En Iran, la tortue de la démocratie rattrape le lièvre de la bombe
Mahmoud Ahmadinejad, le président iranien, a fait dimanche une annonce sur le dossier nucléaire qui marque un durcissement du bras de fer avec les puissances occidentales. Mais elle pourrait fort bien n'être qu'une manoeuvre politique pour mobiliser les Iraniens contre le Grand Satan étranger, peu avant ne journée de manifestation de l'opposition.
Le 11 février, en effet, la République islamique célèbre le 31 anniversaire de la Révolution de 1979, et, comme à chaque rendez-vous du calendrier depuis les élections contestées de juin, l'opposition entend faire entendre sa voix, en dépit de l'interdiction de manifester.
Fini l'adjectif « islamique », vive la « République d'Iran » tout court
Regardez cette vidéo qui circule sur le web et qui appelle à « répeter l'histoire » le 22 Bahman (11 février dans le calendrier persan), c'est-à-dire faire une nouvelle révolution pour instaurer, comme le dit un slogan « bombé » sur un mur dans cette vidéo, une « République iranienne » d'où le mot « islamique » aurait été effacé (traduction de Bamchade Pourvali au cours du débat Rue89/Forum des Images sur l'Iran, samedi soir à Paris). (Voir la vidéo)
Le rapport entre le nucléaire et la contestation populaire est implicite. Les dirigeants de l'opposition tel l'ex-candidat Mir Hussein Moussavi ne sont pas contre la stratégie nucléaire de l'Iran, mais Ahmadinejad l'utilise comme un instrument de mobilisation de l'opinion contre le reste du monde, et veut faire passer les opposants comme « vendus » à l'étranger.
Le lièvre nucléaire et la tortue démocratique
Lors d'un colloque sur l'Iran en novembre à la Fondation ResPublica, Bernard Hourcade, chercheur au CNRS et ancien directeur de l'Institut français de recherche en Iran, à Téhéran, a usé d'une métaphore éloquente :
« La bombe, c'est le lièvre, il court très vite, mais c'est souvent la tortue qui gagne. La tortue, c'est la démocratie, elle prend son temps. Mais seule sa victoire permettrait ne pas avoir une bombe, à la fin du jeu. »
Le « lièvre » court vite : dimanche, le président iranien a donc annoncé qu'il ordonnait la production d'uranium enrichi à 20% en Iran, en contradiction avec les résolutions du Conseil de sécurité de l'ONU, mettant fin, de facto, aux négociations visant à produire cet uranium enrichi en Russie, sous supervision internationale.
Comme on pouvait le prévoir, Ahmadinejad a provoqué des réactions sévères en Occident. Assez pour montrer à l'opinion publique iranienne que l'Iran est seul contre tous ses ennemis, une « victimisation » qui a marché par le passé.
La fuite en avant d'Ahmadinejad
Il n'est pas sûr que le stratagème marche encore, car, depuis une présidentielle dont une partie de la population estime qu'elle a été truquée pour permettre la réélection d'Ahmadinejad dès le premier tour, la cassure est profonde dans le pays.
Contrairement à ce que pouvait imaginer le pouvoir, tant religieux que politique, la contestation ne s'est pas arrêtée après la répression des folles journées de juin, à l'issue du scrutin. A chaque occasion, bravant les interdits, les Iraniens manifestent, qu'il s'agisse de la « Journée de Jérusalem », des fêtes religieuses chiites de l'Achoura ou donc de l'anniversaire du régime, jeudi.
Une panne providentielle qui a privé d'Internet beaucoup d'Iraniens
La contestation continue également via Internet, là encore malgré les mises en garde et les interdits. La semaine dernière, le gouvernement a mis en garde contre l'appel aux manifestations via SMS ou e-mails, et a prévenu ceux qui mettaient des vidéos en ligne via des proxys (qui permettent de contourner les blocages et les interdits) que la police pourrait les retrouver. Et le réseau Internet iranien a été amputé d'un tiers en raison d'une panne providentielle.
Le 11 février s'annonce comme une journée test, lourde de dangers d'affrontements de rue. Un test pour le pouvoir comme pour l'opposition. Et il est fort probable que la fuite en avant nucléaire de Mahmoud Ahmadinejad n'y changera rien.
► Soutien à l'opposition à Paris. Dès dimanche, la diaspora iranienne a commencé à manifester son soutien au mouvement pour la démocratie en Iran. Un rassemblement place de la République, à Paris, a réuni plusieurs centaines de personnes. Nouveau rendez-vous prévu jeudi, le même jour qu'à Téhéran.
Photos : manifestation de soutien au mouvement démocratique à
Téhéran, place de la République, à Paris, dimanche après-midi (Pierre
Haski/Rue89)

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De Chamaco
22H33 | 07/02/2010 |
J’ai de plus en plus de difficulté avec les papiers qui traitent de l’Iran.
Tout écrit fait dorénavant abstraction du droit d’un pays à posséder l’atome. La question est non seulement éludée mais elle n’existe plus. Ici on (Hourcade) va encore plus loin : la démocratie ou l’atome ! Telle est à présent l’alternative.
Il me semble pourtant pouvoir aligner aisément quelques contre exemples…
Mais bien entendu il est de bon ton de faire du suivisme. Le pays a été déclaré par « droit divin » comme étant le mal. D’autres avant lui ont fait l’objet d’un tel anathème, dont certains après de nombreux mensonges dont chacun semble faire peu de cas, ou au moins s’efforce d’oublier.
Ahmadinejad n’est pas un saint, il est facile d’en convenir. Mais « ceux d’en face » non plus.
Ne parlons pas des « opposants » qui bénéficient de l’appui de « ceux d’en face » et dont rien ne nous dit qu’ils ne deviendront pas les méchants à leur tour quand ils auront cessé de plaire.
En attendant, quelques pays continuent de faire le l’agit-prop, de façon à demeurer en position de force dans la région.
De cela jamais aucun papier ne parle, d’où peut-être mes difficultés à trouver ces écrits non pas informatifs mais plutôt orientés.
De Rodriguez
Papa | 00H24 | 08/02/2010 |
Vous ne m'entendrez jamais traiter le régime Iranien de vertueux. Pas plus que l'Occident qui utilise les concepts de démocratie et de droits de l'homme pour se servir.
M. Haski, souhaitez-vous que je vous cite des pays où des centaines de milliers de personnes ont investi les rues pour réclamer la liberté et la démocratie sans que les mêmes qui montrent ce zèle outrancier à l'égard de l'Iran, n'aient daigné lever le petit doigt? Au contraire, les dictateurs assassins ont été et sont reçu cycliquement à l'Elysée, à la Maison Blanche, au Downing Street et ailleurs..... La presse non plus ne dit rien!
Tout ce que vous devez savoir c'est qu'actuellement, les citoyens disposent suffisamment de jugeote et d'éléments pour analyser et comprendre eux-mêmes les conflits et les crises. Personne n'est dupe, vous faites partie des propagandistes anti-Ahmadjinedjad. Votre propagande ne passera pas cher certains du lectorat et ça vous devez le savoir. C'est tout ce que je voulais vous signifier.
De Pierre Haski (auteur)
Rue89 | 00H32 | 08/02/2010 |
Vous ne pouvez donc pas imaginer que les Iraniens puissent se soulever contre Ahmadinejad sans "faire le jeu" de l'Elysée, de la Maison Blanche etc. Et je pense d'ailleurs que les Occidentaux ont été les premiers surpris par les événements de juin, et, dans le cas d'Obama, même un peu embarrassé puisqu'il venait de proposer de dialoguer au pouvoir iranien. Vous pouvez me qualifier de "propagandiste anti-Ahmadinejad", ça ne change rien à ce qui se passe sur place, indépendemment de moi ou de vous, et qui a sa propre logique, interne. Votre anti-impérialisme vous fait perdre de vue les mouvements populaires qui ne cadrent pas bien avec les grilles de lecture idéologiques. Dommage.
De humanité classique
cultiveur de tout et rien | 00H39 | 08/02/2010 |
Internet n'est rien en Iran? Savez-vous qu'à l'arrivée à l'aéroport Khomeiny à Téhéran, les bassidji mettent l'écart les gens suspects (de préférence les jeunes), leur demandent de se connecter à facebook pour trouver leurs amis, voir ce qu'ils échangent et traquer ainsi les réseaux d'opposants dans le monde entier.
Et si demain, les opposants n'avaient plus internet et les téléphones portables? Ils ont déja expérimenté une parade. Les slogans anti-gouvernementaux circulent sur les billets de banque. Le gouvernement a menacé de démonétiser ces billets, au risque de détruire un peu plus une monnaie déja très fragile, de gonfler la troupe déja archimajoritaire des mécontents, ... sans garantie à la fin que d'autres billets neufs ne seront pas couverts immédiatement par d'autres slogans. L'humour et l'imagination des opprimés sont des armes de destruction massive contre les oppresseurs.
Il y a une fuite en avant du régime qui ne sait plus trop comment endiguer la vague montante de la contestation. Il ne lui reste que le sang et la violence. C'est le principe de la cocotte-minute. On visse de plus en plus pour empêcher la vapeur de sortir. Mais plus on visse, et plus la pression monte. La seule question aujourd'hui: le couvercle tiendra-t-il encore longtemps? et à quel prix?
De stephanemot
Author & Chief AtoZ Officer | 03H24 | 08/02/2010 |
La bombe, c'est le seul symbole de la souverainete auquel peut se cramponner Ahmadinejad.
Le pouvoir est detenu par une clique fascisante dont l'ideologie ne repose plus que sur du vent. La propagande joue sur la haine et la peur, rejette toute opposition comme un corps etranger mortel pour la survie de la nation. Rien que du tres classique.
L'abandon de l"Islamique" marque en revanche une rupture tres significative en face. Moussavi jouait le respect de la revolution et federait les partisans de l'ouverture comme les conservateurs moderes. Cette "laicisation" du discours est evidemment une excellente nouvelle pour la democratie, mais elle peut braquer d'anciens allies a court terme.
En tout etat de cause, a suivre...
De Lugi
11H00 | 08/02/2010 |
Cet article conforte mon opinion que la pression internationale, et en particulier celle en provenance des Etats Unis et d'Israel sur l'Iran est le ciment principal du régime iranien qui lui permet de maintenir une chape de plomb sur un peuple en ébullition.
Avec le nucléaire Ahmadinejad a trouvé l'instrument ultime pour faire perdurer la république Islamique; Le dialogue avec l'Iran s'est grippé et on a même eu recours au terrorisme pour tenter de ralentir le projet nucléaire iranien. Au final on lui offre sur un plateau l'union nationale dont il avait besoin pour préserver le régime.
Je ne connais pas les objectifs exacts d'Ahmadinejad, mais quel qu'il soit mais je sais qu'il est en train de les remplir avec une efficacité effroyable, alors qu'à la base il a le cul entre 2 chaises.