A DEBATTRE 03/02/2010 à 11h25

Des étudiants sanctionnés pour avoir bûché sur Facebook

Emmanuelle Bonneau | Editrice Rue89


Capture d'écran du groupe Facebook de la licence information et communication d'Avignon

Un professeur de la faculté de l'université d'Avignon a décidé de ne pas noter un dossier de fin de semestre sous prétexte que ses étudiants se sont entraidés via un groupe Facebook. Sur les réseaux sociaux, la (belle) tradition de solidarité entre étudiants devient, aux yeux des enseignants, une vulgaire tricherie (pas
belle du tout).

Echanger ses notes dans les couloirs de la fac, ok. Faire la même chose sur Facebook, pas ok. Courant octobre, les 90 étudiants de la licence information et communication, dispensée au sein de l'UFR sciences et langages appliqués (SLA) de l'université d'Avignon, reçoivent la même commande. Pour leur cours sur la communication par l'image, ils doivent résumer les exposés des camarades de leurs groupes, dans un dossier d'une trentaine de pages, pour la fin du semestre.

Comme lorsqu'ils étaient en deuxième année, les « L3 » s'organisent pour palier les défauts de la prise de note en classe en échangeant les éléments essentiels de leurs exposés via un groupe Facebook intitulé : « L3 - Information et communication UAPV : résumé des exposés ».

Situation « consternante »

La semaine dernière, Pierre-Louis Suet, directeur de l'UFR et responsable de la licence information et communication, informe les L3, dans un mail commun intitulé « Juste pour information », de la découverte du pot-aux-roses :

« Bonjour, peut être que le groupe “L3 - Information et communication UAPV : résumé des exposés” vous parle (en particulier aux L3... ex-L2 non démasqués), pour les autres il s'agit d'un groupe sur Facebook... dont le titre est suffisamment explicite ! [...]

Nous sommes en train de réfléchir aux modalités de remplacement et/ou complément des dossiers qui sont de plus en plus “impersonnels” (pour ne pas utiliser le terme “plagiat”). Cette situation est consternante. »

Le directeur de l'UFR explique aux étudiants que le dossier ne sera pas noté, mais que le coefficient d'un QCM réalisé à la rentrée sera « gonflé ». Une très mauvaise nouvelle pour les étudiants qui confient ne pas avoir eu de bonnes notes à ce devoir.

Le problème, c'est Facebook

Sophie [son nom a été changé], déçue après avoir produit « un travail de rédaction énorme », explique ne pas avoir eu l'impression de tricher en utilisant Facebook :

« On devait résumer les exposés de nos camarades, c'est normal qu'on communique entre nous ! Pour nous, c'était simplement une entraide. C'était surtout pour ceux qui étaient en galère, qui avaient manqué une information essentielle de l'exposé... “

Ludivine confie, sur le mur du groupe Facebook qu'elle a créé, que le soi-disant ‘plagiat’ n'est qu'un prétexte. Le problème, c'est Facebook :

‘Le support les dérange plus qu'autre chose et ils se doutent bien que chaque année les étudiants doivent partager leur travail pour s'entraider et compléter leur dossier, sachant qu'en cours, on zappe toujours quelques trucs.

Personne (du moins je pense, sinon c'est cette ou ces personnes qui ne sont pas malignes) n'a copié/collé ce que les gens ont posté ici. Chacun s'est servi des résumés des autres pour compléter ses infos.’

Pour les étudiants, la décision du doyen est injuste. L'an dernier, le groupe Facebook était actif sans que la combine ne soit décelée. Facebook, désormais une fausse bonne idée pour Martine [son nom a aussi été modifié] :

‘S'il n'y avait pas Facebook, on aurait fait tourner nos cours en mains propres ou par mail. Et on n'aurait pas eu de problèmes.’

Au contraire, le doyen Pierre-Louis Suet dit avoir agi dans un souci de justice entre étudiants. Il nous l'a expliqué par email :

‘[...] C'est simplement pour qu'il n'y ait pas de risque de discrimination que j'ai pris la décision du transfert d'épreuve. En effet, les étudiants qui ne sont pas sur Facebook (5 au moins à ma connaissance) étaient automatiquement défavorisés.

Nos étudiants deviennent très malins et les enseignants (malins), eux aussi sont sur Facebook (et d'autres réseaux sociaux). Ce qui conduit à des situations cocasses.’

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  • spleenlancien
    spleenlancien
    Que sont mes voisins devenus ?
    • Posté à 11h34 le 03/02/2010
    • Internaute
      Que sont mes voisins devenus ?

    La classe de collège de mon fils s'est vue interdite de recherches sur internet. C'est une classe de 6ème...

  • Ethelbert
    Ethelbert
    (né trop tard dans un monde (...)
    • Posté à 11h35 le 03/02/2010
    • Internaute
      (né trop tard dans un monde (...)

    Le plus idiot dans tout cela, c'est qu'il existe à l'Université d'Avignon un bureau virtuel, auquel tout étudiant a un accès personnel, et qui permet de mettre des ressources en lignes et de les partager au sein de groupes. On a la même chose dans mon université (Lyon 2), où des étudiants créent de tels groupes, voire parfois des enseignants. Cela a permis de compenser un peu les blocages de ces deux dernières années, par exemple. Même si le réflexe n'est pas encore pris par tous (étudiants comme enseignants), la pratique se développe.

    C'est un fonctionnement qui se retrouve grosso modo sous les mêmes traits dans toutes les universités disposant de cet outil. Et comme c'est officiellement reconnu comme outil de travail par l'université, il ne saurait être question de taxer les étudiants de tricherie.

    Enfin, c'est sans doute d'un accès plus sûr que les groupes Facebook.

    Plus de détails ici : Lien

  • Nayle
    Nayle
    Étudiant
    • Posté à 15h04 le 03/02/2010
    • Internaute
      Étudiant

    Je suis étudiant dans cette promotion, la situation est moins simple que celle présentée par l'article ou par les commentaires.
    Le groupe (public) créé par des anciens de la promo - je viens d'arriver cette année - a permis à des étudiants des différents groupes de TD de retrouver des éléments qu'ils auraient pu manquer durant les présentations.

    Le travail demandé de « résumer les exposés » ne servait pas à vérifier la présence effective puisqu'une feuille d'émargement circulait lors de chaque séance mais avait pour vocation de vérifier une certaine écoute des étudiants qui assistaient aux présentations des autres.

    Au-delà de l'appréciation positive ou négative d'une telle « évaluation » (puisqu'elle est du ressort de l'enseignant et que cela faisait des points facilement gagnés par les étudiants), il est évident que certains n'ont pas ou peu pris de note, sachant que le groupe serait remonté comme l'année dernière et qu'ils pourraient à loisir reprendre les informations manquantes. Quitte à faire un malheureux copier-coller.

    Pour d'autres, à qui certaines données manquaient, c'était une occasion de les récupérer de manière plus pratique que d'appeler les camarades ou de leur courir après entre chaque TD ou cours.

    Évidemment, cette possibilité de triche rend caduque le travail fournit par la plupart pour établir un dossier (fût-il inutile pour l'acquisition de connaissances) correct d'une 30aine de pages et place au même niveau les travailleurs et les fainéants/copieurs.

    Mais l'annuler est différent d'utiliser la mauvaise note de 80 % de la promotion d'un devoir qui portait sur 3 cours sous forme de diaporama passé vitesse grand V et qui récapitulait les 2 dernières années de cours, ce qui désavantageait objectivement les nouveaux venus.

    A fortiori, si l'on décide de gonfler cette mauvaise note, plutôt que de gonfler le travail, véritablement personnel et qui désavantage moins les nouveaux, du dossier d'analyse et/ou de l'exposé pour lesquels le résumé était demandé.

    Personne n'est tout noir ou tout blanc, mais les punitions générales à la fac ne sauraient être acceptables.

    Il ne s'agit pas de lignes à copier ou de travail supplémentaire à fournir, mais d'une évaluation qui peut éventuellement remettre en cause l'obtention des crédits, donc du semestre et de repousser l'obtention du diplôme avec tous les « inconvénients » que cela comporte sur les bourses, les allocations, les loyers à payer et une entrée dans le monde du travail qui sera repoussée et une durée d'études supérieure à la normale (4 ans au lieu de 3) qui peut avoir d'autre conséquence sur les dossiers d'entrée dans des écoles supérieures.

    On ne peut pas déconnecter cette information de toutes ses implications éventuelles, au-delà de l'égo des étudiants et des professeurs, des questions sur la fac dans l'enseignement supérieur ou des affinités avec tel ou tel point de vue (étudiants feignasses ou profs fachos).

  • LePoisson
    • Posté à 22h31 le 03/02/2010

    Je suis étudiant à Oxford, en Angleterre, et je prévois de poursuivre mon doctorat aux États Unis.

    Dans les universités anglo-saxonnes, ce genre de situation n'a rien de surprenant- sur les projets de cours, toute collaboration est considérée comme de la triche.

    Pour info, cela est considéré comme de la collusion, et voici l'extrait du règlement la concernant :

    collusion - except where written instructions specify that work for assessment may be produced jointly and submitted as the work of more than one student, you must not collude with others to produce a piece of work jointly, copy or share another student's work or lend your work to another student in the reasonable knowledge that some or all of it will be copied ;

    Je trouve que de manière générale, les universités anglo-saxonnes ont une longueur d'avance sur leurs homologues européens, notamment en ce qui concerne l'usage de la technologie. Du coup, je pense que l'occurence ce genre d'incidents ne va qu'augmenter.

    D'une part, il est vrai que la collaboration entre étudiants a toujours existée, il est inutile de se voiler la face. Cependant,il faut reconnaitre que la technologie simplifie beaucoup les choses- avant, il fallait rencontrer les copains et parcourir les notes, les recopier- maintenant, il s'agit de rejoindre un groupe Facebook et de copier/coller de sa chaise. On ne peut pas nier que cela est avantageux pour les mauvais étudiants, et que ces combines doivent être interceptées dans ces cas là.