Tribune 01/02/2010 à 12h43

Pourquoi il ne faut pas laisser passer les propos de Frêche


L'extrême droite et le journal Minute ont très souvent caricaturé et attaqué la « tronche » de Fabius sur un mode antisémite, notamment dans l'affaire du sang contaminé.

Cette dimension de notoriété publique n'est certes pas inconnue de l'imprécateur raciste de Montpellier, mais il pense que tout lui est permis, particulièrement à l'égard de « communautés » qui lui seraient redevables d'actes en leur faveur.

C'est le sens de sa lettre à Fabius dans laquelle il redouble son propos initial. Il y prétend que son insulte « n'a pas de connotation religieuse » et poursuit :

« [...] Tu connais depuis longtemps mon amitié pour Israël. L'action que j'ai conduite en faveur de la communauté juive en porte le témoignage. »

On notera au passage l'amalgame entre la communauté juive et Israël.

La complaisance du Parti socialiste

Il a exactement la même réaction que Jacques Médecin, maire ultra-droitier de Nice quand celui-ci avait, en 1990, réagi violemment au refus des membres de la communauté juive de cautionner son rapprochement avec Le Pen. Il avait attaqué les « Israélites qui ne refusaient jamais un cadeau ». Interrogé plus tard sur cette réaction, il se justifie ainsi, sur le mode clientéliste :

« J'étais de toutes les fêtes de la communauté, de tous leurs défilés, de toutes leurs manifestations. Mes propos ont été déformés, délibérément. En parlant, j'évoquais un problème de politesse. Et on m'a lynché dans le monde entier. »

Malgré ses propos abjects et redoublés contre les Harkis « sous-hommes », les Noirs, contre les militants de la Cimade (au passé glorieux de sauvetage de Juifs pendant la guerre) traités carrément de nazis il y a 15 jours parce qu'ils manifestaient contre l'entreprise israélienne Agrexco, Frêche avait malheureusement bénéficié de la complaisance d'une partie de la direction du PS et des dirigeants locaux corrompus de ce parti.

Qui sont les encore aujourd'hui les défenseurs de Frêche ?

Un mal pour un bien ?

L'attitude du PS à l'égard de Frêche représente une véritable tragédie : malgré les alertes répétées, malgré les cris d'alarme des militants antiracistes depuis de nombreuses années, sa direction a attendu ce dernier éclat pour enfin se séparer électoralement de celui qu'elle avait pourtant exclu dès 2007.

Cette pusillanimité peut entretenir l'idée que le PS s'émeut seulement quand l'insulte est antisémite.

Néanmoins, on ne peut qu'espérer que de ce mal sorte un bien. Il est temps que toute la gauche, au-delà de ses divergences tout à fait réelles, s'unisse véritablement, sans calcul de préséance pour débarrasser la région de l'imprécateur qui la dirige. Le pire serait que les calculs des uns et des autres permettent à Frêche de prétendre encore une fois, comme en 2008 devant des étudiants :

« Moi j'ai toujours été élu par une majorité de cons et ça continue. »

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  • Alain Rollat
    Alain Rollat
    ancien chef adjoint du Service (...)
    • Posté à 14h50 le 01/02/2010
    • Internaute
      ancien chef adjoint du Service (...)

    Pendant 25 ans, dans les colonnes du Monde et dans mes ouvrages, seul ou avec le concours d'Edwy Plenel, (L'Effet le Pen, Les Hommes de l'Extrême droite, La République menacée) j'ai combattu les thèses xénophobes, racistes, antisémites de l'extrême droite ainsi que le projet de société totalitaire incarné par Le Pen. J'observe aussi Frêche depuis ses débuts en politique. En conscience, et en toute indépendance d'esprit, je témoigne ici que les procès qui sont faits à cette grande gueule méditerranéenne sur le terrain des « valeurs de gauche » sont des procès inquisitoriaux que démentent les actes de cet homme dont la réalité vraie ne correspond pas à l'image qu'il se donne et qu'on donne. Le dernier des procédés en date est le plus stalinien car il n'y a pas plus philosémite que Frêche en Languedoc-Roussillon. Que ceux qui en doutent lisent notamment ce que j'ai rapporté, à ce sujet, de mes conversations avec lui dans « Il faut saborder le PS » ( Le Seuil, 2007), aux pages 228,229 et 233. Tout le reste, le comportement des médias et le suivisme parisianiste des états-majors politiques, relève du « syndrome de Timisoara » : refus de sortir d'une erreur collective produite par un emballement médiatique... Je l'ai démontré, en argumentant en détail, dans « L'Assassinat raté de Georges Frêche », paru en 2008 aux Editions Singulières, mais tout le monde m'a censuré parce que je refusais de hurler avec les loups... Suis-je moi aussi destiné au bûcher ?