Vos réactions 02/02/2010 à 11h41

« Contrairement à ce qu'on pense, le métier d'ambulancier est difficile »


Randoo, ambulancier, nous a adressé son témoignage après avoir lu le témoignage de Judith Ascher sur le calvaire vécu par son père François Ascher, en phase terminale d’un cancer, lors d’un transfert en ambulance.

En tant qu’ambulancier en poste depuis deux ans, je suis toujours intéressé de lire les témoignages qui mettent en cause les ambulanciers. Par le biais de cet article, je souhaite non pas donner des excuses aux agissements parfois scandaleux de mes collègues, mais plutôt donner des explications pour comprendre les comportements que l’on peut avoir par moment.

Tout d’abord, il faut savoir que toutes les sociétés d’ambulances sont indépendantes avec des patrons, des ambiances et des méthodes de travail complètement différentes. Lors de ma formation, un formateur nous a conseillé de trouver l’entreprise qui nous convenait le mieux, selon nos caractères.

Ambulanciers des villes, ambulanciers des champs

Déjà, si l’entreprise est située dans une grande ville ou au contraire, à la campagne, les transports ne sont pas les mêmes. Pour expliquer cela, il faut comprendre les tarifs des transports payés par la Sécurité sociale.

Par exemple, pour un transport intra-muros d’une grande ville, c’est un forfait d’un peu plus de 50 €, et pour un transport plus long, il y a un forfait de 50 € aussi pour les trois premiers kilomètres puis un peu plus de 2 € pour les kilomètres suivants. Donc, pour une entreprise implantée en ville, ce qui compte, c’est le nombre de personnes transportées dans la journée alors qu’à la campagne, ce qui compte, c’est le nombre de kilomètres effectués.

Pour mon cas, j’ai préféré travailler à la campagne car il faut une heure pour aller au CHU le plus proche et ça laisse le temps de discuter avec les clients.

Autre différence entre la ville et la campagne : le cas d’une consultation. Les ambulanciers qui sont proches vont laisser le patient et repartir pour d’autres missions et parfois mettre pas mal de temps pour revenir chercher le client. Alors que ceux qui ont une heure de route vont attendre le patient, puisque ça ne vaut pas le coup de repartir, à la fois à cause du coût du carburant et du temps passé.

Avec les restructurations des hôpitaux, le personnel est de moins en moins à l’écoute avec les patients

J’ai eu la chance de trouver dès le premier contrat, une entreprise qui correspond vraiment à ma façon de travailler. Nous respectons nos clients car dans une petite ville, si nous ne faisons pas bien notre travail, la rumeur court vite déjà entre clients mais aussi dans les oreilles des patrons.

Dans une grande ville, il faut déjà savoir quelle société vous a transporté, ce qui n’est pas toujours évident, et en plus, les informations ne remontent pas forcément jusqu’aux patrons.

L’ambulancier est souvent une passerelle entre l’hôpital et le patient, ce qui peut nous mettre parfois dans des positions inconfortables. Avec les restructurations actuelles des hôpitaux, le personnel est de moins en moins à l’écoute avec les patients mais aussi avec nous.

Il est donc très difficile pour nous, ambulanciers, transportant des clients qui ont des pathologies plus ou moins graves, d’avoir les informations médicales de notre clientèle pour permettre d’avoir les gestes et la conduite les mieux adaptés.

Un secteur en manque de personnels

Enfin, malheureusement, beaucoup de gens sont devenus ambulancier, car c’est un secteur qui est en manque de personnel et l’embauche y est facile. Mais tous n’ont pas forcément la motivation de bien travailler. On croise souvent des militaires à la retraite, des chômeurs longue durée...

J’ai même vu un homme envoyé par l’ANPE pour effectuer un stage alors qu’il n’avait même pas le permis de conduire et qu’il faut au moins 2/3 ans de permis pour pouvoir y travailler.

Contrairement à ce que les gens pensent, le métier d’ambulancier est difficile. Les employés restent en place en moyenne 4 ou 5 ans seulement. Le turn-over est très important.

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  • Enki
    Enki
    alchimiste
    • Posté à 13h00 le 02/02/2010
    • Internaute 9562
      alchimiste

    Cher Randoo, il est un point dans le témoignage de Judith Ascher auquel vous pourriez probablement donner une explication plus précise que ce qui fût déja évoqué par un riverain : Le temps de retard de l’ambulance et le régime des astreintes.

    Est ce que je me fourvoie ? Sauf erreur, les temps d’astreinte des salariés ambulanciers ne sont plus payés au delà d’un certain temps, aussi le patron a t’il parfois intéret à retarder un départ pour prolonger celle ci. Si une autre demande de transport arrive durant ce temps, le véhicule et son équipage ne sont plus disponibles, ce qui prolonge l’attente d’autant.

    Comme le conclue Judith Ascher, le business des ambulances est plus du domaine du transport que du paramédical, l’exploitation d’une société d’ambulances se fonde sur l’achat de licences, comme pour les taxis, et la gestion du personnel vise plus à les rentabiliser qu’à assurer la qualité du service.

    Vous faites un métier difficile parce qu’il est au contact quotidien de la souffrance humaine, de la déliquescence des services de santé publique, et soumis à un petit patronat qui n’est pas toujours des meilleurs. Si vous vous sentez bien dans l’exercice de votre profession, c’est peut-être que votre patron a son content de dialysés pour avoir amorti ses licences et ne pas devoir mettre la pression sur son personnel.

    Edit : J’ai un doute sur cet histoire de temps d’astreinte payée ou non, je ne suis pas sûr dans quel sens elle s’applique, mais je crois ne pas ignorer que c’est ce qui fait que les ambulanciers ne sont rémunérés qu’à 80% de leur temps de travail, ainsi que la raison pour laquelle les ambulances arrivent quand ça les arrange. Eclairez-nous, merci !

  • Guillaume SEGAULT
    Guillaume SEGAULT répond à Enki
    Auteur(e) de l'article
    • Posté à 18h28 le 02/02/2010
    • Internaute 103402

    Tout d’abord, nous n’avons pas de dialysés, mais en effet, c’est un moyen de savoir si une entreprise est rentable ou pas. D’ailleurs, le nombre de dialyses augmentent le prix d’une entreprise à la revente. Je sais, ca fait bizarre de dire ca.

    Nous sommes payés à 83% (depuis janvier 2010), c’est à dire que nous devons travaillés 42 h pour être payé 35h. Ce système à été mis en place par un accord cadre en raison en effet des astreintes que nous devons effectués les soirs et week-end et où nous ne travaillons pas à temps plein.

    Pour le cas du témoignage, je pense que malheureusement, le patron a préféré faire un autre transport surement plus rentable ou pour un client « fidèle ».

    J’espère avoir répondu à vos interrogations.

  • Judith Ascher
    Judith Ascher
    riveraine
    • Posté à 22h14 le 02/02/2010
    • Internaute 103352
      riveraine

    Bonjour et merci pour votre article ! j’ai bien conscience de toutes ces différences et c’est justement pour cela qu’il apparaît urgent de renforcer la réglementation : pour que les quelques cas malheureux n’entâchent pas l’image de toute une profession.
    Il est urgent de rappeler que le métier d’ambulancier est un métier para-médical, un métier de service à la personne, tourné vers les personnes fragiles. Vous auriez intérêt à voir les contrôles renforcés, pour que les entreprises d’ambulances peu sérieuses soient sanctionnées.
    Je reste à votre disposition pour de plus amples discussions. Merci en tout cas pour votre témoignage !