Votre porte-monnaie au rayon X 05/02/2010 à 13h29

Judy, actrice porno, 525 euros par mois, « jamais à découvert »

Soline Ledésert | Journaliste



Judy Minx avait « peur de décevoir avec son porte-monnaie qui ne ressemble pas à celui d’une actrice porno ». Elle a tout de même accepté de le montrer à Eco89.

Des images de Judy Minx, vous pouvez en trouver sur Internet, dans des films X en DVD ou sur des scènes de Berlin, Amsterdam ou San Francisco - si vous courrez les festivals internationaux du sexe artistique et branché.

Nue ou quasi, peau blanche, silhouette très fine et cheveux courts, l’actrice porno, et son lot d’images tantôt BDSM tantôt « teen » et rose girly, pourront -ou non- vous impressionner.

C’était mon cas. D’où, au début, le mal à recouper son personnage de scène avec la jeune fille de 20 ans, aux cheveux désormais longs, d’un petit mètre 60 qu’elle met dans une doudoune serrée, arrivée tout sourire à notre déjeuner.

Sac Eastpack au dos, lunettes à monture fendue sur le côté qui tombent bas sur son nez, bientôt ravie que le steak tartare qu’elle a commandé dans ce bistrot lumineux arrive en forme de cœur dans son assiette, elle s’excuse de sa demi-heure de retard :

« Désolée, j’ai eu du mal à me lever : quand j’ai dit à mon copain que j’allais faire une interview porte-monnaie pour Rue89, on a commencé à parler classes sociales et on a comparé notre rapport à la consommation. Ca a duré jusque tard cette nuit. »

Judy Minx, ce n’est pas son vrai nom :

« A 16-17 ans, je savais que je ferai du porno, j’étais attirée par l’expérience sexuelle. En hypokhâgne, j’ai pensé à un pseudo : “Judy”, parce que j’avais aimé Judith Butler (tu connais ?) et “Minx” parce que j’avais lu que ça voulait dire “catin” en vieil anglais. A 18 ans, j’ai envoyé un mail à un producteur et voilà, j’ai commencé à jouer ».

Elle sort ses relevés de compte et on parle porte-monnaie :

Dépenses : « environ 460 euros par mois »

Judy habite encore chez sa mère. Elle y mange souvent, bénéficie de la machine à laver et voit un bon nombre de dépenses de base ainsi assurées. Sa mère ne lui donne pas d’argent mais paie ses frais d’inscription à la fac, sa sécu étudiante, sa carte de transports (remboursée à moitié par le conseil régional), son forfait de 25 euros par mois (elle ne le dépasse jamais) et ses bouquins pour les cours (elle a de « très bonnes notes » en Licence 3). La mutuelle de son père couvre les montants non remboursés de frais médicaux. Donc, ses dépenses, c’est tout le reste :

  • Voyages

Environ 1 500 euros en 2009. La majeure partie du temps, elle voyage à l’occasion de performances conçues par des artistes pour des festivals à l’étranger ou pour des événements du mouvement Sex Positive dont elle fait partie. Elle dort toujours chez des amis mais, avec les billets qu’elle a aussi parfois payés à son copain, les voyages sont son plus gros poste budgétaire.

  • Vêtements

Sur ses relevés de compte, ses yeux s’arrêtent sur H&M et Zara. La moyenne pour 2009, c’est environ 100 euros par mois.

  • Restaurants, nourriture, cafés

Cent euros par mois. « Je les paie souvent à mes amis aussi »

  • Cinéma, théâtre et DVD

« Des pornos, mais des bien, hein ! » : 50 euros, moyenne mensuelle.

  • Cadeaux

En 2009, elle estime avoir dépensé environ 500 euros.

  • Accessoires, maquillage et produits de beauté

Une vingtaine d’euros par mois, auxquels elle ajoute des frais exceptionnels, soit 360 euros pour 2009.

  • Sex-toys et lubrifiants

200 euros par an, qu’elle dépense à l’étranger ; « c’est vraiment de la mauvaise qualité en France ». Elle se fait parfois offrir des sex-toys : « Un concepteur m’en a offert pour 700 dollars l’an dernier à Berlin [récemment elle en a d’ailleurs testé un pour Rue69, ndlr]. En fait, il y en avait trois tellement c’étaient des sex-toys de luxe. »

Les rares cigarettes qu’elle fume, elle « les taxe ». Et puisqu’on en a parlé, elle ne boit pas donc n’achète pas d’alcool. Pas de drogue non plus. Mes questions sont clichés et hasardeuses : après l’alcool et les drogues, « euh.. souvent des tests VIH, non ? ». Ouf, elle répond en souriant :

« Oui. Alors en 2009, j’en ai payé certains, je les compte dans le poste “sex-toys et lubrifiants”, je m’en suis fait rembourser un. Il faut savoir qu’en France, il n’est pas légal de tourner sans capote. C’est d’ailleurs pour ça que je n’ai pas encore tourné en Europe de l’Est ou aux Etats-Unis : ce serait un grand saut, parce que c’est souvent sans capote. Et en termes de carrière et de visibilité, c’est aussi une étape. »

Revenus : « 525 euros par mois »

Elle n’a pas le statut d’intermittente mais est employée en tant qu’« artiste interprète » en CDD. Elle touche des cachets pour les tournages de films qu’elle fait très irrégulièrement :

« Je ne travaille pas autant que je voudrais. L’industrie porno française est vraiment toute petite. »

Déclarée à la Caisse des congés spectacles, « très contente » de ce boulot, elle a néanmoins un avis partagé sur les conditions financières :

« Si on compare à un boulot étudiant, à l’heure c’est très bien payé. Mais après, je vends mon image pour 30 ans quand je tourne. Les producteurs gagnent beaucoup là-dessus. Alors que moi, une fois que j’ai touché le cachet de mon CDD d’une journée ou d’une demi-journée, je ne touche plus rien. »

Elle est au Strass, le Syndicat du travail sexuel. Et, avec beaucoup d’enthousiasme, elle parle du mouvement Sex Positive, mouvement encore surtout développé aux Etats-unis : elle y lutte pour que les gens aient « un rapport de plaisir avec le sexe », explique t-elle. Sinon, elle pense bientôt prendre un autre boulot étudiant, pour pouvoir partir de chez elle.

  • Cachets pour des tournages dans des films « porno mainstream comme underground et plus artistique » : moyenne de 250 euros par mois.
  • Performances sur des festivals et ateliers d’éducation sexuelle qu’elle délivre dans le cadre du mouvement Sex Positive : moyenne de 125 euros par mois.
  • Pension de son père : 150 euros par mois.

Elle n’est pas imposable : son père lui a d’abord dit « qu’il ne déclarerait pas pour elle son “argent sale”, et a finalement compris que s’il enlevait (sa) part, il n’y gagnerait pas », raconte t-elle.

Tu épargnes ? « Je ne suis jamais à découvert, mais je n’épargne pas »

Il reste 65 euros par mois de dépenses selon nos calculs. « Je dois les dépenser en Snickers et gadgets comme ça. » On cherche les autres zones d’ombre qu’on aurait pas encore démasquées : de la déco ? de la musique ? « Non mais on a oublié les adhésions au Strass et au Mouvement Sex Positive. » Dernière exclamation : « Je sais : je donne beaucoup aux SDF ! ». C’est fini, on sort, elle me taxe une cigarette : « Au fait, comment veux-tu qu’on te présente ? ». Elle répond : « Ah ! (rires) Ben actrice porno ! ».

►Post scriptum 6 février 2010 : Le porte-monnaie de Judy Minx fait partie d’une série d’Eco89 présentant des façons personnelles de gérer son argent (revenus, dépenses). Le récit de la rencontre avec Judy Minx ne s’accompagne d’aucune prétention à présenter les traits généraux du secteur d’activité dans lequel elle travaille. Judy Minx publie des textes sur son blog. Elle a publié le 5 février un texte dans lequel elle disait « regretter d’avoir répondu à une interview de Rue89 » pour différentes raisons. Elle nous a précisé aujourd’hui ne pas remettre en cause la véracité de l’article, « fidèle à ses propos », mais invite à lire le récit de ses expériences qui complètent ces propos sur son blog. S.L.

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  • Camille
    Camille
    Mauvais genre
    • Posté à 13h34 le 05/02/2010
    • Internaute 48427
      Mauvais genre

    Elle est sympa oui : -) C’est pour tout bientôt d’ailleurs le test du sex-toy par Judy (et d’autres riverains)

  • A déménage le 14-03-2012
    • Posté à 14h05 le 05/02/2010
    • Internaute 98050

    Pif paf.

    Je suis touché par cet article.

    J’ai beau vouloir me déclarer ouvert et tolérant, je pense que si ma fille prenait ce chemin, j’aurais du mal à avaler la pillule, je ne me voile pas la face.

    Loin de moi la volonté d’émettre le moindre jugement sur la jeune femme de l’article, qui a l’air au demeurant bien sympathique et bien dans ses baskets - oserais-je écrire bien dans ses sous vêtements - ou sans ;)

    Mais je lis avec mes yeux de parent :
    Préférerais-je que ma fille (ou mon fils), en marge de ses études, et pour arrondir ses fins de mois, fasse un petit boulot dans le porno ( ce qu’elle (il) aurait choisi et qui lui plaraiit), ou bien un boulot merdique qui lui ferait sentir le graillon pendant des jours mais qui n’égratignerait pas l’image pudique que j’ai d’ellle (lui) ?

    Egoistement, je pense que je choisirais le graillon...

    Il y a cette lucidité dans les propos qui me sidère.

    Si on compare à un boulot étudiant, à l’heure c’est très bien payé. Mais après, je vends mon image pour 30 ans quand je tourne. Les producteurs gagnent beaucoup là-dessus. Alors que moi, une fois que j’ai touché le cachet de mon CDD d’une journée ou d’une demi-journée, je ne touche plus rien. »

    Oui, vraiment, je préférerais le graillon.
    Chacun sa route, chacun son chemin, vous connaissez la suite :)

    En tous les cas, bonne route à Judy Minx, qu’elle continue à assumer gaiement ce choix professionnel.

    Rétrogradement vôtre.

  • tOrDrE L¤RdRe
    tOrDrE L¤RdRe
    VALLSS89
    • Posté à 14h16 le 05/02/2010
    • Internaute 50571
      VALLSS89

    Effectivement c’est vraiment mal payé par rapport à la durée d’amortissement d’un film X.

  • A déménage le 14-03-2012
    • Posté à 14h23 le 05/02/2010
    • Internaute 98050

    « Judy, actrice porno, 525 euros par mois, “ jamais à découvert ” »

    Mention trés bien pour le titre :)

  • Mossade
    • Posté à 14h27 le 05/02/2010
    • Internaute 94128

    ET voila ! ! vous avez coupé net mes ambitions de devenir acteur pfff....
    Dire que c’était mon plan B pour paré cet crise.
    Il faudra pensé a autre chose.

    Vous venez de tuer un rêve.

  • Snarkk
    Snarkk répond à Encore opposant -bloque-
    Sniper et sans reproches
    • Posté à 15h06 le 05/02/2010
    • Internaute 87497
      Sniper et sans reproches

    Gosh, on dirait tout à fait le genre d’associations d’idées qu’on traine depuis des décennies, du genre « ah c’est un fumeur de joint ? C’est bizarre, il a l’air bien pourtant... mais c’est rassurant. » ou encore « ah vous habitez en cité ? Pourtant vous n’avez pas le profil... mais c’est rassurant. »

    Aaah, le fantasme de l’inconnu qui germe et qui retombe d’un coup lorsqu’on se rend compte que l’autre n’est pas si différent de nous...

  • Lauvergnate
    Lauvergnate
    Gardienne du bon goût
    • Posté à 15h21 le 05/02/2010
    • Internaute 99381
      Gardienne du bon goût

    Elle a l’air sympa :)
    Et je trouve qu’elle ferait un très beau Modigliani.

    ça change en effet du discours glauque sur le milieu, elle a décidé de se lancer là-dedans, elle étudie par ailleurs, elle a un copain, vit chez sa mère, ne boit pas, ne se drogue pas, n’est jamais à découvert etc...

    on dirait presque un job comme un autre.
    du moment qu’elle le vit bien, c’est le principal.

    maintenant, je pense qu’il faut quand même se faire violence pour monnayer sa sexualité.
    les prostitué(e)s que j’ai connu le vivaient tous plus ou moins bien, suivant les raisons qui les amenés là, etc..ça allait du dégoût de soi, à l’euphorie hystérique, mais au fond y’avait toujours un coup de blues quelque part.

    ce serait sympa de nous proposer un article sur les travailleurs du sexe, possible que camille l’ai déjà fait, vais regarder.

    parce que dans l’absolu, ce qui est caché est fascinant. on est les seuls animaux à se cacher pour copuler, forcément, ceux qui l’expose sont une énigme, enfin pour moi.

    sinon, question budget, bah, moi aussi quand j’étais chez mes parents j’étais jamais à découvert ^-^

  • lex-icon
    lex-icon répond à Lauvergnate
    chercheur
    • Posté à 15h26 le 05/02/2010
    • Expert 95902
      chercheur

    Sauf qu’il y a une différence fondamentale entre porno et prostitution, c’est que dans le porno vous couchez avec d’autres pros. Vous n’avez pas cette notion de domination voire de rabaissement car vous êtes payé pour coucher avec un autre qui est payé aussi. J’imagine que ça joue dans le fait qu’il est, à mon avis, plus simple de vivre bien le fait d’être actrice porno que prostituée.

  • Rue27
    • Posté à 17h10 le 05/02/2010
    • Internaute 15695

    Article scan da leux

    1. 525 euros ce n’est pas un salaire d’actrice professionnelle, mais une vague récompense financière pour une étudiante qui n’en fait pas son métier. Arrondir ses fins de mois en faisant du porno, on peut appeler ca de la prostitution
    2. L’article est tellement complaisant : vous la présentez comme une fille qui est brillante et a une conscience politique forte, et de gauche s’il vous plait ! « on a commencé à parler classes sociales et on a comparé notre rapport à la consommation. Ca a duré jusque tard cette nuit. » Mais vous mélangez tout. Ca ne la rend même pas sympathique. En revanche, le fait de l’insérer dans cet article est assez piteux. Ca apporte quoi au débat ?
    3. Vous succombez lâchement au produit d’appel X : si on fait du cul, on nous lira ! Et en plus elle est en Une. Super.
    4. Le plus gros problème c’est qu’elle n’est représentative de rien, ni du milieu X, ni des étudiants, ni des jeunes qui galèrent, de rien. Vous vous branlez sur une personnalité qui peut faire fantasmer, mais si elle est intéressante, faites-en un portrait ! Pas un porte-monnaie. Ce porte-monnaie là : rien à foutre.

  • Strawman
    Strawman
    Scientocrate
    • Posté à 18h19 le 05/02/2010
    • Internaute 96130
      Scientocrate

    Comme la plupart des adolescents, elle pense faire le bon choix, mais fait en réalité une grosse erreur qu’elle regrettera une fois adulte.

    Elle aime le sexe, elle gagne de l’argent -> tout est parfait ? Si c’était aussi simple... Les photos et vidéos où elle apparaît resteront sur internet pendant des décennies, il y a de fortes chances pour qu’un de ses amis, copains ou même proches le découvre, et même s’il n’ose pas le dire par peur du « comment tu le sais ? », le malaise sera bel et bien là, et avec internet cette information peut faire le tour du pays en quelques heures... Si elle se lasse de la pornographie, elle aura du mal à trouver un autre emploi avec une telle réputation...

    Son petit ami a l’air très ouvert, mais elle en rencontrera peut-être d’autres, dont l’homme de sa vie, et ce genre de frasques adolescentes entraînera chez lui de sérieuses interrogations sur la fidélité de cette demoiselle. Sans parler du jour où les enfants aussi l’apprendront via la rumeur... Bref, compromettre à ce point son avenir pour 500 euros par mois est un très, très mauvais calcul.

  • nono le simplet
    nono le simplet
    gauchiste placide
    • Posté à 18h38 le 05/02/2010
    • Internaute 9767
      gauchiste placide

    c’est surprenamment frais !

  • Camille Hérin
    Camille Hérin répond à samurai89
    Dilettante
    • Posté à 02h21 le 06/02/2010
    • Internaute 54351
      Dilettante

    Il serait bon que Rue89 lui permette un droit de réponse et fasse paraître sa mise au point : Lien

  • Camille
    Camille répond à Camille Hérin
    Mauvais genre
    • Posté à 02h32 le 06/02/2010
    • Internaute 48427
      Mauvais genre

    Elle est complètement libre de la poster sur Rue89 bien sûr ! elle serait sélectionnée naturellement. Mais si elle a choisit de la poster sur son blog c’est peut-être qu’elle préfère répondre « chez elle » ?

    Il me semble que ce sont plus les commentaires que l’article qui la heurtent. Enfin, elle est plus que la bienvenue !

  • DMWAD
    DMWAD
    en haut à droite
    • Posté à 12h16 le 06/02/2010
    • Internaute 104188
      en haut à droite

    C’est étonnant ces personnes qui croient que faire du porno est une source d’épanouissement personnel ou que cela a le moindre rapport avec la libération sexuelle.

    Il n’est pourtant pas difficile de recueillir des témoignages d’actrices et d’acteurs qui en donnent une toute autre image (autre image qui diffère de l’image officielle que nous en donne ici Judy Minx). Et je ne parle même pas des témoignages d’actrices qui ont fini par arrêter le porno, dégoutées et psychologiquement détruites (ces témoignages sont très violents, assimilent le porno à du viol, évoquent les sexes physiquement détruits des actrices, etc. cf. Karen Lancaume, Raphaëla Anderson, etc.). Non, je parle de pros du porno, qui tournent, qui font cela comme un métier qu’il faut bien faire pour gagner sa vie et qui ne crachent pas dans la soupe.

    C’est par exemple le témoignage de Katsuni :

    « Mais il ne faut pas oublier le principal : faire du X, c’est avoir des rapports sexuels filmés avec des gens qu’on ne désire pas forcément et vendre son image à vie, pas d’obtenir un pass VIP pour la célébrité ! »

    Avoir des rapports sexuels non désirés, source d’épanouissement ? signe d’une libération sexuelle ? Je crois que c’est tout le contraire.

    On trouve aussi des témoignages sur des pratiques comme la double pénétration : eh bien, figurez-vous que ça fait mal, et que les expressions faciales des actrices ne sont pas forcement des expressions de plaisir... Il y a une interview video d’une actrice porno à ce sujet sur un site porno, donc je ne mets pas le lien mais c’est facile à retrouver. Même la sodomie n’est pas pour toutes les actrices une partie de plaisir...

    Donc, bon, il faut revenir un peu sur Terre : non, quand le travail consiste à avoir des rapports sexuels, le plaisir n’est pas une question essentielle. Bien au contraire, on accepte pour de l’argent des pratiques physiquement douloureuses ou psychologiquement dégradantes et destructrices de l’image de soi (se faire éjaculer dans la bouche par un ou plusieurs hommes n’est pas une source de valorisation de soi). Pratiques que l’on ne ferait pas pour soi dans le privé.

    N’oublions pas que le porno, c’est un travail ; le travail n’est pas une fin en soi, mais un moyen. Le plaisir sexuel et la liberté sont en revanche des fins en soi. Par cette simple contradiction interne, le mythe du porno épanouissant et libérateur s’effondre. Mais alors qu’est-il, s’il est un moyen ? Écoutons les actrices :

    Le porno est « avant tout un objet de divertissement qui a pour finalité la masturbation ». Tiffany Hopkins. Les actrices et acteurs paient ainsi au prix fort le fait d’être des objets de divertissement, c’est-à-dire ici des moyens de soulagement, pour des masturbateurs.

  • raanee
    raanee répond à Rol
    perdue
    • Posté à 17h27 le 06/02/2010
    • Internaute 103980
      perdue

    c’est l’impression que j’ai eu aussi en lisant l’article et certains commentaires, une sorte de moyen de se donner bonne conscience.

    avec cet article, on voit une image d’une fille épanouie et saine. elle fait des films par plaisir, elle est une brillante étudiante, elle a une vie amoureuse stable... bref, une fille bien dans son corps. heureusement pour judy, elle fait des films et est entrée dans son métier sans contrainte d’aucune sorte. ça donne une image joyeuse, festive du monde de l’industrie du sexe.
    faire des films porno est donc pour judy un moyen de vivre sa sexualité de fille épanouie comme d’autres choisissent de la vivre d’une autre manière.

    mais après cet article, tu vas aller voir un film X, tu ne demandes pas si bon, elle l’a vraiment choisi son métier à ce moment-là.

    évidemment, ça arrange les consciences. c’est très positif.
    ce n’est pas toujours vrai pour toutes ses autres collègues de travail.

    pour le cas de quelques personnes qui font du porno ou qui se prostituent (l’industrie du sexe, en somme), qui le vivent bien, qui disent qu’elles aiment le sexe, qui affirment que c’est un vrai choix, il y en a beaucoup plus qui font du porno ou se prostituent sans qu’elles aient eu leurs mots à dire ou en tout cas, pas par un choix conscient et délibéré. c’est parfois un drame humain qui se cache derrière,les liens entre la traite de personnes ( femmes, adolescent-e-s, fillettes, garçons) et la prostitution et/ou le porno par exemple.

    donner un autre aperçu de ce monde ne devrait pas faire oublier les personnes, très nombreuses, qui vivent cette situation différemment et qui en souffrent.

  • Lauvergnate
    Lauvergnate
    Gardienne du bon goût
    • Posté à 13h46 le 07/02/2010
    • Internaute 99381
      Gardienne du bon goût

    je viens de lire son complément d’information sur son blog.
    elle est brillante !
    elle me fait penser à sasha grey, féministe pro-sex aussi.

  • egide
    egide répond à desbois
    Littéral
    • Posté à 18h26 le 07/02/2010
    • Internaute 45067
      Littéral

    La situation des acteurs et des actrices du porno est très variable aussi on ne peut généraliser leur condition.
    Selon les pays, leur législation, leur économie, le niveau de vie, la condition féminine varie beaucoup.

    On peut dire que plus d’opportunités d’émancipation sociale s’offrent aux femmes moins elles sont confinées à des activités étroitement liées à leur genre sexuel.

    Aussi les jeunes femmes sont peu enclines à tenter des carrières, toujours aléatoires, dans les professions du spectacle à caractère pornographique.

    Dans ces conditions, les producteurs ou les organisateurs de spectacle pornographique offrent d’assez bonnes rémunérations pour recruter des artistes interprètes.

    Surtout, les conditions du spectacle vivant ou des tournages seront assez supportables pour ces actrices qui sinon déserteraient les scènes et les plateaux.

    Il n’empêche qu’il y aura toujours certaines productions à faible investissement uniquement axées sur des tendances de niches au caractère extrémiste qui exigeront des acteurs et des actrices des performances à la limite de la souffrance et de la violence physique.

    Évidement dans le pays où les activités criminelles ont pignon sur rue, on aura plus souvent recours à la coercition et aux sévices pour obtenir des acteurs et des actrices des comportements dangereux pour eux-mêmes d’autant qu’il y a forcément un public pour payer l’offre bien qu’il soit assez radin.

    Le spectacle ainsi offert est souvent de qualité médiocre et ne vaut que pour l’expression caricaturale de la perversité où l’excitation est uniquement fondée sur le spectacle de la transgression.

    Il est évident que la commercialisation de la sexualité humaine sous forme de spectacles ou de services qui impliquent donc que des personnes soient payées pour représenter des formes d’activités sexuelles est d’autant plus génératrice de violence lorsque ces activités sont marginalisés par des lois qui répriment directement les travailleurs du sexe.

    Aussi l’implication militante de Judy Minx au SRAS est preuve de responsabilité :

    N’oublions pas que les professions à caractère ouvertement orientée sexualité sont pratiquement banalisées depuis près de trente ans en France.

    Et qu’il n’est pire pour ces personnes qui s’adonnent à ces activités, d’être isolées surtout lorsqu’elles débutent.

    La réprobation à la limite du harcèlement moral entraine que beaucoup, recrutées parmi les très jeunes adultes, acceptent souvent des conditions d’exercice difficile et des émoluments qui ne sont pas en rapport à ce qu’elles valent réellement sur ces marchés très ciblées.

    Il est plutôt rassurant de savoir que des travailleurs expérimentés fassent profiter de leur savoir-faire et de leur connaissance du milieu économique pour aider bénévolement des personnes nouvelles dans ce type d’activité.

    Si le S.R.A.S. ne s’avérait qu’une sorte de faux-nez pour des agents recruteurs cela se saura assez vite et toute crédibilité en tant que représentant de ces travailleurs leur sera perdue. Finie la légitimité de leur représentation !

    Quand au contenu de son discours il est forcément convenu dans le sens où elle défend ses intérêts d’actrice interprète.

    Si grâce à des articles sur elle qui augmente sa notoriété grâce à la curiosité insatiable que provoque toujours ce cliché fantasmatique de la jeune femme intelligente mais pauvre qui paye ses études en faisant commerce de ses charmes, elle prend de la valeur sur le marché des actrices porno, qui ne saisirait une telle occasion d’augmenter sa valeur d’échange ?

    À cet égard ce que vous reportez n’est pas si contradictoire. Elle explique qu’elle est tentée par des images ambigües de la femme.
    Ces fantasmes si bien partagées par presque toutes les femmes qui se transportent en se la jouant putain et nymphomaniaque, impudique salope selon la terminologie consacrée.
    Quoi de plus banal ?

    Ça tombe bien pour elle, elle apprécie de s’exhiber, ce qui loin d’être le cas de la plupart des femmes beaucoup plus réservées et discrètes.

    Elle a la franchise de dire ce que cache la plupart des autres, c’est bien payé pour ce qu’elle y consacre de temps.

    Bien que je maintienne qu’en terme d’exploitation des droits à l’image, elle ne s’y retrouve pas vraiment.

    Si dans mon précédent commentaire, je reste réservé et critique vis à vis de cette farce qu’est le retour presque fataliste des activités à caractère sexuelle pour les femmes, je n’en reste pas moins lucide et bienveillant pour ces travailleurs du sexe, y compris pour les prostitués dont je déplore la répression sauvage qui fragilisent énormément des personnes déjà vulnérables.

  • Claude2008
    • Posté à 01h46 le 09/02/2010
    • Internaute 61017
      ...

    Je suis comme d’habitude assez consternée par les commentaires de cette rubrique qui semble déchaîner les envieux, aigris et autres haineux. Malgré les rappels réguliers sur les objectifs de ces articles- la simple photographie du porte-monnaie de nos concitoyens- les commentaires sont la plupart du temps moralisateurs sur l’usage que l’on fait de son argent. De surcroit, il faudrait presque s’excuser de gagner plus que le RMI et surtout plus que son voisin. Et évidemment il y a toujours le couplet sur ces fainéants de fonctionnaires, en particulier ceux de l’éducation nationale, ces salauds de flics ou de gardiens de prison...Un vrai défouloir à chaque article. Je trouve que ceux qui se prêtent au jeu de dévoiler leurs revenus et dépenses sont plutôt courageux mais aussi un peu maso s’ils lisent les commentaires.En tous cas en France il semble que les revenus restent un sujet très tabou et chacun ait un avis sur les dépenses du voisin. Or je me demande en quoi cela regarde quiconque si l’on préfère dépenser son argent en s’offrant de belles vacances, ou en allant au resto ou dans des sorties, des CD, la voiture de ses rêves...On peut aussi avoir envie d’investir dans de la nourriture de qualité ou avoir envie de le laisser partir en fumée...Mais non, il y tous ces donneurs de leçons qui passent leur temps à juger et donner des conseils et bien sûr trouver qu’on gagne trop et surtout plus qu’eux et que c’est forcément injuste. Cela est d’autant plus détestable que les personnes qui ouvrent leur porte-monnaie se plaignent rarement de leur situation et qu’on leur reproche souvent de le faire. Bref longue vie à cette rubrique que je trouve intéressante par la diversité des situations qu’elle présente mais je crois que je vais renoncer à lire tous ces commentaires affligeants.

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