ENQUETE 08/02/2010 à 12h05

La stévia, l'édulcorant naturel qui menace l'aspartame


Un nouvel édulcorant de table est autorisé depuis peu en France : la stévia. Le marché du sucre est en ébullition.


Un agriculteur paraguyen montre des feuilles de stévia, en juillet 2007 (Jorge Adorno/Reuters)

Une plante controversée débarque dans les cuisines françaises : la stévia (stevia rebaudiana), un édulcorant naturel qui pourrait bientôt remplacer le sucre de canne et le sucre de betterave. Aussi appelé rébaudioside A, cet édulcorant a la capacité de sucrer 200 fois plus que le sucre classique et peut servir à la confection de pâtisseries, confiseries, boissons et autres.

Alors que la stévia est consommée au Japon depuis plus de 30 ans, vendue sous forme de poudre blanche, cette alternative naturelle au sucre classique peine à s'installer en Europe, notamment en France.

Longtemps banni au motif que son innocuité n'était pas suffisamment prouvée, le rébaudioside A n'est autorisé sur le territoire français que depuis septembre 2009. La France a été le premier pays européen à l'autoriser, jusque-là en tant que simple complément alimentaire. Sa commercialisation sous forme d'édulcorant de table vient d'être légalisée dans un arrêté publié le 15 janvier au Journal officiel.

D'origine sud-américaine, c'est dans son feuillage que la stévia synthétise des édulcorants naturels : des stéviosides, des stéviols et des rébaudiosides. Ces composés à fort pouvoir sucrant ne contiennent aucune calorie.


Un pot de stévia en poudre (Akajos/Flickr)

Un nouveau venu sur le marché du sucre

Mais les fabricants d'édulcorants de synthèse ne veulent pas voir s'implanter un concurrent, 100% naturel de surcroît.

Les géants de l'agroalimentaire ont donc pris les devants et verrouillé le marché : la société Mérisant, qui produit et commercialise Equal, Canderel et d'autres édulcorants dans le monde entier, détient plus du tiers du marché des édulcorants de table basses calories, estimé à un milliard et demi de dollars.

Mérisant s'est ainsi associé à Pepsi pour fabriquer des sucrettes à base d'extraits de stévia et conquérir le marché français.

La crainte des lobbies de l'aspartame

Dans une interview donnée à France Info en octobre 2009, Philippe Reiser, directeur scientifique du Centre d'études et de documentation du sucre (Cedus), démentait tout lobbying des fabricants pour limiter l'autorisation des extraits de stévia :

« C'est nous donner beaucoup de crédit que de considérer qu'il y a eu une pression efficace qui aurait visé à empêcher l'autorisation d'un nouvel édulcorant. Je pense que c'est un compétiteur sérieux des édulcorants artificiels, de l'aspartame en particulier, mais pas du sucre classique. »

Coca Cola et Pepsi se sont pourtant empressés de déposer un brevet sur le rébaudioside A et de s'en servir en tant qu'édulcorant pour la fabrication de boissons qui devraient arriver la France cette année. Aux États-Unis, de nouvelles boissons à base de stévia sont d'ailleurs déjà commercialisées, comme le Sprite Green de Coca Cola.

Au Japon, la stévia occupe déjà 40% du marché des substituts du sucre. Une vraie menace que les lobbies de l'aspartame ont essayé d'enrayer en faisant pression sur la Commission européenne. La stévia a été soupçonnée d'engendrer des troubles de la fertilité, mais l'Organisation mondiale de la santé (OMS) a statué en 2008 et le rébaudioside A est officiellement blanchi de tout soupçon.

Edulcorant de luxe

Le 11 décembre 2009, l'Agence française de sécurité sanitaire des aliments (Afssa) a émis un projet d'arrêté modifiant l'autorisation de septembre 2009 relatif à l'emploi du rébaudioside A comme additif alimentaire. Alors que ce composé serait thermiquement instable au-delà de 120°C, l'arrêté a malgré tout été publié en janvier.

En outre, il reste encore interdit de consommer les feuilles de la stévia séchées et broyées comme le faisaient les Indiens Guarani pour adoucir leurs tisanes.

En tant qu'édulcorant, sa consommation n'induit pas de hausse de la glycémie et est par conséquent tolérée par les diabétiques. Un bémol : son prix, qui pourrait freiner son invasion. Il faut débourser 9,90 euros pour 50 grammes de poudre, ce qui le rend dix fois plus cher que l'aspartame. Malgré tout, la stévia pourrait remplacer d'ici cinq ans de 20 à 25% des édulcorants de synthèse.

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  • rilax13
    • Posté à 12h15 le 08/02/2010

    il y a comme quelques erreurs dans votre article
    il n'est pas autorisé comme édulcorant de table..
    Lien

    ensuite comme le montre cet article ce n'est pas un dérivé naturel, et pour cause l'extraction de ces molécules est brevetée et par conséquent on favorise la compagnie qui détient ces brevets. l'usage de la plante 100% naturelle est elle en revanche interdite !
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  • jeffouletofou
    jeffouletofou
    cddiste
    • Posté à 12h16 le 08/02/2010
    • Internaute
      cddiste

    « En outre, il reste encore interdit de consommer les feuilles de la stévia séchées et broyées comme le faisaient les Indiens Guarani pour adoucir leurs tisanes. »

    comme dab .... mai s n'y voyez bien sur rien d'anormal, rien qui laisserait penser que tout est fait encore une fois pour que l'industrie s'empare de la molecule et interdise l'utilisation de la plante.

  • Contestatairieux
    Contestatairieux
    (un de ces fameux travailleurs (...)
    • Posté à 12h28 le 08/02/2010
    • Internaute
      (un de ces fameux travailleurs (...)

    Un substitut du sucre, de surcroît naturel, au pouvoir sucrant 200 fois supérieur... Et ça existe depuis la nuit des temps... Vivement que ça débarque massivement en France !
    Quand je pense à tous ces industriel qui nous refourgue de la merde « sucrée “ depuis tout ce temps ! On est vraiment que des cons à ne pas réagir et à gentiment subir...
    En tout cas, moi, j'en veux ! Et de la bonne, puisque ça vient d'Amérique Latine ! (oh, le vilain cliché ! )

  • pipolino
    • Posté à 12h29 le 08/02/2010

    Vous dites :
    « Le marché du sucre est en ébullition. »
    Ça prête à confusion, c'est le marché des édulcorants de synthèse puisque le sucre est déjà remplacé par les industriels.

    « Mais les fabricants d'édulcorants de synthèse ne veulent pas voir s'implanter un concurrent, 100% naturel de surcroît. »

    Ben voyons, ils préfèrent nous refiler de la chimie, alors que la stévia est naturelle et supportée par les diabétiques.
    Mais quand même « La stévia a été soupçonnée d'engendrer des troubles de la fertilité, “

    Mieux vaut consommer du vrai sucre si on n'est pas diabétique.

  • zaichonok
    zaichonok répond à rilax13
    bobo bio
    • Posté à 12h41 le 08/02/2010
    • Internaute
      bobo bio

    l'article du journal officiel semble pourtant bien autoriser son utilisation comme édulcorant de table, cf dernière ligne du tableau de l'annexe 2,
    ou alors il y a une subtilité quelque part ?

  • Chotella
    Chotella
    jardinière
    • Posté à 12h49 le 08/02/2010
    • Internaute
      jardinière

    Une petite précision : l'article que vous citez (Lien...) concernant l'interdiction de la stevia comme édulcorant de table date du 18 décembre 2009. Or, comme le précise l'article de rue 89, la stevia est autorisée à la vente comme édulcorant par l'arrêté du 15 janvier 2010. On en trouve désormais dans les magasins de diététique et de produits bio.
    En outre, il est interdit de consommer ses feuilles séchées pour sucrer son thé ou ses tisanes, mais... on peut toujours la cultiver...
    Enfin, prétendre qu'un produit nouveau venu sur le marché - et susceptible de faire concurrence aux produits existants - est toxique, est une manoeuvre destinée à infiltrer le doute dans l'esprit du public afin de retarder l'adoption de ce nouveau produit.

  • Yvon le Zébulon
    Yvon le Zébulon
    L'homme d'esprit n'est pas seul (...)
    • Posté à 13h10 le 08/02/2010
    • Internaute
      L'homme d'esprit n'est pas seul (...)

    L'aspartame est loin d'être un additif inoffensif. Voyez vous même sur Internet de quoi il est soupçonné, voire plûtôt accusé.

    J'ignore si la molécule extraite des feuillent de Stévia constituront un bon substitut à cet aspartame (et au vrai sucre) - mais il y a fort à parier que les fabricants de boissons et autres desserts soit-disant light se battront pour en avoir la primeur.

    Souhaitons pour les vrais diabétiques que ce produit soit bon, parce que franchement, le « goût sucré » est celui que spontanément, notre organisme adore...et ceci dès la naissance.

    Toutes les autre saveurs (amertume, salé, acidité, âcreté) font faire la moue aux nourrissons.

  • Enki
    • Posté à 13h22 le 08/02/2010

    Etonnant que le rébaudioside A soit autorisé depuis qu'un brevet sur son extraction à partir de la stévia ait été déposé, alors que l'usage naturel de la plante ne le serait pas.

    Etrange principe de précaution sur une plante d'usage courant depuis 30 ans au Japon.

    Lors de la découverte de E951 (l'aspartame) par accident en 1965, puis de son autorisation de mise sur le marché accordée, puis retirée, puis réaccordée aux EU en 1974, il fut accusé de tout les maux. Lorsque sa commercialisation se développa, tout les doutes sur son inocuité furent démentis. Autorisé en France en 1988, les doutes à son sujet ne sont toujours pas dissipés, il reste qu'il rentrerait dans plus de 75% des réactions aux additifs alimentaires rapportées à la FDA (Food and Drugs Administration, EU).

    Tout cela est un peu flou. A noter que Donald Rumsfeld, secretaire général de la Maison Blanche en 1974 devint ensuite directeur général de G. D. Searle & Company, l'entreprise qui fabrique et vend l'aspartame sous le nom de NutraSweet.

    Le goût du puissant édulcorant naturel synthétisé dans les feuilles de stévia n'est pas parfaitement neutre, il est légèrement réglissé. C'est un moindre mal pour un diabétique, ce n'est pas inintéressant pour les amateurs de thé et patissiers, à noter qu'il résiste à une température de 200°C.

    La culture en est très accessible, une bonne page ici :
    Lien

    Les semences, et parfois des plants sont disponibles sur internet, chez ethnoplants notamment :
    Lien

  • Unglorious worker
    Unglorious worker
    sceptique à temps partiel
    • Posté à 14h28 le 08/02/2010
    • Internaute
      sceptique à temps partiel

    Sans vouloir me faire l'avocat du diable, le label 100% naturel est il vraiment suffisant pour garantir une innocuité totale ?
    Mettons que cet édulcorant devienne une alternative de poids aux édulcorants classiques et que la stévia soit cultivée en encore plus grandes quantités : ou seront cultivés ces plantes, dans quelles conditions de travail, sur quelles surfaces agraires, au prix de quelles déforestations...
    Allons nous assister à une énième catastrophe écologique et sociale, comme celle de la culture des palmiers à huile, pour satisfaire nos lubies occidentales ?

  • Zeki
    Zeki répond à pipolino
    Curieux de tout
    • Posté à 17h45 le 08/02/2010
    • Internaute
      Curieux de tout

    L'utilisation en remplacement du sucre chez les diabétiques ou les hypertendus pour le côté santé.
    La très faible valeur calorique pour un pouvoir sucrant 300 fois supérieur au sucrose pour le côté diététique (100grammes de stevia=30 Kg de sucrose).
    Ensuite manger une herbe (avec ses multiples composés complexes) représente un apport plus intéressant que manger du sucre raffiné question nutrition.

    Économiquement aussi, le sucre raffiné coute cher et sa production dépends de ressources qui peuvent être localisées dans des zones éloignées (comme la canne à sucre).
    Par exemple l'europe justifiait la traite transatlantique et l'esclavage par le besoin de mettre de mettre du sucre sur la table des européens à moindre coût.
    C'est suite au blocus anglais sur l'empire français (privé de ses importations de la caraibe) que Napoléon a encouragé les recherches sur la betterave.
    Le développement du sucre à partir de la betterave sucrière permettait de se passer partiellement des importations en provenance du Brésil, actuellement 500 millions de tonnes de sucre de canne/an (ou l'Inde, la Chine Thailande etc) au profit d'une production en France 30 millions de tonnes/an (ou USA, Allemagne, Russie etc).

    Je vous laisse imaginer l'importance d'un nouveau mode de consommation et de production du goût sucré sur l'agro-alimentaire et l'économie (sans même aborder la question de santé publique vis à vis du sucre et de la toxicité de l'aspartame).

  • lilialbazar
    • Posté à 22h09 le 08/02/2010

    vous pouvez trouver de la stévia dans les magasins bio. évidemment que le goût peut surprendre au début : il n'y en a pas et la saveur sucrée est si naturelle qu'après s'être envoyé du faux sucre pendant des années ça change.
    perso c'est en mangeant des pâtisseries sucrées, non bio, que je m'aperçois que je les trouve trop sucrées, évidemment je ne mange que du sucre complet depuis des années. donc vous allez trouver la stévia « fade »,
    mais quand on sait que l'aspartam c'est le pire des poisons..........
    maintenant suite à l'article, dont je suis contente qu'il sorte au grand jour, j'espère que le plus grand nombre va découvrir le pouvoir des lobbies et comment on nous prend pour des c...

  • cam.
    cam. répond à Lictor
    • Posté à 22h33 le 08/02/2010

    le stevia est déjà en vente aux etats unis et surtout au Canada depuis des années ..
    je m'en rapporte sous tout ses formes : poudre blanche, verte, et surtout en extrait liquide ...
    les quantité nécessaire sont minimes .. une goutte ...
    j'ai même tenter la culture en pot ... ( car la culture a des fins ornementale est autorisée en France ( je me marre car ce n'est pas tres « jolie » comme plante ) mais je trouve que la poudre verte obtenue soi même a un gout de foin ..
    je connais des diabétiques qui l'utilisent et qui sont heureux de trouver un substitut naturel ..
    les lobbies du sucre et des édulcorants ( soyons clair : ce sont les même qui possèdent le sucre et les édulcorants de synthèse) ont lutter contre l'arrivée du stevia que l'on trouve au japon certes , au canada , aux etats-unis mais aussi par certains biais en Belgique et en suisse ...