Tribune 09/02/2010 à 17h16

Quand le cinéma français blanchit Alexandre Dumas




Alexandre Dumas (Felix Nadar/Wikimedia commons) ; Gérard Depardieu dans « L'Autre Dumas »

On ne peut qu'être admiratif devant le talent de Gérard Depardieu qui a, dans sa longue et riche carrière, incarné, avec une facilité déconcertante, de grands personnages historiques à la perfection : de Danton à Vatel, de Christophe Colomb à Vidocq. Un côté caméléon et une aisance prodigieuse qui pourraient, à eux seuls, expliquer le choix du réalisateur Safy Nebbou de lui confier le rôle de l'écrivain Alexandre Dumas dans son film « L'Autre Dumas », qui sort mercredi. Un choix néanmoins étonnant, au moment où la France se gargarise de diversité et de promotion des minorités visibles. (Voir la vidéo)

Que personne n'ait trouvé à redire à ce tour de passe-passe est encore plus surprenant. Que n'aurait-on pas dit, à l'inverse, si pour les besoins d'un film, Denzel Washington avait incarné Jean Moulin, si Pascal Légitimus avait donné son visage à Molière, et si Sonia Rolland s'était prise pour Jeanne D'Arc ?

Le célèbre écrivain avait un père métisse

Peu de gens le savent aujourd'hui, mais le célèbre écrivain avait un père métis : Thomas Alexandre Davy-Dumas de la Pailleterie, fils d'une esclave et d'un petit propriétaire de Saint-Domingue. Grâce à son courage au combat, il devint général sous la révolution et fut même considéré un moment comme un rival potentiel du général Bonaparte.

Alexandre Dumas se décrivait, d'ailleurs, lui-même, dans ses « Mémoires », comme un « nègre », avec des « cheveux crépus » et un « accent légèrement créole ». Tout l'inverse, à l'évidence, de... Gérard Depardieu.

En gommant ces traits, le film de Safy Nebbou occulte un aspect essentiel de la vie de l'auteur du Comte de Monte Cristo : le racisme. En 2002, lors du transfert des cendres de Dumas au Panthéon, Jacques Chirac, avait rappelé que ce « fils de mulâtre, sang mêlé de bleu et de noir » avait dû « affronter les regards d'une société française » qui « lui fera grief de tout : son teint bistre, ses cheveux crépus, à quoi trop de caricaturistes de l'époque voudront le réduire ».

Le cinéma a pris, par le passé, la liberté de confier des rôles de Noirs à des acteurs blancs qu'on prenait soin de grimer. « L'Autre Dumas » s'inscrit dans cette veine négationniste qui, quand elle ne blanchit pas, occulte, de la mémoire collective, les grands hommes issus de l'Outre-Mer : le Chevalier de Saint Georges, Gaston Monnerville, Félix Eboué. Sans parler de ces grands oubliés que sont les Tirailleurs sénégalais qui ont pourtant « sauvé » la France.

Blanchiment de Dumas ?

En blanchissant Dumas, le film de Safy Nebbou rate une occasion de combler une lacune chez ceux qui le verront et qui ignorent, pour la plupart, que l'auteur des « Trois Mousquetaires » était un « nègre ». Ce « détail » risquait-il de troubler les spectateurs voire d'affecter la commercialisation de l'œuvre ? Pas impossible quand on sait que, pour le cinéma tricolore, un acteur français, métis ou noir, n'est pas « bankable »...

Safy Nebbou avait, avec ce film, l'opportunité également de donner un signal fort, à l'heure où ce pays s'embourbe dans un débat sur l'identité nationale, faisant sournoisement la part belle à tout ce qui est « blanc et catholique ». Une insulte à Dumas, dont le génie, tout français qu'il était, plongeait, profondément, ses racines Outre-Mer et en Afrique.

Là, où il repose, et où la couleur de la peau n'a, fort heureusement, plus beaucoup d'importance, Alexandre Dumas ne doit pas pour autant se retourner dans sa tombe. Il en a vu d'autres. Mais, il est regrettable, qu'aujourd'hui, sur cette terre de France, la couleur soit encore un problème au point qu'on préfère la gommer.

Mise à jour à 17h39. Ajout de la vidéo et d'une capture d'écran de la bande annonce.

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  • Coldo
    • Posté à 17h49 le 09/02/2010

    Je trouve l'article très excessif... Depardieu a montré à de nombreuses reprises dans sa vie qu'il lui arrivait d'être complètement noir ! ...

  • Duc du Granlac
    Duc du Granlac
    Républicain
    • Posté à 17h56 le 09/02/2010
    • Internaute
      Républicain

    Non mais faut arrêter, Dumas était très loin d'être un « noir » ,il était fils de métisse ,c'est à dire un quarteron...

    Si on ne peut plus faire jouer un quarteron par un blanc alors on ne pourra pas non plus faire jouer un rôle de portugais par un caucasien...

    Vous représentez la dégénérescence d'une partie (heureusement il en reste encore des sains) de l'antiracisme.

    Le racisme est suffisamment grave et étendu pour ne pas lancer des croisades antiracistes sur ce qui n'en est pas ,sous peine de décridibiliser le mouvement antiraciste qui a toute sa raison d'être.

  • titou31
    titou31
    titou31
    • Posté à 18h17 le 09/02/2010
    • Internaute
      titou31

    Qu'on ai loupé une occasion de rappeler que ce grand écrivain était un métis peut-être. Y voir du racisme, c'est affligeant.

    Depuis quelques temps, les accusations de racisme et d'antisémitismes pleuvent. Frêche , Didier Porte, maintenant ce film. Tout semble décrypté, analysé sous ce prisme, on voit des racistes partout, jusqu'à la nausée. Les bien-pensants de droite voient des islamistes partout, ceux de gauche des racistes partout.

    Et comme, il n'est quasiment jamais explicite (grâce à loi),on cherche le racisme caché, rampant. Ce qu'il y a de terrible avec ce genre de racisme, c'est que vous pouvez l'être sans le savoir... on aurait sans doute besoin d'une « révolution culturelle » pour désapprendre à être ce que nous sommes, des racistes.

    La théorie du point goldwin, s'est étendu à tout le débat public. ça commence à me les briser menu. Quand on veut disqualifier quelqu'un on sous-entend, un fond ou des intentions racistes. On vide de sens et de contenu les mots racisme et antisémitismes. Bientôt, les gens hausseront les épaules avec un soupir lorsqu'ils entendront une énième accusation.

    Il y a du racisme en France et il y a des gens qui en souffre au jour le jour dans leur vie, leur travail et leur loisir. Mais qu'on arrête ce jeu ridicule de « où est charlie » version « où est le racisme ».

    le métissage de Dumas, la manière dont il en a souffert, dont cela a pu inspirer ses œuvres, cela ferait sans doute un bon film. Commencez à l'écrire. Mais ce n'est pas l'angle choisi par l'auteur.

    Le sujet ce n'est même pas Dumas. le sujet c'est l'affrontement entre Dumas (depardieu) et son « nègre » (et oui ! ) Auguste Maquet (Poelvoorde). C'est de cela dont l'auteur a choisi de parler, et c'est son droit. S'il a choisi depardieu, c'est sans doute un peu pour le côté exubérant de Dumas et surtout parce que c'est un acteur « bankable ».

    Honte à lui qui n'a pas pensé dans son travail aux vicissitudes bessonesque de nos questionnements identitaires.

  • Lictor
    Lictor répond à Yaaakari
    • Posté à 20h28 le 09/02/2010

    Dilué ? Ma mère et ses frères et soeurs sont à 1/4 (plus ou moins, c'est toujours difficile à dire), et c'est loin d'être dilué ! Ma mère est suffisamment identifiée comme métis pour susciter des réactions racistes et discriminatoire (type refus d'HTML). Une de mes tantes est très typée tandis que l'autre a presque un physique « indien ».

    A 1/8, je ne suis plus du tout typé - pour les blancs, mais je le suis toujours pour des Antillais. Mon cousin lui l'est nettement plus et est clairement identifié comme métis.

    Alexandre Dumas était en tout cas suffisamment identifiable pour être victime du racisme ; c'est un critère comme un autre... Du coup, le film va-t'il nous montrer un Depardieu victime d'injures raciste et avec un père métis ? Ça risque d'être difficilement compréhensible pour le spectateur qui n'est pas au courant...

    Je pense qu'on minimise un peu la souffrance des gens dont on a réécrit l'histoire. C'est en tout cas un sujet pénible pour mon grand-père, qui malgré des études brillantes reste un nègre et voit les quelques nègres et métis qui ont fait l'histoire de France évacués par l'histoire officielle...
    De même qu'on nous parle aujourd'hui des « candidats de la diversité », mais on oublie de parler du fait que la diversité est encore moins représentée aujourd'hui dans les hautes sphères de l'Etat qu'elle l'a été par le passé !

    Le problème aussi, c'est qu'on voudrait rendre anodin un choix qui lorsqu'il est inversé fait rapidement scandale... Qu'on se rappelle par exemple du scandale du Christ noir utilisé par Madonna dans son clip. Et serait-il aussi anodin de faire jouer Jeanne d'Arc, De Gaulle ou Charlemagne par un noir ou un arabe ?

  • asozial
    asozial
    bobo aus Berlin
    • Posté à 20h49 le 09/02/2010
    • Internaute
      bobo aus Berlin

    à lire la majorité des commentaires me vient à l'esprit que ce qu'aura accompli avant tout le sarkozysme, c'est de libérer la parole raciste.

    combien d'entre-vous se prétendent de gauche et recyclent sans s'en rendre compte la terminologie frontiste soit-disant anti-politiquement correcte pour justifier de façon de plus en plus décompléxée la haine et le rejet de l'autre.

    la pensée réside en grande partie dans le vocabulaire et les propagandistes de droite et d'extrême droite l'ont bien compris : quand vous parlez comme sarkozy et le pen, vous pensez comme eux, c'est à dire que vous ne pensez plus et il n'y a plus de retour en arrière !

  • foule_steakhaché_raidi
    foule_steakhaché_raidi
    Concurrent de Full Hd Ready
    • Posté à 23h01 le 09/02/2010
    • Internaute
      Concurrent de Full Hd Ready

    Connaissant personnellement le réalisateur, je trouve vraiment cet article vicieux, fielleux, misérable. Insinuer que Safy Nebbou a délibérément occulté les origines métisses de Dumas c'est :

    - une attaque extrêmement grave
    - un procès d'intention (vous ne le connaissez pas, vous ne connaissez pas ses intentions intimes)
    - ridicule

    Mention spéciale au mot « négationniste », qui m'a fait tomber de ma chaise. Pour tout l'imaginaire qu'il évoque, c'est vraiment SCANDALEUX de l'employer ici.

    Souligner que Dumas souffrait du racisme, ce n'est pas le propos du film. C'est vrai, mais ça ne parle pas de ça. Si vous voulez faire passer ce message, c'est extrêmement intéressant, instructif, intelligent, original, porteur de vérité. Mais allez tourner votre propre film.

    Encore, s'il s'agissait de faire incarner Nelson Mandela par un acteur blond platine, on comprendrait votre soupçon.

    Mais là MERDE, c'est juste une question de ressemblance ! Dumas et Depardieu sont des personnages de même corpulence, avec le même gros nez, qu'est-ce qu'il y a de choquant à les rapprocher ? ! Il fallait absolument qu'un authentique semi-métisse incarne ce rôle pour vous faire plaisir ? Fallait-il contrôler au spectromètre le niveau de couleur de la peau de l'acteur avant de l'autoriser à jouer ?

    Vous savez, c'est avec ce genre d'articles inquisiteurs que des gens finissent par rejeter l'antiracisme, par amalgame. Ça me fait mal de le dire, mal de trouver des gens comme vous dans un site que j'apprécie autant, mais je pense que vous êtes les idiots utiles du Front National.

    Je vous saluerai bien cordialement, mais j'ai pas trop envie.

  • titou31
    titou31 répond à asozial
    titou31
    • Posté à 23h07 le 09/02/2010
    • Internaute
      titou31

    Oui, rue89 est un repère frontiste, c'est bien connu. On pense comme sarko et le pen, c'est clair.

    Qui ne voit pas que ce film est en fait un brûlot haineux, un film « négro-africano-francophobe », « que le réalisateur reste dans la logique négationnisme occidentalo-leucodermo-catholique » (ces dernière phrase sont du riverain Batouri, c'est tellement savoureux, tellement c'est consternant que je ne résiste pas à l'envie de les reproduire ici), est un raciste décomplexé qui pense comme Le pen et sarkozy (et donc ne pense plus).

    Et bien en fait, totalitarobobo, je t'emm...
    Oui, je suis de gauche et je ne pense pas que ce film est raciste ou que son auteur ai eu des intentions racistes.

    Oui, je suis de gauche, et je ne cherche pas le racisme dans chaque phrases, chaque attitude, chaque œuvre, roman, article ou film.

    Oui, je suis de gauche et cette utilisation systématique de l'accusation de racisme quand est à court d'argument pour refuser les arguments adverses, m'insupporte. Elle m'insupporte d'autant plus qu'elle dévalue complètement le sens de mot grave et lourd de sens comme racisme, révisionnisme ou négationnisme, en les banalisant.

    Oui, je suis de gauche et cette police de la pensée m'exaspère. Je n'aime pas que des bien-pensant définisse quelle parole est acceptable et laquelle ne l'est pas. La démocratie, la liberté d'expression, c'est avant tout pour l'autre, la liberté de dire ce qui m'est désagréable.

    Oui, je suis de gauche et ces histoires de race m'insupporte, justement parce que je suis de gauche ET républicain, et que je ne connait que d'autre citoyens et que peu m'importe qu'ils soient noir, blanc, jaune ou vert, et que j'emmerde les races, les communautés et les religions.

    Enfin, sache que la parole raciste est peut-être libérée, mais que ça fait bien longtemps que les actes, eux, le sont. Qu'il n'est pas besoin de se pignoler pour chercher le racisme dans la distribution d'un film, ou de s'astiquer, sur quel degré de métissage nécessite l'emploi d'un acteur noir. Le racisme, concret, réel, c'est tout les jours pour ceux qui le subissent. Et pour le coup, ce n'est pas du cinéma.

  • martinm
    martinm répond à foule_steakhaché_raidi
    célibataire
    • Posté à 23h36 le 09/02/2010
    • Internaute
      célibataire

    Je répondrai point par point (j'ai du temps à tuer ce soir)

    1- Des personnes ont critiqué le choix d'un acteur blanc (bankable certes) pour représenter un individu ayant des origines noires et surtout des origines d'esclaves.
    Ce choix ne respecte pas la vérité historique, c'est donc révisionniste.
    Ce choix met sous silence les origines noires de l'écrivain. C'est du négationnisme.

    2- Le fait de connaître personnellement Safy Nebbou est selon vous un avantage pour nier le caractère raciste de l'œuvre. C'est un argument ridicule. Les gens ne connaissant pas l'auteur sont neutres car ils ne le connaissent pas. Donc leur avis est objectif. Dans ce film, oui Safy Nebbou est responsable d'un acte raciste, révisionniste, négationniste.

    3- Le point intéressant réside dans la méthode d'argumentation : les personnes qui pointent le caractère raciste citent Hérodote, les loi Jim Crow, et un vocabulaire précis (mulâtre, mulâtresse, métis)
    Bref des arguments rationnels, logiques.
    Vous, vous nous opposez des approximations ( [semi-métisse]) et une réaction outrée purement émotionnelle sans aucune logique [Ça me fait mal de le dire, mal de trouver des gens comme vous dans un site que j'apprécie autant,]. Votre propos n'est pas valable. Le MERDE en majuscule est amusant. Hausser le ton ne renforce pas votre argumentation.

    4- Enfin,si je vous suis bien, le fait de relever un acte raciste quel qu'il soit est mal car [c'est avec ce genre d'articles inquisiteurs que des gens finissent par rejeter l'antiracisme, par amalgame].
    Là, on touche le fond avec un pseudo-argument niveau 4ème technologique...Le plus simple c'est de ne jamais parler de racisme, comme ça il n'existera plus. Interdisons aussi aux femmes de parler des violences qu'elles subissent, le problème sera résolu ! Ne parlons pas d'antisémitisme, il disparaîtra...

    Vous faites la personne choquée, outrée car on a osé écrire que votre « ami » est raciste. Je fais partie « idiots utiles du Front National » . Vous n'êtes qu'un guignol....

    Citation :
    « passer pour un idiot aux yeux d'un imbécile est une volupté de fin gourmet ». Dans ce cas-là, je ne suis pas l'imbécile.

  • eric_strasbourg
    • Posté à 01h39 le 10/02/2010

    quelle flopée de commentaires ! je crois bien être allergique à toute forme de racisme et de révisionnisme historique, mais, soyons lucide en l'occasion : Depardieu est bankable ! ! POINT ! c'est une véritable institution désormais (et l'on peut la regretter) : monsieur Depardiou a le quasi-monopole des personnages historiques dans les films à gros budget ; j'imagine le réalisateur cherchant des producteurs : qu'est-ce qui leur a fait dire banco : Dumas ou Depardieu ?

  • riverain06
    • Posté à 11h35 le 10/02/2010

    Il est évident que le réalisateur rate son film en oblitérant la vraie bio d'un personnage populaire en France encore aujourd'hui. ça aurait eu de la gueule et fait un gros argument promo un Depardieu noir (maquillé comme les pros du cinéma savent le faire).
    Moins que le racisme ou le révisionnisme, la raison est à chercher dans le statut de Depadieu lui même, qui s'est laissé éviscéré et momifié dans sa stature de dieu vivant de l'actotrat français. Personne, quasiment aucun cinéaste ou metteur en scène ne dirige plus Depardieu, tout le monde se contente de le payer et de mettre son nom en haut de l'affiche (tire-lirable à souhait). Le talent de l'idole prend de la poussière de film en film, nous savons tous qu'il pouvait donner plus et mieux quand nous sortons de la salle revenue à la lumière tenant la porte au suivant. Problème : personne ne lui en demande plus : apprendre son texte au théâtre non ! ! Quelle idée c'est Gérard, une oreillette souffleuse fera l'affaire. Le clouer pour des heures de maquillage ! Que nenni l'apéro ne peut pas attendre ! ! !
    Ce réalisateur est la énième preuve de la prolifération de ce type de tacherons qui n'a pas assez de personnalité et de respect pour son art. Alors ce film ne mérite pas d'être vu. On peut toujours se revoir « Sous le soleil de Satan » ou « Les Valseuses » quand l'icône savait lire les ex voto et combler les attentes.