Tue, 02/02/2010 - 11:45

Les grandes surfaces ont-elles des budgets « vols » ?

Zineb Dryef | Journaliste Rue89


Chaque année, un pourcentage de produits sont cassés ou disparaissent des grandes surfaces. Il s'agit de la « démarque inconnue ». Elle représente en moyenne 1,37% du chiffre d'affaires des enseignes. Un pourcentage que les entreprises de la grande distribution prennent évidemment en compte pour planifier leur budget.

Pour budgétiser cette perte, l'entreprise se base sur la démarque inconnue de l'année précédente :

« Dans la grande distribution, elle varie très peu d'une année sur une autre, ce qui n'est pas le cas pour les petites enseignes », déclare Benoît Robet, responsable de Loss Prevention, agence de formation spécialisée dans la réduction de la démarque inconnue. »

Selon une étude réalisée par le cabinet britannique indépendant Center for retail research, les vols ont cette année augmenté dans la distribution :

« Les vols dans les rayons des magasins ont coûté en 2009 près de 4,9 milliards d'euros aux distributeurs français. »

Pour compenser ce manque à gagner, les grandes surfaces ont de plus en plus tendance à dédier une part de leurs recettes à la lutte contre les vols. Olivier Costil, rédacteur en chef adjoint du magazine de la grande consommation LSA, l'affirme :

« Les grandes surfaces cherchent de plus en plus à lutter contre la démarque inconnue, car elles veulent réduire leurs coûts. Ce n'est pas impossible de l'éradiquer complètement, mais les moyens de la combattre se développent. »

Si les dépenses en vidéo-surveillance, antivols, logiciels et formation du personnel semblent augmenter, les enseignes sont assez timides pour communiquer les sommes qu'elles y consacrent. Aucune de celles contactées n'a donné suite à notre demande. Leclerc prétend n'avoir aucune politique interne à l'échelle nationale :

« C'est à chaque magasin de décider de la méthode à employer pour réduire les pertes. »

► Les commentaires de cette question-réponse sont clos, mais d'autres questions attendent vos contributions sur la colonne de droite.

A lire aussi sur Rue89 et Eco89

Autoréduction au Monoprix : simple « vol » ou « extorsion » ?

Ailleurs sur le Web

L'étude de Center for retail research sur le vol dans les supermarchés français

  • 19857 visites
  • 12 réactions
Vous devez être connecté pour commenter : or inscrivez-vous
  • Homer555
    • Posté à 15h35 le 11/11/2009

    Pas à ma connaissance.

    Par définition, un vol reste inconnu du magasin puisque une fois attrapé le voleur rend la marchandise donc c'est difficile à chiffrer. Bien sur des moyens de surveillances sont mis en place mais plus dans la vision d'un retour sur investissement que d'un budget de pertes.

    Il est vrai que ce sujet reste très secret entre les directeurs et leurs équipes de surveillance car même les employés sont surveillés (le figaro avançait 15% des vols juste pour les caissières).

    A ce que je sais (comme dit c'est normalement les hautes sphères), le vol passe dans les chiffres de « démarque inconnue », à savoir : vol, casse non comptée, produits jamais arrivés mais facturés... Régulièrement un inventaire est réalisé et le stock théorique du magasin - le stock compté = la démarque inconnue. Il y a un chiffre de démarque inconnue par rayon.
    Ensuite, c'est simple : si la démarque inconnue d'un rayon à fait un bond, le chef de rayon est prié de rectifier le tir. A lui de découvrir si il s'agit d'erreurs d'arrivages (un coup de 12 à la plateforme), de produits cassés et mis à la poubelle sans comptage (un coup de 12 aux employés) ou de vol. Si c'est du vol, la marge va augmenter pour combler le trou et les antivols vont fleurir sur les produits incriminés.

    En fait seuls quelques produits sont sujets à des vols réguliers et ils sont connus des grandes surfaces. Elles tiennent une sorte de « top 50 » basé sur les chiffres de démarque. Le chef de rayon de la droguerie, par exemple, sait qu'il est inutile de mettre des antivols sur les shampoings mais que le maquillage et les lames de rasoirs sont à surveiller. Cela va de soi que la marge de ces produits inclues le vol depuis longtemps. Cela explique pourquoi les lames de rasoirs sont à 15€.

    Je suis lancé (c'est votre faute). Quelques chiffres. On estime la démarque à 40% des clients, 30% des employés, 10% des fournisseurs et 20% d'erreurs de gestion. Le vol représente environ 1.5% du CA de la distribution. Chaque foyer français dépense 200€ par an pour payer les vols.
    Pour la première année, des produits alimentaires font partis du top 10 en 2009. L'étude de checkpoint (l'organisme qui s'occupe de ça) a montré que, cette année, les vols de nécessité ont fait un bond plutôt du coté de la viande et du lait maternisé. Dans le reste du classement, viennent les « habitués » : Lames de rasoirs (indétrônable n°1), bouteilles d'alcool, DVD et CD, petit électronique...

  • Homer555
    Homer555 répond à Marmotine
    • Posté à 17h17 le 12/11/2009

    Que de points à éclaircir : )

    1/ Les lames les plus volées sont les mach3. Il existe par exemple les bics beaucoup moins chères si c'est une question de pouvoir d'achat. La vraie raison est que les lames de rasoirs sont facilement dissimulables et très facilement revendables. La plupart des vols ne sont pas pour une consommation personnelle et les 2 qualités du bon produit à voler sont : « petit » et « demandé ».

    2/Que dire sinon « la beauté de la GD » ? Les boites antivols sont très chères, surtout si on doit en commander 5000. Donc toutes les enseignes ne s'en payent pas. Après, quand votre concurrent ne peut pas vraiment baisser ses prix pourquoi voulez vous les baisser sensiblement ? Il suffit de laisser quelques cents en dessous de son prix à lui. Mais vous avez mis le doigt sur un réel problème en GD : La concurrence est presque inexistante, tous le monde se contentant de suivre le voisin car ça arrange tous le monde, sauf le client. En gros, quand on augmente un produit, il y a une raison, sinon la concurrence restera légèrement en dessous et on passe rapidement pour « le plus cher ». Mais pour baisser un produit sans raison... en fait, une fois en haut (mais toujours légèrement sous la concurrence), ça ne baisse jamais (sauf coup médiatique) car on est déjà considéré par les clients comme « le moins cher ».

    3/La pesée des fruits & légumes par le client est en perte de vitesse, la GD revenant en arrière, justement en raison des fraudes (Le muscat de hombourg passant pour du raisin noir de table italien par exemple). La méthode pour contrer la fraude, lorsque la pesée est faite par les clients, consiste à lisser les prix par espèces (toutes les pommes à 1.99€, tous les raisins à 2.30€...) De cette façon à la caisse, il suffit de lire l'intitulé sans avoir besoin d'être botaniste. Observez et normalement, c'est pareil dans votre enseigne.
    C'est marrant, mais par expérience, j'ai justement l'avis inverse sur les voleurs : Lorsqu'il y a une faille beaucoup de gens essayent de l'exploiter. Naturellement, mettre un DVD sous le pull c'est volontaire et humiliant si on se fait attraper mais votre exemple de la pesée des fruits peut passer pour une erreur à la caisse donc c'est plus facile de se lancer.

    4/Les pertes par démarques sont de 1.5% du CA (il est vrai que j'ai mis « vol » en haut). Je parle donc bien de 20% de 1.5% du CA en erreurs de gestion, ça relativise. Dans les 20% d'erreurs, il y a beaucoup de chose :
    - Le réceptionnaire n'a pas le temps de compter tous les colis. Un petit calcul rapide montre que : 6 camions X 30 palettes X 150 colis = 27 000 colis par jours à vérifier ligne par ligne pour chacun des 5 réceptionnaires soit environ 20 millions de colis arrivés entre chaque inventaire (6 mois). Un boulot de titan. Seul le nombre de palettes est compté donc si il y a des disparitions / erreurs de préparations au niveau de la plateforme, ça reste assez invisible.
    - Les employés n'ont pas toujours le temps ou la possibilité de compter tous les produits cassés. Par exemple, nous avons un box où nous laissons les produits dit « cassés » (périmés, écrasés, invendables quoi). Ce box est compté toutes les semaines. Je ne compte jamais les bouteilles brisées au sol car elle passent directement à la poubelle. Je ne vais pas laisser des tessons à mes collègues. Idem pour les produits pourris ou dégoulinant. Et rectifier le stock à chaque découverte d'une casse serait trop long.
    -Notre secrétaire peut faire une erreur de saisie quand elle crédite un arrivage dans le stock de l'ordinateur.
    Beaucoup de ces erreurs sont due au manque de personnel qui fait que les contrôles basiques passent à la trappe, le principal étant de ranger les produits en rayon. Maintenant, il faudrait beaucoup plus de gens pour être cohérent à ce niveau, ce ne serait vraiment pas rentable.

  • Homer555
    Homer555 répond à envert94
    • Posté à 18h51 le 12/11/2009

    En fait, j'ai un avis assez partagé sur ce point.

    D'un coté, dans notre magasin, force est de constater que, quand un camp de nomades s'installe au alentour, les vols sont plus nombreux (on retrouve plus d'emballages vides) et puis les gendarmes ont plusieurs fois retrouvé des tas de marchandises dans la tente commune. La population alentour du magasin a un impact sur les vols.
    D'un autre coté, j'ai assez d'années passées en grande surface pour avoir vu plusieurs vols et j'ai vu des personnes âgées, des jeunes, des enfant, des femmes, des hommes, des riches, des pauvres... Un voleur c'est un peu près n'importe qui.

    Il y a une questions de culture et de respect de la propriété aussi. Ceux qui m'étonnent, se sont les allemands. En Allemagne, c'est courant d'avoir des marchandises, comme des plantes par exemple, devant le magasin, et il faut rentrer pour la payer. Le truc impensable en France. Et puis le nombre de cabriolets décapotés sur les parkings... et pas de la mégane hein, du Chrysler, du BMW, du Porsche... En France, la voiture aurait disparue en 10min.

    Comme je suis de bonne humeur, je vais essayer de retracer un portrait des voleurs qui ont de la suite dans les idées que j'ai vu :
    - Le classique : Je dirais presque même sans imagination. Dans un magasin nouvellement refais et, où les nouveaux portiques n'avaient pas encore été installés. Une femme qui fais un 36 rentre puis ressort enceinte de 9 mois. Manque de bol, le pull craque juste devant le vigile à l'entrée. Elle, ça faisait un peu mal parce que pour le coup, c'était de la viande et des boites de conserves.
    - Le coup du chapeau : Le fromage sous le béret d'une personne âgée, mais il est tombé pendant le passage en caisse.
    - Le flash gordon : Eux, pour le coup on ne les a pas vu. Une vitrine à gagner est présentée en galerie marchande. Un moment d'inattention du vigile et... plus d'écran plasma. Rentré, piqué, sortis.
    - Le il fallait oser : Un gamin avec une console en main devant une sortie de secours entre 2 caisses. Il fait glisser la console sur le sol jusqu'à son frère en galerie marchande. Bien joué, mais trop voyant.
    - Le crade (hygiène) : Des morceaux de viandes dans un baril de lessive en poudre.
    - Le crade (morale) : Une personne qui prenait des croquettes dans le box de la quête de la SPA en galerie marchande. Elle je l'ai interpelé. Sa réponse ? « Moi aussi je suis pauvre »
    - Le Mac Gyver : Une jupe trafiquée avec, à l'intérieur, plusieurs poches rembourrées prévue pour des bouteilles. Ingénieux.

    C'est tout ce qui me revient de pas courant.

  • Keldan
    Keldan répond à Homer555
    Now future & karpe diem
    • Posté à 12h01 le 13/11/2009
    • Internaute
      Now future & karpe diem

    Pour ta collection, je vais rajouter ma petite histoire, commise par un type que je connais très bien depuis ma naissance mais bien sur pour la police ce n'est pas moi, même si ça remonte à 13 ans et donc qu'il y a prescription : D

    Taxer une barette de RAM dans un supermarché.

    Quand on est étudiant, on a pas de fric mais de la suite dans les idées.
    Pour faire partir le vendeur informatique, qui saute tout de suite sur le dos des gens qui traine dans le rayon, il suffisait de lui parler d'informatique, de l'embrouiller total, de lui faire comprendre qu'on en sait mille fois plus, par une simple phrase qui tue : « vous avez des cartes son AGP avec coproc géométrique ? ».
    A mon avis il la cherche encore : D

    Bien sur, pour qu'il ne calcule rien, il fallait prendre les boites mais remettre celle du fond devant, afin qu'on ne voit pas tout de suite qu'il en manque.

    Les barettes de RAM étaient dans de grande boite en plastique avec antivol, solidement scellées par des bandes de plastique bien solide.
    Ce qui est risible quand on sait qu'il existe un rayon jardinage, avec des sécateurs « coupe-tout » sans emballage et donc utilisable pour couper du plastique et sortir la barrette de son cocon...

    Ensuite, il suffit de glisser discrètement la barrette dans un paquet de purée en flocons de premier prix, de la passer en caisse et de regarder s'afficher 11F au lieu des 1200 : D

    Bien sûr, un repérage préalable s'impose, pour savoir s'il y a des caméras (ce qui n'était pas le cas, les joies de la campagne : D) et tester le vol sans aller jusqu'au bout (en remettant la marchandise à sa place à la fin), ce qui est facile lorsqu'on va faire ses courses régulièrement dans ce supermarché.

    Attention les enfants, ne faites pas ça à la maison ! Car c'est stupide de se voler soi même : D