Hommage 30/01/2010 à 18h56

Disparition de l'historien Howard Zinn : la lueur d'une bougie


C’est avec une très grande tristesse que j’ai appris le décès de l’historien Howard Zinn, l’auteur de « Une histoire populaire des Etats-Unis » à l’âge de 87 ans.

Arrivé chez moi, après le travail, ma petite famille menait un boucan d’enfer. C’était une journée comme les autres, avec le regain d’énergie du retour à la maison, ses jeux, ses cris et ses petits désespoirs. Puis une partie du monde s’est arrêté : coupure de courant. Dans le noir, les enfants sont devenus calmes, attentifs comme ils le sont rarement à cette heure, impressionnés par le feu des bougies. L’ambiance était au recueillement... la nouvelle est arrivée.

Howard Zinn était un homme d’exception. Né en 1922, bombardier dans l’US Air Force, il s’était enrôlé par conviction antifasciste. Après la deuxième Guerre mondiale, il entreprend des études supérieures profitant du GI Bill et obtient son doctorat à l’Université Columbia.

Un travailleur infatigable

Il devient professeur au Spelman College d’Atlanta, dont il va diriger le département d’histoire et de sciences sociales. En 1963, il en est renvoyé pour avoir pris parti contre la ségrégation. L’année suivante, il est nommé professeur au département de science politique de l’Université de Boston ; il y poursuit son activisme, notamment contre la guerre du Vietnam.

En 1980, il a publié une « Histoire populaire des Etats-Unis » dont le millionième exemplaire est sorti de presse au printemps 2003 (paru en France chez Agone, au Québec chez Lux).

Travailleur infatigable, il venait de boucler, fin 2009, la co-production (avec Matt Damon) d’un documentaire tiré de son livre-phare. J’ai eu la chance de le côtoyer lors de son passage récent à Montréal et de collaborer avec lui pour l’édition de son ouvrage « La mentalité américaine ».

Projets

Il y a deux semaines à peine, nous évoquions ensemble la possibilité de traduire son recueil « Voices of a People’s History of the USA ». Sa rencontre demeure un moment fort et inspirant de mon travail chez Lux, de ma vie en général. J’y ai découvert un homme de convictions, sensible et généreux. Un intellectuel d’une profonde humanité, à la mesure de son oeuvre. Un militant toujours en lutte.

Lorsque l’électricité est revenue, c’était une journée comme les autres. Les enfants dormaient à poings fermés comme toujours à cette heure. Le reste du monde suivait son cours. Et dans leur chambre la lueur d’une bougie qui, telle l’histoire des peuples, ne semblait pas vouloir s’éteindre.

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  • no_one
    • Posté à 19h12 le 30/01/2010
    • Internaute 100430

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  • spartak
    spartak
    (comité libertaire lyophilisé)
    • Posté à 19h24 le 30/01/2010
    • Internaute 84113
      (comité libertaire lyophilisé)

    Voilà certes une grande perte, qui compensera peut-être aux yeux des réactionnaires et des conformistes celle de René Rémond il y a quelques temps.
    Juste quelques mots de lui sur la Première Guerre mondiale, pour ceux qui ne connaissent pas :
    « Le socialisme était en pleine expansion. L’IWW semblait être sur tous les fronts. La lutte des classe était intense. A l’été 1916, à San Francisco, une bombe explosa pendant un défilé militaire, tuant neuf personnes (...) le sénateur de New York, James Wadsworth, proposa d’imposer une préparation militaire à tous les Américains pour prévenir le risque que “notre peuple ne soit divisé en classes”. Au contraire, ajoutait-il, “nous devrions faire savoir à notre jeunesse qu’elle a assurément un devoir envers ce pays”. L’accomplissement ultime de ce devoir avait lieu, au même moment, en Europe (...) Personne depuis n’a jamais pu prouver que ce conflit eût fait faire à l’humanité le moindre progrès justifiant la mort d’un seul être humain. Les socialistes, qui qualifiaient cette guerre de “guerre impérialiste”, passent aujourd’hui pour des modérés »
    (Une Histoire Populaire des USA, Agone, p. 407)

  • Irfan
    • Posté à 20h19 le 30/01/2010
    • Internaute 30779

    Mince alors ! Je l’ai découvert un peu sur le tard, malgré mes études d’histoire, par la bédé composée à partir de son ouvrage monumental. Même si certains éléments ne révolutionnent pas les connaissances historiques, et que d’autres ne sont présentés que de façon univoque, il a fait beaucoup, avec Chomsky et d’autres, pour dynamiter certains réflexes de la pensée américaine, certaines facilités, et c’est une bonne chose.
    Espérons que sa mort le fera relire et redécouvrir par une nouvelle génération, qui s’intéressera plutôt aux conditions d’exploitation des sans-papiers qu’à la burqa, au passé d’Haïti empêché et torturé qu’à la séparation du couple Brad-Angelina, etc.
    Bon repos, professeur, et bravo pour votre boulot.