Ambulances : ma mère aurait dû survivre à sa crise cardiaque
Le 24 octobre 2009, ma mère, Edith, 73 ans, est prise de violentes douleurs thoraciques, vers 15 heures. C'est un samedi. Mon père, après l'avoir mise dans une position antalgique, appelle le Samu régional. Mes parents habitent un petit village, La Houssaye, près d'Evreux dans l'Eure.
A 15h26, le Véhicule de secours et d'assistance aux victimes (VSAV) de la Neuve-Lyre est déclenché, sur demande du Samu 27 pour prendre en charge ma mère à 16h30 à son domicile. Le VSAV, donc les pompiers et non le Samu, l'ont rapidement prise en charge. Mais en chemin, ils sont obligés de s'arrêter dans la commune d'Ajou, sur ordre du médecin du Smur, pour prendre du matériel.
Première question : pourquoi le Samu, équipé pour ce genre d'accident cardiaque, n'a pas pris ma mère en charge la laissant transporter par des pompiers non équipé ?
Pourquoi avoir amené ma mère dans une clinique et pas au CHU ?
La suite est pire. Ma mère est transportée dans une clinique privée de Rouen où elle est admise à 18h30, soit plus de trois heures après l'appel au secours de mon père. On lui diagnostique un syndrome coronaire aigu. Mise en salle cathétérisme, elle est opérée pour une implantation de deux endoprothèses nues permettant de rétablir un excellent flux coronaire.
Deuxième question : pourquoi transporter ma mère dans une clinique privée de Rouen, situé à 74 kilomètres du domicile de mes parents, et non à l'hôpital d » Evreux (un CHU parfaitement équipé) situé à 32 kilomètres ?
Le temps de venir de Paris prendre mon père à son domicile de La Houssaye et de nous diriger à la clinique où est hospitalisée ma mère, nous arrivons à son chevet vers 20h30 dans sa chambre de soins intensifs. Cette dernière me paraît être en très bon état, et son visage ne montre aucune trace de fatigue ou de contrariété. Nous sommes soulagés.
Les pompiers cherchaient la notice du matériel récupéré en chemin
Néanmoins, elle se plaint de son transport. Selon ses dires, elle a été très mal installée et les pompiers qui avaient pris le matériel dans la commune d'Ajou, cherchaient partout la notice. Ils ont eu beaucoup de mal à poser certains appareils sur le corps de ma mère. Afin d'éviter de la fatiguer, nous décidons de la laisser se reposer et nous repartons au domicile de mes parents.
Le lendemain matin, dimanche, nous appelons à 9 heures les infirmières du service pour prendre de ses nouvelles. On nous apprend qu'elle a eu des complications au petit matin.
Nous partons donc pour la clinique où nous la trouvons dans un état dégradée : visage cireux et fatigué de douleurs, On nous confirme qu'elle a été victime d'une grande baisse de tension artérielle. Qu'ils lui ont fait une transfusion de culot érythrocytaire et qu'elle est stabilisée.
Je me demande dans quel état psychique elle se trouve... La veille, je lui ai laissé ma montre, la sienne s'est égarée durant son transport. Elle me dit de la reprendre, car elle n'en aura plus besoin ! Une fois encore, afin de ne pas la fatiguer, je décide de prendre mon père et de partir.
« Nous n'avons pas d'explication franche à ce qui s'est passé »
Vers 17 heures, une infirmière m'appelle en me disant que l'état de ma mère s'est dégradé, et qu'il faut venir. Quand mon père et mon frère arrivent (je suis allé récupérer ma femme et mon fils), ils sont installés dans une chambre voisine sans le moindre commentaire.
Environ une demi-heure avant que je n'arrive à la clinique, mon frère m'annonce par téléphone le décès de notre mère. En réalité, elle est morte à 17h40, bien avant l'arrivée de mon père et de mon frère.
Quand j'arrive à la clinique, je trouve mon père et mon frère prostré dans une chambre voisine. Sans rien dire à personne, je décide d'aller dans sa chambre où je la trouve morte et déjà froide.
Aucune explication ne nous a été donnée, comme l'explique cette phrase à la fin du rapport médical :
« Nous n'avons pas d'explication franche à ce qui s'est passé ! »
Ma conviction est que ma mère est décédée à cause la longueur de son transport, qui a entraîné des accidents vasculaires à répétition.
Les réponses des spécialistes : le service est fermé le week-end
Mon père a d'abord écrit à la préfète de Région. Il a aussi écrit aux députés de l'Eure, Guy Lefrand et Franck Gilard, pour leur demander pourquoi ma mère a été transportée dans une clinique privé de Rouen et non au CHU d'Evreux.
Ces derniers ont fait une demande interne aux directeurs du Samu et du Sdis, leur demandant les raisons pour lesquelles ma mère n'a pu faire l'objet d'une hospitalisation rapide au sein d'un établissement proche de son domicile, eu égard à la gravité de son état.
La réponse faite aux deux députés est édifiante :
- à Guy Lefrand, le chef de service du Samu et Smur d'Evreux a expliqué que le centre de coronographie d'Evreux ne fonctionnait pas le week-end. Qu'il espérait que les prochaines recommandations permettront au centre hospitalier d'Evreux, de disposer d'une coronographie fonctionnant jour et nuit tout au long de la semaine.
- à Franck Gilard, le service départemental d'incendie et de secours de l'Eure a précisé qu'il y a carence de coronographie sur la clinique d'Evreux.
En revanche, la réponse du député Jean-Pierre Nicolas, également conseiller municipal d'Evreux, que la manière dont il a été porté secours à ma mère laisse effectivement perplexe, estime que si elle avait été hospitalisée à Evreux, cela aurait diminué notablement le temps d'intervention. Il finit par :
« Je suis persuadé que madame la Préfète, garante de l'intérêt général et du bon fonctionnement des services publics, ne restera pas indifférente à ce qui me paraît être un dysfonctionnement. »
Aucune réponse de la préfète à ce jour !
Ma mère aurait dû survivre à cet accident cardiaque
Je pense personnellement que ma mère est décédée des suites de ces aberrations. Nous sommes, dans le monde, au niveau hospitalier et chirurgical placé dans les meilleurs, encore faut-il vivre à Paris ou dans une grande ville.
Les gens de province n'ont plus le droit d'avoir des accidents cardiaques le week-end ! Les préfets ne répondent même pas aux appels au secours d'un homme de 78 ans qui vient de perdre sa femme. Sommes-nous dans une république démocratique ou bananière ?
Ma mère qui fût une femme saine, qui ne buvait ni ne fumait jamais, qui mangeait des produits frais (poissons, fruits et légumes), qui faisait du sport et avait une vie équilibrée aurait du vivre longtemps, même avec la pose de deux sten. Le comédien Gérard Depardieu, à eu cinq pontages il y a dix ans et il vit toujours.
Ma mère aurait dû survivre à cet accident cardiaque si notre système était moins aléatoire.
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Etudiant
Etudiant
Une femme de 73 ans est morte et nous le regrettons tous...
Maintenant il faut quand même raisonner hors pathos. Le coût de la médecine n'est pas quelque chose que l'on peut ignorer, et il faut constamment faire un choix entre ce que l'on est disposé à financer, et ce que l'on y « gagne ». Sinon on pourrait s'amuser tout simplement à ouvrir des hopitaux tous les 15 km...
Il y a toujours un choix à faire entre laisser tout un service ouvert 24h/24 7j/7 alors qu'il n'y a quasiment aucune fréquentation.
Je me rappelle ainsi un reportage de France 2 sur un petit hôpital de campagne. Son budget était tout simplement astronomique (pour un hôpital rien d'étonnant, on sait tous que celà coûte cher). L'Etat avait décidé de le fermer, mais les riverains marquaient leur profond désaccord.
Au final l'activité du service maternité (qui était le principal concerné) s'élevait à... 1 naissance par semaine au grand maximum. Avec des plannings vides durant 3 semaines par moment. Tout cela pour économiser 30 min de trajet.
Bien entendu était mis en cause par les riverains le fait que dans certains cas graves, 30 min de trajet pouvait être mortel... Et c'est le cas. Mais doit-on réellement assumer un coût de plusieurs centaines de milliers d'euros uniquement pour faire accoucher 2 ou 3 femmes dans le mois et leur éviter 30 min de trajet ? Très franchement à titre personnel je ne pense pas non..
Je ne connais pas la situation des hôpitaux dans votre coin. Et je ne pense pas que vous même la connaissiez. Mais s'ils se retrouvent dans une situation similaire avec seulement quelques visites par année dans le secteur coronographie le week end, et qu'ils ont en face un budget colossal pour le maintenir ouvert de manière constante, alors qu'une clinique se trouve à 20 min avec un service qui lui est beaucoup plus fréquenté, il ne parait pas totalement immoral de fermer ce service 2 jours par semaine.
Alors oui les risques sont toujours énormes de perdre une patiente à cause de 20 min de trajet. Et oui je me doute que si je vous demandais si vous auriez préféré que l'Etat et la région investisse des dizaines ou des centaines de milliers d'euros par année et que votre mère aurait peut être pu être sauvée en échange, vous diriez Oui de suite... Est-ce que je pense que celà serait raisonnable ? Très honnêtement non...
Je précise bien que je suis contre la politique d'économie à tout va de l'Etat hein, je ne suis pas en train de la justifier dans sa globalité, mais que parfois il faut aussi faire face aux coûts engendrés pour le nombre de cas...
Maintenant je ne sais pas pourquoi vous avez perdu votre mère, et visiblement les médecins eux mêmes n'en savent pas grand chose... Je pense qu'il faudrait peut être éviter d'accuser de suite les 20/30 min de trajet supplémentaire. C'est une cible facile nous sommes d'accord, et nous sommes en plein pathos au vue de la situation, mais il est parfois bon de prendre un peu de recul.




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