Ce lycée d'Aubervilliers qui propage sa grève partout en ville
En Seine-Saint-Denis, le ras-le-bol des profs prend de l'ampleur. Une semaine après avoir voté la grève illimitée, les enseignants de la cité scolaire Henri Wallon d'Aubervilliers sont les fers de lance de l'opposition aux suppressions de postes dans l'Education nationale. Partie du lycée, la contestation se propage dans les écoles primaires et les collèges.
Armée de quelques tracts et d'une solide conviction, la délégation d'Henri Wallon pénètre à douze heures précises dans la salle des professeurs du lycée Auguste Blanqui, à Saint-Ouen. Une trentaine d'enseignants de ce complexe scolaire s'est mise en « grève illimitée » lundi dernier.
Tous comptent bien en profiter pour aller à la rencontre d'un maximum de collègues des autres établissements du département. Le but : bâtir une opposition unie contre les réformes entreprises par le ministère de l'Education nationale.
« Chaque jour, nous décidons dans quel établissement nous allons nous rendre. »
Lise Tchao, professeur de français au lycée Henri Wallon, explique :
« Il faut agir ensemble : chaque année, les établissements organisent de manière isolée des journées de grève qui n'ont aucun impact sur les décisions du gouvernement. Cette semaine, nous avons réalisé que les autres établissements rencontrent les mêmes difficultés. Beaucoup ont décidé de nous rejoindre. » (Voir vidéo)
Pendant que ces professeurs exposent leurs revendications à leurs collègues d'Auguste Blanqui, une deuxième délégation visite une autre école :
« Chaque jour, nous décidons dans quel établissement nous allons nous rendre. Pour l'instant, nous en avons visité une quinzaine, tous niveaux confondus. Certains d'entre eux nous ont eux-même contactés, puis ils se déplacent à leur tour ailleurs. »
La stratégie s'annonce pour le moment payante. Après une semaine de grève et de débrayages, ils étaient environ 200 personnes, enseignants et parents d'élèves confondus, à manifester jeudi devant la mairie d'Aubervilliers.
Les enseignants du collège Diderot ont eux conçu un blog. Il centralise les actions entreprises par les divers établissements de la ville. Les syndicats ont également relayé leur appel à venir manifester devant la mairie de Saint-Denis, ce mardi à 14 h.
« Depuis cinq ans, plus de 50 000 emplois ont été détruits »
D'après Ronan Le Berre, l'opposition est une nécessité. Ce professeur d'anglais en poste à Aubervilliers insiste sur le nombre de postes supprimés :
« Depuis cinq ans, plus de 50 000 emplois ont été détruits au sein de l'Education nationale. On ne peut pas rester les bras croisés. On doit tout faire pour stopper cette tendance, car les conséquences sont désastreuses. »
Dans la salle des professeurs d'Auguste Blanqui, l'auditoire est très réceptif. Deux sentiments dominent : la colère et l'inquiétude. Selon eux, l'école est attaquée de toute part, tant au détriment des élèves que des professeurs.
Hélène Becherini, professeur de Lettres et d'Histoire à Saint-Ouen, dénonce :
« Désormais, d'un lycée à l'autre, les élèves ne bénéficient pas du même nombre d'heures de cours, ce qui est injuste. L'Etat a en effet instauré des heures planchers : je n'ai que trois heures et demi pour enseigner le Français et l'Histoire à mes élèves. Puis, le proviseur peut ensuite décider de me débloquer des heures de cours supplémentaires. Mais c'est à sa seule discrétion. »
Sa collègue Viviane Moguellet, professeur d'anglais en filière générale, brandit la lettre envoyée par le ministère aux professeurs des filières liées au tertiaire administratif :
« Alors qu'ils enseignent la comptabilité ou le secrétariat, on leur annonce qu'ils devront peut-être donner des cours de Sciences physiques ! Si jamais ils refusent, ils peuvent être licenciés. On dénigre ces personnes qui ont pris la peine de passer un concours et on ne pense pas aux conséquences que ces décisions auront sur les élèves. »
Pour Lise Tchao, ce n'est pas un hasard si le mouvement est né en Seine-Saint-Denis :
« Nous sommes confrontés à des situations sociales extrêmement dures. Quand le gouvernement prend une décision qui lui paraît minime, comme la suppression d'un poste ou la réduction du nombre de surveillants, les conséquences sont énormes pour nous qui sommes sur le terrain. »
Postes supprimés, effectifs augmentés
Viviane Moguellet confirme les complications engendrées par les suppressions de poste :
« L'État supprime des postes et augmente les effectifs des classes. Cette année, les élèves se retrouvent à plus de trente dans les classes de langue. Notre lycée est situé en ZEP, nos élèves ont plus de difficultés à se concentrer. Ils font plus de bruit, se fatiguent plus vite. Les profs s'énervent aussi plus rapidement. »
La garantie de la sécurité pose aussi problème. Selon Hélène Becherini, professeur d'Histoire et de Lettres, le nombre de surveillants était deux fois plus important il y a quelques années. Pour l'équipe de Wallon, le manque de surveillants dénoncé par le lycée de Vitry-sur-Seine confirme leurs revendications : les établissements manquent cruellement d'adultes pour encadrer les enfants.
Les parents essentiels au mouvement
Ronan Berre avoue honnêtement ne pas savoir si le mouvement prendra ou s'il sera dur de mobiliser. Cependant, la délégation de Wallon est plutôt optimiste : de nombreux parents les auraient soutenus jeudi, lors de leur première manifestation. Aux yeux des grévistes, leur participation est indispensable.
Georges Vartaniantz, un enseignant, tient à tirer les leçons du passé :
« Il est important de mobiliser les parents. En 1998, on a réussi à gagner car ils nous soutenaient. On ne peut pas espérer de victoire si les parents ne sont pas avec nous. »
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De fdrebin
Dilettante doué | 11H31 | 09/02/2010 |
Extrait de l'article :
"Lise Tchao, professeur de français au lycée Henri Wallon, explique :
« Il faut agir ensemble : chaque année, les établissements organisent de manière isolée des journées de grève qui n'ont aucun impact sur les décisions du gouvernement. Cette semaine, nous avons réalisé que les autres établissements rencontrent les mêmes difficultés. Beaucoup ont décidé de nous rejoindre. »"
Incroyable! Ils devraient créer un syndicat pour se coordonner.
Ah, on me dit que ça existerait déjà...
De papy55
prof. en province | 11H44 | 09/02/2010 |
Je ne suis pas en poste dans un établissement "sensible" de la région parisienne, je suis au contraire dans un établissement provincial au croisement d'un monde rural et industriel (en pleine déconfiture, en particulier pour l'industrie), mais j'imagine très bien ce qui est vécu par mes collègues plongés dans la grande marmite, car depuis quelques années notre quotidien évolue vers le fond à vitesse grand V!
Même dans les classes réputées "au sommet" (type classes scientifiques), la motivation et le comportement des élèves se "normalisent".
Les enseignants de plus en plus déconsidérés (par la hiérarchie en particulier!), des exigences de moins en moins élevées en matière scolaire, ce qui permet de valider les évolutions en termes de programme et d'organisation, des coupes à la hache programmées dans le but essentiel de réduire les coûts, mais parées des habits de la modernité, et finalement de préparer un enseignement public minimaliste au profit d'un enseignement privé.
Tout ça pour un grand bon en arrière, dans une société où les enfants seront classés et orientés dès leur plus jeune âge essentiellement en fonction de leurs origines sociales !