Témoignage 06/02/2010 à 16h10

Ambulances : ma mère aurait dû survivre à sa crise cardiaque

Marc Mercier | riverain

Le 24 octobre 2009, ma mère, Edith, 73 ans, est prise de violentes douleurs thoraciques, vers 15 heures. C'est un samedi. Mon père, après l'avoir mise dans une position antalgique, appelle le Samu régional. Mes parents habitent un petit village, La Houssaye, près d'Evreux dans l'Eure.

A 15h26, le Véhicule de secours et d'assistance aux victimes (VSAV) de la Neuve-Lyre est déclenché, sur demande du Samu 27 pour prendre en charge ma mère à 16h30 à son domicile. Le VSAV, donc les pompiers et non le Samu, l'ont rapidement prise en charge. Mais en chemin, ils sont obligés de s'arrêter dans la commune d'Ajou, sur ordre du médecin du Smur, pour prendre du matériel.

Première question : pourquoi le Samu, équipé pour ce genre d'accident cardiaque, n'a pas pris ma mère en charge la laissant transporter par des pompiers non équipé ?

Pourquoi avoir amené ma mère dans une clinique et pas au CHU ?

La suite est pire. Ma mère est transportée dans une clinique privée de Rouen où elle est admise à 18h30, soit plus de trois heures après l'appel au secours de mon père. On lui diagnostique un syndrome coronaire aigu. Mise en salle cathétérisme, elle est opérée pour une implantation de deux endoprothèses nues permettant de rétablir un excellent flux coronaire.

Deuxième question : pourquoi transporter ma mère dans une clinique privée de Rouen, situé à 74 kilomètres du domicile de mes parents, et non à l'hôpital d » Evreux (un CHU parfaitement équipé) situé à 32 kilomètres ?

Le temps de venir de Paris prendre mon père à son domicile de La Houssaye et de nous diriger à la clinique où est hospitalisée ma mère, nous arrivons à son chevet vers 20h30 dans sa chambre de soins intensifs. Cette dernière me paraît être en très bon état, et son visage ne montre aucune trace de fatigue ou de contrariété. Nous sommes soulagés.

Les pompiers cherchaient la notice du matériel récupéré en chemin

Néanmoins, elle se plaint de son transport. Selon ses dires, elle a été très mal installée et les pompiers qui avaient pris le matériel dans la commune d'Ajou, cherchaient partout la notice. Ils ont eu beaucoup de mal à poser certains appareils sur le corps de ma mère. Afin d'éviter de la fatiguer, nous décidons de la laisser se reposer et nous repartons au domicile de mes parents.

Le lendemain matin, dimanche, nous appelons à 9 heures les infirmières du service pour prendre de ses nouvelles. On nous apprend qu'elle a eu des complications au petit matin.

Nous partons donc pour la clinique où nous la trouvons dans un état dégradée : visage cireux et fatigué de douleurs, On nous confirme qu'elle a été victime d'une grande baisse de tension artérielle. Qu'ils lui ont fait une transfusion de culot érythrocytaire et qu'elle est stabilisée.

Je me demande dans quel état psychique elle se trouve... La veille, je lui ai laissé ma montre, la sienne s'est égarée durant son transport. Elle me dit de la reprendre, car elle n'en aura plus besoin ! Une fois encore, afin de ne pas la fatiguer, je décide de prendre mon père et de partir.

« Nous n'avons pas d'explication franche à ce qui s'est passé »

Vers 17 heures, une infirmière m'appelle en me disant que l'état de ma mère s'est dégradé, et qu'il faut venir. Quand mon père et mon frère arrivent (je suis allé récupérer ma femme et mon fils), ils sont installés dans une chambre voisine sans le moindre commentaire.

Environ une demi-heure avant que je n'arrive à la clinique, mon frère m'annonce par téléphone le décès de notre mère. En réalité, elle est morte à 17h40, bien avant l'arrivée de mon père et de mon frère.

Quand j'arrive à la clinique, je trouve mon père et mon frère prostré dans une chambre voisine. Sans rien dire à personne, je décide d'aller dans sa chambre où je la trouve morte et déjà froide.

Aucune explication ne nous a été donnée, comme l'explique cette phrase à la fin du rapport médical :

« Nous n'avons pas d'explication franche à ce qui s'est passé ! »

Ma conviction est que ma mère est décédée à cause la longueur de son transport, qui a entraîné des accidents vasculaires à répétition.

Les réponses des spécialistes : le service est fermé le week-end

Mon père a d'abord écrit à la préfète de Région. Il a aussi écrit aux députés de l'Eure, Guy Lefrand et Franck Gilard, pour leur demander pourquoi ma mère a été transportée dans une clinique privé de Rouen et non au CHU d'Evreux.

Ces derniers ont fait une demande interne aux directeurs du Samu et du Sdis, leur demandant les raisons pour lesquelles ma mère n'a pu faire l'objet d'une hospitalisation rapide au sein d'un établissement proche de son domicile, eu égard à la gravité de son état.

La réponse faite aux deux députés est édifiante :

  • à Guy Lefrand, le chef de service du Samu et Smur d'Evreux a expliqué que le centre de coronographie d'Evreux ne fonctionnait pas le week-end. Qu'il espérait que les prochaines recommandations permettront au centre hospitalier d'Evreux, de disposer d'une coronographie fonctionnant jour et nuit tout au long de la semaine.
  • à Franck Gilard, le service départemental d'incendie et de secours de l'Eure a précisé qu'il y a carence de coronographie sur la clinique d'Evreux.

En revanche, la réponse du député Jean-Pierre Nicolas, également conseiller municipal d'Evreux, que la manière dont il a été porté secours à ma mère laisse effectivement perplexe, estime que si elle avait été hospitalisée à Evreux, cela aurait diminué notablement le temps d'intervention. Il finit par :

« Je suis persuadé que madame la Préfète, garante de l'intérêt général et du bon fonctionnement des services publics, ne restera pas indifférente à ce qui me paraît être un dysfonctionnement. »

Aucune réponse de la préfète à ce jour !

Ma mère aurait dû survivre à cet accident cardiaque

Je pense personnellement que ma mère est décédée des suites de ces aberrations. Nous sommes, dans le monde, au niveau hospitalier et chirurgical placé dans les meilleurs, encore faut-il vivre à Paris ou dans une grande ville.

Les gens de province n'ont plus le droit d'avoir des accidents cardiaques le week-end ! Les préfets ne répondent même pas aux appels au secours d'un homme de 78 ans qui vient de perdre sa femme. Sommes-nous dans une république démocratique ou bananière ?

Ma mère qui fût une femme saine, qui ne buvait ni ne fumait jamais, qui mangeait des produits frais (poissons, fruits et légumes), qui faisait du sport et avait une vie équilibrée aurait du vivre longtemps, même avec la pose de deux sten. Le comédien Gérard Depardieu, à eu cinq pontages il y a dix ans et il vit toujours.

Ma mère aurait dû survivre à cet accident cardiaque si notre système était moins aléatoire.

  • 6547 visites
  • 56 réactions
Vous devez être connecté pour commenter : or inscrivez-vous
  • Enlendil
    Enlendil
    Etudiant
    • Posté à 17h59 le 06/02/2010
    • Internaute
      Etudiant

    Une femme de 73 ans est morte et nous le regrettons tous...

    Maintenant il faut quand même raisonner hors pathos. Le coût de la médecine n'est pas quelque chose que l'on peut ignorer, et il faut constamment faire un choix entre ce que l'on est disposé à financer, et ce que l'on y « gagne ». Sinon on pourrait s'amuser tout simplement à ouvrir des hopitaux tous les 15 km...
    Il y a toujours un choix à faire entre laisser tout un service ouvert 24h/24 7j/7 alors qu'il n'y a quasiment aucune fréquentation.

    Je me rappelle ainsi un reportage de France 2 sur un petit hôpital de campagne. Son budget était tout simplement astronomique (pour un hôpital rien d'étonnant, on sait tous que celà coûte cher). L'Etat avait décidé de le fermer, mais les riverains marquaient leur profond désaccord.
    Au final l'activité du service maternité (qui était le principal concerné) s'élevait à... 1 naissance par semaine au grand maximum. Avec des plannings vides durant 3 semaines par moment. Tout cela pour économiser 30 min de trajet.
    Bien entendu était mis en cause par les riverains le fait que dans certains cas graves, 30 min de trajet pouvait être mortel... Et c'est le cas. Mais doit-on réellement assumer un coût de plusieurs centaines de milliers d'euros uniquement pour faire accoucher 2 ou 3 femmes dans le mois et leur éviter 30 min de trajet ? Très franchement à titre personnel je ne pense pas non..

    Je ne connais pas la situation des hôpitaux dans votre coin. Et je ne pense pas que vous même la connaissiez. Mais s'ils se retrouvent dans une situation similaire avec seulement quelques visites par année dans le secteur coronographie le week end, et qu'ils ont en face un budget colossal pour le maintenir ouvert de manière constante, alors qu'une clinique se trouve à 20 min avec un service qui lui est beaucoup plus fréquenté, il ne parait pas totalement immoral de fermer ce service 2 jours par semaine.

    Alors oui les risques sont toujours énormes de perdre une patiente à cause de 20 min de trajet. Et oui je me doute que si je vous demandais si vous auriez préféré que l'Etat et la région investisse des dizaines ou des centaines de milliers d'euros par année et que votre mère aurait peut être pu être sauvée en échange, vous diriez Oui de suite... Est-ce que je pense que celà serait raisonnable ? Très honnêtement non...

    Je précise bien que je suis contre la politique d'économie à tout va de l'Etat hein, je ne suis pas en train de la justifier dans sa globalité, mais que parfois il faut aussi faire face aux coûts engendrés pour le nombre de cas...

    Maintenant je ne sais pas pourquoi vous avez perdu votre mère, et visiblement les médecins eux mêmes n'en savent pas grand chose... Je pense qu'il faudrait peut être éviter d'accuser de suite les 20/30 min de trajet supplémentaire. C'est une cible facile nous sommes d'accord, et nous sommes en plein pathos au vue de la situation, mais il est parfois bon de prendre un peu de recul.

  • alice91
    • Posté à 18h34 le 06/02/2010

    faire signer
    au plus grand nombre possible de personnes.
    > Si vous pensez que cela est justifié, merci de la signer vous même et de la faire
    suivre à votre carnet d'adresse.
    > Objectif du Mouvement de Défense de l'Hôpital public : dépasser le million de
    signatures avant la fin de la semaine.

    > Lien

  • padiran
    padiran répond à Enlendil
    Chroniqueur Grolandais
    • Posté à 18h40 le 06/02/2010
    • Internaute
      Chroniqueur Grolandais

    Vous ferez un très bon gestionnaire dans une ARS.
    Ce n'est pas tant la rationalisation de l'offre qui est à remettre en cause car il évident que la médecine à un coût. Les moyens d'investigations et de soins sont de plus en plus sophistiqués et il n'est pas concevable de multiplier les scanners et autres IRM et de pérenniser des structures obsolètes.
    La réflexion qui vient à l'esprit devant le drame subit par ce riverain est que la rationalisation des hôpitaux et des besoins en matière de santé ayant été accompli « à la hache » sans aucune concertation et avec le seul but de diminuer les budgets, il est criant que certains secteurs et notamment en matière de secours et de réanimation ont été traité avec le même instrument qui n'a rien de chirurgical.
    Les enfants peuvent naitre au domicile de la mère , alors qu'une femme enceinte soit à plus de 20 minutes d'une maternité, ce n'est pas forcément un problème (hors grossesse à risque)
    Une personne en état de détresse cardiaque n'a que quelques minutes pour être sauvée et ce n'est pas en multipliant les défibrillateurs que l'on résoudra le problème.
    En milieu rural, les moyens et les formations dont disposent les intervenants , les pompiers notamment , sont notoirement insuffisants. Les VSAB sont sous équipés et le personnel non formés. Les médecins ne font plus 70 heures par semaine et ont tous leurs weekend, ils n'assurent plus les gardes de nuit.
    Faudra t'il faire intervenir les vétérinaires, ils en ont les compétences et sont dotés de très bons matériels (idée à creuser par les ARS)

  • alberich
    • Posté à 19h03 le 06/02/2010

    L'organisation des urgences le week end est très particulière et fait intervenir le privé.

    Malheureusement pour vous, il n'est pas sûr que la prise en charge par l'hôpital d'Evreux aurait conduit à une issue plus favorable car s'il se trouve il n'y avait personne pour s'occuper d'elle.

    A titre d'exemple, il y 3 ans ma compagne, aujourd'hui décédée, était en traitement de chimiothérapie ce qui induisait une destruction quasi totale des globules blancs et une perte d'immunité. Ilnous fallait surveiller la température corporelle et selon la notice qui nous avait été remise alerter l'hôpital en cas de fièvre.

    Ceci se produisit un week end. A ma grande surprise il n'y avait qu'UN interne de garde au CHI Poissy-Saint Germain, lequel m'a dit texto qu'il n'était pas au courant des procédures, ne connaissait rien aux traitements de chimio et qu'il valait mieux attendre lundi et contacter l'équipe soignante car en l'état il ne pouvait rien faire d'autre que la mettre dans un lit.

    edit : cette histoire n'a pas eu de conséquences ...

  • prestant63
    prestant63
    Quadra
    • Posté à 14h39 le 07/02/2010
    • Internaute
      Quadra

    Tout d'abord je compatis avec la peine de cette personne.

    Cependant il y a manifestement des approximations et des erreurs dans ce texte :

    • SAMU régional ? Le 15 tombe au centre 15 qui est généralement départemental (rarement infradépartemental). On parle du 27 donc c'est à Evreux.
    • A Evreux, il s'agit d'un CHI et pas d'un CHU. I = Intercommunal Evreux-Vernon. Pas d'enseignement Universitaire (c'est à Rouen)
    • Ca m'étonnerait que le VSAV cité ait mit 1h pour arriver sur place ! La prise en charge commence à l'arrivée du moyen ; pas à son départ !
    • Il y a bien prise en charge médicale puisqu'il fait état de la présence d'un médecin SMUR
    • Le fait d'être transporté à Rouen est également expliqué dans le texte : la coronarographie la plus proche en fin de semaine = Rouen.
    • Les structures compétentes pour l'organisation des soins sont les Lien (successeurs depuis Janvier 2010 des ARH) pas les préfets. (Et la préfète de l'Eure n'est pas une préfète régionale)

    Et surtout en cherchant un peu, on trouve des réponses aux deux premières questions soulevées par l'internaute :

    • A la première question ( pourquoi le Samu [...] n'a pas pris ma mère en charge la laissant transporter par des pompiers non équipé ? ) la réponse semble être :
      • le texte mentionne la présence d'un médecin du Lien : le Lien est un service hospitalier de réception des appels d'urgence ; le SAMU ne se déplace pas - contrairement à ce qu'on dit toujours- ; le « bras armé » du SAMU pour les urgences vitales ce sont les SMUR (1 SAMU par département, plusieurs SMUR = maillage du territoire) = Structure Mobile d'Urgence et de Réanimation. Or il est fait état d'un médecin du SMUR. Donc il y aurait bien eu une réponse médicale spécialisée au domicile engagée par le SAMU !
      • Quant au fait que la personne soit transportée dans l'ambulance des pompiers c'est logique car le SMUR intervient généralement en véhicule léger plus rapide pour arriver sur place . Le matériel nécessaire est transféré du véhicule à l'ambulance (cause probable de l'arrêt en route = besoin de matériel supplémentaire) et le médecin est présent dans l'ambulance.
      • Donc la question est sans fondement d'après les éléments exposés par l'auteur lui-même
    • A la seconde question ( Pourquoi transporter ma mère dans une clinique privée de Rouen et non à l'hôpital d'Evreux parfaitement équipé situé à 32 kilomètres ? ) je propose comme réponse :
      • Le CHI Evreux n'a pas de coronarographie jusqu'à présent (Lien) (c'est prévu dans le nouvel hôpital - Lien) : donc bien équipé oui mais sauf pour le cas d'espèce malheureusement,
      • la clinique d'Evreux fait de la coronarographie 5J / 7 (Lien),
      • donc le problème étant survenu un samedi, la destination choisie parait être la bonne (puisque des stents ont été posé de suite d'après le témoignage) !
      • La question parait sans fondement car la réponse apportée au problème semble la bonne : en l'absence de plateau de coronarographie fonctionnant le samedi dans le 27, il faut aller sur Rouen.
      • Là encore le message présente tous les éléments de réponse (cf réponses obtenues via les députés)

    Pour ma part fort de ces recherches addtionnelles je ne m'explique pas la réponse d'un des députés.

    Si tous ceux qui en ont sur le coeur après le décés tragique d'un proche se mette à écrire sur le net pour demander des comptes sur sa prise en charge, on va dans la mur : beaucoup de bruits semant le trouble et la confusion ?

    Ecrivez oui mais pour demander aux élus de préserver et renforcer les moyens sanitaires ? ? Car ici une des questions serait bien de demander des explications sur les moyens de soins disponibles pour accueillir des urgences cardiologiques en fin semaine ? Et les députés interrogés ici étant de la majorité, ca prendrait tout son sens ? ?

    En quelques dizaines de minutes, j'ai pu appronfondir une partie des éléments soumis à notre lecture pour constater que les questions posées avaient des réponses qui me paraissent simples.

    • Avant d'utiliser internet pour interpeller, il faut commencer par l'utiliser pour approfondir sa réflexion ?
    • Ici pas besoin d'écrire à un député pour trouver les réponses sur la
      bonne prise en charge et la bonne orientation du patient , le net fournit les réponses
    • Par contre, il eut été intéressant d'écrire à ces députés pour leur demander des explications sur l'absence de structures ad hoc en fin de semaine ?

    P63

    PS : on peut aussi s'interroger sur l'argent de la grippe qui aurait pu servir à faire fonctionner au quotidien des structures ?