême gauche armée. Il le reconnaît bien volontiers.

Mais il nous a semblé pertinent, alors que l’opposition mobilise de nouveau ses partisans dans la rue à l’occasion de ce jeudi 11 février, journée anniversaire de la Révolution islamique de 1979, d’entendre la voix de cet homme qui reste attentif et actif face à l’évolution imprévisible de son pays.

Dans son interview à Rue89, réalisée à Paris, près de l’Élysée, avec trois agents de sécurité français devant la porte du bureau où se déroulait l’entretien, Reza Pahlavi trace le scénario d’une transition démocratique en Iran. Pour lui, une hypothèse « à la Tiananmen », c’est-à-dire un écrasement de l’opposition par la force, n’est pas d’actualité dans un pays où des « failles » sont apparues jusque dans les forces de l’ordre, Gardiens de la Révolution ou miliciens Bassidj. (Voir la vidéo)

Tout au long de l’interview, Reza Pahlavi s’est référé à l’Afrique du Sud et la sortie de l’apartheid, avec sa dimension de pardon et de réconciliation, à la fin de l’Union soviétique, à la négociation de la fin du communisme en Pologne, et enfin à l’Espagne, évidemment, avec l’instauration d’une monarchie parlementaire qu’il aimerait voir établie en Iran.

Un scénario en trois phases

Pour y parvenir, il entrevoit un scénario en trois phases, dont la première est l’actuelle, celle de la résistance non violente qui doit déboucher sur une « paralysie » pouvant provoquer la chute d’un régime, dont, dit-il, la légitimité est aujourd’hui mise en cause de manière massive.

C’est cette « délégitimation » par toute une génération, celle qui a grandi sous le régime islamique, qui explique selon lui la durée d’un mouvement qui a pris naissance dans la foulée de l’élection présidentielle contestée de juin dernier. (Ecouter le son)

Audio file

Reza Pahlavi

Il explique :

« Nous sommes quasiment dans une période révolutionnaire avec un petit “r”. »

Pourquoi un « petit r » et pas un « grand R » ?

« Parce que l’idée de Révolution est généralement associée à l’idée de violence. Or nous sommes ici dans un mouvement de résistance non violente. »

Une fois obtenue la fin du régime, s’ouvre selon Reza Pahlavi, la deuxième phase, celle de la transition, dans laquelle l’Iran doit être gouverné par une « grande coalition des diverses forces », qui devra à la fois gérer le pays et « créer l’atmosphère de la première élection libre : un référendum où sera posée une simple question : République islamique, oui ou non ? »

Si la réponse est négative, comme il le prédit, une Assemblée constituante serait élue, qui travaillerait sur deux documents : une monarchie parlementaire ou une république parlementaire, « deux textes quasi-identiques », étant entendu que dans les deux cas, il y aura séparation de la religion et de l’État. Le peuple serait consulté par référendum.

Reza Pahlavi souhaite évidemment le premier choix, se voyant bien en « Juan Carlos de l’Iran démocratique ».

Mais il souligne que si la République était choisie démocratiquement par les Iraniens, il s’en accommoderait et estimerait avoir réalisé « 90% » de ses souhaits puisque « les Iraniens auront eu le choix démocratique de leur destin ». (Voir la vidéo)

Reza Pahlavi n’élude pas la question du régime de son père, le dernier Shah d’Iran, monarque absolu qui régnait d’une main de fer avec une police politique impitoyable, la Savak de sinistre mémoire, une occidentalisation à marche forcée, et un alignement sans nuance sur les États-Unis.

« Lui c’est lui, moi c’est moi »

Il réclame d’être jugé sur sa personnalité et sur son « bilan », faisant volontiers sienne la formule de Laurent Fabius à propos de François Mitterrand, « lui c’est lui, moi c’est moi ».

« Mes compatriotes font la différence, ils se disent : Reza Pahlavi a ses idées, sa propre vision, il n’a pas hérité génétiquement de la politique et des circonstances qui prévalaient du temps de son prédécesseur ! J’ai un bilan de 30 ans ! »

Et il confie avoir autour de lui plus de républicains que de monarchistes et travailler avec des gens qui ont autrefois combattu son père les armes à la main...

Les sanctions appauvrissent le peuple, donc renforcent le régime

Interrogé sur la confrontation entre les pays occidentaux et l’Iran sur sa quête du nucléaire, le descendant de la dynastie Pahlavi reproche aux dirigeants américains et européens leur manque de vision. Il souligne que la « main tendue » (par Barack Obama) au pouvoir iranien n’a rien donné, mais que des sanctions sans objectif ne donneront rien non plus. Voire seront contreproductives :

« Si le peuple est appauvri, il exercera une moindre pression sur le régime. »

Seules les sanctions « laser » (ciblées sur les comptes bancaires des gouvernants à l’étranger, par exemple) sont selon lui efficaces.

Une main tendue au peuple iranien

Il conseille à l’occident une « main tendue au peuple iranien », à une société civile jusqu’ici ignorée, selon lui, par les pays étrangers.

Pour aider la transition démocratique en Iran sans s’immiscer dans les affaires intérieures du pays, il existe des moyens, plaide-t-il. Par exemple, faire pression sur des compagnies comme Siemens ou Nokia pour qu’elles cessent de mettre leurs technologies à la disposition du pouvoir (qui s’en sert pour traquer les opposants), alors que ces mêmes technologies pourraient aider plutôt les opposants à envoyer des emails sans être repérés...

Reste une question à laquelle Reza Pahlavi n’a pas plus de réponse que nous : les monarchistes, combien de divisions dans la contestation iranienne ? Ceux qui manifestent contre les Mollahs ne revendiquent-ils pas l’héritage de la révolution de 1979 qui a renversé le « despote » ? Pahlavi voit les choses autrement :

« L’institution que j’incarne a toujours eu une importance profonde dans les mœurs, l’histoire, l’imaginaire social de ce pays. C’est un élément qui a su maintenir l’intégrité territoriale, dans un pays hétérogène en terme ethnique et religieux. »

Il rêve de pouvoir retrouver ce rôle... « uniquement à titre symbolique ».

Pierre Haski et Pascal Riché

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  • KGabou
    • Posté à 03h18 le 11/02/2010
    • Internaute 41123

    C’est marrant comme on a tendance à oublier que le Shah n’était autre qu’un despote qui fut placé au pouvoir par les britanniques et les américains pour remplacer le premier ministre Mossadegh. Ce dernier était pourtant démocratiquement élu et extrêmement populaire, mais il eut la malencontreuse idée de nationaliser l’exploitation du pétrole...

    De là à dire que les occidentaux sont responsables de la révolution islamique, logique conséquence de ce putsch illégitime, il n’y a qu’un pas...

  • Coragyps Atratus
    Coragyps Atratus
    Dans l'attente du moment propice
    • Posté à 06h40 le 11/02/2010
    • Internaute 37338
      Dans l'attente du moment propice

    Voilà un homme prêt à se sacrifier pour son pays. Quelle abnégation de sa part ! Qui plus est, quitter Waschington va sans doute lui crever le coeur quoique, ses bons amis américains seront sans doute fidèles en amitié si le Shah d’Iran junior devait retourner aux affaires en Iran - on connaît d’ailleurs l’amour que le peuple Iranien porte à l’encontre du pays à la bannière étoilée.

    « Lui c’est lui (en parlant de son bon papa) et moi c’est moi ». Le bon sens doit habiter le Shah Jr puisqu’il se voit bien comme un « Juan Carlos d’Iran » sur la seule légitimité qu’il est le fils de son père dont le bilan n’était guère reluisant. Un peu schizophrénique le fils !
    De plus, les Iraniens ont clairement affirmé ce qu’il pensait du Shah en 1978.
    On ne recolle pas les pots cassés et un roi (ou autre énergumène appuyant sa légitimité sur les couilles de ses aïeux) viré par un peuple qui revient au pouvoir n’y reste jamais très longtemps - d’ailleurs, le destin s’avère souvent tragique au final.

  • Aloïs
    Aloïs
    .
    • Posté à 11h41 le 11/02/2010
    • Internaute 39938
      .

    « “ Si le peuple est appauvri, il exercera une moindre pression sur le régime. ” »

    Voilà un homme qui connait mal l’Histoire de son propre pays. La révolution de 1906 découle d’un appauvrissement CROISSANT de la population. La famine régnante, la violence policière, la régime absolutiste a entré une Révolution populaire.(dirigé par le Clergé religieux)

    Cet homme prône un régime à l’occidental, n’oublions pas qu’il vit à Washington (tient tient, les USA lui ont accordé le droit de résidence...étonnant.), voudrait effacer des siècles d’Histoire. La religion musulmane considère le religieux comme supérieur au politique. Renverser cela, ce serait renverser les fondements sociétaux.

  • miremond
    • Posté à 16h46 le 11/02/2010
    • Internaute 34942

    Cette prétendue « dynastie “ date d’un coup d’état militaire ayant amené au pouvoir en 1926 le grand père du prétendant actuel ! !
    Je ne vois pas où trouver une légitimité à son retour ! ! !
    d’autant plus que les deux règnes précédents n’ont pas laissé de très bons souvenirs