Mon, 02/08/2010 - 13:24

Que risque-t-on en allant sur un site de streaming illégal ?


Le risque d’être poursuivi pour avoir regardé en streaming un film piraté est quasi-inexistant. « Quasi », car certains juristes tatillons estiment que, même s’il n’y a pas de téléchargement, les internautes se montrent bel et bien complices de piratage.

D’abord, se demande Watashi_baka, « comment savoir si un site de streaming est légal ? » Comme le note G-Y.M, « un peu de bon sens » suffit. Il y a des « règles évidentes », confirme Stephanemot : la qualité de l’image, les logos tronqués ou les liens vers lesquels renvoie la vidéo peuvent être autant d’indices.

Des sites légaux avec des contenus illégaux

La subtilité, comme le note Guyome, c’est que l’essentiel n’est pas la légalité du site : c’est celle de ses contenus. On peut en effet distinguer deux catégories de sites de streaming :

  • De l’autre côté, des sites comme Dailymotion ou YouTube. Puisqu’ils sont alimentés en vidéos par les internautes, on y trouve de tout, du légal comme de l’illégal. C’est à eux de faire le ménage sur leurs pages et d’y faire respecter le droit d’auteur.

Dans les deux cas, le simple spectateur n’a pas grand-chose à craindre. Si la justice doit poursuivre quelqu’un, c’est le site qui a diffusé la vidéo et l’internaute qui l’a piratée et mise en ligne.

Celui qui s’est contenté de regarder la vidéo ne peut pas être reconnu coupable de contrefaçon, puisqu’il ne l’a pas téléchargée et n’a donc pas réalisé de copie. Tant mieux pour lui, puisque ce délit est sévèrement puni : jusqu’à trois ans de prison et 300 000 euros d’amende.

Mais ce n’est peut-être pas aussi simple que ça, affirment certains juristes.

Un stockage provisoire de la vidéo sur votre ordinateur

D’abord, s’il n’y a pas « contrefaçon », il pourrait y avoir « recel de contrefaçon ». Selon l’article 321-1 du Code pénal, le recel est notamment « le fait, en connaissance de cause, de bénéficier, par tout moyen, du produit d’un crime ou d’un délit ». La subtilité est dans le « en connaissance de cause » : un internaute peut-il vraiment ignorer qu’il regardait une vidéo piratée ?

Ensuite, peut-on vraiment affirmer que la vidéo n’a pas été copiée sur l’ordinateur ? L’internaute n’a téléchargé aucun fichier, mais le streaming nécessite le stockage provisoire des données. C’est une copie provisoire de la vidéo, mais une copie quand même, donc une contrefaçon.

Si vous regardez « Lost » en streaming avant sa diffusion sur TF1, pas d’affolement. Ces interprétations tatillonnes du droit ne convainquent pas tous les juristes ni tous les juges.

La jurisprudence sur la question est limitée. La principale décision concerne d’ailleurs un cas extrême, celui d’un internaute ayant consulté un site de streaming pédophile. Il avait été poursuivi pour « détention d’images ou représentations de mineurs à caractère pornographique ».

En 2005, la Cour de cassation a estimé qu’il n’y avait pas eu « détention » des images. Certes, il y avait eu « mise en mémoire » des images, mais de manière automatique. Finalement, cet internaute « n’avait fait que laisser une trace de son passage sur les sites pornographiques consultés ». Selon cet arrêt, le streaming ne peut donc pas être assimilé à du téléchargement.

« Ce n’est pas pertinent de s’attaquer au public »

L’autre argument, celui du « recel de contrefaçon », ne persuade pas Cédric Manara, professeur de droit à l’Edhec et spécialiste d’Internet :

« Ça ne tient pas la route. Le droit d’auteur repose sur le contrôle de l’exploitation : on cherche la responsabilité de celui qui diffuse le signal, jamais celle de celui qui reçoit le signal.

On pourrait imaginer des montages juridiques, mais il faut interroger leur pertinence. Des artistes ont poursuivi YouTube et Dailymotion, ils ont cherché à obtenir les coordonnées de ceux qui avaient diffusé les vidéos, mais jamais celles des internautes qui les avaient regardées. Ce n’est pas pertinent de s’attaquer à son public. »

La loi Hadopi ne devrait rien y changer. Elle vise le téléchargement illégal, même si ses défenseurs affirment maintenant que l’Hadopi s’intéressera aussi au streaming. Contrairement à l’utilisateur de réseaux peer-to-peer, le simple spectateur d’un site de streaming pourra difficilement être identifié et poursuivi.

Si un site vous propose en streaming « Avatar » ou des épisodes de « Lost » inédits en France, c’est donc à vous de voir : vous pouvez fuir, au nom du respect du droit des auteurs, ou choisir de profiter de l’aubaine, sans trop de craintes.

Merci à G-Y.M, Stephanemot et Guyome pour leurs contributions.

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A lire aussi sur Eco89 :

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Ailleurs sur le Web :

Une analyse des risques juridiques du streaming illégal, sur Journaldunet.com

L’arrêt de la Cour de cassation en 2005 sur le streaming

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  • 7 réactions
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  • G-Y.M
    G-Y.M
    Consultant
    • Posté à 16h06 le 18/09/2009
    • Internaute 40499
      Consultant

    Un site de streaming n’est ni légal ni illégal. En revanche reste à savoir s’il a le droit ou non de diffuser les vidéos inscrites. Par exemple, Google Vidéo ou Dailymotion font régulièrement le ménage pour retirer des vidéos dont ils n’ont pas les droits de diffusion.
    Un peu de bon sens vous aidera à savoir si le site a ou pas le droit de diffuser la vidéo que vous regardez.

    Pour la question de ce que l’on risque, je ne suis pas spécialiste du droit mais je pense certainement pas grand chose...

  • Stephane MOT
    Stephane MOT
    Author & Chief AtoZ Officer
    • Posté à 03h23 le 01/10/2009
    • Internaute 17943
      Author & Chief AtoZ Officer

    pour commencer le site peut etre legal, le contenu legal, le diffuseur legal, mais le public dans l’illegalite (ie pas majeur pour certains contenus).

    quand un contenu est accessible est disponible en streaming sur un site, c’est que quelque part ce contenu a ete cree, souvent edite (yc decoupage en sequences, ajout de musique - souvent illegalement -, parodie detournant une video...), qu’il a ete accepte sur le site, que le site supporte la technologie de streaming employee, que le public a acces a ce site et a cette technologie (ex mon browser supporte ce player)...

    la plupart du temps, l’illegalite releve d’un utilisateur du site qui y installe un contenu qui ne devrait legalement pas s’y trouver, et le site est plus ou moins complice du crime : il se refugie d’habitude dans ses mentions legales, les avertissements a l’utilisateur au moment d’uploader le contenu (ex « vous confirmez que vous etes detenteurs des droits de cette oeuvre et vous en acceptez la diffusion sur ce site », rappel de la loi...), un outil d’alerte en cas de contenu illegal (ce que j’appellerai l’« outcroudsourcing » de la moderation...)...

    pour l’utilisateur respectueux de la loi, il est parfois difficile de s’y retrouver, meme avec un minimum de bon sens : une video amateur d’un homme se cognant dans une porte peut etre totalement illegale, meme si la personne qui l’a mise en ligne en est l’auteur (ex la victime n’a pas donne son accord pour la diffusion).

    pour chaque contenu, il convient de se poser des questions a partir des differents « metiers » concernes tout au long de la chaine. Plus il y a d’acteurs plus le risque juridique est grand :

    - contenu : producteur, createur, editeur, detenteurs de droits...
    - media : au-dela du site sur lequel vous visionnez le contenu, il existe souvent un media d’origine (ex serie TV)
    - distribution : plateforme technique (ex YouTube, parfois dans le role du media - youtube.com, parfois en enabler)...

    parfois le producteur privilegie une plateforme proprietaire. quand je mets en ligne sur mon blog Lien, je ne prends aucun risque car NBC s’occupe de tout : il formate l’extrait du programme de sa propre chaine, autorise la diffusion de ce module parfaitement verrouille, et gere directement les droits internationaux (ex un visiteur consultant mon site depuis la Chine ne peut pas visionner cette video, gratuite uniquement pour les internautes americains).

    quelques regles evidentes :
    - avant de streamer le contenu, verifier ce qu’il y a dessus et autour : une image de Cristiano Ronaldo en plein match avec dans le coin haut le logo de TF1 , dans le coin bas une incrust mal ficelee (ex « Lien “), en dessous ‘telecharge par XXX-XX-XXX-XX’ et en adresse URL ‘Lien ... c’est louche. consulter les rubriques corporate’ du site apporte d’autres indices (ex actionnaires, eventuels partenariats / exclusivites contenus...).
    - YouTube & co font des progres de transparence. Ainsi DailyMotion propose-t-il sur son player le bandeau ‘official content’ pour ses partenaires contenus eux-meme labbelises ‘official user’.
    - les sites les plus rigoureux sur les droits sont les grands media ‘traditionnels’ - ils citent systematiquement les sources et les droits, et ne laissent generalement pas les internautes polluer leur site, ou alors creent une unite independante pour limiter les risques juridiques. Par exemple CNN avec iReport.com : beaucoup de contenus illicites sur le site web, mais les videos selectionnees pour un passage TV sont verifiees et blindees juridiquement.

  • guyome
    • Posté à 17h19 le 08/10/2009
    • Internaute 11884

    Ce n’est jamais un site qui est illégal, c’est son contenu. Or la législation sur le droit d’auteur étant complexes, les information sur les licences souvent indisponibles,et les utilisateurs peu rigoureux, tu peux être a peut près sûr que tout les sites de streamings « user-generated-content » (youtube, ...) ont des contenu illégaux.

    Mais, comme c’est l’éditeur qui est responsable, tu peux profiter des vidéo/film comme tu veux.