A la une 09/02/2010 à 12h37

Alli : la pilule amincissante fait même maigrir ses ventes


Alli essaie de relancer le buzz. Ses ventes ont connu une chute vertigineuse ces derniers mois.



Une tirelire (Bradipo /FLickr)

Les affiches de publicité pour la pilule anti-obésité Alli refont leur apparition. Une deuxième vague, après celle qui avait accompagné son lancement français en mai 2009. Même si la pilule - plus laxative qu'amincissante - reste l'une des meilleures ventes de médicaments sans ordonnance, les chiffres parlent d'eux-même.

Dans les premières semaines, 60 à 70 000 boîtes s'arrachaient chaque semaine en pharmacie. Aujourd'hui, il s'en écoule entre 8 000 et 10 000, d'après les chiffres fournis par les laboratoires GlaxoSmithKline, responsables de la pillule. Aux Etats-Unis, les ventes avaient suivi la même pente après le lancement d'Alli en 2007.

L'obésité est-elle donc en voie de disparition ? On dirait plutôt que le bouche-à-oreille n'est pas le meilleur allié d'Alli.



La pillule Alli (DR)

Un coupe-faim entre 60 et 120 euros par mois

L'agence française de sécurité sanitaire Afssaps, dans son rapport publié à la mi-décembre, signale un risque qui n'était pas encore avéré à l'époque du lancement : une inflammation du pancréas, connue sous le nom de pancréatite. Nous avons contacté Laetitia, une ancienne utilisatrice d'Alli qui affirme avoir passé deux jours en observation dans un hôpital de l'Eure :

« Au bout d'un mois de traitement, j'ai eu des vertiges, des maux de ventre, la nausée du matin au soir. J'ai mis du temps à réagir, je croyais que c'était parce que je maigrissais et que mon corps accusait le coup... Un soir, j'allais tellement mal que j'ai fini aux urgences.

L'état de mon pancréas les a étonné, car je n'avais aucun précédent. Quand j'ai mentionné Alli, ils ont réagi au quart de tour et m'ont dit d'arrêter tout de suite le traitement. Les douleurs ont fini par se calmer. De retour chez moi, j'ai dû rester allongée pendant une semaine. »

Le contenu de la boîte a fini dans le lavabo, malgré le prix élevé du traitement (de 60 à 120 euros par mois pour la posologie recommandée, selon le prix pratiqué par les pharmacies et le format des boîtes). Laetitia assure qu'elle ne prenait qu'un seul cachet par jour, au lieu des deux prescrits.

La redoutable « punition des toilettes »

Sur des forums médicaux tels que Doctissimo, il est fréquent de lire des témoignages d'utilisatrices (81% des utilisateurs d'Alli sont des femmes, selon l'Afssaps) qui ont abandonné le traitement à cause de douleurs plus bénignes... [[ADSENSE]]ou tout simplement parce qu'elles n'ont pas maigri d'un gramme.

Même chez les utilisatrices satisfaites, un constat se répète : la peur de manger causée par la redoutable « punition des toilettes » est bien le seul miracle qu'on puisse lui attribuer.

Les laboratoires GlaxoSmithKline, par la voix de la pharmacienne responsable Caroline Petit-Keller, reconnaissent sans trop de mal que l'efficacité d'Alli réside en grande partie dans cet effet :

« Notre message principal, c'est l'éducation. Si les gens apprennent à se nourrir de façon équilibrée, c'est un plus. (...) En lui-même, le traitement permet de maigrir de 5 ou 6 kilos en l'espace de six mois. Si les gens trouvent un bénéfice dans ce rôle de coupe-faim psychologique, ça ne pourra que les aider à obtenir de meilleurs résultats. »

Pour les pharmaciens, une campagne d'affichage « à la limite du légal »

La nouvelle campagne de pub a été lancée début janvier, juste au lendemain des fêtes. Pendant que le miroir nous reprochait nos excès de foie gras et de frangipane, Alli en profitait également pour atterrir dans les pharmacies suisses. Etonnant (ou pas), les lancements français et américain avaient eu lieu quelques semaines avant l'épreuve du maillot de bain estival.

« Il est logique d'avoir des campagnes liées à une certaine saisonnalité, mais il n'y a aucune volonté d'incitation. On est concerné ou on ne l'est pas », rétorque GSK.

Michel Laspougeas, président du Conseil national de l'ordre des pharmaciens, a du mal à y croire. Même si l'efficacité du traitement est plus en cause que ses risques pour la santé, il déplore cette ambigüité et accuse Alli de vouloir brouiller les cartes :

« Le timing de cette nouvelle campagne d'affichage n'est pas innocent. C'est systématique, depuis son lancement américain. La campagne publicitaire qui entoure Alli est toujours ambigüe, à la limite du légal. Ils essaient de jouer sur le côté “ diététique ”, pour les personnes qui désirent perdre quelques kilos, alors qu'il s'agit d'un médicament dont l'usage devrait être contrôlé et encadré. »

Mésusage

Or, la perte de kilos dus à quelques excès n'a rien à voir avec l'utilisation normale de ce traitement, strictement réservé aux personnes en surpoids. Une étude de l'Afssaps indique que le « mésusage » de ce traitement concerne 1 utilisateur sur 6. Un chiffre qui ne risque pas de baisser avec cette confusion des genres.

Du côté de GlaxoSmithKline, on se dédouane :

« Le patient a sa part de responsabilité dans son information sur le produit. De notre côté, nous menons des opérations de sensibilisation auprès des professionnels de santé pour qu'ils fournissent le meilleur conseil possible. Nous leur faisons pleinement confiance. »

Tellement confiance qu'à l'origine, les affiches soumise par GSK au service du contrôle des publicités de l'Afssaps comportaient des lacunes bien précises, comme l'explique une responsable :

« Il n'y avait pas de mention concernant la population ciblée. C'est à dire qu'on ne savait pas trop, à première vue, s'il s'agissait d'un produit diététique ou d'un médicament contre l'obésité chronique.

Même chose pour la durée maximale du traitement, qui en réalité ne doit pas dépasser les 6 mois. La nécessité de consulter un médecin avant d'entamer le traitement ne figurait pas non plus clairement dans cette campagne. »

Corrections le 11/02/2010 : les femmes représentent 81 % des utilisateurs, et non 83 %. De plus, l'indice de masse corporelle de 28 n'est pas décrit par l'OMS comme une situation « d'obésité », mais de « surpoids ». L'agence de communication Capital Image m'a également signalé l'existence de boîtes « grand format », pour une durée d'un mois, au prix de vente conseillé de 60 euros. Ce prix ne tient pas compte des marges opérées par les pharmaciens.

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  • A déménagé le 02-02-2012-2
    • Posté à 14h06 le 09/02/2010
    • Internaute
      non connue

    la redoutable « punition des toilettes »

    Alli est donc un merveilleux remède anti-tussif.

  • lestaq
    • Posté à 14h31 le 09/02/2010

    Dans un pays de l'océan indien où j'habitais, les journaux étaient
    souvent ornés d'une jolie pub : Jeune femme en maillot de bain,
    bien ronde , mignonne esquisse de double menton (puissant symbole érotique).
    Le slogan ? « Mesdames , n'ayez plus honte à la plage ,
    prenez la pilulle X , la pilulle qui fait grossir !

    Autenthique

  • jmetten
    jmetten
    informaticien
    • Posté à 14h45 le 09/02/2010
    • Internaute
      informaticien

    J'ai déjà eu l'occasion de réagir lors du premier article paru lors de la sortie de ce médicament. J'avais mis alors en exergue le fait que certains pharmaciens refusait de délivrer le produit pour des raisons qui ont été depuis largement mises en avant ici même ou dans d'autres presses. l'Afssaps recommande depuis le passage par la case « Médecin » avant de se procurer Alli, ce qui aurait dû être la règle depuis le début. D'ailleurs, la plupart des patients qui nous fait des demandes au comptoir ne remplissaient pas les conditions de prescription de ce médicament, ce qui ne les a pas empêché pas d'insister pour se le procurer ! Je suppose qu'ils seront allés vers d'autres officines moins regardantes....

  • Lictor
    • Posté à 14h58 le 09/02/2010

    Cette pilule est une arnaque... Le problème n'est pas de savoir si elle fait maigrir, il est de toute façon très facile de faire maigrir, même avec les régimes les plus débiles. Le vrai problème d'Alli, c'est de savoir de combien ça va faire grossir à long terme !

    En effet, comment marche Alli ? Très simplement. La pilule inhibe une enzyme pancréatique qui est reponsable de la digestion de graisses. Donc, on ne digère plus qu'un pourcentage des graisses présentes dans l'alimentation. Le reste continue son trajet dans l'intestin. Ces graisses non digérées seront soit métabolisées par la flore intestinale (avec émissions de gas), soit éliminées dans les selles (qui seront donc grasses et bien lubrifiée). C'est ce qui occasionne les diarhées : graisses + gas = urgence.
    Mais le mécanisme général est là : Alli fait disparaitre par magie une partie du bol alimentaire. On bouffe autant qu'avant mais on perd du poids (un peu). Du coup, on finit par se conditionner à manger plus.

    A l'arrêt de la pilule, dans le meilleur des cas, on va reprendre au moins une partie du poids qu'on aura perdu. Dans le pire des cas, on aura posé les base pour une future obésité ou un TCA : on se sera conditionné à manger plus et à se sentir mal après un repas (ballonnement, diarhée). Et on se sera au passage initié à la pensée magique : plutôt que faire à son problème psychologique (dismorphophobie ou simple mal être) ou physique (se préoccuper de ce qu'on a dans son assiette), on aura appris à attendre une résolution magique, sous forme de pilule ou autre, à ses difficultés. Des fondations excellentes pour développer une obésité.

  • Nicolas Gauduin
    Nicolas Gauduin répond à jmetten
    Auteur(e) de l'article
    • Posté à 15h48 le 09/02/2010

    ==> jmetten

    Autre technique d'après les témoignages, encore plus facile : la copine « en surpoids » qui fait le tour des pharmacies et achète les pilules pour ses amies. Pas d'ordonnance, achat non nominatif...

    Inutile de vous dire que lorsqu'on raconte ça aux services de com », ils assurent avec le plus grand sérieux que cette possibilité ne leur était jamais venue à l'esprit...

  • Lictor
    Lictor répond à heretok
    • Posté à 17h49 le 09/02/2010

    D'ailleurs, les concepteurs de la pilule savent très bien que ça ne marche pas : on nous cite tout le temps les chiffres à 6 mois ! On n'évalue pas un traitement médical à 6 mois, mais à 5 ans (= à vie).
    A 6 mois, la plupart des régimes et traitement ont de bons résultats. Le gros défit, c'est sur la longue durée : à 5 ans et au delà. Et là, les chiffres de la plupart des approches sont catastrophiques. On peut supposer qu'Alli n'a rien d'exceptionnel de ce point de vue...

    Et on ne parle pas non plus des effets secondaires à long terme. Pour maintenir les résultats d'Alli à vie, il faudrait également en consommer à vie. Hors, quand on fait disparaitre les lipides de la digestion, on ne fait pas disparaitre que des calories ! On embarque également un nombre considérable de nutriments : les vitamines liposolubles (A, D, E, K...), les acides gras essentiels (oméga-3, oméga-6)... Il y a très peu de recul la dessus, mais avec un médicament en vente libre, on aura nécessairement des gens qui vont rester 1 an, 2 ans, 5 ans voire beaucoup plus sous Alli. Donc, avec des carences nutritionnelles importantes et prolongées... On peut déjà prédire une certaine quantité de mannequins ou actrices qui vont se retrouver avec de l'ostéoporose ou des troubles cardiaques à 40 ans...